Primaire de la droite et du centre
7 candidats pour un fauteuil

Sabrina Bonarrigo
-

C’est une grande première : les 20 et 27 novembre, une primaire désignera le candidat officiel de la droite à l’élection présidentielle de 2017. Monaco Hebdo dresse le portrait des 7 candidats en lice.

C’est la fin d’une longue tradition à droite… Celle d’un “chef naturel” qui part à la conquête de l’Elysée, porté par toute une famille politique. Comme les socialistes il y a 5 ans, Les Républicains (LR) ont fait le choix de désigner leur candidat officiel via l’organisation d’une primaire ouverte « de la droite et du centre ». Sur la ligne de départ, 7 candidats : le doyen Alain Juppé, l’ex-chef d’Etat, Nicolas Sarkozy, l’ancien premier ministre, François Fillon, l’ancien président de l’UMP, Jean-François Copé, les deux quadras de la bande, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire et, enfin, l’inconnu du casting, Jean-Frédéric Poisson, invité dans cette primaire en tant que président du Parti chrétien-démocrate (PCD). Bien qu’ils soient 7 sur le ring, c’est surtout un duel Alain Juppé-Nicolas Sarkozy qui semble se profiler.

Revanche

Classé « au rayon des antiquités » de la droite française par ses détracteurs, mais considéré par ses partisans comme le plus expérimenté et le mieux à même de rassembler une France divisée, Alain Juppé est en tête des sondages depuis son entrée en campagne. Le maire de Bordeaux, qui met en avant sa carrure d’homme d’État, est soutenu pas les modérés François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin. Ce chiraquien espère attirer les déçus de la gauche et du hollandisme, et compte sur la mobilisation de l’électorat centriste. De son côté, Nicolas Sarkozy a soif de revanche. N’ayant jamais digéré sa défaite face à François Hollande en 2012, il ambitionne de franchir à nouveau les portes de l’Élysée. Mais son ambition pourrait être entachée par les dossiers judiciaires qui le touchent. Notamment l’affaire Bygmalion ou encore l’enquête sur un possible financement libyen de la campagne de 2007.

Plébiscite

A Monaco, les 5 757 Français inscrits sur les listes électorales sont également concernés par ces primaires. Comme tous les Français de l’étranger, ils peuvent en effet exprimer leurs suffrages via un vote électronique. Reste à voir, à qui ils accorderont leurs voix. Seule certitude : Monaco est clairement un bastion de droite. Lors de l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy avait en effet été littéralement plébiscité. A l’époque, le candidat avait recueilli 84,26 % des voix (2018 suffrages) contre 15,74 % (377 suffrages) pour François Hollande. Même score écrasant en 2007. Sarkozy avait recueilli 83,4 % des suffrages. Tout l’enjeu à Monaco sera donc de voir si les électeurs de la Principauté seront, cette fois-ci, plutôt séduits par Alain Juppé… Réponse dans moins d’un mois.

Un duo Jadot-Rivasi chez les écologistes

Pendant que les six candidats Les Républicains et Jean-Frédéric Poisson du parti chrétien-démocrate s’affrontent, Europe écologie-Les Verts (EELV) organise sa primaire avec un peu d’avance sur la droite. Le premier tour s’est déroulé mercredi 19 octobre et, coup de théâtre, l’ex-ministre du logement Cécile Duflot a été éliminée alors qu’elle était donnée favorite. Ce sont deux personnalités peu connues, issues de la société civile, qu’ont porté les suffrages : Yannick Jadot, 49 ans, et Michèle Rivasi, 63 ans. Tout deux députés européens et passés par Greenpeace. Pour les départager, le second tour se tient lundi 7 novembre, et même si des irrégularités ont été soulevées — aucun contrôle de l’identité des 17 000 inscrits, dont 12 000 votants, alors que le parti ne compte que 7 000 adhérents. A.B.

Des candidatures en suspens chez les socialistes

Du côté du parti socialiste (PS), la désignation du candidat de la gauche pour l’élection présidentielle a encore du chemin à faire. Neuf prétendants sont déjà en lice, dont les anciens ministres Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, mais aussi Jean-Luc Bennahmias et Marie-Noëlle Lienemann. En attendant la primaire, prévue pour les 22 et 29 janvier 2017, de nombreux socialistes s’interrogent sur le bien-fondé d’une candidature de François Hollande. En cas de forfait du président, de nombreux noms se murmurent. Premier des pressentis mais pas encore déclarés, le premier ministre Manuel Valls. Autres personnalités évoquées par les commentateurs politiques, Emmanuel Macron, Christine Taubira et Najat Vallaud-Belkacem. Christine Aubry et Ségolène Royal ont, quant à elle, affirmé qu’elles ne participeront pas à la primaire. Tous ont jusqu’au 15 décembre pour se déclarer. A.B.

