Télétravail
Qu’en pensent vraiment les patrons ?

Raphaël Brun
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Les premiers télétravailleurs devraient faire leur apparition ce mois-ci. Monaco Hebdo donne la parole à quelques patrons qui confient leurs espoirs, mais aussi leurs réticences, face à ce nouveau dispositif.

 

Depuis le 1er septembre, le télétravail est devenu une réalité à Monaco. Et cette réalité vient de loin, puisqu’elle trouve son origine dans un vœu émis le 7 novembre 2007 par le Conseil Economique et Social (CES). Un vœu resté pieu avant de trouver un écho à travers une proposition co-écrite par l’élu Union Monégasque (UM) Bernard Pasquier et Patricia Musso dans le cadre d’un livre blanc, Monaco 2029. A ce jour, le télétravail reste contesté par l’Union des syndicats de Monaco (USM) qui cite volontiers le psychiatre Patrick Lègeron, auteur du livre Le stress au travail : « On peut imaginer les dégâts que cela peut causer sur un salarié se trouvant seul chez lui, amené à déborder sur le temps consacré habituellement à sa famille, pour parvenir aux objectifs fixés par son employeur. » Un risque de débordement de la sphère professionnelle sur la sphère privée qui est aussi quelque peu redouté par le groupe politique du Conseil national Renaissance : « Les études récentes tendent à souligner ses risques psychosociaux, l’amélioration de la qualité de vie du télétravailleur étant contrebalancée par l’augmentation du temps et de la charge de travail. » Du côté du gouvernement, le ministre-conseiller de gouvernement, Stéphane Valeri, juge pour sa part que « le développement du télétravail constitue l’un des facteurs pouvant permettre à la Principauté d’affermir son rôle de pôle local de développement économique, à son plus grand bénéfice, mais aussi à celui des territoires français et italien voisins ».

« Alternative »

Contactée en avril 2015 par Monaco Hebdo, la Fédération des entreprises monégasques (FEDEM) n’avait pas souhaité répondre à nos questions, laissant les autres acteurs de ce dossier occuper le terrain médiatique. Seize mois plus tard, le président de la FEDEM, Philippe Ortelli, a accepté d’évoquer ce sujet. Dans l’interview qu’il nous a accordée (voir par ailleurs), il adopte un positionnement résolument positif face à ce nouvel outil mis à la disposition des patrons et des salariés de la Principauté : « Les syndicats affiliés à la FEDEM voient [dans le télétravail] un moyen d’optimiser l’organisation du travail dans leurs entreprises et d’offrir une meilleure qualité de vie à leurs salariés », tout « en permettant à certains d’effectuer une partie de leur temps de travail en dehors des locaux de l’entreprise ». Il restait encore à entrer dans une dimension concrète, en s’adressant directement à des entreprises monégasques. C’est ce que Monaco Hebdo a fait. Et globalement, l’accueil reste positif. « Le télétravail est une réelle opportunité pour Monaco puisqu’il va permettre de répondre à certaines problématiques récurrentes comme : l’exiguïté de la Principauté et son accessibilité tout en respectant l’environnement, la rareté et le prix de l’immobilier qui sont un frein de développement pour les entreprises monégasques », estime le directeur général de Telis, Thierry Leray. Même ressenti chez Olivier Kunz. Le directeur global des ressources humaines de Silversea, une entreprise spécialisée dans les croisières, voit dans le télétravail « une alternative intéressante au système actuel. Cela permet aux employés frontaliers de concilier vie familiale et vie privée, en minimisant le temps de trajet vers leur lieu de travail. » Plus prudent, le directeur d’Adecco Monaco, Renaud Durand pense qu’il s’agit d’« un dispositif issu de nombreuses réflexions portées à différents niveaux de la société économique et politique. Le juger serait présomptueux, d’autant que nous ne connaissons pas encore son fonctionnement exact. »

