Monaco peut-il faire mieux ?

Raphaël Brun
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Pour avoir laissé échapper la deuxième place du championnat, l’AS Monaco disputera, comme l’an dernier, le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Le club semble avoir atteint un palier dans sa progression par Raphaël Brun.

 

« Jardim va donc se faire virer de l’ASM. On retiendra sa belle 3ème place avec Lacina Traoré, Helder Costa et Echiejile dans l’effectif. » Le tweet est signé par un journaliste du magazine spécialisé, So Foot. Le 17 mai, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, Leonardo Jardim était toujours l’entraîneur de l’AS Monaco. Mais depuis la fin du championnat de Ligue 1 (L1), le 14 mai, les commentaires se multiplient. Le Paris Saint-Germain (PSG) a une nouvelle fois très facilement dominé la L1. Cette fois, les Parisiens ont terminé avec 31 points d’avance sur le second, l’Olympique Lyonnais (OL) et le troisième, l’AS Monaco. Une avance démesurée qui permet de mieux appréhender ce qui sépare aujourd’hui l’équipe parisienne des autres clubs du championnat. En clair, depuis 2012, il y a le PSG et les autres. Avec quatre titres de champion de France d’affilée, personne ne peut contester l’écrasante suprématie du Paris Saint-Germain. Et si la comparaison entre l’équipe de Laurent Blanc et celle de l’ASM a un temps été faite, on voit bien aujourd’hui que les moyens mis en œuvre du côté du Parc des Princes font clairement la différence. Le PSG fait partie de la stratégie d’un pays extrêmement riche, le Qatar. Face à elle, la stratégie d’un seul homme, le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev.

 

Limites ?

Second lors de la saison 2013-2014, troisième en 2014-2015, les Monégasques se sont donc maintenus cette saison encore sur le podium. Trois podiums en trois saisons, cela reste une jolie performance. Surtout dans la mesure où l’équipe semblait moins solide cette saison. Exigeants, les supporters à qui Monaco Hebdo a donné la parole dans ce numéro (voir leurs interviews par ailleurs) attendaient pourtant mieux. Beaucoup estiment que l’ASM aurait pu offrir un jeu plus séduisant, finir deuxième et s’ouvrir les portes d’une qualification directe pour la prochaine Ligue des Champions. Mais en terminant troisième, comme l’an dernier, Monaco devra tenter de se qualifier en passant par un très incertain tour préliminaire cet été. Humiliée 6-1 début mai au Parc OL par un Olympique Lyonnais (OL) tout simplement trop fort, l’équipe entraînée par Leonardo Jardim s’est bien reprise lors de la 38ème et dernière journée pour s’imposer au stade Louis II 2-0 face à Montpellier. Pourtant, Monaco ne progresse plus. Et même si le vice-président de l’ASM, Vadim Vasyliev, a laissé entendre que son club pouvait et allait faire mieux, on ne voit pas très bien comment. Le club semble avoir atteint ses limites, tant il semble désormais quasi-impossible d’aller concurrencer le PSG. Tout au plus, et comme les meilleurs clubs de L1, Monaco peut espérer se battre pour la deuxième place du championnat. Ce pari, forcément réduit, est-il assez excitant pour Dmitry Rybolovlev qui rêvait sans doute de quelque chose de plus grand, comme un titre de champion de France, avant de s’attaquer à l’Europe ?

 

Jardim

Cette saison, la politique qui consiste à miser sur de jeunes talents pour enregistrer ensuite des plus-values à la revente, s’est grippée. Car à part le jeune Thomas Lemar, 20 ans, personne n’est vraiment sorti du lot. Et les joueurs les plus connus, ont déçu, que ce soit El Shaarawy ou Vagner Love. Vantée en 2014-2015, la défense monégasque a souvent pris l’eau : 50 buts encaissés, contre 26 lors de l’exercice précédent. Du coup, et sans doute pour minimiser au maximum les mauvaises surprises, les premières rumeurs font état du retour de joueurs qui connaissent bien le club, mais qui étaient prêtés : Falcao (Chelsea) et Germain (Nice). Avec une interrogation pour Falcao : a-t-il vraiment récupéré de sa blessure lors du match de Coupe de France contre Chasselay (CFA), en janvier 2014 ? Depuis, il n’évolue plus au niveau qui était le sien en 2011-2013, lorsqu’il jouait à l’Atletico Madrid et qu’il affichait une moyenne de 0,76 but par match. Autre frein : son salaire estimé à 14 millions d’euros qui n’est plus en cohérence avec le projet sportif désormais essentiellement centré sur de jeunes talents moins onéreux. Bernardo Silva, Joao Moutinho, Ricardo Carvalho, Mario Pasalic, Helder Costa, Wallace, Fabio Coentrao et Fabinho devraient quitter Monaco. De plus, Bernardo Silva et Thomas Lemar sont convoités et la direction étudiera sans doute de près les offres reçues.

