Hooliganisme : «  Des moyens étendus pour endiguer ce fléau  »

Raphaël Brun
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Le 3 juillet, Monaco a signé une convention du Conseil de l’Europe qui vise à davantage sécuriser les stades. La réaction du ministre-conseiller pour l’Intérieur, Patrice Cellario.

 

Fin juin, le Conseil de l’Europe a lancé une nouvelle convention pour améliorer la sécurité et la sûreté dans les stades : Monaco signera cette convention ?

La Principauté de Monaco, membre du Conseil de l’Europe, fait partie, au sein de cette institution internationale, de la convention sur une approche intégrée de la sécurité, de la sûreté et des services lors des matches de football et autres manifestations sportives. Sous l’égide de Rémi Mortier, ambassadeur, représentant permanent de Monaco auprès du Conseil de l’Europe, le commandant principal Fabien Vachetta, de la direction de la Sûreté publique, en charge de la lutte contre le hooliganisme, participe aux débats lors de chacune des sessions. Cette nouvelle convention, issue des travaux de cette commission, constitue l’évolution logique du texte fondateur adopté après les évènements tragiques du Heysel de 1985. La Principauté de Monaco a donc signé cette convention, le 3 juillet dernier, à Paris.

Cette convention vient remplacer celle qui avait été lancée en 1985 après le Heysel : 31 ans après, il était temps d’agir, car le contexte et la sociologie des supporters ont beaucoup changés ?

La lutte contre les comportements déviants dans et aux abords des enceintes sportives constitue une priorité sécuritaire. La convention de 1985, motivée par le drame du Heysel, se voulait résolument novatrice et appréhendait déjà pleinement l’ampleur du phénomène, en accordant aux acteurs de ce combat des moyens étendus pour endiguer ce fléau. Après avoir connu plusieurs modifications portant essentiellement sur la forme, cette convention nécessitait désormais une réforme structurelle afin d’harmoniser sur un plan global, à l’échelle du continent, les mesures susceptibles d’être prises par chaque Etat.

Quelle est la stratégie ?

Il s’agit de lutter contre le hooliganisme par la standardisation des normes européennes en matière de sécurité et de sûreté à l’occasion de chaque rencontre sportive.

Un exemple concret ?

L’interdiction de l’introduction dans les stades d’engins pyrotechniques, désormais adoptée par l’ensemble des Etats signataires, alors que ces objets très dangereux étaient soumis à une certaine tolérance dans les pays nordiques. Ce qui n’est plus le cas à l’heure actuelle.

Pendant l’Euro 2016, il y a eu des incidents dans les stades, notamment à Marseille qui présentait pourtant un stade rénové pour cette compétition : quels manques en termes de sécurité peuvent expliquer ces dérapages ?

Il paraît difficile d’émettre un avis sur une compétition organisée par l’UEFA, dans un pays autre que Monaco et à l’intérieur d’un stade qui nous est étranger.

Que change la signature de cette convention pour les travaux engagés au stade Louis II ?

Les travaux qui seront engagés au stade Louis II dans le cadre de sa future restructuration le seront dans la prolongation de la prise en compte des impératifs de sécurité qui a toujours été développée au sein de cette infrastructure. Le département de l’Intérieur, autorité de tutelle de la direction de la Sûreté publique, travaille en étroite collaboration notamment avec l’AS Monaco et la direction du stade Louis II dans le souci impérieux de garantir un spectacle sécurisé pour des spectateurs, venus assister en famille à une rencontre sportive, dans une ambiance devant rester festive, sans jamais être polluée par des exactions pouvant relever de groupes organisés.

Le stade Louis II va donc bénéficier d’une sécurité accrue ?

Les installations existantes comme, par exemple, le système anti-envahissement, dit « Wembley » au bas des tribunes de chaque virage, la présence d’un vitrage « sécurité » compartimentant la tribune des visiteurs, les mesures de sectorisation prises pour chaque match à risques ou encore le système de vidéo-surveillance, seront a minima maintenues, voire étendues et modernisées, afin de répondre au plus près aux exigences en la matière.

La nouvelle convention internationale voulue par le Conseil de l’Europe vise notamment à renforcer la coopération policière internationale désignant un « point d’impact national d’information football (PNIF), qui facilitera l’échange d’informations et de données à caractère personnel dans le cadre de matches internationaux » : qui incarnera ce PNIF en Principauté ?

La direction de la Sûreté publique entretient des contacts très étroits et réguliers avec la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme (DNLH). En collaboration avec l’AS Monaco, la Sûreté publique s’était chargée d’organiser en 2014 le colloque annuel des correspondants hooliganisme de Ligue 1 (L1) et de Ligue 2 (L2). Les échanges d’informations sont permanents et permettent de présenter des dispositifs de sécurité adaptés à chaque contexte. Ce PNIF monégasque existe donc virtuellement depuis de nombreuses années, au sein de la division de police urbaine de la direction de la Sûreté publique.

Le PNIF a donc désormais une existence officielle ?

La nouvelle convention n’a donc pour effet que d’officialiser au regard des instances européennes, une cellule opérationnelle de la Sûreté publique, qui n’a de cesse de coopérer activement avec ses homologues policiers européens.

Cette convention européenne ne concerne pas que le football ?

En ce qui concerne la Principauté, l’application de cette convention européenne ne se limitera pas à l’univers du football, mais s’étendra à d’autres sports, comme par exemple le basket-ball.

D’autres sports que le football sont victimes du hooliganisme ?

L’AS Monaco Basket participera cette saison à la plus illustre des compétitions européennes, avec des clubs parfois réputés pour leur public « difficile ». Nul doute que les principes posés au travers de cette convention européenne seront alors transposés à cette compétition, afin que le sport reste une fête en Principauté.

 

journalistRaphaël Brun