Un sang qui sauve des vies

Sabrina Bonarrigo
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Solution alternative à la greffe de moelle osseuse, la greffe de sang de cordon ombilical permet de soigner des patients, adultes et enfants, souffrant de graves maladies du sang. Le 14 octobre, l’association monégasque Cordons de vie a réuni à Monaco une dizaine de chercheurs internationaux pour exposer les avancées dans ce domaine.

C’est une pratique encore peu connue mais qui permet de sauver bon nombre de vies. De plus en plus de femmes en France acceptent que le sang du cordon ombilical de leur bébé soit prélevé quelques instants après leur accouchement. Ce geste simple — indolore et qui ne présente aucun danger, ni pour la mère, ni pour l’enfant — est loin d’être anodin… En effet, ce sang de cordon, comme la moelle osseuse, est très riche en cellules souches hématopoïétiques. Pour certains patients atteints de maladies graves, qui n’ont pas trouvé de donneur de moelle osseuse compatible, une greffe de ce sang est donc une chance supplémentaire de guérison. « Aujourd’hui, le cordon ombilical est trop souvent traité comme un simple déchet médical, alors qu’il contient de précieuses cellules souches, explique l’association monégasque Cordons de vie présidée par Fabienne Mourou. Le don de ces cellules par la mère dans une maternité agréée (1) est un geste gratuit, généreux et anonyme qui peut donc sauver des vies et faire avancer la recherche. »

Première greffe

C’est en 1988 qu’un tournant dans ce domaine s’opère. A cette date, a lieu la première greffe mondiale de sang de cordon sur un enfant âgé de 5 ans. « Il était atteint d’une maladie génétique, la maladie de Fanconi. Aujourd’hui, c’est un adulte en pleine santé, se souvient le professeure Eliane Gluckman qui a réalisé cette greffe. On a pu démontrer qu’avec un sang de cordon ombilical, on était capable de guérir totalement une maladie génétique mortelle ». Depuis cette date, ce type de greffe a prouvé ses vertus thérapeutiques sur les maladies hématologiques comme les leucémies, les lymphomes, les myélomes, les aplasies médullaires. Mais aussi sur certaines maladies héréditaires du sang comme la drépanocytose. Plus facilement accessibles que les cellules souches de la moelle osseuse, les cellules du cordon ombilical posent aussi beaucoup moins de problèmes de rejet et constituent donc une vraie alternative de traitement. « Il y a actuellement 28 millions de donneurs de moelle osseuse volontaires. Et autour de 700 000 unités de sang de cordon préservées dans les banques », ajoute Eliane Gluckman.

Psychiatrie

Preuve que la thérapie cellulaire est porteuse d’espoirs, elle est même envisagée pour traiter les maladies psychiatriques. « Nous essayons en effet de trouver des stratégies thérapeutiques nouvelles, explique le professeure Marion Leboyer. Les maladies psychiatriques comme les troubles bipolaires, la dépression, la schizophrénie ou encore l’autisme, sont encore méconnues et stigmatisées, alors qu’elles représentent un enjeu majeur de santé. » Selon les chiffres livrés par cette spécialiste, ces différentes pathologies touchent aujourd’hui 450 millions de personnes dans le monde. 38 % sont Européens. « Un Français sur 5 souffre actuellement d’un trouble mental, soit 12 millions de personnes, poursuit Marion Leboyer. En France, chaque année 12 000 jeunes se suicident. Rappelons aussi que les patients atteints de ces troubles développent également des maladies physiques somatiques, comme le diabète, l’obésité, les maladie cardiovasculaires ou encore l’hypertension. Ce qui explique aussi que ces malades meurent généralement 20 ans plus tôt. »

+ d’infos sur : www.cordonsdevie-en.com

(1) Pour réaliser un don de sang de cordon, il faut choisir l’une des 27 maternités françaises habilitées par le Réseau Français de Sang Placentaire (RFSP).

journalistSabrina Bonarrigo