Culture Sélection de juillet

Raphael Brun
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The Uninvited (La Falaise mystérieuse)

de Lewis Allen

Gothique. Tourné en 1944 par Lewis Allen, ce film fantastico-gothique est proposé dans une édition blu-ray remasterisée par Wild Side. Une bonne idée dans la mesure où ce film, longtemps sous-estimé, reste du coup encore trop peu connu. A l’époque, la Paramount, peu habituée au fantastique, se lance et produit ce film, qui reste loin des clichés. The Uninvited est d’ailleurs finalement moins une histoire de maison hantée qu’un thriller qui fonctionne sur de sombres secrets de famille et qui évoque aussi le cinéma fantastique de Jacques Tourneur (1904-1977). A visionner impérativement en blu-ray pour profiter du joli travail de restauration entrepris par l’éditeur.

The Uninvited (La Falaise mystérieuse) de Lewis Allen avec Ray Milland, Ruth Hussey, Gaïl Russell (Etats-Unis, 1944, 1h39), 24,99 euros (édition blu-ray + DVD + livret).

 

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Panique à Needle Park

de Jerry Schatzberg

Influent. Encore une réédition, et elle vaut le détour. Carlotta propose un très beau coffret pour le film de Jerry Shatzberg, Panique à Needle Park. Sorti en 1971, ce film raconte l’histoire d’Helen. Seule, elle vient d’avorter et ne va pas bien. Alors qu’elle erre dans les coins les plus pauvres de New York, elle tombe amoureuse d’un jeune drogué, Bobby. Mais à Needle Park, un quartier de drogués, rien n’est simple. Pour se payer sa dose d’héroïne, Helen se prostitue, pendant que Bobby deale. Après Portrait d’une enfant déchue (1970), Panique à Needle Park est le deuxième film de Jerry Schatzberg, qui, après avoir été photographe de mode se lance dans le cinéma à 43 ans. Adapté du roman du journaliste James Mills, à la limite du documentaire, Panique à Needle Park est un film influent. Il suffit de revoir Bad Lieutenant (1992), Trainspotting (1996) ou Requiem for a Dream (2000) pour s’en convaincre.

Panique à Needle Park de Jerry Shatzberg avec Al Pacino, Kitty Winn, Alan Vint (Etats-Unis, 1971, 1h50), 20 euros (blu-ray), 50 euros (coffret).

 

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Zootopie

de Byron Howard et Rich Moore

Castes. Zootopie est une ville où ne vivent que des animaux. Judy Hopps, une jeune et jolie lapine, tente de faire sa place dans la police de la ville. Pour enquêter sur une affaire de disparition, elle fait équipe avec Nick Wilde, un renard fûté. Disney propose un dessin animé assez étonnant, car à double-lecture. Du coup, enfants et adultes pourront y trouver leur compte. Notre société est transposée chez les animaux, avec un système de castes où les discriminations et les préjugés ne manquent pas. C’est donc une sorte de mea culpa auquel se livre Disney. En effet, en plus d’être montré du doigt pour véhiculer des stéréotypes douteux, comme dans Pocahontas (1995) par exemple, Walt Disney (1901-1966) a été critiqué pour des positions supposées racistes et mysogines. Il faut donc saluer la direction prise par Zootopie, même si la morale finale, dégoulinante de bons sentiments, n’échappe pas à la tradition Disney.

Zootopie, de Byron Howard et Rich Moore, avec Marie-Eugnéie Maréchal, Alexis Victor, Pascal Elbé (Etats-Unis, 2016, 1h48), 17,99 euros (DVD), 29,99 euros (blu-ray 3D + 2D).

 

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Snow Therapy (Force Majeure)

de Ruben Östlund

Fissures. Quatrième film pour Ruben Östlund, qui a décroché le prix du meilleur réalisateur au festival de Tokyo pour Play (2011). Une famille suédoise skie dans les Alpes françaises, aux Arcs. Le père Tomas, la mère Ebba, et leurs deux enfants voient le ciment de leur famille se fissurer à cause d’une avalanche, finalement sans gravité, pendant laquelle Tomas abandonne sa famille. Sa masculinité en prend un coup, tout comme son rôle de patriarche insubmersible. Ebba ne digère pas cet épisode qu’elle raconte à tout le monde, pendant que son mari nie les faits. Le couple se retrouve sur une mauvaise pente. Pourtant Snow Therapy n’évite pas les stéréotypes sur la famille, le rôle de la mère, forcément exemplaire, et la lâcheté du père, qui est d’ailleurs constamment humilié. Du coup, on se demande si le film n’aurait pas été encore plus corrosif et dérangeant si le scénario avait fait d’Ebba celle qui abandonne sa famille.