Primaire Jean-François Copé

Jean-François Copé, gouverner par ordonnances

52 ans, né à Boulogne-Billancourt (Seine).

Etudes :

En 1985, Jean-François Copé intègre l’institut d’études politiques (IEP) de Paris, puis l’Ecole Nationale d’Administration (Ena). Diplômé en 1989, il s’intéresse à la finance, et termine sa formation par des séminaires de management aux Etats-Unis.

Parcours professionnel et politique :

Maître de conférences à Science-Po, puis professeur d’économie et de finances à Paris 8.

Depuis 2007, il est aussi avocat

Député de Seine-et-Marne depuis 2007.

Maire de Meaux depuis 2005

Président de l’UMP de 2012 à 2014.

Porte-parole du gouvernement sous

Jacques Chirac de 2002 à 2007.

Ses mesures phares :

• Un « Plan Marshall » pour la sécurité, avec le recrutement de 50 000 policiers, gendarmes, magistrats, gardiens de prison et militaires. Créer une agence technologique du renseignement qui sera une « NSA » à la française.

• Mettre en place une certification des imams assurant qu’ils soient formés aux exigences de la laïcité et aux lois de la République.

• Créer un parquet national anti-terroriste spécialisé et un établissement pénitentiaire pour détenus djihadistes.

• Supprimer l’aide médicale d’Etat et la remplacer par une franchise médicale pour les urgences sanitaires ou les maladies graves.

• L’allégement général des charges sociales patronales pour un montant de 30 milliards d’euros.

• Passer la durée du travail à 39 heures avec une contrepartie financière.

• Supprimer le droit du sol et lui substituer « une nationalité d’adhésion ».

• La suppression de l’impôt sur la fortune (ISF).

• Organiser dès l’école élémentaire, au minimum une fois par mois, une levée du drapeau tricolore. Rendre obligatoire l’apprentissage de l’hymne national à l’école. Port de l’uniforme, choisi par chaque établissement.

« Copé passe ses journées à détruire Sarkozy »

Certains, comme Nicolas Sarkozy, proposent de recourir au référendum. Pour Copé, cette démarche est tout bonnement « démagogique et absurde ». Le candidat préfère aller droit au but en appliquant, s’il est élu président, « quinze ordonnances » dès septembre 2017. « C’est la condition sine qua non du sursaut français. Pourquoi, une fois élu, un président aurait-il besoin d’attendre avant d’agir et de demander aux Français de confirmer la feuille de route qu’ils ont d’ores et déjà choisie lors de l’élection présidentielle ? », justifie-t-il… Durant cette primaire, Jean-François Copé a un fil rouge : détruire son rival Nicolas Sarkzoy. « Copé va surtout être le caillou dans la chaussure de Nicolas Sarkozy. Il passe ses journées à le critiquer, le détruire, l’assassiner, sur tous les sujets. Il estime qu’il l’a lâché dans l’affaire Bygmalion », analyse le journaliste Olivier Biscaye.

 

Primaire François Fillon

François Fillon, le libéral

62 ans, né au Mans (Sarthe)

Etudes :

Après plusieurs stages à l’Agence France-Presse (AFP) en Espagne et en Belgique, François Fillon intègre l’université du Maine et obtient en 1976 une maîtrise en droit public, puis un DEA en 1977, à l’université de Paris-Descartes.

Parcours politique :

Député de Paris depuis juin 2012.

Premier ministre sous Nicolas Sarkozy (2007–2012).

Ministre de l’éducation nationale (2004–2005).

Ministre des affaires sociales (2002–2004).

Sénateur de la Sarthe (2005-2007).

Président du conseil régional des Pays de la Loire (1998-2002).

Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (1993-1995).

Ses mesures phares :

• Fin des 35 heures dans le secteur privé et retour aux 39 heures dans la fonction publique.

• Suppression de l’impôt sur la fortune « pour aider au financement des entreprises ».

• Recul de l’âge de la retraite à 65 ans et unification de tous les régimes de retraite.

• Instauration d’une allocation sociale unique « pour que les revenus du travail soient toujours supérieurs à ceux de l’assistance. »

• 12 milliards d’euros de plus dans la sécurité, la défense et la justice, et création de 16 000 places de prison.

