« J’aime tout ce qui vole »

Raphaël Brun
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Alain Cruteanschii, président des aéronautes de Monaco, cherche à favoriser le  développement de montgolfières écolo. Ce résident belge espère pouvoir créer une  compétition en Principauté uniquement réservée à ces ballons de nouvelle génération.

 

L’origine des Aéronautes de Monaco ?

Je suis originaire de Liège, en Belgique. Je suis ingénieur mécanicien de formation et avec ma femme Véronique, nous avons rejoint Monaco après avoir racheté une pharmacie, à la fin des années 90. J’ai créé les Aéronautes de Monaco en 2000.

Le premier contact avec les montgolfières ?

Caroline et Luc de Sade, des descendants du marquis de Sade, m’ont fait faire mon tout premier vol en montgolfière. C’était en 1990. J’ai eu un coup de foudre et j’ai acheté leur entreprise spécialisée dans la vente de ballons, Air Espace. Puis, j’ai passé ma licence de pilote. Mais je suis avant tout parachutiste, avec 8 000 sauts derrière moi. C’est ma première passion. Mais en fait, j’aime tout ce qui vole.

Votre objectif ?

Ouvrir le monde de la montgolfière qui était très fermé au public. Je suis à l’origine des vols en montgolfière pour le grand public dans les pays de la Loire au début des années 90, ainsi qu’à Courchevel. Aujourd’hui, j’ai 2 500 décollages à mon actif et environ 1 600 heures de vol.

Pourquoi avoir vendu Air Espace ?

J’ai vendu mon entreprise en 1996 pour m’installer en Principauté. Mais quatre ans plus tard, avec quelques amis, on a donc créé les Aéronautes de Monaco, dont je suis devenu président. Aujourd’hui, on a une vingtaine de membres actifs, dont deux femmes. Et de grands professionnels, comme le pilote suisse Bertrand Piccard. Ou encore Bob Berben, l’un des meilleurs pilotes au monde, détenteur de la coupe aéronautique Gordon Bennett. En tout, nous avons six pilotes.

C’est compliqué de piloter un ballon ?

Il faut travailler et jouer avec l’atmosphère. Quand je décolle, je ne sais pas où je vais atterrir. Je suis quelqu’un de fier, presque arrogant. Or, le ballon me pousse à l’humilité, à faire avec ce que j’ai, avec ce que la nature donne.

Comment s’est développée votre association ?

Pendant 8 ans, l’association est restée en sommeil. Alors j’ai fait quelques vols avec des amis, notamment en Touraine et dans les Alpes. Puis, en 2008, la Société des bains de mer (SBM) nous a sponsorisés, ce qui nous a permis d’acheter un premier ballon aux couleurs de cette entreprise. L’année suivante, on a installé une montgolfière au dessus des terrains de tennis, lors des Masters de Monte-Carlo. Ce qui a permis à des spectateurs privilégiés de voir les matches comme personne et de faire des photos incroyables. Mais en 2012, notre contrat avec la SBM a pris fin.

Votre réaction ?

La nouvelle directrice générale adjointe de la SBM, Isabelle Simon, a renouvelé notre contrat jusqu’en 2015. On a alors pu acheter un deuxième ballon. Mais suite à un changement de direction, la SBM n’a pas reconduit son sponsoring avec nous. Or, le budget annuel nécessaire au fonctionnement des Aéronautes de Monaco est d’environ 30 000 euros. Aujourd’hui, faute de sponsors, cet argent sort de ma poche.

Combien coûte une montgolfière ?

Entre 50 000 et 80 000 euros. Après, il faut ajouter à cela la logistique qui va avec, notamment un 4X4 et la remorque nécessaire au transport du ballon. Sans oublier les assurances, bien sûr. Soit environ 150 000 euros. On stocke nos ballons à Monaco ou en Italie, à Mondovi, dans le Piémont.

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« Une nouvelle technologie nous permet de voler 10 heures, puisqu’on ne consomme plus que 18 litres de propane par heure. On peut donc prévoir des vols Monaco-Milan, Monaco-Venise, Monaco-Genève, Monaco-Turin… » Alain Cruteanschii. Président des Aéronautes et patron d’Aérostar Monaco. © Photo www.ballonmonaco.com

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© Photo www.ballonmonaco.com

Pourquoi l’Italie et Mondovi ?