Noir

Du coup, ces responsables d’entreprises avouent volontiers qu’ils pourraient faire appel au télétravail. Pour « gagner de l’espace dans nos bureaux sans être obligé de changer de locaux. Et permettre à mes salariés de gagner en qualité de vie et donc en productivité pour mon entreprise », justifie Thierry Leray. Autre argument avancé : « Nous pourrions utiliser ce dispositif pour des situations nécessitant une flexibilisation du temps de travail passé sur notre site de Monaco », indique Olivier Kunz, qui espère aussi pouvoir attirer « plus facilement des talents habitants dans la région et qui ont charge de famille », ce responsable pointant du doigt l’un des points noirs qui touche Monaco : « Les accès à la Principauté le matin et le soir sont difficiles en temps normal, et sont un casse-tête lors de grèves ou intempéries. » Reste à savoir si, comme certaines études le disent, le télétravail permet vraiment de gagner en productivité. En 2012, une étude réalisée en France auprès de 20 groupes français représentant 6 200 télétravailleurs à la demande d’Eric Besson, ex-ministre de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique, arrivait à la conclusion que la productivité des télétravailleurs serait de 22 % supérieure à celle des autres salariés en entreprise. « Sur la base des expériences faites à l’étranger, les gains de productivité peuvent être réalisés si le salarié a des contacts réguliers avec ses collègues et équipes sur le lieu de travail », ajoute Olivier Kunz. C’est sur la baisse de stress « avec moins de temps passé dans les transports » que mise le patron de Telis, Thierry Leray, avant d’entrevoir un éventuel gain de productivité. Mais il faudra du temps, rappelle ce dirigeant, avant que les effets ne puissent être mesurés avec exactitude.

Freins

Chez Telis, « un certain nombre » de salariés ont fait savoir qu’ils souhaitaient se lancer dans le télétravail. Objectif : « Mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle, ajoute Leray. Dans notre secteur d’activité, de nombreux postes sont éligibles à ce dispositif. Nous allons donc commencer par une dizaine de personnes la première année. Et nous verrons par la suite. » Chez Adecco Monaco, la donne est différente. Car, comme le rappelle le directeur Renaud Durand, « seuls les salariés permanents sont concernés par le télétravail, les intérimaires sont exclus du dispositif actuel. Nous sommes ouverts au public et les salariés concernés sont, a priori, ceux qui travaillent en “back office” administratif. » Résultat, sur les 10 salariés que compte Adecco Monaco, seul un poste est « potentiellement » éligible au télétravail, estime Durand. Chez Silversea, l’intérêt est beaucoup plus mesuré. « Cela n’a pas suscité un engouement réel, en raison principalement de la lourdeur administrative et des activités propres à notre entreprise », explique Olivier Kunz. Du coup, c’est sûr, pour le moment, Silversea ne se lancera pas dans le télétravail. Au rayon des « lourdeurs administratives » pointées par ce responsable, les contrats de travail et « les délais contractuels pour toute modification », sans oublier « l’obligation après 6 mois d’avoir l’accord des 2 parties pour accepter une résiliation du contrat de travail pour télétravail. » Toujours au rayon des freins, le directeur d’Adecco Monaco, Renaud Durand, évoque « un cadre juridique précis et clair permettant d’anticiper les situations encore inconnues qui pourraient se produire », notamment en ce qui concerne « les règles à appliquer en cas de maladie ou d’accident du travail. » Autre point qui revient assez souvent : la problématique liée à la sécurité informatique entre le lieu habituel de travail et le domicile du salarié. On pense ici bien évidemment au secteur bancaire, mais pas seulement, car des entreprises d’autres secteurs sont aussi concernées. « Le cadre législatif n’est qu’un premier palier. Il faudra aussi un accompagnement individualisé des employeurs, et les aider à bien utiliser les nouvelles solutions techniques de sécurité informatique », estime pour sa part le président de la FEDEM, Philippe Ortelli.

Succès ?

Du coup, le développement d’activités économiques pour accompagner ce nouvel outil ont déjà vu le jour. En effet, d’un point de vue technique, certaines entreprises devront s’équiper pour permettre au télétravailleur de communiquer dans de bonnes conditions avec son entreprise. « Pour mettre en place une solution de bon niveau, hors équipement bureautique, ordinateurs, imprimante, un budget d’investissement d’environ 1 000 euros par utilisateur paraît raisonnable. Ensuite, il faut compter les abonnements au réseau d’opérateur français. Prévoir entre 30 et 150 euros par mois environ, suivant les besoins et la nature de la connexion », avance le directeur général de LTP, Jean-Claude Martinez. Spécialisée dans les systèmes de télécommunication, les réseaux informatiques et la vidéo-surveillance, cette entreprise devrait donc être sollicitée dans les semaines et les mois à venir.