• Interdire le retour sur le territoire national des Français partis combattre à l’étranger dans les rangs terroristes, condamner les personnes coupables d’intelligence avec l’ennemi et expulser les étrangers appartenant à la mouvance terroriste.

Réduire l’immigration en créant des quotas et en ne versant des prestations qu’aux étrangers en situation régulière depuis au moins deux ans.

• Age de la scolarité avancé à 5 ans au lieu de 6, « pour favoriser l’apprentissage de la lecture et des savoirs fondamentaux par nos enfants ».

• Adoption plénière réservée aux couples hétérosexuels, limiter la PMA aux couples hétérosexuels infertiles et interdire la GPA

« François Fillon n’imprime pas »

Les sondages le placent régulièrement en troisième ou quatrième position, au coude-à-coude avec Bruno Le Maire, et loin derrière Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. « François Fillon n’imprime pas. Il culmine à 10 % des intentions de vote malgré le fait qu’il ait été 5 ans premier ministre », constate le journaliste Olivier Biscaye. Côté programme économique, il est en tout cas le plus libéral. Celui qui se dit persuadé de figurer au second tour de la primaire, souhaite en effet le retour aux 39 heures, la suppression de 600 000 postes de fonctionnaires, le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, la dégressivité de l’assurance-chômage et 110 milliards d’euros d’économie en cinq ans. Sur le volet familial et social, François Fillon a reçu le soutien de Sens commun, l’association politique fondée par des membres de la Manif pour tous. Pas étonnant puisque le député de Paris avait voté contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en 2013. Aujourd’hui, il appelle à réécrire la loi pour supprimer l’adoption plénière par les couples homosexuels.

 

Primaire Alain Juppé

Alain Juppé : le favori

71 ans, né à Mont-de-Marsan (Landes).

Etudes :

Agrégé de lettres classiques, ancien élève de l’école normale supérieure (ENS) et de l’école nationale d’administration (ENA).

Parcours professionnel et politique :

Ministre délégué au budget de 1986 à 1988.

Ministre des affaires étrangères de 1993 à 1995.

Premier ministre de 1995 à 1997.

Enseignant au Québec en 2005-2006.

Ministre de l’écologie en 2007.

Ministre de la défense en 2010-2011.

Ministre des affaires étrangères en 2011-2012.

Maire de Bordeaux depuis 1995.

Ses mesures phares :

• Mettre en œuvre « les outils de l’état d’urgence » : perquisitions administratives, assignation à résidence des « fichés S » jugés dangereux, et arrestation des Français de retour du Djihad. Créer “un délit de séjour” pour toute personne se trouvant sur un théâtre d’opérations terroristes extérieure (ou tentative).

• Faire appel aux réservistes de la police et de la gendarmerie — retraités des deux corps — et créer une garde nationale.

• Isoler les détenus radicalisés. Pratiquer des fouilles systématiques pour s’assurer qu’ils ne disposent pas de téléphone portable. Assurer une surveillance des courriers par des spécialistes de l’anti-terrorisme. Créer une police pénitentiaire chargée d’assurer le renseignement contre les trafics et à la radicalisation des détenus. Rétablir les peines plancher. Construire 10 000 places de prison pendant le quinquennat.

• Sortir des 35 heures et laisser chaque entreprise libre de définir sa durée de travail avec ses salariés. Laisser deux ans aux entreprises pour négocier une durée comprise entre 35 heures et 39 heures. Par défaut, au bout de 2 ans, c’est la durée de 39 heures qui prévaudra.

• Abaisser progressivement le taux de l’impôt sur les sociétés « pour le rapprocher de la moyenne européenne. » Ce taux sera fixé dans un premier temps à 24 % pour les petites et moyennes entreprises (PME), puis convergera, à terme, vers 22 %, et à 30 % pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et pour les grandes entreprises.

• Supprimer l’impôt sur la fortune (IFS) « pour stopper l’hémorragie fiscale et inciter les milliers de détenteurs de capitaux fuyant l’ISF à investir en France. »

• Suppression de toutes les charges patronales au niveau du SMIC. Une mesure qui « permettra de créer rapidement 200 000 emplois. »

• Relever dès 2017 le quotient familial à 2 500 euros par demi-part supplémentaire, pour toutes les familles. Rétablir le versement de la prime à la naissance au 7ème mois de grossesse.

Le faux pas :

En décembre 2004, Alain Juppé a été condamné en appel à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité « pour prise illégale d’intérêt ».

