« L’échange est toujours bénéfique »

Raphaël Brun
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Depuis le 16 septembre, la nouvelle ambassadrice de France à Monaco s’appelle Marine de Carné de Trécesson de Coëtlogon. Elle a reçu Monaco Hebdo.

 

L’envie de travailler au Quai d’Orsay remonte à quand ?

En fait, au départ, je voulais être cosmonaute. Mais mes parents ont trouvé que ça n’était pas forcément une bonne idée. En tout cas, cela montre que j’avais déjà le goût des voyages et de l’aventure. Comme mes frères et sœurs étaient ingénieurs et que j’étais la plus littéraire, je me suis orientée vers Sciences Po dont je suis sortie en 1985, après avoir décroché mon bac en 1981.

Quel type d’éducation vous ont donné vos parents ?

Une éducation assez traditionnelle, mais ouverte. J’ai grandi à Montceau-les-Mines, une ville de Saône-et-Loire. Mais je suis à moitié bretonne, ce qui explique que je suis sensible à l’appel du grand large. Comme Montceau-les-Mines était la capitale française de la gymnastique, je faisais alors pas mal de sport. De la gym donc, et aussi du tennis.

Votre premier emploi ?

C’était dans la finance. Mais je ne suis pas restée, car cela ne correspondait pas à ma vocation qui était davantage tournée vers le service public. Alors qu’à l’époque, la finance était un peu le nouveau veau d’or et moins respectueuse de certaines valeurs. Du coup, j’ai passé et réussi le concours du Quai d’Orsay en 1987 où j’ai commencé à la direction des français de l’étranger.

Vous avez donc passé près de 30 ans au Quai d’Orsay ?

Pas tout à fait, dans la mesure où j’en ai été détachée deux fois. Une première fois de 1992 à 1995 pour rejoindre la présidence du Sénat avec René Monory (1923-2009). C’est là que j’ai fait la connaissance de Michel Roger. De 2010 à 2013, cette fois au ministère de l’écologie et du développement durable.

Votre premier poste à l’étranger ?

C’était à Bruxelles, de 1989 à 1992, à la communauté européenne. J’ai donc connu une Europe un peu réduite. C’était sous la présidence de Jacques Delors, avec une Europe francophone. Il y avait un souffle, un enthousiasme… J’ai alors pu travailler avec de grands diplomates, comme Pierre Vimont par exemple.

Et ensuite ?

De 1995 à 1997, j’ai rejoint la direction de la coopération européenne. Je me suis occupée d’un nouveau traité qui allait devenir le traité d’Amsterdam. Puis, de 1997 à 2001, je suis partie à New York, avant d’aller à Rome de 2001 à 2004. De 2004 à 2007, j’ai réintégré la direction européenne, comme sous directrice de l’Europe méridionale. Ce qui incluait beaucoup de pays, dont Monaco.

Vous êtes restée à Bruxelles par la suite ?

Entre 2007 et 2010, j’ai été nommée porte-parole et chef du service de presse à Bruxelles, à nouveau. De 2010 à 2013, j’ai donc été détachée au ministère de l’écologie et du développement durable. Enfin, de 2013 à septembre 2016, j’étais ambassadrice pour la bioéthique et la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les sujets étaient surtout environnementaux, sociaux et financiers. Mon arrivée en Principauté repose donc sur quelques atomes crochus avec Monaco.

Ce que vous retenez de cette carrière débutée au milieu des années 80 ?

Je retiens que l’échange est toujours bénéfique. En particulier aux Nations unies. C’est le seul endroit au monde où toutes les civilisations peuvent se retrouver pour dialoguer, essayer de se faire comprendre et accepter par leurs pairs. On sent une véritable volonté de ne pas être exclu de la communauté internationale.

Vous êtes restée jusqu’à quand ?

J’y étais jusqu’en 2011. Je m’occupais alors des droits de l’homme. Il y avait alors une revendication des pays musulmans de ne pas accepter les valeurs occidentales. Pendant le ramadan, on était contraint de négocier avec eux une fois la nuit tombée. À cette époque, on a senti monter cette contestation. Mais négocier, c’est toujours mieux que de voir ce qu’il se passe aujourd’hui dans certains pays. Comme on dit, il faut que tout change pour que rien ne change.

Votre première visite à Monaco ?

Je suis venue d’abord en Principauté à titre privé, car j’ai des amis dans la région. Ma première visite professionnelle, c’était en 2004, dans le cadre d’une commission mixte. J’ai été étonnée par la taille du pays et par sa grande cohérence, son efficacité. Lors de l’intronisation du Prince Albert, en 2005, j’étais là, dans la délégation française. Il a dégagé très vite une volonté claire, sur les questions environnementales et sur la transparence. Monaco dispose de moyens confortables et d’une influence qui est sans rapport avec la taille du pays.

