Culture Sélection de juin

Raphael Brun
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La-Terre-et-lOmbre

La Terre et l’Ombre

de César Acevedo

Tableaux. Dix-sept ans après, Alfonso est de retour dans sa famille, quelque part dans le sud de la Colombie. Son fils est malade et il retrouve son ex-femme, sa belle-fille et son beau-fils. L’élégance du cadre imaginé par César Acevedo est remarquable, tout comme le jeu des différents acteurs, pour la plupart des amateurs. Ce drame familial et social est traité sous la forme d’une série de tableaux d’une beauté à la fois sèche et vraie. Pas étonnant donc qu’Acevedo soit reparti du festival de Cannes 2015 avec la Caméra d’or.

La Terre et l’Ombre (La Tierra y la Sombra) de César Acevedo avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa (COL, 1h37, 2016), 19,99 euros (DVD). Pas de sortie blu-ray. Egalement disponible en VOD. Sortie le 7 juin.

 

Tout-en-haut-du-monde

Tout en haut du monde

de Rémi Chayé

Grandiose. 1882, Saint-Pétersbourg. Sacha, une jeune aristocrate russe, décide de partir dans le grand nord pour retrouver le bateau de son grand-père, un explorateur reconnu. C’est une très grande aventure que propose Rémi Chayé, qui a notamment assisté Jean-François Laguionie sur l’excellent Tableau (2011). Une aventure superbe, grandiose même, littéralement magnifiée par un graphisme épuré du plus bel effet. Notamment porté par la peinture russe et française du XIXème siècle, Tout en haut du monde prouve que les héroïnes de Disney, La Reine des neiges (2013) en tête, ne sont pas intouchables. Elles sont même dépassées. Et très largement en plus.

Tout en haut du monde, de Rémi Chayé, avec les voix de Christa Théret, Féodor Atkine, Thomas Sagols (FRA, 1h20, 2015), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 7 juin.

 

Mad-Love-in-New-York

Mad Love in New York

de Benny et Joshua Sadfie

Misère. Le quotidien new-yorkais d’un couple de sans domicile fixe, filmé sans concession. C’est ce que proposent Benny et Joshua Sadfie qui suivent le parcours d’Arielle Holmes (Harley), dont le film est tiré. Entre alcool et drogue, Harley et Ilya vivent une histoire d’amour destructrice. Arielle Holmes, qui interprète donc son propre rôle, est bouleversante. Les frères Sadfie nous plongent dans un New York de la misère, de la souffrance et de la drogue, avec une bonne dose de compassion et d’intelligence. On pense à Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg (1971), qui se déroulait déjà dans les mêmes lieux. Quarante-cinq ans après, la souffrance n’a pas disparue. Reste un film majeur, à voir absolument.

Mad Love in New York, de Benny et Joshua Sadfie, avec Arielle Holmes, Caleb Landry Jones, Eleonore Hendricks (USA, 1h37, 2016), 20 euros (DVD), 20 euros blu-ray. Sortie le 22 juin.

 

Ruined-Heart

Ruined Heart

de Khavn de la Cruz

Fou. Un film punk, noir, bordélique, sans réels dialogues… Le dernier film de celui qui est fréquemment surnommé « l’enfant terrible du cinéma philippin » est un OVNI de 1h13 seulement. A Manille, un caïd qui a assis son pouvoir grâce au sexe et à la religion, fait protéger sa petite amie par l’un de ses fidèles. Mais la jeune femme va tomber amoureuse de son garde du corps. Filmé en quelques jours dans les ruelles sombres de Manille, Ruined Heart est un film qui multiplie les genres, sans jamais s’attarder sur aucun. Sauvage et fou, ce film bénéficie d’une image soignée à mettre au crédit de Christopher Doyle, qui a travaillé sur les premiers films de Wong Kar-wai, notamment In the Mood for Love (2 000). Khavn, à qui on attribue plus de 47 films et 112 courts métrages depuis 1994, s’impose grâce à une énergie et à un panache remarquable.