 

Primaire Nathalie Kosciusko-Morizet

Nathalie Kosciusko-Morizet, la singulière

43 ans, née à Paris (15 ème arrondissement)

Etudes :

Diplômée de l’École polytechnique (service militaire effectué dans la Marine nationale), NKM devient ensuite membre du Corps des ingénieurs de génie rural et des eaux et forêts au sein de l’institut AgroParisTech. Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires (MBA).

Parcours politique :

Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie en 2007.

Maire de Longjumeau de 2008 à 2013.

Secrétaire d’Etat chargée de l’économie numérique en 2009.

Ministre de l’écologie en 2010 dans le gouvernement de François Fillon.

Elue en 2012 députée de la quatrième circonscription de l’Essonne.

Ses mesures phares :

• Remplacer le Conseil économique et social par une Chambre des citoyens : une plate-forme en ligne qui permettrait à chaque citoyen de soumettre une proposition de loi. Au-dessus de 500 000 signatures en ligne, cette chambre citoyenne présente le projet de réforme au gouvernement et au parlement qui est tenu d’en débattre.

• Reporter « à moyen terme », l’âge légal du départ à la retraite à 65 ans et mettre en place « un régime de retraite par points pour tous, comme les Suédois l’ont fait ».

• Ramener le taux d’impôt sur les sociétés à la moyenne européenne (25 %)

• Bannir les financements étrangers, et taxer à hauteur de 1 % les produits halal « afin de financer de manière transparente et autonome un islam de France, compatible avec les valeurs de la République ».

• Interdire le salafisme en France. NKM a déposé une proposition de loi en ce sens en août dernier. Objectif : permettre aux juges de condamner « ces prédicateurs, interdire les livres et faire fermer les lieux de culte, associations et sites internet qui diffusent ces idéologies ».

• Construire 20 000 places de prison. Créer une peine de perpétuité réelle pour les faits de terrorisme. Créer une agence de renseignement technologique unique, sur le modèle de la NSA américaine.

« Il faut une femme dans cette primaire »

Elle est la plus jeune des candidates et la seule femme de cette primaire. NKM, qui a bataillé jusqu’au bout pour obtenir ses signatures, « n’était pas prévue dans le casting des primaires », rappelle Olivier Biscaye. « C’est une opération marketing réussie. Elle a misé sur le : “Je suis une femme, il faut une femme dans cette primaire, aidez-moi”… L’appel a été entendu. » Selon le journaliste, ses propositions sur la famille, l’écologie et l’économie numérique séduisent un « certain électorat de droite. Elle prendra probablement des voix à Alain Juppé et à Bruno Le Maire. » NKM dénonce les « positions très conservatrices » des ses collègues de droite, et estime que le pays « a besoin de visionnaires, pas de réactionnaires ».

 

Primaire Bruno Le Maire

Bruno Le Maire, le renouveau ?

47 ans, né à Neuilly-sur-Seine (hauts-de-seine)

Etudes :

Diplômé de l’École normale supérieure (ENS), de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et de l’Ecole nationale d’administration (ENA).

Parcours politique :

Directeur de cabinet du premier ministre Dominique de Villepin en 2006.

Député UMP de la 1ère circonscription de l’Eure en juin 2007.

Secrétaire d’État aux affaires étrangères en avril 2008.

Ministre de l’agriculture de juin 2009 à mai 2012.

Ses mesures phares :

• Supprimer l’impôt sur la fortune (ISF), « qui provoque la fuite des capitaux, pénalise les investissements et le risque, au profit de la rente et du placement dans les œuvres d’art ».

• Privatiser Pôle Emploi et confier le placement des chômeurs « à des associations ou des entreprises privées, rémunérées en fonction de leurs résultats ».

• Augmenter l’âge de départ en retraite de 62 à 65 ans d’ici 2024, par palier de cinq mois.

• Création des “emplois-rebonds” pour les chômeurs longue durée. Il s’agit de mini-jobs rémunérés en dessous du Smic : 20 heures de travail maximum par semaine, payés 5 euros net de l’heure. Contrats limités à un an et cumulables avec le revenu de solidarité active (RSA).

• Création de 10 000 places de prison supplémentaires d’ici 2022. Création de centres pénitentiaires réservés aux prévenus et aux condamnés pour terrorisme.

• Favorable à une loi interdisant le burkini

• Durcir les conditions du regroupement familial avec des critères de revenus : 20 000 euros net annuel et 1 200 euros supplémentaires par enfant. Réduire à 6 mois (contre deux ans aujourd’hui) le délai total de la procédure des demandes d’asile.

