HSBC quitte Monaco
Vraiment inquiétant ?

Raphael Brun
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HSBC a décidé de quitter Monaco. Le début de la fin pour la place financière  monégasque ? Pas du tout semble penser la classe politique monégasque qui reste  optimiste, mais qui attend des actes forts de la part du gouvernement.

L’information a été officialisée le 19 octobre. La banque britannique HSBC quitte Monaco, mettant ainsi un terme à une présence qui avait débuté en 1999. Tout sauf une surprise pour pas mal d’observateurs qui ne voient là que la conséquence logique d’une politique dictée par un contexte international difficile. Il y a la crise financière bien sûr. HSBC n’a pas été épargnée et s’est engagée depuis 2011 dans une profonde restructuration de ses activités au niveau mondial. Objectif désormais affiché pour cette banque : viser les familles et les filiales de la clientèle commerciale du groupe. Dans cette perspective, maintenir une succursale en Principauté ne faisait plus sens. Et puis, il y aussi eu les scandales financiers. Les derniers en date ont éclaboussé une série de banques, dont HSBC. L’affaire des Panama Papers a révélé que cet établissement financier aurait permis à des clients monégasques de créer des centaines de sociétés offshore dans des paradis fiscaux, comme les Iles Vierges Britanniques par exemple (lire Monaco Hebdo n° 968). Et ses ennuis judiciaires semblent ne pas en finir. Car en plus des Panama Papers, il y a aussi eu les révélations du SwissLeaks en 2015. Quelques années auparavant, en 2008, ce sont les informations de l’informaticien Hervé Falciani, qui a d’ailleurs transité par Monaco, qui sont à l’origine de la nouvelle explosive tombée le 3 novembre. Le parquet national financier français a en effet indiqué qu’il souhaitait le renvoi de HSBC et de sa filiale HSBC Private Bank Suisse devant un tribunal correctionnel. D’après France Inter, ces deux établissements seraient soupçonnés d’avoir démarché de façon illicite des milliers de clients français et de les avoir par la suite assistés pour dissimuler au moins 1,6 milliard d’euros au fisc français. HSBC a indiqué que la banque prenait acte des conclusions du procureur national français. C’est désormais aux juges d’instructions de suivre, ou non, les réquisitions du parquet national financier. En cas de feu vert, HSBC comparaîtra devant le tribunal de Paris pour complicité de démarchage illicite et blanchiment de fraude fiscale. La banque britannique risque une amende de 800 millions d’euros.

« Conséquences »

Du coup, dans ce contexte général morose, le départ de HSBC n’est pas vraiment une surprise pour les conseillers nationaux que Monaco Hebdo a pu interroger. A commencer par l’élu Union Monégasque (UM), Bernard Pasquier, qui cite trois éléments déclencheurs liés aux changements intervenus dans l’économie mondiale depuis une dizaine d’années : les conséquences de la crise financière de 2008 sur les niveaux de capitalisation, la réglementation accrue des autorités visant à lutter contre le blanchiment, et l’émergence d’un monde aux taux d’intérêt très bas, voire négatifs. « Dans ce cadre HSBC a décidé de diminuer ses coûts en se séparant de nombreuses filiales dans des pays de petite taille, y compris dans les pays d’Amérique centrale et de Monaco et de se recentrer sur les grandes places financières que sont Londres, New York ou Hong Kong. Cette décision est avant tout une décision interne de la banque. Et les petits centres financiers, dont Monaco, en subissent les conséquences », souffle cet élu. Même absence de surprise chez Horizon Monaco (HM) et son leader, Laurent Nouvion, qui prévient : « Cette concentration doit se faire en conservant au marché local sa flexibilité et des services de qualité pour les résidents, les Monégasques mais aussi les sociétés installées à Monaco. La place bancaire évolue, elle est de plus en plus on shore comme l’ensemble des places internationales. Les financiers et les banquiers sont des professionnels des plus pragmatiques. Ils ont l’habitude de s’adapter aux demandes et aux habitudes de leurs clients. »