Du point de vue humain, certains proposent déjà des formations pour aider les entreprises qui se lancent dans le télétravail. C’est le cas de Pierre Dick, un formateur qui possède sa société en nom propre à Monaco. Parmi les journées de formation qu’il a mis en place, il sera notamment question de « développer la connaissance de soi et des autres pour mieux travailler ensemble », avec un module « spécifique », appelé « Mettre en place le télétravail ». Ce module combinera « communication, confiance en soi et travail en équipes », promet Pierre Dick, qui croit dans les atouts de cette méthode de travail distante : « Théoriquement, une entreprise peut avoir 4 bureaux pour 5 salariés avec tous les jours un salarié différent en télétravail : cela fait 20 % d’économie de surface. »

Il faudra voir si le télétravail remporte le succès espéré en Principauté. Le conseiller-ministre pour les Affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri, espère multiplier par trois le nombre d’emplois et évoque, à terme, quelque 8 000 emplois nouveaux. « En France la pratique du télétravail reste marginale et plutôt réservée aux grandes entreprises. Ceci étant, les contraintes de transports, mais surtout la pénurie de locaux d’activité est beaucoup moins forte. Il se peut donc que la Principauté soit plus propice au développement de ce modèle de travail », espère Jean-Claude Martinez. Pierre Dick, lui, ne semble pas en douter : « Le système repose sur beaucoup de confiance : mais c’est sur la confiance que se bâtissent les entreprises. »

 

« Une responsabilité écocitoyenne »

Le télétravail est aussi supposé être un atout anti-pollution. Interview d’Eric Villalonga, président de la chambre des Énergies Renouvelables et de l’Écologie de Monaco (CEREM).

 

Comment jugez-vous le dispositif de télétravail proposé par Monaco ?

C’est un dispositif qui est en adéquation avec l’évolution du travail, ouvert à des perspectives nouvelles de développement et respectueux des notions environnementales.

Comment les salariés des membres du CEREM ont réagi face à ce dispositif ?

La compréhension et l’intérêt de ce dispositif a été perçu très positivement par l’ensemble des salariés de nos membres. Cela va dans le sens d’une avancée sociale et contribue dans le cadre du fonctionnement des entreprises à une redéfinition des responsabilités de chacun, induit par une autonomie accrue. Et ce, même si elle est encadrée par des règles internes clairement définies, fixées à l’embauche ou par un avenant au contrat de travail.

Combien de télétravailleurs est-il envisageable d’atteindre en un an ?

Une phase test de quelques mois est nécessaire pour se prononcer sur la ventilation des effectifs bénéficiant de ce dispositif. La finalité est de donner plus de souplesse à l’entreprise, de maintenir une qualité de travail au quotidien, et donc de performance génératrice de croissance, tout en limitant les coûts de déplacements pour les salariés. Par ailleurs, en tant qu’acteur éco-responsable, la donnée de l’impact environnemental est très importante dans cette démarche. Moins d’émanation de CO2 fait partie des objectifs.

Qu’est-ce qui pourrait freiner le développement du télétravail à Monaco ?

L’évolution de la réglementation et des lois qui ne seraient pas en phase avec la réalité des entreprises. Mais aussi un défaut de management ou un décalage latent entre patrons et salariés dans le cadre de l’application du dispositif. Ou encore la protection des données dans le cadre des procédures de sauvegardes appliquées en externe.

Faudrait-il faciliter le recours au télétravail lors des pics de pollution ?

Oui, évidemment. Si le poste et les tâches à accomplir en période de pics de pollution peuvent être externalisés, il serait alors de la responsabilité écocitoyenne des entreprises de limiter les déplacements, sources d’émanations de CO2 dans l’atmosphère. Et ce, pour deux raisons fondamentales : la santé des salariés et la protection de notre environnement. D’après les chiffres de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), 50 % des émissions de CO2 sont liés aux déplacements professionnels, ces trajets représentant 30 % de la circulation globale. Alors que la circulation de 100 voitures génère 240 tonnes de CO2.

 

« Evoluer avec son temps »

Le président de la fédération des entreprises monégasque, Philippe Ortelli, voit dans le télétravail une opportunité pour Monaco de poursuivre son développement économique. Interview.

 

Le patronat monégasque est-il majoritairement favorable au télétravail ?

Oui, les syndicats affiliés à la fédération des entreprises monégasques (FEDEM) se sont montrés favorables à la mise en place d’une loi sur le télétravail. Ils y voient un moyen d’optimiser l’organisation du travail dans leurs entreprises et d’offrir une meilleure qualité de vie à leurs salariés, en permettant à certains d’effectuer une partie de leur temps de travail en dehors des locaux de l’entreprise.