Autre gros dossier : Monaco va-t-il conserver son entraîneur portugais, Leonardo Jardim ? Si la qualité du jeu proposé par l’ASM a régulièrement été moquée par une partie des journalistes et des supporters, Jardim a trouvé la recette pour battre le PSG au Parc des Princes (2-0). Et il est parvenu à maintenir Monaco sur le podium de la L1. A son débit, les deux éliminations en barrages de la Ligue des Champions, puis dès la phase de groupes de la Ligue Europa. Reste à savoir si ce bilan sera suffisant pour qu’il soit reconduit dans ses fonctions la saison prochaine. Surtout qu’en interne, la crise qui oppose Jardim à Claude Makelele serait toujours forte. L’entraîneur portugais n’aurait pas été averti de l’arrivée de l’ancien milieu de terrain de l’équipe de France, et il verrait dans ce recrutement une forme d’ingérence. Sous contrat jusqu’en 2019, Jardim sera-t-il encore l’entraîneur de l’ASM la saison prochaine ?

 

« On est sévère avec Monaco »

Arnaud Ramsay, journaliste indépendant, spécialiste du football, décrypte la saison de l’ASM. Propos recueillis par Raphaël Brun

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Comment jugez-vous la saison de l’AS Monaco ?

En regardant le Canal Football Club (CFC) sur Canal+, j’ai entendu Pierre Menès, Christophe Dugarry et d’autres observateurs évoquer l’ASM souvent de façon négative. On a presque l’impression que Monaco, c’est un gros mot et que c’est devenu l’anti-jeu du football français. Toujours sur Canal+, Le Petit Journal s’est beaucoup moqué de l’accent de l’entraîneur portugais de Monaco, Leonard Jardim. Tout ça est un peu réducteur et caricatural.

 

Mais beaucoup de supporters affirment s’ennuyer lorsqu’ils vont au stade !

Monaco n’a ni le jeu, ni le stade qui permet de s’enflammer. Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Il faut aussi prendre en considération les saisons précédentes de l’ASM. Il ne faut pas oublier que lorsque Dmitry Rybolovlev a racheté le club en décembre 2011, Monaco était aux portes du National. Or, aujourd’hui, on a le sentiment que si l’ASM termine 3ème ou 4ème, c’est un énorme échec. Je trouve qu’on est sévère avec Monaco.

 

Donc la saison de l’ASM est réussie ?

Pas réussie. Mais elle n’est pas si catastrophique que ça. Sinon que dire des saisons de Troyes ou de Toulouse ? Bien sûr, il manque un trophée. Mais globalement, l’ASM a réalisé une saison plus qu’honorable.

 

Mais Monaco est un club ambitieux, du coup il est logique que les attentes soient fortes !

Pour évoquer les matches entre le PSG et Monaco, le président de l’Olympique de Marseille (OM), Vincent Labrune, a qualifié cette rencontre de « hors taxico » dès octobre 2013.

 

La politique de recrutement du club l’été dernier vous a convaincu ?

Vendre Anthony Martial si près de la fin du mercato l’été dernier peut sembler fou. Mais ne pas le vendre vu la somme énorme proposée par Manchester United (MU), est-ce que ça n’aurait pas été une folie encore plus grande ? Aujourd’hui, on a l’impression que Monaco est devenu un lieu de passage pour faire fructifier de futurs talents. Et c’est une politique qui est recevable. Lorsque le milieu de terrain Thomas Lemar est arrivé de Caen en 2015, c’est avec cet objectif. Même chose pour des joueurs comme le Croate Mario Pasalic, Fares Bahlouli ou le Portugais Rony Lopes.

 

Mais tous n’ont pas confirmé leur potentiel !

