Migrants à Vintimille, un an après
Des solutions toujours temporaires

Aymeric Brégoin
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Depuis la fermeture du camp géré par la Croix-Rouge italienne en mai, les centaines de migrants encore bloquées aux portes de la France sont baladées de lieu d’accueil en lieu d’accueil. L’ouverture d’un nouveau centre de transit au nord de la ville n’apporte aucune solution pérenne

À Vintimille, l’inexorable exode des réfugiés

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À Vintimille, samedi 16 juillet, c’est une file indienne qui s’étend presque à perte de vue. Adieu, l’église Sant’Antonio, qui les accueillait depuis début juin. Les sacs à la main contenant leurs maigres effets personnels, des fois sur le dos, comme autant de baluchons de fortune, ils sont plus d’une centaine de réfugiés à avoir entamé une lente migration à pied. Direction un nouveau centre d’accueil, installé près du village de Bevera, à trois kilomètres à l’extérieur de Vintimille, dans un ancien site ferroviaire. Avec le préfet d’Imperia, le maire de la ville a obtenu l’ouverture d’un lieu géré par la Croce Rossa, la Croix-Rouge italienne. Depuis la fermeture du camp début mai par le ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano — qui jugeait qu’il n’y avait plus d’urgence — les migrants n’avaient officiellement plus d’endroit où aller. Sans l’appel des évêques de Vintimille d’ouvrir leur portes, ils auraient été condamnés à poursuivre dans les rues de la ville ces mois d’errance commencés depuis la corne de l’Afrique. Avec la mise à disposition de cet ancien entrepôt de marchandises ferroviaires, au parc Roja, le long de la Roya, ils pourront trouver un peu de répit.

Asile

Un répit de courte durée. Sept jours maximum. Toujours plus que les quarante-huit heures annoncées début juillet par Enrico Ioaculano, le jeune maire de Vintimille. Pour Robert Ferrua, le président de Caritas Monaco, ça ne change rien. Il estime que « la situation a empiré ». À l’issue de ce délai, les réfugiés devront décider de demander l’asile en Italie, chose à laquelle la majorité se refuse, préférant et espérant pouvoir un jour rallier la France. Ou alors, quitter les lieux et partir vers d’autres destinations. « En principe, ils doivent rester sept jours. Ça n’arrange rien. Comment les faire partir au bout de sept jours ? Personne ne bouge en Europe », déplore l’humanitaire. Insuffisant en termes de durée, le camp l’est aussi en termes de capacité. Les préfabriqués peuvent héberger entre 150 et 180 personnes dans des situations d’hygiène et de confort décentes. Les associations caritatives et humanitaires évaluent le nombre de migrants présents à Vintimille entre 500 et 700. Faute de place, c’est donc au moins autant de migrants qui restent aux portes du camp géré par la Croix-Rouge italienne.

Familles

Des migrants qui « se sont installés juste à côté », confie le diacre. Un camp de fortune dans des anciennes installations ferroviaires, en situation de précarité extrême : ni eau courante, ni sanitaires. « La préfecture ne veut pas que l’on amène de l’eau pour ne pas que ce camp provisoire non autorisé devienne définitif. J’espère que la Croix-Rouge monégasque pourra y amener de l’humanité et de la solidarité », appelle Robert Ferrua. Les autorités ont quand même réagi en augmentant la capacité du camp, qui « devrait être portée à 300 ou 350 personnes dès la fin du mois. Il arrive de nouveaux préfabriqués tous les jours », confie le diacre monégasque. Une nouvelle capacité d’accueil toujours insuffisante au regard des besoins, que l’église catholique tente de pallier. Malgré la décision de la préfecture, l’église Sant’Antonio n’a pas complètement fermé ses portes. Familles, couples et enfants sont restés sur place. Une trentaine de personne, lors du déplacement des réfugiés vers le nouveau centre de Bevera, samedi 16 juillet. « Aujourd’hui ? Une centaine », estime Robert Ferrua. Avec une seule certitude : « Il continue à en arriver. »

 

L’Europe, rêve brisé des réfugiés

Faute d’Europe, les centaines de migrants bloquées à Vintimille ont organisé leur Euro. Un tournoi derrière l’église Sant’Antonio, où ils étaient accueillis pendant 40 jours. Lors de la Journée international des réfugiés, ils ont lancé un appel pour montrer que la crise migratoire perdure.