Cela suppose une préparation bien précise en amont ?

Les syndicats affiliés à la FEDEM savent bien que le télétravail ne s’improvise pas et introduit des notions nouvelles. Il leur faudra d’abord maîtriser des règles juridiques particulières. Ils devront ensuite adapter leurs pratiques de management à la rupture de l’unité de temps, de lieu et d’action provoquée par le télétravail.

Philippe Ortelli

Quelles questions se posent les chefs d’entreprises ?

Avant de se lancer dans un tel projet, ils souhaitent être conseillés et accompagnés. Ils s’interrogent notamment sur les modalités de contrôle des salariés, les conditions d’exercice de l’autorité, l’adhésion aux valeurs et objectifs de l’entreprise.

Quoi d’autre ?

Ils se posent aussi des questions sur la détermination de la loi applicable au contrat de travail lorsqu’un salarié est amené à télétravailler les deux tiers de son temps hors de Monaco, sachant que les tribunaux donnent souvent la priorité à la loi du lieu d’exécution habituelle du travail.

Quelles attentes a le patronat vis-à-vis du télétravail ?

Le télétravail doit d’abord permettre à une entreprise d’évoluer avec son temps, en profitant des possibilités offertes par les nouvelles technologies. Il représente une avancée sociale et une véritable opportunité pour Monaco. De plus, le gain d’espace permettra de nouvelles embauches et des économies de loyer pour les entreprises.

Mais le télétravail ne pourra évidemment pas concerner toutes les entreprises ?

Le télétravail ne peut bien sûr pas concerner toutes les professions. Certains secteurs comportent des postes non-éligibles : production, vente directe, services à la personne…

Quels sont les secteurs les plus demandeurs ?

D’après les retours obtenus auprès de nos membres, ce sont surtout les secteurs tertiaires, notamment les hautes technologies, qui sont le plus impatients. Le transport maritime, le négoce international et les activités administratives ont aussi exprimé leur intérêt. Le télétravail s’adresse plus particulièrement à des populations de salariés plutôt qualifiées, autonomes et investies de la confiance de la hiérarchie.

Quelles sont les réticences, culturelles ou non, qui reviennent le plus souvent ?

Les freins évoqués sont avant tout structurels, juridiques et techniques, le télétravail étant encore méconnu à Monaco. Les chefs d’entreprise s’interrogent sur les réelles relations employeurs-employés, le télétravail remettant en cause la notion de temps de travail et du contrôle au travail.

Au fond, qu’est-ce qui pose problème ?

Même si la structure organisationnelle de l’entreprise est devenue plus collaborative, l’organisation du travail reste très hiérarchisée et pyramidale. Le télétravail est basé sur la confiance et la flexibilité, deux notions appréhendées avec beaucoup d’ouverture par les chefs d’entreprise et leurs salariés.

Il y a des craintes spécifiques à des secteurs d’activités précis ?

Certains, dont le secteur bancaire, ont par ailleurs des craintes concernant la confidentialité et la sécurité informatique des données.

Comment vaincre ces craintes ?

Le cadre législatif n’est qu’un premier palier. Il faudra aussi un accompagnement individualisé des employeurs, et les aider à bien utiliser les nouvelles solutions techniques de sécurité informatique.

Pour les plus grandes entreprises, mettre en place le télétravail suppose la concertation des partenaires sociaux, la négociation d’un accord, les signatures d’avenant au contrat de travail et parfois l’achat d’équipements informatiques spécifiques : est-ce trop contraignant et trop coûteux ?

La loi monégasque dit : « Préalablement à la mise en place d’une activité de télétravail, l’employeur doit informer les délégués du personnel des modalités générales d’exécution envisagées de ladite activité au sein de l’entreprise, y compris des informations permettant d’apprécier le respect des dispositions de la présente loi. » Ce n’est donc pas à proprement parler une consultation, qui nécessiterait un avis des délégués du personnel, et pourrait bloquer la décision de l’employeur. La loi n’oblige pas à négocier un accord sur le télétravail, mais prévoit certaines obligations à l’égard des salariés.

Lesquelles ?

Notamment la prise en charge des coûts d’équipement et de maintenance engendrés par l’activité de télétravail : matériels, logiciels, abonnements, communications et outils.