CFM

Après Lloyds Banking Group et le Crédit Suisse, c’est donc au tour de HSBC de fermer ses bureaux en Principauté. Ses clients seront proposés en exclusivité au Crédit Foncier de Monaco (CFM) Indosuez Wealth Management, la filiale internationale de gestion de fortune du Crédit Agricole. Au total, l’accord entre les deux banques porte sur un total de 9 milliards d’actifs et sur 200 salariés. « La concentration des banques à Monaco est un phénomène inévitable auquel on pouvait s’attendre. Nous sommes ainsi passés de 45 banques à moins de 30 en 8 ans, mais cette tendance n’est pas propre à Monaco. Cette tendance pourrait d’ailleurs se poursuivre, et on pourrait revenir à 20 banques en Principauté dans les prochaines années » pronostique l’élu de la nouvelle majorité, Thierry Crovetto. Ce qui induit une véritable incertitude pour les 200 salariés de HSBC Monaco : que vont-ils devenir ? Dans la mesure où CFM Indosuez Wealth Management n’est pas assurée de récupérer 100 % de la clientèle de HSBC Monaco, rien n’assure que cette banque reprendra la totalité des salariés (1). « Il s’agit d’un accord de référencement, pas d’un rachat, a expliqué le directeur général du CFM Indosuez Wealth Management, Gilles Martinengo à Monaco-Matin le 27 octobre. Chaque client devra donner son approbation avant le transfert chez CFM Indosuez. » Pas de quoi rassurer les 200 salariés de HSBC qui ne savent donc pas s’ils ont encore tous un avenir en Principauté.

« Ressources »

Du côté de l’association monégasque des activités financières (AMAF), on reste philosophe : « Un tel départ ne peut que susciter un sentiment de frustration eu égard à la qualité de cette maison, et à sa parfaite intégration dans l’environnement bancaire monégasque. Cela étant, certains partent, d’autres arrivent, d’autres encore investissent dans la reprise de tout ou partie de fonds de commerce. Et au final, le total des ressources de la place financière a continué à se développer », souligne le président de l’AMAF, Etienne Franzi. Et c’est vrai que les chiffres communiqués par cette association semblent rassurants : entre 2007 et 2015, les ressources de la place financière monégasque sont passées de 78,7 à 116,7 milliards d’euros. En revanche, sur la même période, si le nombre de sociétés de gestion est passé de 37 à 56, le nombre de banques a chuté de 40 à 35. « La place financière monégasque continue de se développer, insiste Franzi. +47 % depuis le début de la crise en 2008. Et +6,8 % depuis 2015, qui est une période qui a connu à la fois la “voluntary disclosure” italienne (2) et la signature par Monaco des conventions de l’OCDE et de l’accord avec l’Union européenne (UE) contre le secret bancaire. » Des résultats qui s’expliquent selon l’AMAF par « le temps » dont a pu bénéficier Monaco depuis 2008 pour s’adapter à un « nouveau paradigme en matière fiscale ». Ce qui a permis de redéployer « notre fonds de commerce et développer de nouveaux éléments d’attractivité pour une large clientèle non-résidente, qui représente toujours entre 45 et 50 % du total de nos ressources. Bien entendu, cela ne s’est pas fait au détriment de la clientèle résidente pour laquelle des efforts importants de développement ont été entrepris », explique Etienne Franzi. En prenant un peu de hauteur et en regardant au-delà du cas isolé de HSBC, beaucoup d’observateurs s’attendent à ce que d’autres banques quittent la Principauté. « Les coûts de « compliance » accrus imposés par les régulateurs pour lutter contre le blanchiment et la fraude fiscale, et les taux d’intérêt bas, vont continuer à favoriser une concentration des établissements bancaires dans des places comme Monaco, puisqu’il faut désormais un volume plus important d’actifs pour générer la même rentabilité. Cela ne signifie pas que le volume d’actifs dans son ensemble va diminuer, comme le montre d’ailleurs les actifs de la place monégasque qui ont continué de croître régulièrement depuis plusieurs années », analyse l’élu UM Bernard Pasquier.

 

Evolution des ressources de la place financière

Actifs gérés à Monaco : 38 milliards de plus en 8 ans

HSBC Monaco

HSBC Monaco

 

Evolution des membres de l’AMAF

HSBC Monaco

HSBC Monaco

 

« Sérénité »