Ruined Heart de Khavn de la Cruz, avec Tadanobu Asano, Nathalia Acevedo, Elena Kazan (PHI, 1h13, 2014), 19,99 euros (combo blu-ray + DVD). Sortie le 28 juin.

 

Tout-nest-pas-perdu

Tout n’est pas perdu

de Wendy Walker

Mémoire. Subir un traitement post-traumatique pour effacer le souvenir d’une terrible agression. C’est la solution adoptée par Jenny Kramer, 15 ans, qui a donc oublié le viol et les blessures qu’elle a subi. Mais elle est donc aussi incapable d’identifier son agresseur. Son thérapeute, Alan Forrester, reçoit la jeune fille pour l’aider. Tout comme il reçoit ses parents et d’autres individus de la petite ville de province où s’est déroulé ce drame. Chacun révèle des failles et des zones d’ombre. C’est donc lui qui assemble les pièces du puzzle dans ce thriller malin et bien construit. La Warner Bros. et l’équipe de production de Gone Girl (2014), de David Fincher, travaillent d’ailleurs sur une adaptation pour le cinéma.

Tout n’est pas perdu, de Wendy Talker, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau (Sonatine), 341 pages, 21 euros.

 

Une-traversee-de-Paris

Une traversée de Paris

d’Eric Hazan

Souvenirs. On se souvient notamment d’Eric Hazan pour L’Invention de Paris – Il n’y a pas de pas perdus (2002). Né en 1936 à Paris, le fondateur des éditions La Fabrique prolonge cette déambulation avec ce nouveau livre. Eric Hazan arpente ce Paris qu’il connaît si bien et qui fait remonter à la surface pas mal de souvenirs. Si les références historiques abondent, Une traversée de Paris reste un livre qui revendique sa part de fiction, pour ne pas se cantonner à la seule approche historique. Cette traversée évoque Paris et les Parisiens comme une œuvre littéraire, la force du souvenir en plus.

Une traversée de Paris d’Eric Hazan (Seuil, Fiction & Cie), 208 pages, 18 euros.

 

Les-Tifs-de-Charles-Stevenson-Wright

Les Tifs

de Charles Stevenson Wright

Afro. Charles Stevenson Wright (1932-2008) est connu pour sa trilogie consacrée à New York et aux marginaux : Le Messager (1963), Les Tifs (1966) et Absolutely Nothing to Get Alarmed About (1973). Ces trois romans et quelques articles constituent l’intégralité de l’œuvre de cet écrivain américain trop peu connu. Paru en France en 2014, Le Messager suivait la vie d’un jeune coursier afro-américain, Lester Jefferson. Cette fois, Les Tifs raconte le désir de réussite de Lester qui veut s’imposer à Manhattan. Pour cela, il commence par se lisser les cheveux, mais rien ne se passera comme il l’envisageait. Cette plongée dans les bas-fonds de New York est une irrésistible comédie sociale à ne rater sous aucun prétexte.

Les Tifs (The Wig. A Mirror Image) de Charles Stevenson Wright, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé, illustré par Félix Godefroy (Le Tripode), 197 pages, 22 euros.

 

Tropikal-Mambo-de-Carlos-Nine

Tropikal Mambo

de Carlos Nine

Désabusé. L’auteur et dessinateur argentin Carlos Nine est de retour avec cette BD absolument superbe. Agé de 72 ans, il n’a pas fini de nous surprendre. Cette fois, il a travaillé chaque chapitre avec des techniques différentes, afin de proposer des graphismes variés. Aquarelle, gouache, crayon ou sculpture, le rendu est saisissant de beauté. Celui qui se désigne comme un « trafiquant de l’esthétique » a donc fini par revenir à la BD avec ce Tropikal Mambo qui raconte l’histoire d’un détective totalement corruptible et désabusé. Dans la foulée, on peut se jeter aussi sur la réédition du très bon Le Canard qui aimait les poules. Publié en 2000 chez Albin Michel, Carlos Nine vient d’en redessiner près de la moitié, pour une ressortie cette fois sous le nom de Saubon, le petit canard. Et c’est publié chez Les Rêveurs.

Tropikal Mambo, de Carlos Nine (Les Rêveurs), 144 pages, 28 euros.

 

Cul-de-Sac-de-Richard-Thomson

Cul de Sac

de Richard Thomson

Démon. Tout a commencé en 2004 dans le Washington Post, lorsque Richard Thomson se lance dans le comic strip, c’est-à-dire des histoires courtes et drôles, de quelques cases tout au plus. Ses personnages sont des enfants issus de milieux défavorisés, dans une banlieue américaine appelée Cul de Sac. Et la galerie de personnages vaut le détour. Dans la famille Otterloop, on a notamment beaucoup aimé Petey, un pré-adolescent convaincu que sa sœur est habitée par un démon. Mais le personnage principal de cette BD reste Alice Otterloop, quatre ans seulement. Récompensé en 2015 par le prix Eisner de la meilleure publication humoristique, Cul de sac s’est hélas arrêté en septembre 2012. Affaibli par la maladie de Parkinson, Richard Thomson se concentre désormais sur sa santé.

Cul de Sac de Richard Thomson (Urban Comics), 352 pages, 22,50 euros.

 

A-Moon-Shaped-Pool-Radiohead

A Moon Shaped Pool

Radiohead

Expérimentation. Depuis The King of Limbs (2011), les fans attendaient la sortie du neuvième album studio de ce groupe originaire d’Oxford. Thom Yorke, Jonny Greenwood, Colin Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway nous ont fait attendre cinq longues années avant de sortir un premier single très pop, Burn the Witch. La voix ferme de Thom Yorke est sublimée par la production de Nigel Godrich. Les 6’24“ de l’excellent Daydreaming en sont la parfaite illustration. A Moon Shaped Pool est un album fascinant, riche et créatif, qui possède une multitude de niveaux de lecture. Mixant électronique, instruments acoustiques et cordes, Radiohead renouvelle avec réussite son champ d’expérimentation. Déjà entendue sur l’EP live I Might Be Wrong (2001), la chanson True Love Waits est ainsi magistralement réinventée.

A Moon Shaped Pool, Radiohead (XL Recordings), 10,99 euros (CD, le 17 juin), 20,99 euros (vinyle, le 17 juin). Edition spéciale prévue en septembre.

 

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Born into the Waves

And Also the Trees

« Anglais ». Treizième album studio pour le groupe britannique And Also the Trees. Depuis 1979, cette bande postpunk originaire d’Inkberrow, en Angleterre, est plus appréciée en Allemagne ou en France que chez elle. Ce qui valu à John Peel cette phrase restée célèbre, alors qu’il avait invité le groupe à l’une de ses fameuses Peel Sessions : « And Also the Trees est trop anglais pour les Anglais. » Trente-cinq ans après, la voix de Simon Huw Jones, est toujours aussi grave et inspirée. Winter Sea, très belle ballade que Nick Cave ne renierait sans doute pas, pose les bases d’un album à la fois beau, sombre et romantique.

Born into the Waves, And Also the Trees (AATT Rec./Differ-ant), 18,99 euros.

 

The-Colour-in-Anything-James-Blake

The Colour in Anything

James Blake

Territoires. Et de trois pour James Blake. Après son premier album, l’éponyme James Blake (2011) et Overgrown (2013), revoici ce talentueux musicien anglais. Il confirme une nouvelle fois tout le bien que l’on pense de lui. Les fans ne seront pas surpris, The Colour in Anything est un disque porté par une electro douce, cotonneuse, mélancolique et même parfois hypnotique, notamment sur des titres comme Timeless. Avec l’apport conséquent de la voix de Frank Ocean sur le joli My Willing Heart, ou celle de Bon Iver sur I Need a Forest Fire, la palette de Blake s’agrandit encore, ouvrant de nouveaux territoires émotionnels, tous plus délicieux les uns que les autres.

The Colour in Anything, James Blake (Mercury/Universal), 15,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).

 

journalistRaphael Brun