Snow Therapy (Force Majeure) de Ruben Östlund avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Lovenn Kongsli, Clara Wettergren (SUE-DAN-FRA, 2015, 1h58), 12,99 euros (DVD), 16,99 euros (blu-ray).

 

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Le Saut de l’ange

de Michael Wishart

« Arty ». Alors que l’exposition de l’été au Grimaldi Forum est consacrée à Francis Bacon (lire Monaco Hebdo n° 978), il faut se jeter sur l’autobiographie du peintre anglais Michael Wishart, qui était l’un de ses amis. Publiée en Angleterre en 1977, cette autobiographie s’est imposée comme un classique enfin traduit aujourd’hui en français par les éditions Payot. Au menu, une véritable plongée dans un univers « arty », peuplé de personnages décalés, où la drogue, le sexe et l’art se côtoient. Né en 1928, Wishart croise le chemin de Lucian Freud (1922-2011), du poète Olivier Larronde (1927-1965), d’Alberto Giacometti (1901-1966), du peintre Maurice Utrillo (1883-1955), de la mécène et collectionneuse d’art Peggy Guggenheim (1898-1979) ou encore de l’écrivain Nancy Cunard (1896-1965). Une vie riche, faite de rencontres et de moments forts, qui rendent ce livre indispensable.

Le Saut de l’ange, de Michael Wishart, traduit de l’anglais par Catherine Piola (Payot), 332 pages, 21 euros.

 

porcelain

Porcelain

Moby

New York. Sorti en 1999, Play a changé la vie de Richard Melville Hall, plus connu sous le nom de Moby. S’il a vendu plus de 20 millions de disques dans le monde, il a aussi connu les fins de mois difficiles et les doutes. Dans la banlieue new-yorkaise, Moby a d’ailleurs squatté dans une usine désaffectée de Stanford. Ce fan de Joy Division n’a qu’une obsession : devenir un grand DJ. Porcelain nous immerge dans le New York des années 90, où la house s’impose. Un New York dur, violent et excessif dans lequel Moby va surnager pour s’imposer avec un titre Go (1992), qu’il a l’idée de sampler avec le thème de Twin Peaks, la série de David Lynch. Paradoxalement, Porcelain se termine à la fin des années 90, avec un Moby passablement déprimé, presque résigné. C’était juste avant la sortie de Play.

Porcelain, de Moby, traduit de l’anglais par Cécide Dutheil de la Rochère (Le Seuil), 432 pages, 22 euros (édition « papier »), 15,99 euros (édition numérique).

 

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Entre-temps, Blake Edwards

de Nicolas Truffinet

Rose. Les éditions Playlist Society viennent combler un manque. Il n’existait en effet pas grand-chose en langue française sur le cinéaste Blake Edwards (1922-2010) à qui l’on doit notamment les excellents Diamants sur canapé (1961), La Panthère rose (1963) ou The Party (1968). Nicolas Truffinet signe un brillant essai, qui n’élude rien du travail entrepris par Blake Edwards. Que ce soit en tant qu’acteur de 1944 à 1948, en tant que réalisateur de 1955 à 1993, ou pour la télévision entre 1953 et 1995. Tout est rigoureusement traité, analysé et commenté. Nicolas Truffinet explique comment Blake Edwards a fait le lien entre les temps classiques et modernes du cinéma à Hollywood. Ou encore, comment, en défrichant de nouvelles formes comiques, cet observateur avisé de la société américaine a su traverser avec classe différentes époques.

Entre-temps, Blake Edwards, de Nicolas Truffinet (Playlist Society), 150 pages, 14 euros (édition « papier »), 7 euros (version numérique).