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Les équipes portent les noms des pays dans lesquels ils rêveraient de vivre. La Norvège, la France, l’Allemagne, l’Italie, et même deux d’Angleterre. Ceux qui endossent les dossards de joueurs viennent du Soudan, d’Érythrée, d’Éthiopie. Dans la cour de l’église Sant’Antonio, à Vintimille, les couvertures et sacs de couchage libèrent peu à peu la surface du terrain de handball, transformé en ce soir du 20 juin en stade de football. Pour cette Journée internationale des réfugiés, les centaines de migrants accueillis par l’église catholique veulent lancer un appel. Montrer qu’ils existent, que la crise migratoire est loin d’être résolue malgré la dissolution du camp de la Croix-Rouge à Vintimille. Alors, ils ont organisé leur propre rencontre sportive, l’Emigrants Europe Cup. Comme un triste écho à l’Euro 2016, dont quatre matches se sont déroulés à moins de quarante kilomètres de là, à Nice, juste de l’autre côté d’une frontière qu’ils désespèrent de pouvoir franchir. Autour du ballon rond, que des sourires. De la dignité, de la fraternité — des droits que les dirigeants européens ne semblent pas vouloir leur accorder, alors qu’ils viennent de fuir des pays à feu et à sang, des pays exsangues. « Hurria ! » — liberté, en arabe — clament-ils, tous en cercle, main dans la main, avant de lancer le coup d’envoi de la rencontre.

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Télé et baby-foot

Toute la journée, ils se sont entraînés. Autour de plus petites balles : celles de deux baby-foot disposés à l’extérieur de l’église Sant’Antonio. Une maigre consolation pour occuper ses journées au sein de ce quartier populaire situé à l’entrée de Vintimille. Sous un soleil de plomb, ils sont nombreux à se masser autour de ces deux distractions ; d’autres, lassés, décident d’arpenter la ville, sans ne jamais trop s’éloigner, de peur de se faire attraper par la police. Beaucoup trouvent un peu d’ombre sous les arbres du parking en face de l’église, de l’autre côté de la route, où est en permanence garé un camion de la Croix-Rouge censé prodiguer les soins de premiers secours. D’autres encore tentent de s’assoupir sous un monceau de vêtement, les pieds qui dépassent de leurs tentes, autant d’éphémères et fébriles abris qui bordent la cour de l’église. Certains essayent de trouver un peu de réconfort, malgré la barrière de la langue, auprès des bénévoles d’un jour ou de ceux de toujours. Les derniers se sont massés à l’intérieur du bâtiment, disposés sur des chaises, happés par l’écran qui diffuse des films entre deux matches de l’Euro, lors desquels s’affrontent des pays où ils rêvent de s’installer, mais qui leur ont fermé la porte au nez.