Lorsqu’on met en place cette politique, il y a bien évidemment toujours des risques.

 

Lyon est vraiment plus fort que Monaco ?

Lorsque j’ai vu Monaco gagner au Parc des Princes au mois de mars (2-0), j’ai pensé qu’ils finiraient deuxième. Mais compte tenu du niveau de jeu proposé par l’OL en fin de saison dans leur nouveau stade de 60 000 places, le Parc OL, il est légitime que cette équipe ait fini devant l’ASM.

 

Certains ont estimé que Jardim avait été lâché par ses joueurs le 7 mai, à Lyon ?

Je n’ai pas d’information à ce sujet. Mais que Lyon ait battu Monaco, ce n’est pas forcément surprenant. C’est l’ampleur du score (6-1) qui interpelle.

 

Monaco vaut mieux que le 6-1 encaissé au Parc OL le 7 mai ?

Lyon n’a pas perdu un seul match au Parc OL. C’est une équipe qui joue très bien. Dans ce match, tout a été contre Monaco. L’an dernier, on disait que Monaco avait un bloc défensif incroyable. Mais cette saison, le gardien Subasic est moins impérial. En défense centrale, ce n’est pas très bon. En revanche, si l’an dernier l’ASM était assez limitée en attaque, ils ont marqué 55 buts en 2015-2016.

 

Monaco souffre d’un problème d’image ?

On a l’impression que d’un côté, on a le gentil Lyon qui forme ses joueurs, avec des Alexandre Lacazette, Samuel Umtiti ou Jordan Ferri. Et de l’autre, le méchant Monaco qui achète des joueurs pour les revendre, sans faire de formation. Or, historiquement, l’ASM a toujours formé beaucoup de très bons joueurs.

 

L’ASM n’a pas conservé l’entraîneur italien Claudio Ranieri qui vient de réaliser l’exploit de remporter la Premier League anglaise avec Leicester ?

On aime aussi le football parce que c’est parfois un sport sans aucune logique. Claudio Ranieri a longtemps eu l’image du looser. Comme Carlo Ancelotti, c’est un charmeur. Il a été humble et a beaucoup travaillé lors de son passage à Monaco de 2012 à 2014. J’ignore pourquoi Monaco l’a mis dehors. Mais Ranieri est ensuite devenu sélectionneur de la Grèce et il reste à ce jour l’un des pires de l’histoire. Avec lui, la Grèce a tout de même été battue deux fois par les Iles Féroé… Alors quand Ranieri est devenu l’entraîneur de Leicester, l’enfant du pays, l’avant-centre anglais Gary Lineker, a dit sur Twitter que c’était un choix catastrophique. Parce que pour lui, comme pour beaucoup d’autres, Ranieri était un homme du passé.

 

Cette saison, Monaco n’a pas brillé ni en Coupe de France, ni en Coupe de la Ligue ?

C’est exact. En Coupe de France, l’ASM a perdu contre Sochaux en huitième de finale (2-1), ce qui est très décevant. Même chose en Coupe de la Ligue, où Monaco a sèchement perdu en huitième, contre Bordeaux (3-0).

 

Et en Ligue Europa ?

Ils ne se sont pas qualifiés car ils ont terminé 3ème de leur poule, derrière Tottenham et Anderlecht, mais devant Qarabag. Cela dit, aucun club français n’a brillé. Monaco est un bouc-émissaire pratique pour les spécialistes du football. C’est toujours la faute de Monaco. Là encore, il faut se souvenir que l’an dernier, l’ASM a failli éliminer la Juventus de Turin en quart de finale de la Ligue des Champions 2014-2015. Or, aujourd’hui, derrière le PSG, il y a tout de même Lyon et Monaco.

 

Vous croyez vraiment à l’hypothèse d’un Monaco bouc-émissaire de certains commentateurs sportifs ?

Je remarque que Bordeaux est aussi un grand club. Cette saison, ils bénéficient d’un nouveau stade et d’un bon budget. Pourtant, ils n’ont pas brillé non plus… Ils ont viré un entraîneur, il y a eu des bagarres entre joueurs… Mais ils n’ont pas été critiqués comme l’ASM l’a été. A Monaco, on a l’image de joueurs milliardaires qui passent leur temps à jouer au casino. Ce n’est évidemment pas la réalité.

 

Quelles sont les plus grosses satisfactions ?