 

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Ghost World

Daniel Clowes

Adolescence. Merci aux éditions Cornélius qui viennent de rééditer en version française Ghost World. Cette BD culte signée Daniel Clowes, joliment adaptée au cinéma par Terry Zwigoff en 2001, raconte l’inconfortable passage de l’enfance à l’âge adulte. Ce moment charnière est très bien décrit par Clowes et l’on suit avec intérêt Enid, la brune aux lunettes carrées et Rebecca, la blonde mélancolique. Les deux copines viennent de passer leur bac et elles s’ennuient ferme dans leur petite ville de province. Personne ne trouve grâce à leurs yeux, à part un couple de satanistes et un homme solitaire fan de vinyles. Mais bientôt, il faudra se séparer pour partir à l’université. A la fois juste, hilarant et émouvant, ce récit est très prenant. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Cornélius a doublé la mise, en publiant une autre BD de Daniel Clowes, Le Rayon de la mort. Foncez.

Ghost World, de Daniel Clowes, (Cornélius, collection Solange), 96 pages, 22,50 euros. Le Rayon de la mort de Daniel Clowes, (Cornélius, collection Solange), 56 pages, 21,50 euros.

 

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Homicide – Une année dans les rues de Baltimore

de Philippe Squarzoni

The Wire. Le Lyonnais Philippe Squarzoni s’est lancé avec réussite dans l’adaptation du livre Homicide signé David Simon, connu notamment pour l’excellente série The Wire. La dernière production de Squarzoni, Saison brune (2012), s’intéressait au changement climatique. Cette fois, on plonge dans l’univers d’une quinzaine d’inspecteurs de la brigade criminelle de Baltimore. Comme David Simon, Philippe Squarzoni prend le temps de bâtir l’édifice que constitue cette brigade criminelle et tous ses protagonistes, aussi complexe cela soit-il. Ce n’est que le premier volet de cette BD prévue en cinq volumes, mais c’est extrêmement prometteur. Vivement la suite.

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore de Philippe Squarzoni (Delcourt), 128 pages, 16,50 euros.

 

13

13

De/Vision

Synthpop. On avait beaucoup aimé Noob (2007) et Popgefahr (2012). Le nouvel album des Allemands de De/Vision ne décevra pas les fans. Aussi synthétique que ces prédécesseurs, 13 est construit autour de la voix de Steffen Keth et de mélodies entêtantes. L’atmosphère générale est sombre, mais belle, notamment sur Read your Mind. Elle peut même devenir quasi sensuelle à d’autres moments, comme pendant The Firing Line. Pas très innovant, ce disque reste tout de même efficace, le duo Steffen Keth – Thomas Adam ayant très largement fait ses preuves depuis 1988 dans la sphère synthpop. Mention spéciale à Who I am, hymne accrocheur à écouter en boucle.

13, De/Vision (Pledge Music), 17,99 euros (CD).

 

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Transmission

Death in Vegas

Sexy. Assez inclassables, les touche-à-tout de Death in Vegas sont de retour avec Transmission, leur sixième album depuis Dead Elvis (1997). Le projet mené désormais en solo par Richard Fearless s’éloigne de la tendance pop du précédent album, Trans-Love Energies (2011) pour se rapprocher du déjanté Satan’s Circus (2004). Indus, electroclash ou techno, tout (ou presque) y passe. Sur Consequence of Love, Death in Vegas a fait appel à la voix très sensuelle de l’ex-actrice porno, Sascha Grey qui apporte une touche sexy à l’ensemble. Cet album se termine par l’excellent You Disco I Freak, pendant lequel il vous sera difficile de vous empêcher de bouger la tête (et le reste) en rythme.

Transmission, Death in Vegas (Drone), 14,99 euros (CD), 33,90 euros (Vinyle).

 

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EP

Petit Biscuit

Voyage. Il n’y a certes que cinq titres, mais c’est largement suffisant pour être convaincu que ce Petit Biscuit ira loin avec son electro minimaliste. Le morceau d’ouverture, Once Again, sautillant et intelligemment construit, pose les bases d’un voyage que l’on souhaiterait évidemment plus long. Mais on prend beaucoup de plaisir à se perdre dans Jungle, le troisième titre de cet EP autoproduit et très prometteur. Ce jeune Rouennais, fan du compositeur et producteur allemand Nils Frahm, parvient à créer un univers beau et mélancolique, notamment avec Full Moon. Le périple s’achève avec Iceland, parfait pour danser jusqu’au bout de la nuit, tout l’été.

EP, Petit Biscuit (Petit Biscuit Inc.), 6,99 euros (CD). Sortie le 22 juillet.

journalistRaphael Brun