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Camp de vie

Alors à Sant’Antonio, la vie s’organise. En cette période de ramadan, ils sont nombreux à jeûner et à prier. La plupart des réfugiés présents sont de confession musulmane et parlent arabe. Certains se débrouillent en anglais, d’autres montrent quelques notions de français. Ils apprennent rapidement des bases d’italien. Or la plupart ne vont rester qu’une ou deux semaines. À peine le temps de se connaître. Pour les médias et les membres d’associations caritatives ou humanitaires qui défilent, les histoires se ressemblent. Un pays en guerre, une famille abandonnée. La traversée du désert, avant d’arriver en Libye. Puis les vols, les viols, les violences. Jusqu’à ce qu’un passeur les déleste jusqu’à plus de 3 000 euros pour une traversée de la Méditerranée, au péril de leur vie. L’arrivée en Italie du Sud, jusqu’à être bloqué ici, à Vintimille, à quelques kilomètres d’un pays qu’ils voient encore comme un eldorado malgré ses frontières hermétiques. Autre que leur histoire, ils partagent aussi la même pudeur. Ils ne s’étendent guère sur les raisons de leur départ. Ils semblent juste résignés d’être bloqués. Une situation qui n’est pas prête de s’améliorer. Les bénévoles servent près de 400 migrants par jour, avec un fort turn-over. L’église a même enregistré un pic de 700 personnes. Malgré le durcissement des contrôles, le flux ne se tarit pas. Le premier semestre de l’année 2016 a vu plus de réfugiés arriver sur les côtes italiennes que pendant toute l’année 2015. Plus de 88 000 à ce jour [1]. Et encore, eux ont réussi à traverser sans que la Méditerranée ne les ait emportés. En mer, entre l’Italie et la Libye, rien qu’en 2016, plus de 2 600 personnes n’ont pas eu cette chance.

1] Chiffres au 24 juillet de l’Organisation internationale pour les migrations.

 

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Des femmes, des enfants et une naissance

C’est un nœud rose qu’arbore fièrement la porte de l’église Sant’Antonio. Un nœud rose pour une naissance, comme une ode à la vie, celle d’une petite fille d’un couple de migrants venus du Cameroun. Sherifa Maria a vu le jour dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 juin à l’hôpital de Sanremo. L’un des principaux changements par rapport à l’année dernière, au centre d’accueil de la Croix-Rouge, est la présence de femmes et d’enfants. Elles sont quelques-unes à dormir à l’église Sant’Antonio, dans une pièce réservée à leur égard. Les enfants, eux, jouent avec tout le monde, passent dans les bras des réfugiés comme dans ceux des bénévoles. Derrière le bonheur non dissimulé, c’est une logistique supplémentaire qu’il faut assurer : produits d’hygiène, alimentations, couches, jouets… Les besoins évoluent.

 

Opération nettoyage à Vintimille

Du démantèlement du camp de la Croix-Rouge près de la gare à l’arrêté d’expulsion du campement sauvage au bord de la Roya, en mai, les autorités ont relancé l’emballement médiatique autour des migrants, alors qu’ils voulaient minimiser l’ampleur de la crise. Récit d’un mois d’errances à travers la ville-frontière.

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« Il n’y a plus de situation d’urgence à Vintimille. » En visite dans la commune italienne samedi 7 mai, c’est par ces mots que le ministre de l’Intérieur italien, Angelino Alfano, a acté le démantèlement du centre d’accueil de la Croce Rossa, la Croix-Rouge italienne, installé prêt de la gare ferroviaire depuis juin 2015. En Italie, cet organisme international humanitaire est sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Lors de sa mise en place, le camp prodiguait soins et repas chauds à près de 200 migrants par jour [1]. Près d’un an après, ils étaient moins d’une quarantaine de réfugiés à y être pris en charge. Un durcissement de politique qui fait fi de la centaine d’autres réfugiés, moins visibles, dispersés à travers la ville, entre le centre de Caritas Vintimille, la plage ou les bords de la Roya. Depuis le début de l’année, il fallait faire une demande d’asile en Italie pour pouvoir être pris en charge dans le centre d’accueil de la Croix-Rouge italienne. Or seule une faible minorité d’entre eux veut rester en Italie. Ce sont l’Angleterre, l’Allemagne ou les pays scandinaves que la plupart des migrants veulent rallier. Cette année, ils sont plus nombreux qu’avant à espérer un avenir à l’intérieur des frontières françaises. Autant de personnes qui refusaient d’être suivies par les bénévoles de la Croce Rossa, de peur d’être coincés à vie en Italie, premier pays européen qui les a vus arriver et d’où ils essayent désespérément de s’échapper.

