Une exposition
sur les défis de la fille

Aymeric Brégoin
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Gender Hopes célèbre la fille. Pour cette cinquième journée internationale, le 11 octobre, cette association monégasque a convié près de 25 artistes à dévoiler des œuvres autour d’une thématique commune : Une fille sûre d’elle.

 

« Le thème est-il un paradoxe ? Peut-on être fille et sûre de soi ? », s’interroge un artiste auprès de Vibeke Thomsen, présidente et fondatrice de l’association Gender Hopes. À son invitation, près de 25 photographes, peintres et sculpteurs ont les honneurs des cimaises de l’hôtel Colombus autour du thème Une fille sûre d’elle. Un thème idoine en ce mardi 11 octobre, date du vernissage et Journée internationale de la fille. « Ce qui est intéressant dans cette exposition, c’est qu’être sûre de soi peut être beaucoup de choses différentes. Ce n’est pas forcément être jolie et correspondre à des critères physiques », explique Vibeke Thomsen, qui reconnaît qu’il « est difficile de mettre l’accent sur la fille », très vite et très tôt sexualisée. Depuis 2011, Gender Hopes œuvre « pour que l’égalité des genres devienne une réalité », prône Vibeke Thomsen. Et entend prouver aux jeunes filles qu’elles ne sont pas obligées d’être conformes aux standards véhiculés. La présidente-fondatrice de Gender Hopes prend pour exemple une œuvre de Nick Danziger, un photographe britannique résidant à Monaco, qui a accepté d’afficher plusieurs de ses clichés à l’exposition A Confident Girl. Sur l’une d’elles, une fille du Sierra Leone, amputée des avant-bras pendant la guerre, se maquille. « On ne voit pas tout de suite son handicap. Elle a réussi à bâtir sa vie malgré la mutilation », raconte Vibeke Thomsen. « On parle beaucoup de la femme et de ses droits », notamment au travers de la journée du 8 mars, commente-t-elle. « Mais il faut mettre en lumière les défis particuliers auxquels les jeunes filles font face : accès à l’éducation, violences sexuelles, violences physiques, excision, mariage forcé, grossesses précoces… »

Éducation

Autant de problématiques distillées dans la quarantaine d’œuvres, certaines spécifiquement conçues pour l’exposition, d’autres piochées dans le catalogue de ces artistes de Monaco et alentours. « Quelques-uns sont de l’extérieur, car leur art est pertinent pour la cause », ajoute Vibeke Thomsen. Les œuvres présentées lors de l’exposition, qui dure jusqu’au 30 octobre, sont mises à la vente. Les défis étant exacerbés sur le continent africain, Gender Hopes a choisi de reverser les bénéfices à l’institut Akilah, au Rwanda. Une université pour jeunes femmes qui forme à trois domaines : l’entreprenariat, le tourisme et l’hôtellerie et les technologies avec les systèmes d’information. 90 % d’entre elles trouvent un emploi dans les six mois qui suivent leur diplôme. « L’accès à l’éducation est difficile pour ces jeunes filles d’une vingtaine d’années, nées au moment du génocide de 1994 », regrette Vibeke Thomsen. Une ancienne étudiante de l’université Akilah sera présente au vernissage de l’exposition. « Dans les pays en voie de développement, on a vu qu’en éduquant les jeunes filles, cela avait davantage d’impact sur la communauté et la société, notamment sur la réduction des grossesses précoces et la pauvreté », explique la présidente de Gender Hopes. Des exemples similaires, elle n’en manque pas. « En Suède, pays avancé en termes d’éducation, une étude montre que les professeurs coupent plus la parole aux filles et laissent plus de temps de parole aux garçons », raconte Vibeke Thomsen.

Workshop

Après sa création en 2011, elle a décidé de centrer l’association sur l’éducation des jeunes filles. « Au début, on a commencé en s’occupant des violences basées sur le genre, comme les violences conjugales. On s’est rendu compte qu’il y avait un réseau, mais très peu d’informations. Or, même à Monaco, ça arrive. » Avec Femmes Leaders Mondiales Monaco et les autorités, l’association prend le problème à bras-le-corps. Le gouvernement initie une campagne de sensibilisation pour orienter ces femmes vers les structures adaptées. Depuis, Gender Hopes se tourne vers les jeunes filles. « Les violences de maintenant sont souvent le résultat des inégalités d’avant », constate Vibeke Thomsen. « On préfère travailler de plus en plus à la source. » Les trois bénévoles de Gender Hopes tentent, à leur échelle, de faire avancer les choses en Principauté, en organisant des workshop à l’école internationale de Monaco sur les stéréotypes du genre, en travaillant notamment sur la représentation que les médias et la société font des filles — et même des garçons. Des stéréotypes souvent axés sur l’apparence physique, qui peuvent entraîner « un mal-être profond ». Et par, ricochet, d’autres défis, comme des inégalités salariales et du harcèlement. « J’ai le vœu de développer ça. Travailler plus dans les écoles, avec les enseignants et les personnels au contact des enfants, parler avec les jeunes », affirme la jeune femme. Le 26 novembre, lendemain de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Gender Hopes organise un atelier de prise de confiance auprès d’une dizaine d’enfants de 8 à 12 ans. « Comment s’affirmer, comment parler en public. » Des apprentissages indispensables pour que ces filles deviennent sûres d’elles.

 

journalistAymeric Brégoin