Mais il y a des obligations vis-à-vis de l’administration monégasque ?

L’employeur doit soumettre ses modalités d’exécution par lettre recommandée avec accusé de réception au directeur du travail, qui doit se prononcer dans un délai de deux mois sur leur conformité aux dispositions de la loi. Ce n’est qu’une fois que le directeur du travail aura déclaré expressément l’activité de télétravail conforme à la loi, ou se sera abstenu de répondre dans le délai imparti, que le télétravail pourra être stipulé dans le contrat initial pour tout nouvel embauché. Ou bien être instauré avec un avenant en cours d’exécution du contrat de travail par l’accord de volonté du salarié et de l’employeur.

C’est complexe ?

Cette démarche est plus technique et requiert, selon nous, le conseil d’un sachant juridique qui rédigera un contrat adapté. Ce dernier devra prendre en considération l’arrêté ministériel n° 2016-425 du 1er juillet 2016 portant application de la loi n° 1429 du 29 juin 2016, qui prévoit les clauses obligatoires au contrat, mais aussi toutes les modalités d’organisation du télétravail propres à l’entreprise, la loi applicable au contrat, le tribunal compétent, les risques liés au télétravail…

Et pour les salariés déjà présents dans l’entreprise et qui souhaitent télétravailler ?

Dans le cas d’un salarié déjà présent dans l’entreprise qui accepte de télétravailler, l’employeur devra effectuer les démarches nécessaires pour modifier son permis de travail. Ou, si celui-ci est de nationalité monégasque, faire une simple déclaration modificative d’embauche.

Mettre en place le télétravail dans son entreprise coûte cher ?

Les coûts induits sont toutefois à mettre en relation avec les économies permises par la réduction de la prise en charge du transport et des indemnités repas, ainsi qu’à celles des charges immobilières puisque un poste de travail pourra être réparti entre plusieurs emplois.

En France environ deux salariés sur trois sont pour le télétravail : quelle est la tendance à Monaco ?

Nous ne sommes pas en mesure de chiffrer le nombre de salariés intéressés.

Pensez-vous qu’à Monaco les salariés aient un point de vue diamétralement opposé au patronat concernant le télétravail ?

Si les syndicats de salariés ont déjà exprimé leur désapprobation, les salariés apparaissent beaucoup plus intéressés par les possibilités offertes par le télétravail. Ils y voient une opportunité de réduire le stress des transports et de mieux concilier leurs vies professionnelle et personnelle.

Les salariés sont vraiment prêts à se lancer dans le télétravail ?

Monaco bénéficie d’un salariat de haut niveau où de nombreux postes sont de type cognitif ou créatif. Imaginer que ces salariés ne seraient pas prêts serait remettre en cause leur capacité d’adaptation à la modernité et aux évolutions technologiques.

Le télétravail suppose une nouvelle organisation du temps de travail : les entreprises monégasques sont-elles prêtes à cela ?

Avec le télétravail, l’employeur doit repenser le temps de travail. Sa mise en œuvre est avant tout basée sur la confiance et la responsabilisation. La loi prévoit que le contrat de travail devra mentionner l’organisation du temps de travail, notamment le décompte des jours et des heures travaillés et les modalités de vérification. Il est plus difficile de déterminer le temps travaillé par le télétravailleur. Les entreprises sont conscientes des difficultés qui peuvent remettre en cause certains projets de télétravail. Néanmoins, gérer son équipe à distance, cela s’apprend et se prépare.

En septembre 2017, le télétravail sera une réussite à Monaco si quel nombre de télétravailleurs est atteint ?

C’est difficile à quantifier. Pour équilibrer nos régimes de retraite, l’objectif est d’atteindre les 80 000 salariés en 2050. Or, du fait du manque de place, nous aurons besoin qu’un grand nombre de ces emplois s’effectuent en télétravail.

Si l’engouement pour le télétravail n’est pas au rendez-vous, seriez-vous favorable à ce que des aménagements voient le jour ?

L’adoption de la loi étant très récente, nous ne pouvons pas encore évaluer précisément le nombre de salariés concernés et d’entreprises utilisatrices mais ce dispositif suscite déjà l’intérêt. Nous allons donc observer ce qui va se passer dans les 18 prochains mois. Mais nous sommes convaincus de l’adhésion d’un nombre non négligeable d’entreprises et de salariés à ce projet.

 

 

journalistRaphaël Brun