Contrôles renforcés

Le premier flic d’Italie a fait d’une pierre deux coups : il a aussi annoncé le renforcement des contrôles policiers dans les trains en amont de Vintimille, depuis le sud de la Botte, afin de limiter le flux de migrants qui tentent de gagner la France par Vintimille. Plus de 120 membres des forces de l’ordre ont été placés en renfort. Le message était clair : déjà que la population est effrayée, les migrants doivent faire place nette avant la saison estivale et son arrivée de touristes. S’en est suivie une opération de ramassage dans la ville : les migrants sont contrôlés, arrêtés puis acheminés dans le sud du pays. Là-bas, les candidats à l’exil sont triés en deux volets : les migrants économiques, et ceux qui fuient les pays en guerre. Les premiers se voient remettre un avis d’expulsion : ils ont ordre de quitter le territoire sous huitaine. Par leurs propres moyens. Les autorités prennent les empreintes digitales du second groupe — parfois de force, selon de nombreux témoignages. Ces réfugiés ne peuvent alors qu’effectuer leur demande d’asile auprès de l’Italie. La législation européenne impose en effet que la demande soit présentée dans le premier pays d’arrivée. S’ils tentent à nouveau de passer la frontière française, la police les renvoie automatiquement en Italie. S’ils se font contrôler à Vintimille, ils gagnent à nouveau un aller simple pour le Sud du pays, en Sicile. L’endroit où la plupart d’entre eux ont débarqué, après une traversée de la Méditerranée au péril de leur vie depuis la Libye.

Raisons sanitaires

À l’église Sant’Antonio, nombreux sont ceux à confier qu’ils font tout pour se soustraire à ce manège. Avis d’expulsion en main ou empreintes fichées, l’immense majorité tentera à nouveau, coûte que coûte, de regagner Vintimille pour passer la frontière. Chose devenue de plus en plus difficile depuis le rétablissement des contrôles aux frontières de la France avec l’état d’urgence, à la suite des attentats du 13 novembre. « La plupart disent qu’ils veulent aller en France, ils jugent l’Italie “pas amicale”. Sauf que la plupart sont condamnés à y rester en raison de la circulaire Dublin », déplore Teresa Maffeis, de l’Association pour la démocratie à Nice. En réaction à la fermeture du centre d’accueil de la Croix-Rouge, les réfugiés se sont massés sur les bords de la Roya, sous un pont à l’entrée de ville, dans des conditions d’hygiène précaires. Des conditions qui ont poussé le jeune maire de Vintimille, Enrico Ioculano — dont l’entente avec le ministre de l’Intérieur n’est pas au beau fixe —, à prendre un arrêté d’expulsion pour raisons sanitaires du campement sauvage de la Roya. Les réfugiés ont eu 48 heures pour quitter la rivière. Sous le regard de la police, c’est dans le calme et la dignité qu’ils ont empaqueté leurs quelques affaires. Avant d’être pris en charge par l’église catholique. Puis par le nouveau centre de transit.

[1] Lire notre dossier dans Monaco Hebdo n° 935.

 

L’Église ouvre ses portes aux réfugiés

D’un hébergement de courte durée à l’église Saint-Nicolas à une solution plus pérenne dans la cour de l’église Sant’Antonio, les paroisses de Vintimille se sont mobilisées. Une aide qui résulte de l’appel lancé par le pape François demandant de tendre la main aux réfugiés.