Vous connaissez l’ancien ambassadeur de France, aujourd’hui ministre d’Etat, Serge Telle ?

Lorsque je me suis occupée de Monaco, de 2004 à 2007, Serge Telle était ambassadeur de France en Principauté. Il est arrivé en octobre 2002 comme consul général de France à Monaco, avant de devenir le premier ambassadeur de France en Principauté, puisque le consulat est devenu une ambassade en janvier 2006. Il a quitté cette fonction en juin 2007.

C’est quel genre d’homme ?

On se connaît déjà, ce qui facilite les relations. Il connaît parfaitement la France et Monaco, ce qui devrait nous permettre d’aller encore plus vite. C’est quelqu’un de direct, d’efficace et de très pragmatique et breton aussi, donc il y a certaines correspondances, comme dirait Baudelaire.

Vous connaissez aussi l’ancien ministre d’Etat, Michel Roger ?

Oui, je l’ai croisé au début de ma carrière. Michel Roger travaillait alors avec René Monory (1923-2009). C’est quelqu’un de très droit, de très loyal, avec une grande capacité de travail. Je crois qu’il était très apprécié ici. Son accident nous a tous touchés.

Il y a des points de convergence entre Serge Telle et vous ?

Il en existe quelques-uns, en effet. On peut citer les questions liées à l’Union européenne (UE), les Nations unies, l’environnement, l’humanitaire et les enjeux méditerranéens. Lors de mon passage au ministère de l’environnement, j’ai été amenée à présider Ramoge, dont on vient de célébrer les 40 ans d’existence. On se retrouve aussi sur ces sujets.

Vous allez assez vite aborder les sujets qui fâchent, comme la fiscalité des Français de Monaco ?

C’est un sujet qui fâche, mais qui est déjà en partie résolu. L’arrêt du Conseil d’Etat du 11 avril 2014 a conduit, en effet, à exempter d’impôt sur le revenu les Français nés à Monaco et qui y ont toujours résidé, ce qui constitue une évolution majeure par rapport aux dispositions de la convention fiscale franco-monégasque de 1963. En effet, auparavant, seules les personnes qui pouvaient justifier de cinq ans de résidence habituelle à Monaco à la date du 13 octobre 1962 étaient exonérées. J’espère que cette évolution va permettre aux Français de rester à Monaco dans de meilleures conditions.

La population française continue de baisser ?

Après une longue baisse pendant 10 ans, la population française s’est stabilisée. Elle reste la première communauté à Monaco, avec 9 300 personnes.

Il y a aussi la problématique des déplacements qui reste un sujet très préoccupant ?

Le télétravail lancé par Monaco en septembre peut contribuer à désengorger un peu les routes. Comme la Principauté est un important bassin d’emploi pour la France, il faut trouver des solutions. Des réflexions sont engagées avec la SNCF pour les trains. On pourrait aussi imaginer des navettes maritimes, même si cela reste à valider. Il y a les téléphériques de grande capacité, couplés à des parkings de dissuasion, à l’extérieur de Monaco. Et il y a bien sûr le covoiturage qui se développe de plus en plus.

Avec la menace terroriste, la sécurité est aussi un sujet de discussion important entre la France et la Principauté ?

Vu le contexte, la collaboration va être renforcée entre nos deux pays. Monaco vient de voter une importante loi sur la sécurité intérieure qui ouvre beaucoup de possibilités dans ce sens-là. Après l’attentat de Nice, Monaco a été touché dans son cœur. Il faut que cette collaboration soit fructueuse. C’est un sujet important qui concerne l’attractivité de la Principauté, et donc son économie aussi.

Vous avez déjà rencontré les principaux officiels de Monaco ?

Je rencontre tout le monde au fil du temps. Le gouvernement monégasque bien sûr, la communauté française, les responsables d’associations, les acteurs du monde culturel, les politiques…

Vous avez déjà vu le président du Conseil national, Christophe Steiner ?

J’ai rendez-vous avec lui le 13 octobre. On devrait évoquer la ratification de l’accord de Paris qui est inscrite à l’ordre du jour du Conseil national. La France souhaite qu’un maximum de pays ratifie ces accords avant la fin de l’année, donc avant la Cop22. Il faut donner un signal. Les Etats-Unis, la Chine et l’Allemagne viennent de ratifier. Monaco étant un partenaire extrêmement proche dans cette négociation, on espère que le Conseil national pourra ratifier dans les temps.

 

journalistRaphaël Brun