La barre à droite

Son slogan de campagne : « Le renouveau, c’est Bruno. » A 47 ans, Bruno Le maire est le deuxième candidat le plus jeune de la primaire après Nathalie Kosciusko-Morizet (43 ans). Cet énarque — favorable, d’ailleurs, à une suppression de l’ENA — souhaite renouveler une classe politique « qui n’a pas changé depuis 30 ans ». « Bruno Le Maire pense qu’il peut gagner la primaire ou en tout cas créer la surprise. En 2012, personne ne le connaissait… et personne n’imaginait non plus qu’il arriverait à ce stade. Aujourd’hui, il réalise 400 déplacements, possède des entités dans tous les départements » et se trouve au coude-à-coude dans les sondages avec François Fillon, « qui, lui, a été premier ministre pendant tout de même 5 ans », rappelle Olivier Biscaye. Selon ce journaliste, le candidat a aussi compris que depuis les évènements terroristes en France « la campagne de la primaire allait se jouer à droite. » D’où des positionnements très fermes sur la sécurité, l’islam et l’immigration : « Il sait qu’il ne peut pas faire une campagne entre deux, alors que les électeurs sont en demande de sévérité, de fermeté, et d’autorité. Le centrisme n’a pas d’avenir dans la vie politique. Il n’a cependant pas renié ses positions plus modérées, sur le mariage pour tous, notamment, qu’il ne veut pas abroger. » Il est en revanche opposé à la PMA et à la GPA pour les couples homosexuels.

Ce que vous ne saviez (sans doute) pas : Cet enfant d’une famille aisée a tout de même exercé des petits boulots. Livreur de pizzas, pompiste mais aussi… écrivain à l’eau de rose. Bruno Le Maire a effet écrit un livre pour la maison Harlequin. « Un opus mettant en scène une infirmière amoureuse », raconte Olivier Biscaye.

 

 

 

Primaire Jean-Frédéric Poisson

Jean-Frédéric Poisson, l’héritier de Christine Boutin

53 ans, né à Belfort (Bourgogne-Franche-Comté)

Etudes :

Titulaire d’un doctorat de philosophie en bioéthique et d’un master de droit social

Parcours professionnel et politique :

Directeur des ressources humaines dans la métallurgie puis directeur d’une entreprise de conseil.

Maire de Rambouillet de 2004 à 2007.

Député des Yvelines de 2007 à 2010,

puis de 2012 à aujourd’hui.

Elu vice-président de la commission des lois de l’Assemblée nationale en 2013.

Ses mesures phares :

• L’abolition du mariage homosexuel. La baisse du nombre d’avortements mais aussi « l’interdiction mondiale » des mères porteuses, revendication que la France porterait devant les Nations Unies.

• Rétablissement du service national universel d’une durée minimale de dix mois. Consacrer au moins 2,5 % du PIB de la France au budget de la défense. Sortir de l’Otan.

• Instauration du droit du sang. Suppression systématique du regroupement familial.

• Organisation d’un référendum pour demander aux Français de décider du type d’aides sociales versées aux ressortissants étrangers et des conditions de leur versement.

• Suppression du Conseil français du culte musulman (CFCM) remplacé par une commission chargée de proposer au gouvernement et au parlement « un mode de financement privé des édifices religieux musulmans, tout financement public étant confirmé interdit. »

• Réforme de la fiscalité avec l’instauration d’un revenu universel, « en remplacement de toutes les allocations sociales et familiales. »

L’outsider de la primaire

Personne ou presque ne connaissait son visage… Encore moins ses idées. Mais depuis le premier débat des primaires diffusé sur TF1 le jeudi 13 octobre, Jean-Frédéric Poisson est invité sur tous les plateaux télé. Président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD) depuis 2013, il est le seul candidat à n’avoir jamais été ministre. Ce fervent opposant au mariage pour tous est « l’hériter de Christine Boutin » résume le journaliste Olivier Biscaye. Très croyant, ce député de droite défend la famille et « la valeur de la vie humaine » contre « l’esprit soixante-huitard ». Son nom de famille, il en a fait une marque. Sur son site de campagne www.jfpoisson2016.fr, on peut y voir un poisson bleu stylisé. Une référence à son patronyme et à la culture chrétienne qu’il défend, et dont c’est un symbole. Depuis deux ans, Jean-Frédéric Poisson apprend l’arabe et assure avoir lu le Coran.

Les faux pas :

« La proximité de Mme Clinton avec les superfinanciers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l’Europe et la France ». Cette déclaration de Jean-Frédéric Poisson dans l’édition du 19 octobre de Nice-Matin a réveillé la colère du conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui a demandé dans un communiqué adressé à la haute autorité de la primaire à droite « une condamnation ferme » des « propos abjects » de ce candidat.