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« Nous sommes tous des migrants ! » Sur l’île grecque de Lesbos, en avril 2016, le pape François a renouvelé son appel à toutes les églises pour accueillir des migrants. L’année dernière, il avait déjà exhorté « chaque paroisse d’Europe » à héberger une famille de réfugiés. Comme charité bien ordonnée commence par soi-même, lui-même avait accompagné son message de gestes. En 2015, le Saint-Père a montré l’exemple en emmenant au Vatican deux familles syriennes. Il est cette fois revenu de Grèce avec trois familles musulmanes dont les maisons ont été bombardées. Un discours accompagné de faits qui a incité les membres de l’église catholique à se mobiliser. « L’appel du pape a été entendu », se félicite le diacre Robert Ferrua, président de Caritas Monaco. « Il a fait réfléchir les évêques, les pères, les prêtres. » De l’autre côté de la frontière, l’évêque du diocèse de Vintimille-Sanremo, Antonio Suetta, a pris le relais. « Quand les migrants ont quitté le camp de la Roya, il a lancé un appel aux églises pour ouvrir leurs portes », retrace Christian Papini, de Caritas Vintimille. « Il a aussi rouvert le séminaire de Bordighera », explique Robert Ferrua. Une cinquantaine de migrants, ceux qui veulent rester en Italie, sont actuellement accueillis dans cette structure. Le 29 mai, soir de l’évacuation de la Roya, c’est sur les bancs de l’église Saint-Nicolas du centre-ville que plus d’une centaine de réfugiés ont pu trouver un peu de repos. « Le père Francesco les a accueillis pendant quarante-huit heures », explique Christian Papini.

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Bénévoles

Pendant une quarantaine de jours, membres de l’église et bénévoles de Caritas se sont relayés pour distribuer près de 400 repas quotidiens aux réfugiés accueillis à l’église Sant’Antonio. Une prolongation de leurs activités, pour Serena Regazzoni et Maurizio Marmo. Depuis l’amplification de la crise migratoire, en mai 2015, les deux membres de l’antenne italienne de l’association caritative catholique n’ont jamais cessé d’offrir leur aide. Un an après l’ouverture du camp de la Croix-Rouge et au lendemain de sa fermeture, les locaux de Caritas Vintimille, près de la gare ferroviaire, voient toujours défiler jusqu’à deux cents visages par jour. Un chiffre qui n’a jamais baissé. En revanche, les citoyens sont de plus en plus nombreux à se mobiliser. À l’image d’Ornella, 40 ans. Aujourd’hui, elle aide à préparer les repas en cuisine. « J’ai dormi trois heures, j’ai pris un café directement après le boulot », confie l’aide-soignante. Ce matin du 20 juin, comme elle, de nombreux bénévoles ont osé franchir le portail de l’église pour donner un coup de main. Depuis, certains sont revenus, d’autres non. Qu’importe. Ce sont toutes ces petites mains qui composent l’élan de solidarité envers les réfugiés. « Par rapport à l’année dernière, avec le camp structuré, aujourd’hui beaucoup plus de gens viennent aider, sur un coup de tête, pour une journée, spontanément », constate le diacre. Ni affiliée à l’église, ni à Caritas, Ornella fait partie de ces personnes qui ont pris conscience de cette crise des migrants. « La plus grosse catastrophe humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale », a même estimé le pape François.

Appel aux dons

Le 24 juin, dans un communiqué commun, ce sont les évêques de Vintimille, de Monaco et de Nice qui se sont associés. Antonio Suetta, Bernard Barsi et André Maceau ont lancé un appel aux dons financiers, aux dons de vêtements et produits d’hygiène ainsi qu’au bénévolat. « La solidarité fonctionne à bloc », souffle Robert Ferrua. Main dans la main, les associations de Nice, de Vintimille et de la vallée de La Roya œuvrent pour apporter aide alimentaire et produits de première nécessite aux migrants. À l’instar de Teresa Maffeis. Très fortement engagée dans toutes les causes humanitaires et démocratiques, la bénévole de l’Association pour la démocratie à Nice s’est rendue plusieurs fois par semaine à l’église Sant’Antonio afin de distribuer des dons qu’elle reçoit. Vêtements, serviettes, nourriture. En prenant soin d’amener une personne à chaque fois : le meilleur moyen « de se rendre compte de ce qu’il se passe de ce côté de la frontière ». Son apport est significatif, mais cette militante ne dispose pas de structures comme l’Église, qui joue un rôle déterminant dans l’aide apportée depuis fin mai. « À l’église, c’est très bien organisé. L’Ordre de Malte est impressionné par la logistique, l’organisation. Il faut que les gens viennent sur place car ils ne peuvent pas s’imaginer », confirme Robert Ferrua. Depuis l’appel, le diacre monégasque se rend à Vintimille plusieurs fois par semaine avec la voiture pleine. Une mobilisation des particuliers à laquelle les Monégasques ne dérogent pas. « Nous avons reçu 1 000 euros. C’est énorme pour Monaco », félicite le président de Caritas Monaco. À défaut de résoudre la crise migratoire, ces nombreuses mobilisations apportent un peu de produits de confort aux réfugiés. Et surtout de réconfort.

