Culture Sélection de l’été

Raphael Brun
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10-Cloverfield-Lane

10 Cloverfield Lane

de Dan Trachtenberg

Trump. Loin du premier Cloverfield (2008) de Matt Reeves, 10 Cloverfield Lane est une agréable série B, à nouveau produite par J. J. Abrams. Si dans Cloverfield le monstre de type Godzilla peinait à entrer dans un cadre filmé au camescope, il était déjà question de fin du monde. Une fin du monde envisagée dans le bunker de 10 Cloverfield Lane. Un bunker dans lequel se réveille menottée Mary Elizabeth Winstead, après un accident de voiture. Son hôte, l’excellent John Goodman, affirme que le monde extérieur n’est plus. Si Cloverfield évoquait le spectre du 11 septembre, d’autres verront dans cette pseudo-suite une métaphore d’une Amérique enfermée, repliée sur elle-même, façon Donald Trump. Un message politique dans ce très recommandable thriller parano, rythmé et nerveux.

10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg, avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr. (USA, 2016, 1h43), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

 

Un-Monstre-a-mille-tetes

Un Monstre à mille têtes

de Rodrigo Plá

Assurance. Sonia Bonet veut sauver son mari atteint d’une grave maladie. Pour cela, elle s’attaque à sa kafkaïenne compagnie d’assurance et affronte violence, mensonges et corruption. Déterminée, elle n’hésite pas à prendre des responsables en otage. En multipliant les points de vue et les idées de mise en scène, Rodrigo Plá évite l’écueil de la répétition. Et bien sûr, le réalisateur mexicain se garde bien de juger qui que ce soit. Car finalement, tout le monde a au moins une raison, bonne ou mauvaise, pour agir comme il le fait. Ce thriller social vise au moins aussi haut, voire plus haut encore, que La Zona, propriété privée (2008) qui évoquait les dérives sécuritaires dans un quartier favorisé de Mexico. C’est dire.

Un Monstre à mille têtes de Rodrigo Plá, avec Jana Raluy, Sebastian Aguirre Boëda, Hugo Albores (MEX, 2016, 1h15), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 16 août.

 

Le-Sanctuaire-(The-Hallow)

Le Sanctuaire (The Hallow)

de Corin Hardy

Forêt. Lorsqu’Adam Hitchens s’installe avec sa femme et son fils dans une forêt en Irlande pour mettre au point un nouveau projet de recherche agronomique pour le compte de son employeur, il ne s’attend pas à ce qu’il va trouver sur place… Le Sanctuaire est un film fantastique peu banal. Il y est question d’écologie et d’événements surnaturels, mâtinés de légendes irlandaises. Pour son premier long métrage, Corin Hardy a misé sur des effets spéciaux « à l’ancienne » qui contribuent au charme malin de ce petit film d’horreur habile et efficace. Depuis Evil Dead (1981), la forêt et la cabane au fond des bois restent les ingrédients récurrents d’une recette efficace. Et ça fait toujours aussi peur.

Le Sanctuaire (The Hallow) de Corin Hardy, avec Joseph Mawle, Bojana Novakovic, Michael McElhatton (GB-IRL, 2016, 1h37), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 24 août.

 

Un-jour-avec-un-jour-sans

Un jour avec, un jour sans (Right Now, Wrong Then)

de Sang-soo Hong

Double. Débarqué en avance à Suwon où il doit parler de son travail, le réalisateur Ham Cheonsoo flâne. Là, il croise Yoon Heejeong, une jeune artiste du coin, à qui il ne dit pas toute la vérité. Dans Un jour avec, un jour sans, le réalisateur coréen Sang-soo Hong raconte de deux façons différentes une rencontre amoureuse presque banale. Dans la deuxième version, seulement certains plans changent, pendant que d’autres offrent des informations supplémentaires. Mais une histoire ne répare pas l’autre. Sang-soo Hong ne voit donc pas tout à fait double, puisque si le chemin est proche, la direction est différente. Léopard d’or au dernier festival de Locarno, Un jour avec, un jour sans montre qu’un silence de plus ou de moins, quelques phrases prononcées ou tues, peuvent changer la donne.