Mais les élus interrogés par Monaco Hebdo restent raisonnablement optimistes. Pour eux, la Principauté a les moyens de résister, et même de se développer, malgré la concurrence internationale que se livrent les pays où les activités financières pèsent le plus. « Monaco reste une petite place financière, avec plus de 120 milliards de dépôt, contrairement par exemple au Luxembourg, tout en étant spécialisée dans la gestion privée. Il faut donc faire preuve de mesure, de calme et de sérénité. Les mouvements de croissance externe de fermeture ou d’absorption ne font que commencer », temporise Laurent Nouvion. Du calme et de la sérénité, il en faudra sans doute, même si Monaco a encore des armes pour se battre dans un contexte international de plus en plus concurrentiel. « La Principauté conserve un atout fiscal important pour ses résidents, en dehors des Français et des Américains. Et il faut que le cadre de vie et la facilité pour entreprendre donnent envie à des familles fortunées de s’installer en Principauté », prévient déjà l’élu de la nouvelle majorité, Thierry Crovetto. Maintenant que les règles internationales sont les mêmes pour tout le monde et que le mouvement de transparence souhaité par l’OCDE a pris de l’épaisseur, chaque pays va devoir trouver les arguments pour séduire de riches clients. « Le secret bancaire qui caractérisait l’offshore ne sera plus un élément déterminant pour les clients, souligne l’élu UM Bernard Pasquier. Ce sera la qualité de la gestion et des services fournis par les banques et les sociétés de gestion qui deviendront déterminants. On peut d’ailleurs remarquer que les banques et les sociétés de gestion qui ont résolument misé sur l’onshore il y a plusieurs années, anticipant ainsi les changements, s’en tirent mieux que celles qui ont continué à miser sur l’ancien modèle. » Ce qui n’empêche pas certains politiques, comme Bernard Pasquier, de demander à ce que l’Etat monégasque reste attentif : « On a bien vu avec le Panama ou bien les Bahamas ce qu’il pouvait en couter aux pays récalcitrants. Il faut cependant que Monaco reste vigilant à ce que tous les pays jouent le jeu, car cela limitera le risque de fuite des capitaux. »

Clients

Pour continuer à grandir, il faudra donc s’élever autrement. Et trouver d’autres axes de développement. Et s’il y a un sujet sur lequel Monaco peut progresser, c’est bien sur les dépôts faits par les résidents de la Principauté. « On estime que les résidents ne déposent, en moyenne, que 10 % de leurs actifs dans des banques de la Principauté. Cela laisse de la marge, à condition de comprendre pourquoi ils ne déposent pas davantage. On pourra ensuite essayer d’apporter des réponses à ces freins… », souligne Thierry Crovetto. Si ce chiffre de 10 % circule beaucoup en Principauté, impossible de le vérifier et de le valider avec certitude. « S’agissant des avoirs des résidents, rien à ce jour ne permet d’estimer sérieusement la part qui en est confiée à nos établissements. Peut-être, à l’avenir, avec l’échange d’informations ? », se demande Etienne Franzi. Mais comme l’explique le conseiller-ministre pour l’économie et les finances Jean Castellini (lire son interview par ailleurs), au-delà de ce chiffre, 10 % ou pas, ce qui est certain, c’est que la possibilité de progression existe. Et elle est énorme. Face à ce défi, Monaco va devoir vite s’adapter pour satisfaire des clients toujours plus exigeants et très internationaux qui n’hésiteront pas à aller voir ailleurs si la Principauté ne les satisfait pas. « Les clients attendent notamment de leurs interlocuteurs une grande compétence, un suivi sur-mesure et une totale confidentialité », avance Thierry Crovetto. « Nous savons bien que les nombreux Ultra High Net Worth Individuals (UHNWI) qui constituent une partie de notre clientèle, ne nous confie qu’une partie de leurs ressources », reconnaît Etienne Franzi. Le patron de l’AMAF évoque ainsi une récente opération de communication qui a réunit environ 150 participants, notamment des family offices, sur les possibilités offertes par les fonds communs de placement monégasque ou gérés depuis la Principauté. Pour l’avenir, l’AMAF va donc continuer à communiquer pour mettre en avant la place financière locale, avec l’appui du gouvernement et du Monaco Economic Board (MEB). Pour répondre à Thierry Crovetto, Etienne Franzi met en avant un renforcement des compétences « initié par la mise en oeuvre à l’initiative et sous la responsabilité de l’AMAF d’un diplôme de certification professionnelle, obligatoire pour exercer une activité dite de “front office” au sein des banques et sociétés de gestion de la place financière. »