Thomas Lemar, c’est un vrai bonheur. J’avais entrevu son talent quand il jouait à Caen. Subasic reste régulier, même s’il ne fait pas sa meilleure saison. Ricardo Carvalho est un joueur humble, qui a tout gagné. Et même si certains se moquent de ses 37 ans, il est toujours là. A 32 ans, Jérémy Toulalan me bluffe par sa longévité.

 

Vous avez apprécié d’autres joueurs ?

J’ai bien aimé le milieu de terrain Tiemoué Bakayoko. Quant au milieu Fares Bahlouli, il semble très bon techniquement mais on l’a hélas assez peu vu puisqu’il n’a joué que 14 matches et marqué 2 buts.

 

Et l’attaquant Vagner Love recruté cet hiver ?

Il est un peu victime de son image. On pense immédiatement à son côté un peu dilettante. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas été aussi efficace que Dimitar Berbatov la saison dernière. Vagner Love sourit toujours, on ne sait pas ce qu’il pense vraiment. Mais il n’a pas été ridicule. Il ne fallait de toute façon pas s’attendre à ce qu’il marque 25 buts cette saison.

 

Il y a eu des déceptions aussi ?

L’attaquant argentin Guido Carrillo n’a marqué que 5 buts en 39 matches. Quant à l’attaquant portugais Ivan Cavaleiro, il a inscrit seulement 2 buts en 19 rencontres. Quand on regarde l’effectif global de Monaco, finir dans les trois premiers, c’est pas si mal. Car il existe une dépendance à Bernardo Silva et à Joao Moutinho, deux joueurs qui ont été un peu moins en vue.

 

L’entraîneur Leonardo Jardim vous a convaincu ?

Il n’y a pas eu de véritable aberration dans sa façon de gérer son effectif. Mais il est parfois un peu illisible dans ses choix. Pourquoi un excellent jeune joueur de 20 ans comme Thomas Lemar ne joue pas plus souvent ? Pourquoi faire jouer devant Lacina Traoré alors qu’il n’a pas été bon ? Quand Monaco a battu le PSG au Parc des Princes au mois de mars, on disait que Jardim était un génie, que c’était l’un des tout meilleurs entraîneurs de Ligue 1 (L1). Et maintenant on dit qu’il est l’un des plus mauvais, parce que Monaco a implosé 6 à 1 à Lyon.

 

Où se situe la réalité ?

Entre les deux. Jardim est un très bon technicien. Il manque de reconnaissance médiatique. A Monaco, en interne, entre le clan des Russes, le clan des Portugais ou des sud-Américains, ça n’a pas l’air commode pour travailler.

 

Un retour de Falcao la saison prochaine, c’est une bonne idée ?

Falcao a eu deux fois sa chance : une fois à Manchester United et une autre à Chelsea. Mais on a l’impression que le Falcao extraordinaire de l’Atletico Madrid de 2011 à 2013 a peut-être définitivement disparu. Il y a un avant et un après sa terrible blessure qui lui a fait rater la Coupe du monde 2014 au Brésil. Si Falcao retrouve son instinct de buteur et de la confiance, il est l’un des 5 ou 6 meilleurs attaquant au monde.

 

Sur qui miser alors ?

Le buteur que recherche l’ASM, c’est peut-être Valère Germain ? Quand je vois un joueur comme Valère Germain, qui était très attaché et heureux à Monaco où il a joué de 2005 à 2015, s’éclater quelques kilomètres plus loin à Nice et permettre à ce club de rivaliser avec l’ASM, il y a sans doute eu une erreur de faite. Valère Germain me fait un peu penser à Kevin Gameiro : ce sont des joueurs avec lesquels on est jamais déçu. Comme Germain n’est que prêté à Nice, on pourrait très bien imaginer la saison prochaine une attaque avec Falcao et lui devant.

 

D’autres secteurs de jeu à renforcer ?

Il faut renouveler la défense de l’ASM, notamment en charnière centrale. On a l’impression que Monaco est une équipe avec un potentiel affolant, mais les jeunes joueurs ont besoin d’être encadrés par des joueurs plus expérimentés. Jérémy Toulalan remplit déjà ce rôle, mais il est peut-être un peu esseulé.

 

La politique et la stratégie du club sont-elles enfin plus lisibles ?