En décembre, Jean-Frédéric Poisson tiendra à Paris un meeting en compagnie de Robert Ménard, le maire de Béziers, élu en 2014 avec le soutien du Front national.

 

 

 

Primaire Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy : l’infatigable

61 ans, né à Paris

Etudes :

Titulaire d’une maîtrise de droit privé, Nicolas Sarkozy obtient son certificat d’aptitude à la profession d’avocat en 1980 et travaille dans son propre cabinet jusqu’à la fin des années 1980, tout en menant une carrière politique.

Parcours politique :

Maire de Neuilly-sur-Seine de 1983 à 2002.

Ministre du budget en 1993 dans le gouvernement d’Edouard Balladur.

Ministre de l’Intérieur en 2002 dans

le gouvernement de Jacques Chirac.

Président de la République française

de 2007 à 2012. Elu à 53 ans.

Président de l’UMP de 2004 à 2007, et de décembre 2014 à mai 2015. Parti renommé Les Républicains (LR) en mai 2015.

Ses mesures phares :

• Tous les individus français fichés et susceptibles de constituer une menace pour la sécurité seront placés dans un centre de rétention fermé.

• Toute personne étrangère ou binationale ayant des liens avec des activités ou des réseaux terroristes sera « expulsée sans délai ».

• Obliger les imams à maîtriser la langue française et interdire d’officier aux imams professant des valeurs contraires à la République.

« Tolérance zéro pour les multirécidivistes », après trois condamnations pour des crimes et délits, le quantum de la peine sera automatiquement majoré de 25 % pour le quatrième. Après 5 condamnations de 50 %. Et après 10 condamnations, de 100 %.

• Porter à 10 ans, au lieu de 5 actuellement, la condition de résidence pour être naturalisé français et s’assurer de la maîtrise de la langue et « du partage de notre mode de vie ».

• Les femmes qui continueront de porter la burqa dans l’espace public se verront suspendre toutes les aides sociales et familiales, en cas de récidive.

• Faire évoluer le droit du sol : mettre en place une « présomption de nationalité » pour un enfant né en France. L’Etat pourrait s’opposer à cette acquisition « si les parents sont en situation irrégulière au moment de la naissance, si l’intéressé s’est livré à des activités terroristes ou à des actes de délinquance ».

• Supprimer l’aide médicale d’Etat, remplacée par une aide pour les seuls soins vitaux.

• Sortir des 35 heures en laissant chaque entreprise négocier le temps de travail, avec l’accord des salariés, y compris par voie de référendum en cas de blocage avec les représentants syndicaux.

• Porter à 63 ans en 2020 l’âge de départ à la retraite, puis à 64 ans en 2025 « pour garantir la pérennité du système de retraite par répartition ».

Les faux pas :

L’affaire Bygmalion : Nicolas Sarkozy a été mis en examen en février dernier pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012. Le juge lui reproche d’avoir engagé des dépenses supplémentaires alors qu’il ne pouvait ignorer que le plafond légal allait être dépassé, ce qu’il conteste. Un système de fausses factures a également été dévoilé.

Le possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 : selon Mediapart, la justice a obtenu le carnet d’un ancien dignitaire du régime de Mouammar Kadhafi, dans lequel est consignée une série de versements au profit de l’ancien chef de l’Etat. Au total, ce sont 6,5 millions d’euros qui lui auraient été versés en pleine campagne électorale.

 

 

 

Sarkozy-Juppé :

« Ennemis de 30 ans »

Olivier Biscaye, journaliste et ancien directeur des rédactions du groupe Nice-Matin, raconte dans un livre les relations conflictuelles entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Deux hommes au tempérament diamétralement opposé.

Primaire olivier biscaye

Ils ont tous les deux connus les plus hautes fonctions politiques — l’un à Matignon, l’autre à l’Elysée — mais aussi les traversées du désert… Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, 40 ans après leur première rencontre en 1976, sont les deux favoris de cette primaire de la droite et du centre. Animés, tous deux, d’un rêve de revanche : « Alain Juppé estime qu’il a été injustement empêché de se présenter à la présidentielle en 2007 à la suite de ses ennuis judiciaires (2). Nicolas Sarkozy considère qu’il a été injustement battu “de peu” par François Hollande en 2012 », résume le journaliste Olivier Biscaye, qui voit dans ce duel à droite « une réédition de la guerre entre Edouard Balladur et Jacques Chirac » lors de l’élection présidentielle de 1995.