Sur un plan plus politique cette fois, les négociations de Monaco avec l’UE pourraient aussi permettre d’asseoir un peu plus confortablement encore la place financière monégasque. « Si les conditions le permettent, l’accès au marché intérieur de l’UE dans le cadre des négociations en cours » est en effet un autre dossier très important pour l’AMAF et son président, Etienne Franzi. C’est aussi un vrai sujet pour l’élu UM Bernard Pasquier : « Il faudrait essayer d’obtenir le maximum de contreparties de la part des autres pays, non seulement pour être rayé de toutes les listes noires ou grises, mais aussi et surtout pour que nos produits et services financiers puissent être commercialisés en Europe en particulier. C’est là que nos négociations avec l’UE pourraient amener des changements très positifs pour la place financière monégasque. »

Digital

C’est aussi et surtout de compétences dont Monaco aura besoin. Notamment en « améliorant la compétence des banques et des gérants d’actifs pour offrir aux clients des services aussi bons ou meilleurs que ceux qu’ils pourraient trouver à Londres, Zurich ou bien Singapour », lance Bernard Pasquier. La loi sur les multi family offices qui devrait être votée fin novembre au Conseil national est un autre élément important dans cette compétition internationale. Tout comme l’est la création d’un “bachelor in business administration” option “Monaco Banking and Financial Services” proposé par l’International School of Monaco (ISM), estime cet élu, qui pense que cette somme d’efforts doit impérativement être « poursuivie ». Thierry Crovetto évoque d’autres pistes de développement. Par exemple un appui en faveur des sociétés de gestion pour les clients privés, mais aussi pour la gestion de fonds : « Les sociétés de gestion monégasques gèrent uniquement 4 milliards d’euros de fonds monégasques, mais gèrent et conseillent déjà 13 milliards de fonds étrangers. On pourrait aussi encourager la technologie financière (3) ou FinTech, qui pourront également exporter leur savoir faire au-delà de Monaco, comme l’entreprise KeeSystem par exemple. » Alors que la fréquentation des agences continue de baisser, les effectifs des banques sont réaffectés vers le numérique. Ce qui permet de réserver les agences aux services qui rapportent le plus, notamment pour les clients très fortunés ou pour les entreprises. Une certitude, l’adaptation au digital et le poids des entreprises de technologie financière ne fera que s’accentuer dans les années à venir. Un autre chantier sur lequel Monaco ne pourra pas faire l’impasse.

 

(1) Contactés par Monaco Hebdo, ni HSBC, ni CFM Indosuez Wealth Management ne nous ont répondu avant le bouclage de ce numéro, le 8 novembre.
(2) La déclaration volontaire ou “voluntary disclosure” encourage tout contribuable ayant déposé illégalement de l’argent en Suisse entre 2005 et 2009 à se déclarer. Les délits antérieurs sont prescrits. Seuls ceux dont les capitaux auront été exportés illégalement après 2010 feront l’objet d’une poursuite pénale. L’Italie a signé une série de conventions fiscale avec notamment la Suisse, Monaco et le Liechtenstein. Les Italiens auraient stockés entre 150 et 200 milliards d’euros. L’Italie espère récupérer plusieurs milliards d’euros de pénalités.
(3) La technologie financière, ou FinTech, est un domaine d’activité dans lequel les entreprises utilisent les technologies de l’information et de la communication pour proposer des services financiers en étant plus efficace et moins onéreux.

 

« Il va falloir répondre à une dualité »

Le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini, refuse de dramatiser le départ de HSBC de la Principauté. Et il explique à Monaco Hebdo les nouveaux défis que va devoir relever la place financière monégasque.

Jean Castellini

Votre réaction suite au départ de HSBC qui était installé à Monaco depuis 1999 ?

Il s’agit d’une décision du groupe HSBC qui ne concerne pas exclusivement la Principauté et que je n’ai donc pas à commenter. Cela fait partie d’une stratégie globale de réorganisation mise en place par quelques grands groupes bancaires et financiers depuis quelques années déjà. Notamment pour se concentrer sur d’autres métiers que celui de la banque privée. Comme historiquement Monaco est une place de banques privées, il n’est pas illogique que certains de ces groupes décident de ne plus être présents en Principauté. Mais il ne faut pas oublier que ces grands groupes ont pris des décisions similaires dans certains autres pays.

Ce départ de HSBC signifie-t-il que, désormais, Monaco n’est plus une priorité et/ou n’est plus suffisamment attractif pour les banques privées ?

Je ne pense pas. D’ailleurs, une partie de l’activité de HSBC va être reprise par le CFM Indosuez Monaco qui a une importante activité de banque privée.

Craignez-vous de voir Monaco devenir au fil du temps un simple guichet pour les clients ultra riches, que l’on appelle Ultra High Net Worth Individuals (UHNWI) ?

Oui et non. De plus en plus de clients en Principauté vont faire appel aux banques ou aux sociétés de gestion de Monaco. Ce qui va leur servir de point d’entrée dans la Principauté pour obtenir, depuis Monaco ou dans Monaco, des services dans le domaine de la banque d’investissement, de la banque d’affaires, ou encore pour des services aux entreprises. On aura donc une offre plus importante, mais toujours à partir d’entités dont le métier d’origine reste la banque privée.

La disparition du secret bancaire et la signature des accords avec l’OCDE expliquent en partie la décision de HSBC et rendent désormais la Principauté moins attractive ?

Si des effets devaient se faire sentir par rapport à ces deux points, ce seraient des effets positifs. Car ces accords bilatéraux signés en septembre dernier, ou les accords multilatéraux qui devraient être prochainement ratifiés par le Conseil national, sont positifs. Que ce soit pour le client, pour les banques ou pour le gouvernement, ces accords ont le mérite de poser un cadre. Un cadre qui est accepté et reconnu par tous. Du coup, ce serait plutôt l’absence de cadre ou l’incertitude liée à l’absence de signature de ce type d’accords qui pourraient poser problème.

Vraiment ?

Ces accords facilitent au contraire le travail des établissements financiers et leur positionnement par rapport à leurs clients. Les clients peuvent venir à Monaco, nous sommes comme partout ailleurs, il n’y a pas de différence. Que ce soit en termes de cadre réglementaire ou en termes de services. Les outils et les procédures de lutte contre le blanchiment et la transparence fiscale sont les mêmes ici que presque partout ailleurs dans le monde. Ce n’est donc pas cette plus grande transparence qui pourrait pousser certaines banques à quitter Monaco.

Et si Monaco avait refusé de signer ces accords ?

Sans ces mesures, les gens viendraient moins en Principauté pour y vivre, pour investir dans l’immobilier ou pour créer leur entreprise et des emplois. Du coup, on aurait des recettes fiscales moins importantes, avec malgré tout des dépenses stratégiques et absolument nécessaires pour notre pays. On se dirigerait donc tout droit vers du déficit et de l’endettement.

Ce serait catastrophique ?

Lorsque la dette et le déficit deviennent la règle, il devient alors difficile de ne pas augmenter les impôts ou de créer de nouveaux impôts. Ce qui a pour effet de diminuer l’attractivité du pays. Bref, on tombe alors dans un cercle vicieux. Voilà pourquoi le gouvernement a décidé de miser sur un cercle vertueux, en signant ces différents accords.

Quels sont les effets concrets de ce « cercle vertueux » que vous défendez ?

Nos recettes fiscales ont atteint un niveau remarquable. Ce qui nous permet d’avoir un budget en excédent et de rester attractif, car nous n’avons pas à augmenter les impôts existants ou à en créer de nouveaux.

Quel est le principal défi à relever désormais ?

Pour continuer à se développer sur le onshore, la place financière monégasque doit parvenir à capter une part plus grande des avoirs des clients qui habitent à Monaco. Rien ne s’y oppose, à part peut-être la force de l’habitude.

A ce jour, quelle part des avoirs des résidents de Monaco est gérée en Principauté ?

Un chiffre circule, mais je ne pourrai ni le confirmer, ni le valider. On parle de 10 % des avoirs des résidents qui seraient en gestion ou en dépôt auprès d’établissements financiers de la Principauté. Ce qui est sûr, c’est que la marge de manœuvre est très importante.

D’autres défis à relever ?

Dans les années qui viennent, les gestionnaires de fortune et les banques devront répondre à cette dualité : la transparence, la coopération et en même temps le respect de la sphère privée qui doit rester la norme. Car on ne transmettra que les informations qui doivent l’être. Cette ambivalence sera clé pour le développement de la place bancaire et financière monégasque.

Quoi d’autre ?

Les compétences seront aussi décisives. Monaco doit rester un centre de banques privées qui permette d’avoir accès à des services de banques du monde entier à partir de la Principauté. Le CFM, Barclays, UBS… Toutes ces banques et d’autres peuvent proposer des services multiples depuis la Principauté, quitte à les trouver à l’étranger. Monaco doit s’imposer comme une sorte de guichet unique qui permette d’avoir ensuite accès à des services partout dans le monde.

 

journalistRaphael Brun