Lorsque j’interviens sur les plateaux de télévision et que je suis entouré d’autres spécialistes du football, je me rends compte que l’ASM est souvent évoquée négativement. Pourtant, quand on rencontre le vice-président de Monaco, Vadim Vasyliev, on se retrouve face à quelqu’un d’affable, de pertinent, de souriant, et de charismatique. On parle 10 minutes avec lui et on a l’impression d’être son ami. C’est assez déroutant.

 

Qu’est-ce qu’il manque à l’AS Monaco ?

Il faudrait que ce club soit incarné. A part Jérémy Toulalan et Jardim, personne n’incarne vraiment l’AS Monaco. Or, Toulalan accorde très peu d’interviews et Jardim est trop souvent moqué, notamment pour son accent. L’ASM est trop souvent tournée en dérision : un stade vide, un jeu soporifique, des dirigeants transparents, un manque de stars… Tout n’est pas faux, mais c’est un peu réducteur.

 

Les autres clubs n’ont pas ce problème ?

Non, les autres grands clubs n’ont pas ce problème. Au PSG, on pense à Zlatan Ibrahimovic, à Lyon on pense à Jean-Michel Aulas, mais aussi à leur nouveau stade et à leurs jeunes joueurs talentueux. En revanche, à Monaco, on ne sait pas vraiment à qui penser.

 

En tout cas, les supporters ne sont pas contents…

Pour le supporter, la stratégie désormais poursuivie par l’AS Monaco est sans doute décevante. Anthony Martial a été vendu l’été dernier et demain ce sera Thomas Lemar. Et puis d’autres encore. Ça ne me choque pas. C’est le football moderne. Monaco est une sorte de gare de triage, un très bon club dans lequel on ne fait que passer. Ce qui a permis au club de bâtir un modèle économique raisonnable. Le problème, c’est que dans le foot, on n’a pas envie d’être raisonnable…

 

Le PSG n’a finalement pas grand chose à craindre, ni de Monaco, ni de Lyon ?

Oui parce qu’on a sans doute trop souvent comparé le projet parisien au projet monégasque. Or, les logiques mises en œuvre sont très différentes. A Paris, c’est un Etat, le Qatar, qui utilise le PSG comme une vitrine, même si le modèle économique retenu n’est pas forcément viable. Alors qu’à Monaco, c’est beaucoup plus fragile, car tout repose sur un milliardaire, Dmitry Rybolovlev, qui peut décider de partir dans quelques années.

 

Du coup, la Ligue 1 risque de sombrer dans la monotonie, avec un PSG qui continue de très facilement écraser la concurrence ?

Dans l’intérêt du PSG mais aussi de la L1, il faudrait avoir des clubs capables de concurrencer l’équipe entraînée par Laurent Blanc. Inconsciemment ou pas, lorsque le PSG est éliminé en Ligue des Champions par Manchester City, c’est peut-être dû à une forme de relâchement, dans la mesure où ce club évolue dans un championnat qu’il domine assez facilement. Il est en tout cas assez malheureux d’entendre dire le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, dire que la finale du championnat c’est Lyon-Monaco, parce que le PSG est hors concours.

 

Demain, qui pourrait être capable de concurrencer le PSG ?

Marseille. Ce club est à vendre. Or, on voit que les Chinois investissent dans des clubs. Un milliardaire chinois a récemment pris des parts dans l’Atletico Madrid. Economiquement, l’Olympique de Marseille (OM) reste le club le mieux placé pour être le vrai concurrent du PSG. Mais cela dépendra évidemment de la nature du repreneur, qui ne sera sans doute pas français.

 

En attendant, cette situation hégémonique occupée par le PSG ne déprécie-t-elle pas la L1 ?

C’est exact. Un peu comme Monaco, la L1 est devenue un sujet de moquerie. On entend souvent parler de championnat « soporifique », avec pour seule vitrine le PSG qui est parvenu cette saison en quart de finale de la Ligue des Champions. Pour le reste, Lyon a été ridicule en Ligue des Champions et Monaco n’a pas réussi à se qualifier pour disputer cette compétition et n’a pas brillé ensuite en Ligue Europa. Donc oui, le produit L1 est déprécié.

 

Surtout que les meilleurs joueurs français jouent à l’étranger depuis longtemps !

