Projet Air : « Si ça marche,
ce sera révolutionnaire ! »

Anne-Sophie Fontanet
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Projet Air rassemble une équipe de médecins niçois qui travaille sur un nouveau système de dépistage du cancer des poumons avec une simple prise de sang. À la recherche de financement, le professeur Charles-Hugo Marquette sera le 6 octobre en Principauté pour convaincre des donateurs. Explications.

 

Ce pourrait être une solution pour des milliers de patients dans le monde. Pour l’instant, il ne s’agit bien que d’un espoir. Il y a deux ans, les médias s’emballent après la découverte de deux professeurs niçois. Une simple prise de sang permettrait un dépistage très précoce du cancer des poumons. « Si ça marche, ce sera révolutionnaire ! Mais il ne faut pas donner de faux espoirs, car tout ce qui touche au cancer est très émotif. Le test n’est pas validé à ce jour », insiste d’emblée le professeur Charles-Hugo Marquette. Avec son homologue pathologiste Paul Hofman, ce pneumologue-cancérologue niçois gère la partie clinicienne de l’étude. C’est lui qui côtoie les quelque 300 volontaires répartis à travers la France qui participent à cette recherche lancée il y a un an. A Monaco le 6 octobre, comme lors d’autres soirées de levée de fonds, il cherchera à convaincre des potentiels donateurs d’investir dans ce projet. « Nous avons déjà récolté un million d’euros. Nous sommes toujours à la recherche de 600 000 euros, explique le médecin. Vous pouvez aussi rappeler qu’on cherche toujours des volontaires pour l’étude. »

Volontaires

En effet, celle-ci doit porter sur 600 personnes à risque, réparties dans 15 centres en France, dont le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice. Le projet Air relance donc la recherche de volontaires. Pour participer, des critères précis sont édictés : avoir plus de 55 ans, fumeurs ou ex-fumeurs (au moins un paquet par jour pendant 30 ans ou deux paquets pendant 15 ans) souffrant de BPCO « c’est-à-dire essoufflé à l’effort »(1). Pendant trois ans, les volontaires devront s’astreindre à des prises de sang et des scanners. Chaque patient est suivi pendant cinq ans. « On a montré dans une étude plus réduite menée sur Nice une technique qui permettrait de dépister précocement le cancer des poumons. C’est une vue à l’échelle locale. Est-ce le fruit du hasard ou non ? Il est nécessaire de la faire valider à grande échelle », rappelle Charles-Hugo Marquette. Cent cinquante personnes sont actuellement mobilisées pour savoir si cette prise de sang pourrait permettre le dépistage de ce type de cancer à un stade très précoce.

Projet Air

Dans 85 % des cas, le cancer du poumon est causé par le tabagisme. Ici des cellules tumorales circulantes.

48 000

Si la recherche de biomarqueurs, une caractéristique biologique mesurable liée à un processus normal ou non utilisé pour le dépistage médical, est largement développée dans les recherches menées dans le monde, l’étude des professeurs Hofman et Marquette est unique. Les chercheurs tentent de trouver si la présence de cellules tumorales circulantes, un phénomène qui intervient précocement dans le développement des tumeurs, pourrait être un indicateur fiable. Le patient pourrait alors subir d’autres examens lui permettant, en cas de maladie réelle, un suivi plus rapide. « Si on arrive à le démontrer, l’usage de ce procédé pourrait intervenir assez rapidement, quelques mois plus tard », estime ce cancérologue, tout en restant extrêmement prudent. La révélation de leurs premiers résultats en 2014 a suscité une vague d’espoir. Certains patients venant parfois de très loin pour obtenir la fameuse prise de sang. « Pas plus tard que vendredi dernier, j’ai une dame qui est venue exprès de Moselle pour ça… Alors que ce n’est pas encore possible », regrette le professeur Marquette. Chaque année en France, le cancer du poumon provoque 48 000 décès. Il s’agit de la première cause de mortalité par cancer chez les hommes et de la deuxième chez les femmes, après le cancer du sein. « Cependant, on estime que d’ici 2022, ce sera la première cause de mort par cancer chez les femmes aussi. » La cause de 85 % des cas : le tabagisme. « Le plus dangereux, c’est de fumer dans la durée. Or, on sait qu’avec des mesures anti-tabac, on arrive à faire baisser la mortalité », conclut le cancérologue.

 

(1) Contact pour les volontaires : air@chu-nice.fr ou 04 92 03 77 66. Informations pratiques : Soirée de levée de fonds le jeudi 6 octobre, à 19h, au restaurant Address au 16 rue de Millo, à Monaco. Cocktail dinatoire : 60 euros par personne. Réservation sur www.fcancer.eu. + de renseignements sur l’étude ici : www.projet-air.org.

journalistAnne-Sophie Fontanet