 

Soudan du Sud, Érythrée, les oubliés des journaux télévisés

Les migrants présents à Vintimille viennent en immense majorité du Soudan du Sud ou de la corne de l’Afrique. Des pays en guerre, dont les conflits ne sont que peu relayés, comparés à la Syrie ou aux pays du Proche-Orient. Un assourdissant silence médiatique derrière lequel se cache un effroyable drame humanitaire.

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Moussah est journaliste. Amir est chimiste. Tous deux viennent du Soudan du Sud. Un pays neuf, issue de la sécession avec le Soudan en 2011. Sa récente indépendance n’échappe pas aux conflits qui émaillent toute cette zone de l’Afrique. Malgré un court accord de paix signé en août 2015, une guerre civile plonge le pays dans le chaos depuis décembre 2013. Le nombre de mort est estimé à des dizaines de milliers. Depuis quelques semaines, les tensions sont à leur paroxysme. Rien que la capitale, Juba, déplore plus de 300 morts entre le 8 et le 10 juillet. Des affrontements à Wau ont entraîné le déplacement de plus de 80 000 personnes, qui ont besoin d’assistance humanitaire. C’est plus de la moitié de la population de cette ville du Soudan du Sud. Si Moussah et Amir ont quitté leur pays, c’est par risque de mort. Dans la cour de l’église Sant’Antonio, « plus de 60 % des réfugiés viennent du Soudan. Ils fuient la guerre », confirme Robert Ferrua. Pourtant, les échos de ce conflit ouvert ne trouvent que peu de retentissement en Europe.

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« Urgence humanitaire »

Les médias sont suffisamment en peine à expliquer à leurs lecteurs et spectateurs les tenants et aboutissants du conflit syrien. Ils sont nombreux à avoir tourné le dos à Vintimille devant l’absence de ressortissants du Proche-Orient. Dans la ville-frontière, les migrants viennent aussi de la corne de l’Afrique, juste à l’Est du Soudan. D’Érythrée et d’Éthiopie, deux pays ennemis, depuis lesquels de très nombreux témoignages de crimes contre l’humanité affluent. L’Organisation des Nations unies s’en inquiète ; l’Union européenne (UE) a même déclaré se pencher sur la gestion des migrants issus des régimes soudanais, érythréens et éthiopiens. Les associations s’émeuvent que le sort de ces réfugiés soit moins pris en compte que pour ceux syriens, irakiens, afghans. « C’est une urgence humanitaire », martèle le président de Caritas Monaco. « Par contre, quelles solutions ? Je n’en vois pas. Tant qu’il y aura besoin, nous serons là », estime le diacre monégasque. Des besoins qui ne cessent d’augmenter. Le pape François a qualifié la crise migratoire comme « la plus grosse catastrophe humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale ». Depuis janvier 2016, on estime que près de 250 000 réfugiés sont arrivés, par la mer, sur les côtes italiennes et grecques. Au prix de plus de 3 000 morts. Un chiffre douloureux, mais relatif au regard des exactions dans les différents pays que ces personnes fuient au péril de leur vie.

 

 

 

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