Hystérie

Si le maire de Bordeaux est en tête des sondages depuis des mois, le match de l’engouement sur le terrain semble plutôt tourner en faveur de l’ancien président de la République. Dans les réunions publiques, les meetings, et sur le terrain, Nicolas Sarkozy créerait en effet une véritable « hystérie », selon le journaliste qui a suivi de près les candidats sur le terrain. « C’est une vraie vedette. Un peu le Johnny Hallyday de la politique… Dans les rues, Alain Juppé ou François Fillon ne déclenchent pas du tout les mêmes réactions. Lorsque Nicolas Sarkozy s’est rendu à Tourcoing par exemple, 300 mètres séparaient la librairie où il faisait une dédicace et le restaurant où il mangeait. Le temps de trajet a duré 20 minutes… Il était entouré d’une nuée de caméras et de photographes, mais surtout de Français qui n’étaient pas forcément sarkozystes, mais qui voulaient la photographie, le selfie, la dédicace, le bisou… Pouvoir le toucher, l’interpeller et dire ensuite : “J’ai vu Sarkozy. Il m’a touché. On a parlé.” Et cette hystérie se vérifie à chacun de ses déplacements. »

« Ovni »

Si l’ex-balladurien et l’ex-chiraquien appartiennent à la même famille politique, leur manière de faire campagne et de gouverner n’a, en revanche, rien de similaire. « Ces deux-là ne sont pas faits pour s’entendre », résume Biscaye. Il y a d’un côté, « l’agité, éternel exalté, qui adore le terrain. » Et de l’autre, « le modéré, très sobre, très structuré et très organisé », qui avance pas à pas. « Nicolas Sarkozy pense que la politique se vit tous les jours de manière passionnée. Qu’il faut aller chercher les militants avec les dents. Pas forcément avec les idées, mais avec la rage. Alain Juppé, c’est tout l’inverse. Il pense qu’il faut les chercher avec le bon sens, les idées, et les convictions, et non pas avec les incongruités », résume le journaliste, qui rappelle au passage, que les différences de tempérament entre ces deux hommes étaient déjà flagrantes il y a 40 ans. « Alain Juppé a fait les meilleures écoles que la France puisse offrir. Il a eu les meilleurs diplômes : Normal sup, l’Ena. Il est passé par tous les cabinets. Ce n’est pas un homme de terrain qui est allé coller des affiches ou tracter. Il n’est pas allé convaincre les militants dans des permanences qu’il fallait voter pour un champion, à savoir Jacques Chirac. » A l’inverse, Nicolas Sarkozy, déjà très jeune, est un militant chevronné qui tracte et part régulièrement convaincre les militants sur le terrain. Lorsque les deux hommes se rencontrent en 1976, Alain Juppé considère d’ailleurs Nicolas Sarkozy — à l’époque âgé de 21 ans — « comme un véritable ovni. Il se demande qui est donc ce type qui n’a pas fait les grandes écoles, qui est exalté, et qui pense à la présidentielle matin, midi et soir ».

Surfeur

Reste à voir quelle sera la stratégie payante les 20 et 27 novembre… Celle de Sarkozy est en tout cas limpide : « Pour lui, la politique, c’est du pragmatisme. Il se demande quels sont les sujets du moment et quelles sont, aujourd’hui, les inquiétudes des Français. L’immigration, la sécurité, le chômage. Il surfe donc sur la vague. Les villes qu’il a choisies pour ses meetings, ne sont d’ailleurs pas un hasard. Il ne fait pas campagne dans le 16ème arrondissement de Paris mais à Tourcoing, Franconville, Provins… Des villes de province où les entreprises ont fermé, où on a pu constater un niveau de délinquance et un chômage élevés, et où la population est en désespérance. Il leur parle de sujets qui les touchent. Il ne se trompe pas de cible. » Seule certitude, si Nicolas Sarkozy remporte cette primaire, il aura un défi de taille : rassembler sa famille politique autour de lui dans la perspective d’une campagne présidentielle. « Parce qu’on peut gagner une primaire… Mais perdre une campagne élyséenne », rappelle Olivier Biscaye. D’autant que, selon ce journaliste, l’ancien président ne fait pas du tout l’unanimité dans son camp.