Parce que Mondovi bénéficie d’un climat exceptionnel, qui fait de cette ville l’une des capitales de la montgolfière en Europe. Et ce n’est qu’à 86 kilomètres à vol d’oiseau de Monaco, ou 1h45 en voiture. De plus, en Italie, l’accueil est exceptionnel.

Mais sans sponsor, comment faire ?

Après avoir gagné beaucoup d’épreuves de navigation et de précision, on a décidé d’arrêter la compétition. On a tout de même gagné trois fois de suite la Coupe Icare, qui se déroule à Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère. Ou bien l’European Balloon Festival de Barcelone. Mais désormais, on affiche une autre stratégie.

Laquelle ?

On travaille sur deux axes : l’écologie et la solidarité.

Parce qu’un ballon, ça pollue ?

Un ballon vole grâce à l’énergie fossile la plus propre : le propane, avec une consommation d’environ 60 litres par heure. Or, les Espagnols d’Ultramagic, qui est aujourd’hui le premier constructeur européen de ballon, ont imaginé un tissu double, avec un système mécanique qui laisse toujours 1 mm entre le tissu intérieur et le tissu extérieur. C’est une copie du concept de double vitrage. Ce qui permet d’économiser jusqu’à 70 % d’énergie. En revanche, ce type de montgolfière coûte 50 % de plus qu’un modèle standard.

Autre avantage pour vous ?

Ce type de montgolfière nous permet désormais de pouvoir décoller de Monaco. Car un ballon normal n’offre que trois heures d’autonomie. Or, pour aller jusqu’en Italie, j’ai besoin de monter jusqu’à 6 000 mètres d’altitude et plus pour bénéficier du jet-stream. Cette nouvelle technologie nous permet de voler 10 heures, puisqu’on ne consomme plus que 18 litres de propane par heure. On peut donc prévoir des vols Monaco-Milan, Monaco-Venise, Monaco-Genève, Monaco-Turin… On pourra traverser les Alpes.

Vous pourriez vraiment décoller depuis Monaco ?

Bien sûr. Il serait tout à fait possible de décoller de la place du casino, de l’héliport, ou pourquoi pas, de la place du palais. Pour décoller, j’ai besoin d’un espace de 50 mètres par 50 mètres.

Vous visez quel type de clientèle ?

Une clientèle VIP. On aimerait faire 10 vols par an, avec seulement deux passagers. Il s’agira de vols haut de gamme, avec du champagne à bord et une nacelle très légère et luxueuse. Elle sera composée notamment de titane et de carbone, et d’un peu d’osier bien sûr. Je négocie actuellement avec un grand nom du luxe pour l’aménagement de cette nacelle.

Et du côté sécurité ?

Nous serons équipés un peu comme un Boeing 747, avec un transpondeur qui nous permettra d’être vu par les tours de contrôle et par les avions.

C’est dangereux un vol en montgolfière ?

Je dis toujours à ceux qui viennent voler avec nous à Mondovi, que la partie la plus dangereuse, c’est lorsqu’ils prennent l’autoroute pour rejoindre cette ville italienne. Mais annuler un vol parce que la météo est incertaine ne me pose aucun problème. Je n’ai pas de salariés à payer, je n’ai aucune forme de pression sur les épaules. La pression commerciale, je la nie. Je nie la pression de l’argent. Et chez les Aéronautes, on a tous cette mentalité.

Vraiment ?

Oui. De plus, on peut s’appuyer sur deux excellents météorologues, qui sont Luc Trullemans et Wim de Troyer, qui ont travaillé sur le suivi météo de l’avion solaire, Solar Impulse. Ce sont mes potes. Et ils sont membres de mon club.

Il n’y a vraiment aucun risque ?

De toute façon, même si le pilote d’une montgolfière perd connaissance, le ballon entame alors une descente à 5 mètres par seconde, pour heurter le sol à seulement 18 km/h. Et puis, il ne faut pas oublier qu’au dessus de la nacelle, on a un parachute qui offre un frein aérodynamique énorme.

Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour une montgolfière ?

Environ 80 % des accidents sont provoqués par des accrochages avec des lignes électriques.

Combien coûtera ce vol VIP ?

Environ 10 000 euros pour 6 à 10 heures de vol.

Votre objectif ?

Réunir assez d’argent pour acheter une montgolfière équipée de ce système. Il faut compter 120 000 euros hors taxes, uniquement pour la montgolfière. À ceci, et pour être cohérent, j’aimerais ajouter un véhicule hybride, électrique ou qui roule au GPL.