Un jour avec, un jour sans (Right Now, Wrong Then) de Sang-soo Hong avec Jae-yeong Jeong, Kim Min-Hee, Yeo-jeong Yoon (CDS, 2016, 2h01), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 6 septembre.

 

Contes-noirs

Contes noirs

d’Ambrose Bierce

Vitriol. Pour ne pas bronzer idiot cet été, on peut se replonger avec plaisir dans la réédition en collection poche des Contes noirs d’Ambrose Bierce (1842-1914). L’auteur américain du Dictionnaire du Diable (1911) est connu pour son humour noir et son approche désabusée qu’il a développée dans En plein cœur de la vie (1891), où il retrace son expérience de la guerre de Sécession (1861-1865). Dans ce joli recueil de 12 contes, on retrouve son univers fait d’épouvante, d’absurdité et de folie. Celui que l’on a surnommé “Bitter” Bierce, c’est-à-dire Bierce “l’amer” ou “le Mordant”, distille ici son habituel humour au vitriol, dans une ambiance lugubre à souhait, notamment dans Les funérailles de John Mortonson (1906) ou dans Veillée funèbre (1889). Des histoires le plus souvent fantastiques, parfois horrifiques, mais toujours savoureuses.

Contes noirs d’Ambrose Bierce (Payot-Rivages), 160 pages, 7 euros.

 

Le-droit-a-la-paresse

Le Droit à la paresse

de Paul Lafargue

Farniente. L’été, c’est aussi parfois l’envie revendiquée de ne rien faire. Pour cela, rien de tel que d’aller à la plage avec, sous le bras, le livre du philosophe Paul Lafargue (1842-1911), Le Droit à la paresse (1880). Ce pamphlet est l’occasion d’envisager le farniente estival autrement. « O paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines ! », écrivait Lafargue. A l’heure où le burn-out fait des ravages, certaines études, notamment une récente de la Nasa, démontreraient qu’une bonne sieste améliore la productivité des salariés de 30 %. Se plonger dans ce livre, c’est aussi se questionner sur le droit de chacun à employer librement son temps, plutôt que d’en être prisonnier. Entre le droit au travail et le droit à la paresse, on pourra donc en débattre tout l’été. Entre deux siestes, bien sûr.

Le Droit à la paresse de Paul Lafargue (Allia), 80 pages, 6,20 euros.

 

Eric-Rohmer

Eric Rohmer

d’Antoine de Baecque & Noël Herpe

Plages. Après la plage, rien de tel qu’un bon cinéma. Evoquer les vacances d’été, c’est aussi l’occasion idéale de parler d’Eric Rohmer (1920-2010). Les plages sont d’ailleurs nombreuses dans l’œuvre de ce cinéaste, comme dans La Collectionneuse (1967), Le Genou de Claire (1970) ou Conte d’été (1996) notamment. Maurice Schérer, dit Eric Rohmer, est patiemment et longuement décrypté dans cette biographie signée Antoine de Baecque & Noël Herpe. Il y est évidemment question de ses 25 long-métrages, mais aussi de l’autre Eric Rohmer, de Maurice Schérer donc, moins connu. A l’aide d’archives inédites, ce livre apporte un éclairage nouveau sur l’œuvre rohmérienne.

Eric Rohmer d’Antoine de Baecque & Noël Herpe (Stock), 604 pages, 29 euros.

 

La-Salle-de-la-mapemonde

La Salle de la mappemonde

de Yûichi Yokoyama

Flou. Yûichi Yokoyama est passé de la peinture au manga. Né en 1967 à Miyazaki, ce plasticien et mangaka met en scène des univers abstraits, dans lesquels il faut s’abandonner sans hésiter. Dans La Salle de la mappemonde, on suit la progression de trois hommes masqués dont on ne sait finalement pas grand-chose. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Quelle est leur destination finale ? Quelles sont leurs réelles motivations ? Tout est volontairement flou. L’action se déroule dans une ville inhospitalière, voire menaçante, face à laquelle nos trois protagonistes opposent une inexpressivité qui interpelle. Cette BD se présente comme une longue et passionnante scène d’exposition, avec une fin qui n’en est pas une. On attend avec impatience les trois prochains tomes pour y voir plus clair.

La Salle de la mapemonde de Yûichi Yokoyama, traduit du japonais par Céline Bruel (Editions Matières), 184 pages, 19 euros.

 

Kobane-Calling

Kobane Calling

de Zerocalcare

EI. Depuis la sortie de sa première BD, La profezia dell’armadillo, Zerocalcare, de son vrai nom Michele Rech, a fait du chemin. Cet auteur italien a non seulement publié six BD supplémentaires, mais il a aussi sorti une partie de ses travaux dans la revue indépendante Sherwood Comix. Très populaire en Italie, Zerocalcare a cartonné lors du lancement de sa nouvelle BD, Kobane Calling. A l’occasion d’ouvertures nocturnes et exceptionnelles à Bologne, Milan, Rome ou Naples en avril dernier, il a cartonné. Dans Kobane Calling, Zerocalcare part du côté de la Turquie, de l’Irak et du Kurdistan syrien pour rallier la ville de Kobané. Objectif : rencontrer l’armée des femmes kurdes, en lutte contre l’État islamique (EI). Pas simpliste du tout, cette BD est un brillant et salutaire reportage sur la guerre. A lire absolument.

Kobane Calling de Zerocalcare (Cambourakis), 272 pages, 23 euros (édition «papier»), 8,99 euros (format Kindle). Sortie le 7 septembre.

 

I-Gemini

I, Gemini

Let’s Eat Grandma

Miam. Elles ont à peine 17 ans et elles n’ont pas de page Wikipedia. Mais une chose est sûre, le premier album de Jenny Hollingworth et Rosa Walton est captivant. I, Gemini est un disque pop varié et surprenant. Beau et vaporeux avec Deep Six Textbook, le ton devient parfois sombre, comme sur le très bon Rapunzel. Alors que sur Eat Shiitake Mushrooms, les deux amies se lancent dans un irrésistible rap. Si Jenny Hollingworth et Rosa Walton ne revendiquent aucune influence claire, on n’est parfois pas très loin de l’univers de Björk ou de CocoRosie. Dans tous les cas, il faut se jeter sur I, Gemini car l’ensemble est délicieux. A dévorer, même.

I, Gemini, Let’s Eat Grandma (Transgressive/Pias Cooperative), 14,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle).

 

The-Bride-Bat-For-Lashes

The Bride

Bat For Lashes

Mariage. L’Anglaise Natasha Khan et sa voix sublime sont de retour. Véritable femme orchestre de Bat For Lashes, elle publie The Bride qui renoue avec l’album de ses débuts, l’excellent Fur and Gold (2006). Moins electro, plus folk, The Bride pourrait être la bande originale d’un film qui mêle fantastique et merveilleux. Ce quatrième album est centré autour de l’histoire d’un futur marié qui se tue en voiture, alors qu’il rejoint sa femme pour l’épouser. Honeymooning Alone illustre cette terrible perte, pendant que Land’s End et Close Encounters, plus minimalistes, séduisent encore davantage. On pourra voir Bat For Lashes au Pitchfork Music Festival le 28 octobre à Paris. On aurait tort de s’en priver.

The Bride, Bat For Lashes (Parlophone/Warner), 16,99 euros (CD), 26,99 euros (vinyle).

 

Skin

Skin

Flume

Eclectique. Harley Edward Streten revient avec un second album, après Flume, paru en 2012. On avait découvert ce DJ Australien un an auparavant, avec l’excellent remix de You & Me, des Anglais de Disclosure. A seulement 24 ans, Flume a écrit ce nouvel album, Skin, entre Sydney, Mexico et Los Angeles. Il a aussi multiplié les collaborations, notamment avec les Britanniques d’AlunaGeorge sur le très réussi Innocence. On peut aussi citer le joliment syncopé Never Be Like You, avec l’incroyable voix de la Canadienne Kai. Le très prenant Say It, en compagnie de la Suédoise Tove Lo, ne devrait pas non plus vous laisser de marbre. Oscillant continuellement entre electronica, pop, trap et même hip-hop, Skin est donc un album très éclectique qui va vous accompagner tout l’été. Et même au-delà.

Skin, Flume (Future Classic/Pias), 14,99 euros (CD), 23,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun