Coup dur pour Radio Monaco

Sabrina Bonarrigo
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La radio monégasque créée en 2007 par Gildo Pallanca-Pastor vient de lancer un plan social. Huit salariés sont licenciés pour « motif économique ». Soit les deux tiers des effectifs. Par Sabrina Bonarrigo

« L’annonce est brutale… On se retrouve presque tous sur le carreau. » La petite équipe de Radio Monaco est toujours sous le choc. Et pour cause… La direction de cette station monégasque fondée par Gildo Pallanca-Pastor il y a presque 10 ans, a décidé de se séparer de deux tiers de ses effectifs. C’est par courrier, le 24 octobre dernier, que la nouvelle est tombée. « Huit salariés sont concernés. Dans ce courrier, il était notifié que nous sommes licenciés pour motif économique, raconte un salarié touché. Nous avons forcément été choqués. D’autant qu’une radio fonctionne en saison, et que celle de Radio Monaco venait de redémarrer… Nous avions en plus l’impression d’avoir accompli tous les efforts qui nous avaient été demandés. Et ce, avec un budget réduit. Il aurait pu, je pense, y avoir une autre solution que celle qui a été prise… »

« Une question d’argent »

La pilule a d’autant plus de mal à passer que les raisons qui ont poussé à ce plan social drastique ne sont pas clairement expliquées. Contacté par Monaco Hebdo, Gildo Pallanca-Pastor, désormais consul de Monaco à New York, nous a renvoyés vers Richard Borfiga, gérant de cette radio, lui aussi très peu loquace. Le patron du MICS, qui est aussi gérant de l’entreprise Venturi, explique seulement que comme « dans toute entreprise, parfois, des restructurations s’imposent ». Tout en indiquant que l’objectif est « d’essayer de relancer » la radio par une nouvelle stratégie, avec « peut-être » une évolution vers le web. « C’est une radio qui ne devait pas rapporter énormément d’argent, et sans doute en coûter, avance un observateur. L’éloignement de Gildo Pastor, dont c’était le bébé, et qui participait activement à l’équilibre financier de la radio, a dû jouer. Je suppose donc que c’est une question d’argent. »

« Audience »

Le choc est d’autant plus grand pour l’équipe que cette radio remportait un certain succès auprès des auditeurs. « C’est une radio qui avait en effet son public, au-delà de Monaco, qui était très écoutée, qui avait un bon programme musical, et qui était même appréciée par la famille princière, puisque la Princesse Stéphanie et la Princesse Caroline s’y exprimaient régulièrement. Tout comme les décideurs et les hommes politiques. La partie information est également très bien faite, grâce notamment à Jean-Christophe Dimino », explique Patrick Zehr, président de l’Union de la presse francophone (UPF) secteur Monaco. Le directeur des programmes et de l’information, Jean-Christophe Dimino, lui aussi touché par ce plan social, expliquait d’ailleurs en août 2016 que les audiences de sa radio étaient plutôt au beau fixe : « Globalement, on observe que l’écoute en streaming sur internet et sur mobile font que la notoriété de Radio Monaco s’élargit chaque saison un peu plus. Le public — hors de Monaco — continue de nous être fidèle. L’audience s’établit à environ 20 000 auditeurs recensés dans le département des Alpes-Maritimes. La durée d’écoute a même fortement progressé la saison dernière : + 55 %, soit 82 minutes par jour. »(1)

« Annonceurs »

Reste à voir quelle orientation prendra cette station avec une équipe réduite à seulement quatre salariés. Certains avancent la piste d’une radio 100 % musicale et sans infos… Selon nos informations, seuls deux programmateurs musicaux, un coordinateur, certainement amené à faire aussi un peu d’animation, et un technicien devraient être conservés dans les effectifs : « Cela ne va pas être simple non plus pour ceux qui restent, estime un salarié licencié. Je pense qu’on va leur demander beaucoup de choses. Cela ne va pas plaire non plus aux annonceurs d’acheter de la publicité sur une radio qui diffuse beaucoup moins de programmes qu’avant. Surtout si la radio émet, à terme, uniquement à Monaco et pas au-delà, comme certaines rumeurs le prétendent… ». Aujourd’hui, Radio Monaco diffuse ses programmes depuis la Principauté de Bordighera jusqu’au golfe de Saint-Tropez via trois fréquences FM (2). Quant aux huit salariés touchés, c’est une période difficile qui va nécessairement s’ouvrir : « Même si nous avons tous des profils différents — journalistes, directeurs marketing ou publicitaire etc. — nous sommes tous jetés en même temps sur le marché du travail… »

(1) Extrait d’une interview accordée au site www.lalettre.pro.
(2) 98.2 à Monaco, 95.4 de Bordighera à Saint-Tropez et 103.2 à Cannes/Grasse/Antibes.

 

« Un nouveau coup porté à la presse indépendante »

Parmi les salariés touchés par ce plan social figurent plusieurs journalistes. L’union de la presse francophone (UPF) section Monaco, et le syndicat des journalistes professionnels de Monaco (SJM) ont donc réagi via un communiqué. Ils s’alarment « du nouveau coup porté à une entreprise de presse indépendante ». Après presque 10 ans d’existence, Radio Monaco est « donc sur le point de disparaître du paysage audiovisuel de la Principauté, s’inquiètent les deux organisations. Dans le meilleur des cas, elle viendra s’ajouter au brouhaha anonyme des radios musicales éphémères. Quoi qu’il en soit, et nous le déplorons vigoureusement, l’information et ceux qui la servent, sont une nouvelle fois les victimes désignées de cet “accident industriel” ». Pour l’UPF et le SJM, ce plan social vient allonger « la longue liste » des atteintes ciblant la profession : « Radio Monte Carlo (RMC) et Télé Monte Carlo (TMC) en sont aujourd’hui encore les tristes et historiques jalons. Il n’y avait pas beaucoup de journalistes à Monaco, il y en aura à présent un peu moins… C’est un mauvais signal envoyé, alors qu’il est actuellement envisagé à Monaco de relancer un audiovisuel public… », conclut Patrick Zehr, le président de l’UPF.

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