Mais qui va accepter de débourser 120 000 euros ?

Que ce soit un mécène ou une marque commerciale, peu importe, nous sommes libres d’accepter qui l’on souhaite. Je négocie actuellement avec une marque de montres suisses de très haut de gamme.

Vous avez d’autres projets ?

J’aimerais organiser la première course de ballons écologique. Avec un décollage de Monaco et un objectif simple : couvrir la distance maximale en 5 heures. Un ami artiste travaille en ce moment sur la création d’un trophée pour récompenser le vainqueur.

Mais vous n’avez pas pu acheter de ballon écologique !

Même si on n’a pas pu acheter notre ballon écolo, un sponsor suisse va nous en prêter un pour que l’on puisse faire un premier vol entre le 10 et le 20 janvier 2017, afin de lancer cette compétition. On a fait une demande d’autorisation pour pouvoir partir de la Principauté. On volera aussi loin que possible pendant 5 heures. Et ensuite, ce sera à d’autres de venir et de chercher à nous battre.

L’objectif de cette compétition ?

Encourager les 25 000 pilotes de montgolfières dans le monde à s’équiper avec cette nouvelle technologie plus économe en propane.

Les pays où les montgolfières sont les plus populaires ?

Les Etats-Unis, où se déroule le fameux Balloon Fiesta à Albuquerque. C’est le plus grand festival de ballon au monde. En 2014, il y avait 570 ballons. Après, il y a aussi la France, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie, l’Espagne…

Pourquoi avoir lancé votre entreprise Aérostar Monaco ?

Avec Aérostar, je vends à peu près tout ce qui vole. J’ai ainsi la chance d’être le distributeur pour l’Europe du Jetpack.

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« C’est un engin qui s’enfile un peu comme un sac à dos […]. Le Jetpack atteint 200 km/h de vitesse de pointe et affiche une autonomie d’une dizaine de minutes » © Photo www.aerostar.mc

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© Photo www.aerostar.mc

Qu’est-ce qu’un Jetpack ?

C’est un engin qui s’enfile un peu comme un sac à dos, mais qui offre 200 kg de poussée grâce à deux turboréacteurs. Le Jetpack atteint 200 km/h de vitesse de pointe et affiche une autonomie d’une dizaine de minutes.

Le prix d’un Jetpack ?

Environ 300 000 euros. Cette machine 100 % américaine fonctionne au kérosène ou au diesel.

Ce n’est pas vraiment très écolo…

Cette machine a été développée par l’armée américaine pour permettre aux pilotes éjectés de leur avion de pouvoir revenir vers une base, dans un rayon de 25 kilomètres. La dimension écologique n’était donc pas forcément une priorité dans ce projet.

Où voir un Jetpack, en vrai ?

Pendant le Monaco Yacht Show (MYS), du 28 septembre au 1er octobre, on fera des démonstrations qui partiront de l’héliport de la Principauté. Le 29 septembre, à 17h, on ira jusqu’au musée océanographique. Le lendemain, toujours à 17h, on volera le long de la digue de Fontvieille. Et enfin, le 1er octobre, à 17h encore, on ira jusqu’à un yacht, au large de Fontvieille.

Qui sont vos clients potentiels ?

Des gens très riches capables de s’offrir ce jouet, que l’on appelle « super toy ». Je négocie actuellement avec un fabricant de yachts pour que le Jetpack devienne un équipement proposé en série sur leurs bateaux.

Dans un contexte de terrorisme international, comment s’assurer que le Jetpack ne sera pas utilisé comme une arme ?

Les acheteurs seront clairement identifiés et devront signer un contrat. Aux États-Unis, le Jetpack est vu comme un ULM, et ce devrait aussi être le cas en Europe.

Comment apprendre à piloter un Jetpack ?

Une formation obligatoire se déroulera en Californie jusqu’en 2018. Il faut compter 25 000 euros pour cette formation, sachant qu’il y aura aussi des cours de parachutisme, puisque le Jetpack est aussi équipé d’un parachute.

Les premiers Jetpack seront livrés quand ?

Les commandes sont ouvertes à partir du 29 septembre, pour des livraisons au premier semestre 2017. Après 50 heures d’utilisation, soit environ 300 vols, le matériel est renvoyé en Californie pour être révisé.

 

journalistRaphaël Brun