« Traître »

Après la réélection de Jacques Chirac en 2002, tout le monde imaginait en effet qu’Alain Juppé deviendrait « l’héritier et le candidat naturel » en 2007. Sauf qu’en 2004, le maire de Bordeaux est condamné pour prise illégale d’intérêt, et s’exile au Québec pendant un an. « En 2007, c’est donc Nicolas Sarkozy qui s’impose. Mais personne dans son camp n’imaginait qu’il aurait pu gravir ces échelons et être à l’Elysée. Sauf qu’il avait pour lui, l’exaltation et la passion populaire. » Son soutien surprise à Edouard Balladur en 1995 — vécue comme une véritable trahison chez les chiraquiens — a également marqué la droite. « En réalité, quand Sarkozy est élu en 2007, il était encore considéré comme un traître, arrivé là par toutes les portes et toutes les fenêtres, et non pas par la voie royale. Juppé était davantage considéré comme l’héritier légitime. Loyal et fidèle. Et la loyauté, ça compte… La parole politique est tellement démonétisée chez beaucoup de Français, que lorsqu’on est loyal et fidèle, c’est un marqueur pour beaucoup d’électeurs de droite. Nicolas Sarokzy a zigzagué, ce qui n’est pas forcément le cas d’Alain Juppé… On va voir si cela compte dans cette élection. »

Ténors

En 2012, ce n’est guère mieux. L’engouement autour de Nicolas Sarkozy est loin d’être unanime : « J’ai observé la manière dont les ministres et les parlementaires ont fait campagne pour Nicolas Sarkozy. Beaucoup allaient dans les meetings et les réunions publiques en traînant les pieds », se souvient le journaliste. Reste à voir aussi quels seront les ténors de la droite prêts à travailler avec Nicolas Sarkozy s’il est élu président en 2017 : « Nicolas Sarkozy s’est entouré d’une nouvelle génération. Il n’y a plus les Morano, les Hortefeux… Les anciens qui l’accompagnaient ne sont plus autour de lui, observe Olivier Biscaye. Mais il aura tout de même du mal à faire sans Alain Juppé, François Fillon, ou Bruno Le Maire. En revanche, je n’imagine pas un seul instant qu’il prenne Alain Juppé comme premier ministre, ou président de l’Assemblée nationale. »

(1) Ennemis de 30 ans d’Anita Hausser et Olivier Biscaye (éditions du Moment), 202 pages, 17,95 euros.
(2) En décembre 2004, Alain Juppé a été condamné en appel à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt. Il est parti enseigner au Québec durant un an.

 

Deux « bébés Chirac »

S’ils ont des caractères diamétralement opposés, Juppé et Sarkozy ont tout de même un point commun : l’héritage d’un même « père spirituel », Jacques Chirac. « Nicolas Sarkozy a hérité de lui une certaine manière de faire campagne sur le terrain. Les deux hommes ont une affection et une passion pour les électeurs, les Français… Ils ont besoin de les toucher. Tous les deux savent faire campagne. Sarkozy, par exemple, est capable de mettre un nom sur un visage de quelqu’un qu’il a rencontré il y a deux ans, tout en sachant dans quelle entreprise il travaillait. Il le fait assez naturellement, raconte le journaliste Olivier Biscaye. Alain Juppé, lui, a hérité d’un sens de l’Etat exacerbé. Une vision à la fois de la France et du monde, et une connaissance approfondie des dossiers internationaux et européens. » En revanche dans la famille Chirac, il n’y a pas franchement d’unanimité sur le candidat à soutenir. D’un côté, il y a Jacques Chirac, sa fille Claude, et son gendre Frédéric Salat-Baroux qui soutiennent clairement Alain Juppé, et qui pendant la présidence de l’UMP en 2014 avaient plutôt soutenu Bruno Le Maire. De l’autre, il y a Bernadette Chirac, fan inconditionnelle de Nicolas Sarkozy : « Les ennuis de santé de son mari ont un peu retardé le soutien officiel de Bernadette à Nicolas, mais il était prévu qu’elle le fasse… En revanche, elle n’a jamais supporté Alain Juppé. C’est presque physique. Elle n’aime pas sa froideur et cette manière de faire de la politique. » Mais Bernadette Chirac n’a pas toujours été une folle admiratrice de Nicolas Sarkozy. En 1995, son ralliement à Balladur est, bien sûr, très mal passé : « Jacques Chirac a aimé Nicolas Sarkozy. C’était un peu le gendre idéal. Le fils préféré. Après cette trahison, il l’a bien sûr détesté… De son côté, Bernadette n’a plus adressé la parole à Sarkozy pendant deux ans. Ensuite, il a beaucoup aidé les Chirac sur quelques sujets liés notamment aux affaires de la mairie de Paris. » Et la trahison fut oubliée… S.B.

 

 

journalistSabrina Bonarrigo