Adriani Vastine : « Un championnat d’Europe d’ici trois ans »

Raphaël Brun
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Premier combat professionnel et première victoire le 30 septembre dernier pour le nouveau boxeur de l’ASM Boxe, Adriani Vastine (1). Pourquoi a-t-il choisi de quitter la France pour Monaco ? Il explique ses choix à Monaco Hebdo.

 

Pourquoi avoir rejoint l’ASM Boxe ?

Avec mon frère Alexis Vastine (1986-2015), on s’était dit qu’on allait essayer de se qualifier tous les deux pour les Jo de Rio. Malheureusement, mon frère est décédé en mars 2015 (2) sur le tournage de Dropped, une émission de TF1. J’ai décidé de quand même tenter de me qualifier. Et j’ai décroché un 7ème titre de champion de France amateur en février 2016.

La fédération française de boxe (FFB) ne vous a pas sélectionné pour Rio ?

Non, elle a préféré envoyer un autre boxeur, plus jeune, à ma place (3). Du coup, je n’ai pas eu ma chance. Quand la FFB a quelqu’un en tête, elle reste dessus. Ils ne m’ont pas donné ma chance. C’est dégueulasse. Après toutes les années que j’ai fait en équipe de France et toutes les médailles que j’ai pu leur apporter… Maintenant, c’est passé. On ne reviendra pas dessus.

Votre réaction après cette déception ?

J’ai voulu arrêter la boxe. Le président de la fédération monégasque de boxe (FMB), Laurent Puons, a vu sur les réseaux sociaux que je n’étais pas sélectionné pour les JO. Alors, il m’a contacté au mois de mai dernier. Il m’a proposé de venir boxer pour l’ASM Boxe et de passer professionnel. Le monde professionnel, c’était pas mon truc. J’ai réfléchi. Je me suis dit que j’avais la chance de pouvoir essayer. Alors je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». Comme ça, je me ferai ma propre opinion.

Que prévoit votre contrat ?

J’ai signé un contrat d’un an renouvelable. Je dois faire 4 à 5 combats à Monaco par an. Peut-être plus si on m’en propose. Si tout se passe bien, on visera peut-être un championnat d’Europe d’ici trois ans.

Qu’est-ce que vous cherchez à prouver en vous lançant dans la boxe professionnelle ?

C’est une opportunité. La FFB n’a pas cru en moi. Monaco croit encore en moi. Ça fait plaisir.

Vous êtes originaire de Pont-Audemer, dans l’Eure : comment gérer les déplacements jusqu’à Monaco ?

Mon père Alain m’entraîne depuis mes débuts. C’est lui qui nous a amené avec mon frère au niveau où on a été. J’ai donc demandé à le garder comme entraîneur et à continuer à pouvoir travailler chez moi, en Normandie. Lorsqu’il y aura un combat en Principauté, je descendrai ici une semaine avant. Tant que je reste assidu dans mes entraînements, l’éloignement ne pose pas de problème.

Aux JO de Rio, il y a eu pleins de médailles grâce à la boxe : vous sentez un impact positif ?

J’ai pratiquement pas regardé les JO. Je regardais surtout les résultats parce que les boxeurs français restent des amis. Nous à Pont-Audemer, une petite ville de 10 000 habitants où mon père possède une salle de boxe depuis des années, on a vu le nombre de licenciés être multiplié par quatre ou cinq.

Votre adversaire a changé 48 heures avant votre combat du 30 septembre (4) : c’était un handicap ?

Je ne suis pas quelqu’un qui observe beaucoup. Je préfère monter sur le ring pour voir. A deux jours du combat, de toute façon, il n’y avait pas grand chose d’autre à faire. Chez les amateurs, les combats duraient 3 fois trois minutes. Chez les professionnels, je passe à 6 fois trois minutes. Et cela peut aller jusqu’à 12 rounds de trois minutes. Donc cela laisse le temps d’observer pendant un bon round.

La préparation est très différente entre un combat amateur et un combat professionnel ?

En amateur, l’effort est à la fois court et intense. Chez les professionnels, c’est un peu plus long. A moi de gérer la cadence et de ne pas partir à fond pour se cramer par la suite. J’ai travaillé le cardio. Mais en combat, c’est très différent. Il y a le stress. Et puis, à l’entraînement, on frappe moins fort que pendant le combat, du coup, on s’épuise moins.

Il y a d’autres différences entre les amateurs et les professionnels ?

Les gants sont plus petits chez les professionnels. Enfin, chez les pro, on boxe torse nu.

C’est votre père, Alain, ancien boxeur amateur de bon niveau, qui vous a donné envie de boxer ?

C’est exact. Il nous a entraînés. Mon frère a commencé la boxe à 6 ans et moi à 8 ans. Pareil pour mes deux sœurs. Et on a tous les quatre fini par être champion de France.

C’est vrai qu’en 2011 vous avez gagné une médaille de bronze européenne malgré une main cassée ?

Oui. Je me suis cassé la main en quart de finale. J’ai tout de même boxé en demi-finale et j’ai perdu avec trois ou quatre touches d’écart, alors que j’ai combattu quasiment avec une seule main. C’est dommage, parce que cette année là, j’étais vraiment bien.

Votre famille mène un difficile combat contre TF1 pour obtenir un procès suite au décès de votre frère Alexis, le 9 mars 2015 ?

Tout est entre les mains de nos avocats. On n’a pas eu de nouvelles récentes.

Pourquoi ce procès est important ?

Je pense que la sécurité n’était pas suffisante. On veut savoir la vérité.

Votre sœur Cassie a dénoncé dans une lettre ouverte l’indifférence de TF1 et de la société de production, en parlant d’un « déni de responsabilité » ?

Il faut que la vérité sorte. Ce que dit ma sœur, c’est qu’on nous a promis beaucoup de choses devant les télés. Et puis, dès que les choses se sont estompées, il n’y a plus personne…

Aujourd’hui, la porte de TF1 vous est fermée ?

On n’a plus de nouvelles. On n’a plus rien. Tant que cette affaire a été médiatisée, on était tenu informé. Mais dès que les médias ne se sont plus intéressés à cet accident, c’était fini.

Votre sœur Célie, 21 ans, est décédée en janvier 2015 dans un accident de voiture, puis votre frère Alexis : en quoi ces drames vous ont changé ?

On essaie de vivre au jour le jour. On fait ce qu’on aime. On profite. Parce qu’on se dit qu’à tout moment, on peut ne plus être là. Quand je monte sur le ring, je pense à eux. Ça me donne un peu plus de force.

(1) Le 30 septembre, Adriani Vastine a battu aux points l’Italien Costantin Pancrat. Toujours chez les professionnels, Mohamed Kani a battu aux points le Biélorusse Ilya Reutski. Et Gustave Tamba a battu l’Italien Filippo Gallerini par arrêt de l’arbitre au deuxième round.
(2) Le 9 mars 2015, Alexis Vastine est décédé en Argentine dans un accident d’hélicoptères survenu sur le tournage de Dropped, une émission qui devait être diffusée sur TF1. Cet accident a fait 10 morts, dont la nageuse niçoise Camille Muffat et la navigatrice Florence Arthaud.
(3) Christian Mbili-Hallier, 21 ans, s’est qualifié lors du tournoi turc de Samsun.
(4) Blessé à la main, l’Italien Alessandro Biagetti (1 victoire chez les professionnels), a été remplacé par un autre Italien, Constantin Pancrat (2 victoires, 3 défaites).

 

journalistRaphaël Brun