« L’aéroport de Nice, prolongement naturel de l’héliport de Monaco »

Anne-Sophie Fontanet
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L’Etat français souhaite vendre sa participation de 60 % et ainsi privatiser l’aéroport de Nice-Côte d’Azur. L’Etat monégasque veut investir à hauteur d’un peu moins de 10 % dans le capital de cette infrastructure. La réaction de Thierry Crovetto, conseiller national et président de la commission de législation.

 

L’entrée de Monaco au capital de l’aéroport de Nice, c’est stratégique ?

Il s’agit d’un investissement financier, mais aussi stratégique en terme d’attractivité pour la Principauté. En effet, l’aéroport de Nice constitue le principal point de passage pour les monégasques, les résidents, les visiteurs professionnels, et les touristes de la Principauté. Ce serait d’ailleurs intéressant d’accoler Monaco au nom de l’aéroport de Nice…

Pourquoi ?

La qualité de son offre, de son accueil et de ses services est très importante pour Monaco. C’est grâce à la multitude de destinations desservies par l’aéroport de Nice que Monaco est réellement une place internationale. Cet aéroport de Nice doit être le prolongement naturel de l’héliport de Monaco.

Le Conseil national a été associé à cette démarche ?

Le Conseil national a été informé par le gouvernement de cette démarche. Cet investissement aurait des conséquences soit budgétaires, soit sur le fonds de réserve constitutionnel (FRC).

Comment être sûr que les groupements qui ont fait ou feront une offre partagent la vision stratégique de la Principauté ?

Tout d’abord, nous devons souligner que seul l’Etat français va vendre sa participation, soit 60 % du capital. Les chambres de commerce et d’industrie (CCI) conserveront leurs 25 %, de même que les collectivités, à hauteur de 15 %. Mais c’est aussi pour des raisons de bon sens que le partenariat entre l’aéroport de Nice et la Principauté de Monaco doit se faire en bonne intelligence pour le bien des deux partenaires.

Comment peser sur les décisions lorsqu’on possède moins de 10 % du capital ?

Le groupement retenu pourra en effet céder jusqu’à 9 % du capital à un tiers et il est question pour Monaco pour le moment d’une participation de 5 à 9 %. Le pacte d’actionnaire et la participation de l’Etat monégasque au sein du conseil d’administration seront essentiels pour mettre en œuvre la vision stratégique de la Principauté.

Le gouvernement veut renforcer le tourisme d’affaires : l’investissement dans l’aéroport pourrait apporter une aide ?

Bien entendu, l’aéroport de Nice constitue le point d’entrée naturel de Monaco pour une grande partie des touristes d’affaires. Sa plus grande intégration à l’héliport de Monaco constituerait un atout significatif pour le développement du tourisme d’affaires à Monaco.

Cette opération devrait coûter environ 150 millions d’euros selon le gouvernement : cette somme vous semble acceptable ?

Ces 150 millions correspondraient sans doute à un maximum. La valeur de 9 % du capital serait plus proche de 112 à 135 millions d’euros, selon les offres soumises a priori. Cela valoriserait l’aéroport de Nice à 13-14 fois le Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (EBITDA). C’est-à-dire le bénéfice avant soustraction des intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations. Ce qui paraît en ligne avec le marché, compte tenu des perspectives de cet aéroport.

C’est donc une bonne opportunité ?

D’un point de vue financier, le couple rendement-risque de cet investissement, compte tenu des perspectives de croissance, paraît intéressant. C’est pour cela que cette participation aurait parfaitement sa place au sein du FRC.

Quels sont les critères qui vous semblent important de vérifier avant d’engager la Principauté sur cette voie ?

Comme pour tout investissement financier, il faut analyser la rentabilité attendue et la comparer aux risques pris. Mais ce n’est pas seulement un investissement financier. Il faut donc parler du développement stratégique de l’aéroport avec son nouvel actionnaire majoritaire. Et faire en sorte que cette stratégie soit en ligne avec les intérêts de la Principauté avant de finaliser cette opération.

 

Ultime tour de table avant la décision de l’Etat

Avant l’attentat de Nice, la date butoir pour la cession des 60 % de parts détenus par l’Etat français dans l’aéroport Nice-Côte d’Azur avait été fixée au 28 juillet. Le prix est estimé à plus d’un milliard d’euros. En visite à Nice lundi 25 juillet, le ministre français de l’Economie, Emmanuel Macron, a indiqué qu’un ultime tour de table avec les partenaires locaux, collectivités locales et chambre de commerce aurait lieu cette semaine. L’Etat devrait choisir pendant le mois d’août entre les cinq offres déposées le 4 juillet par des opérateurs privés.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet