« Entretenir la flamme “Monte-Carlo” »

Sabrina Bonarrigo
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Pour célébrer les 150 ans de la création du quartier de Monte-Carlo, les archives audiovisuelles de Monaco et les archives du palais organisent le 22 juin à l’opéra Garnier une ciné-conférence intitulée L’invention de Monte-Carlo. Pendant deux heures, le public pourra découvrir l’histoire, l’évolution mais aussi les controverses, liées à ce quartier mythique créé en 1866 par le Prince Charles III. Les explications de Vincent Vatrican, directeur des archives audiovisuelles.

Quelles sont les raisons qui ont poussé le prince Charles III (1818 – 1889) à créer en 1866 le quartier de Monte-Carlo ?

Les raisons sont avant tout économiques. En 1848, la perte de Menton et de Roquebrune a réduit le territoire monégasque d’environ 80 % et a entraîné une diminution de sa population de près de 90 %. Il fallait donc trouver de nouvelles ressources économiques pour survivre et pour que le pays puisse se développer… Conseillé par sa mère la princesse Caroline, le prince Charles III décide alors de transformer Monaco en un lieu de villégiature et de loisirs sur le modèle des villes d’eaux allemandes et belges, où les jeux de hasard rencontraient un succès grandissant.

 

Au fil des décennies, ce quartier s’est totalement métamorphosé et a attiré toute la haute société européenne…

En l’espace de 40 ans, le plateau des Spélugues — presque désert en 1860 — devient en effet au tournant du XXème siècle, la capitale mondiale de l’élégance, des jeux, de l’art et du sport. Au cours de la ciné-conférence nous allons bien sûr montrer les établissements emblématiques de Monte-Carlo et leurs transformations : l’Hôtel de Paris, le Café de Paris — qui s’est d’abord appelé le café Divan — les Thermes, ou encore l’éphémère Palais des Beaux-Arts. On rappellera également que la condition sine qua non de la réussite de cette “entreprise” est passée par le désenclavement de Monaco, que l’on doit, là encore, aux princes de Monaco. Avec notamment la construction de la route du littoral et de la ligne de chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) qui rejoint Monaco, puis Monte-Carlo en 1868.

 

La ciné-conférence aura également une dimension culturelle ?

Les activités sportives et culturelles qui ont contribué à la distraction d’une société cosmopolite, avide de distractions nouvelles, seront bien sûr évoquées. Le public découvrira notamment les courses de canots automobiles, le tir aux pigeons, les concours d’élégance automobile, ou encore les débuts de l’art lyrique à Monte-Carlo…

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Pourquoi avoir appelé cette ciné-conférence L’invention de Monte-Carlo ?

Nous avons choisi le terme « invention » car au-delà de la simple création d’un quartier, Monte-Carlo est d’une certaine façon, un concept. Dans le sens où, au fil des décennies, il a fallu entretenir la flamme “Monte-Carlo”, trouver de nouvelles idées pour perpétuer cet élan et assurer à ce patronyme une renommée internationale. Tout est une question d’image.

 

A sa création, le Casino a suscité de nombreuses critiques ?

Dès son ouverture à Monte-Carlo en 1863, le Casino a connu un succès considérable. A l’époque, les jeux étaient interdits en France. Par le biais de journaux satiriques comme L’Assiette au beurre, ou de cartes postales, Monte-Carlo était en effet l’objet de toutes les critiques. En France, les nationalistes et des anarchistes se déchaînaient.

 

Pourquoi ces critiques ?

On pointait du doigt le fait que le pays ne devait sa richesse qu’aux jeux. Tous les amalgames étaient permis. Monte-Carlo était considéré comme un lieu immoral. Le Prince Albert était l’objet de critiques extrêmement virulentes, en raison de sa germanophilie, ce qui, dans le contexte politique français était mal vu. Des amalgames d’une violence inouïe ont été faits à l’époque. C’est la légende noire de Monte-Carlo. Et bien sûr, nous en parlerons.

 

Le quartier de Monte-Carlo a très souvent servi de décor au cinéma…

Le 7ème art s’est en effet très tôt emparé du décor de Monte-Carlo pour de nombreux films. On le sait peu, mais dès 1897, un concours de photographies dans lequel est intégré une section “Monaco vivant par les appareils cinématographiques”, est organisé par la Société des bains de mer (SBM) qui a la juste intuition que cette invention peut servir son image. Presque tous les films de fiction qui se déroulent en Principauté, comportent au moins une scène tournée à Monte-Carlo. Dans les années 60, on dénombre jusqu’à 10 tournages de film par an à Monte-Carlo. C’est la magie, le rêve. Mais le cinéma n’est pas le seul à s’intéresser à Monte-Carlo.

 

Quels autres supports s’y intéressent ?

Les actualités, le film amateur, le film de propagande, la télévision, la publicité… Chaque média a une façon différente de parler de Monte-Carlo, de représenter le phénomène “Monte-Carlo”. Nous montrerons à ce propos des archives étrangères totalement inédites.

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Le public découvrira aussi les célébrités qui ont défilé au Casino ou à l’hôtel de Paris ?

Le public retrouvera évidemment les célébrités qui ont fait les grandes heures de Monte-Carlo. Mais notre objectif n’est pas de s’attarder sur le glamour, le jeu ou le luxe. Ni de donner dans la nostalgie. Notre objectif est, au contraire, de regarder les choses avec du recul, d’analyser les faits et de les remettre dans une perspective historique. Il y a ce qui se voit, et ce qui se voit moins.

 

Qu’est-ce que l’on voit moins ?

Par exemple, Monte-Carlo a longtemps été une destination privilégiée de certains hommes d’état. C’était le cas de Gustave V de Suède (1858-1950) dans les années 30, de Winston Churchill (1874-1965) dans les années 50, qui avait une suite à l’hôtel de Paris. Il y séjournait presque incognito. À l’abri des caméras, ou presque.

 

Le patronyme “Monte-Carlo” a toujours eu un écho international ?

Le patronyme Monte-Carlo était en effet systématiquement associé à des événements auxquels on voulait donner une dimension internationale. Né en 1961, le festival de télévision a pris le titre de festival international « de Monte-Carlo » et non pas « de Monaco ». Sans doute parce qu’au début, tout se passait à l’ancien Sporting d’hiver.

 

Il y a aussi le festival du cirque…

Effectivement. Ce festival créé en 1974 se déroule sous le chapiteau de Fontvieille. Et pourtant, cet événement international porte aussi le patronyme de Monte-Carlo. Sans doute parce que “Monte-Carlo” est un nom connu du monde entier. Dans l’histoire, il y a eu un glissement d’image. Lorsqu’en 1956, le Prince épouse Grace Kelly, actrice de cinéma, Monaco est en pleine reconstruction. Ce mariage, le plus médiatisé du moment, a donné un élan nouveau à la Principauté. D’un seul coup, tous les projecteurs se sont tournés vers Monaco. L’image a changé.

 

Les derniers projets immobiliers de la SBM seront évoqués ?

Ce n’est pas notre rôle de commenter l’actualité. Si ce n’est de constater que Monte-Carlo n’a cessé au cours de son histoire de repenser son modèle économique et de moderniser ses infrastructures. Un nouveau cycle commence. C’était inévitable. Pour le reste, la polémique est stérile. Fallait-il détruire le Sporting d’Hiver ? On a dû dire la même chose pour le Palais des Beaux-Arts, qui a été détruit prématurément en 1929, après seulement 47 ans d’existence. Ce temps n’est pas encore celui de l’histoire.

 

Les archives qui seront dévoilées lors de la ciné-conférence s’étendent sur plusieurs siècles ?

Nous allons dévoiler des documents iconographiques, notamment des cartes, des gravures, des plans topographiques et des lithographies datant de 1602 à 1862. Ces documents permettent de se représenter ce qu’était Monte Carlo avant Monte-Carlo. Nous avons aussi fait appel aux collections photographiques des archives du palais, mais aussi à celles de la SBM et du fonds régional de la mairie de Monaco. Avec l’arrivée du cinématographe à la Belle Époque, nous poursuivrons notre chronologie grâce à des archives filmées, pour montrer comment le succès de Monte-Carlo a perduré durant tout le XXème siècle, dans un savant équilibre entre tradition et modernité.

L’invention de Monte-Carlo, ciné conférence en présence du Prince Albert II. Le 22 juin à 18h à l’opéra Garnier. Tarif : 10 euros. Renseignements : 98 06 28 28 et sur www.toutlartducinema.mc. Commentaires assurés par l’historien Thomas Fouilleron et Vincent Vatrican.

 

journalistSabrina Bonarrigo