On sait que les grands talents sont ailleurs qu’en L1 : Karim Benzema, Raphaël Varane ou Antoine Griezmann ne jouent plus en France. Mais on ne peut pas tout reprocher au PSG. C’est une bénédiction d’avoir une équipe parisienne aussi forte, car ça nous permet de voir tous les week-ends de grands joueurs, comme Ibrahimovic ou Cavani.

 

Dans un tel contexte, le risque, c’est que les chaines de télé renégocient leurs droits à la baisse, surtout si Canal+ et BeIN Sports trouvent un accord ?

Quel que soit le diffuseur, qu’il s’agisse d’une alliance entre Canal+ et BeIN Sports ou pas, si le championnat est déjà joué chaque année, quel sera le véritable intérêt ? Un diffuseur a forcément besoin d’un championnat intéressant, avec un minimum de suspens. Donc en cas de baisse des droits télé, il faudra se réinventer. Peut-être en payant moins les joueurs ? Le nouveau directeur de la Ligue, Didier Quillot, doit en tout cas réinventer un modèle économique pour positionner la L1 comme un championnat attractif.

 

« Il faut mettre notre défense centrale au musée Grévin »

Jartagnan anime le site internet Asmousquetaires.com depuis avril 2002. Propos recueillis par Raphaël Brun

Le plus beau moment de la saison ?

La victoire de Ranieri en Premier League anglaise. Il a été viré comme un malpropre il y a 2 ans, tancé par les tribunes pour un jeu trop « restrictif ». Bilan, il est champion d’Angleterre avec une équipe de sans-grades, face aux monstres anglais. Pendant ce temps-là, Monaco n’a rien gagné, et le jeu est encore plus « restrictif »…

Le plus beau moment de la saison ? « La victoire de Ranieri en Premier League Anglaise »

Le plus beau moment de la saison ? « La victoire de Ranieri en Premier League Anglaise » © Photo Stéphane Senaux ASM-FC.

Le pire moment de la saison ?

La gestion du mercato estival. Beaucoup de gargarisations suite aux ventes de gros joueurs, avec en apothéose le cas d’Anthony Martial transféré à Manchester United. Mais aucune anticipation face au départ d’Abdenour. Bilan, un gros trou en défense qui plombera le seul vrai point fort de l’an dernier. Et des joueurs offensifs pas adaptés au système de jeu, avec 0 vrai buteur. Sans oublier une accumulation de milieux qui se marchent dessus.

 

Le moment le plus embarrassant ?

Quand après le match nul à Rennes le 24 avril, lors de la 35ème journée de Ligue 1 (L1), on s’est rendu compte que l’on avait perdu 21 points au total sur des matchs où l’on menait au score… Faites le calcul : où serait-on avec moitié moins de points perdus bêtement ?

 

Le meilleur joueur de la saison ?

Thomas Lemar, la lumière que l’on n’attendait pas.

 

Le pire joueur de la saison ?

Lacina Traoré. Pas qu’il soit plus mauvais qu’un autre, mais il cristallise à lui tout seul toutes les frustrations liées à cette saison.

 

Que faire à l’intersaison ?

Mettre notre défense centrale au musée Grévin et injecter du sang neuf à tous les postes défensif. Il faut aussi acheter un vrai buteur, c’est-à-dire un gars capable de marquer entre 15 et 20 buts par saison. Et éviter de vendre 25 joueurs pour en acheter 20 autres sortis de nulle part…

 

Vos attentes pour la saison 2016-2017 ?

Aucun. L’ennui a eu raison de moi. La saison prochaine, je vais m’abonner au basket. Au moins, la volonté, le projet affiché par le club est de gagner et non pas d’équilibrer le budget grâce une présence annuelle en coupe d’Europe et de grandes transhumances estivales. On s’est beaucoup gaussé des supporters d’Arsenal depuis 10 ans, un club toujours là, mais qui ne gagne rien. Malheureusement, c’est le chemin que suit désormais l’AS Monaco…

 

 

« Quelque chose ne va pas au club »

Nicolas est membre de l’équipe qui anime le site internet LiveTeam-asm.com. Propos recueillis par Raphaël Brun

 

Le plus beau moment de la saison ?

Il n’y en a pas eu beaucoup hélas cette saison. Mais je dirais la victoire au Parc des Princes face au PSG au mois de mars, lors de la 31ème journée de Ligue 1 (L1). Bien que gâchée la journée suivante, cette victoire était belle et méritée, qui plus est sur les terres parisiennes. C’est le seul match de la saison ou l’équipe a été soudée pendant 90 minutes.

 

Le pire moment de la saison ?

Le pire moment, c’est le match perdu 6-1 au Parc OL contre Lyon le 7 mai, lors de la 37ème journée de L1. C’était à la fois honteux et humiliant de prendre une telle leçon dans le match que beaucoup en France attendaient pour cette seconde place. Prendre un 6-1 sec contre Lyon, c’est faire honte au maillot rouge et blanc. Et c’est bien la preuve que quelque chose ne va pas au club.

 

Le moment le plus embarrassant ?

La confirmation de Vadim Vasilyev affirmant que Leonardo Jardim serait encore l’entraîneur la saison suivante. Comment peut-on assurer la place de quelqu’un qui ne remplit au final absolument aucun objectif ? C’est un gros manquement. Maintenant, s’il est viré, la parole de Vasilyev n’aura plus de grande valeur.

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« Il faut faire confiance à nos jeunes qui sont souvent mis de côté au profit de joueurs inconnus, venus d’autres pays. Et il faut changer d’entraîneur. » Nicolas. LiveTeam-asm.com. © Photo Stéphane Senaux ASM-FC.

Le meilleur joueur de la saison ?

Bien que Bernardo Silva soit le meilleur buteur de l’ASM cette saison, le meilleur joueur reste Thomas Lemar. Il est une surprise et il a souvent débloqué des situations difficiles. J’espère qu’il restera et confirmera.

 

Le pire joueur de la saison ?

Lacina Traoré. Peut-on vraiment parler de joueur de football ? Je ne sais pas. Je pense que même Thorstein Helstad en Ligue 2 (L2) n’était pas aussi médiocre.

 

Que faire à l’intersaison ?

Il faut bien sûr garder nos quelques joueurs de qualité. Il n’y en a pas beaucoup. Il faut aussi faire confiance à nos jeunes qui sont souvent mis de côté au profit de joueurs inconnus, venus d’autres pays. Il faut changer d’entraîneur. Mais aussi acheter deux défenseurs axiaux et un latéral gauche. Sans oublier un vrai numéro 9.

 

Vos attentes pour la saison 2016-2017 ?

Prendre du plaisir. C’est un mot que je commence à oublier quand je regarde l’ASM de Jardim. Passer le tour préliminaire de la Ligue des Champions serait un exploit. Sinon, passer un tour en Europa League et tout faire pour être seconds…

 

« Clarifier l’organigramme du club »

Aurélien Maestracci fait partie de l’équipe qui gère le site Asmfoot.fr. Propos recueillis par Raphaël Brun

 

Le plus beau moment de la saison ?

Le match à Paris, le 20 mars. Jardim a tenté une nouvelle tactique en alignant un inédit 3-5-2. Monaco s’est imposé 2-0 à Paris, sur un terrain où les champions de France n’avaient pas encore perdu cette saison.

 

Le pire moment de la saison ?

Le match contre Lyon le 7 mai qui a tourné à l’humiliation (6-1).

 

Le moment le plus embarrassant ?

Les moments embarrassants ont été nombreux cette saison. Outre l’humiliation à Lyon, Monaco n’a que trop rarement ressemblé à un prétendant à la Ligue des Champions. Les Monégasques ont perdu 17 points après avoir mené au score. En coulisses aussi, les moments embarrassants sont nombreux. Les dirigeants russes ont décidé de se séparer de l’entraîneur des gardiens, avant de revenir sur leur décision après un tweet de Subasic. Campos a alors voulu partir, mais a trouvé finalement un arrangement lors du mariage d’un agent où se trouve aussi Vasilyev. On peut également citer l’arrivée de Makelele, qui est une véritable surprise pour tout le monde. Même pour le staff.

 

Le meilleur joueur de la saison ?

Peu blessé et disponible sur plusieurs postes, Fabinho est le joueur le plus utilisé par Jardim cette saison. Utilisé principalement au poste d’arrière-droit, l’international brésilien est capable de défendre intelligemment et de proposer de réelles solutions offensives. Au milieu de terrain, il est plus qu’une simple solution de remplacement. Son intelligence de placement et sa régularité lui ont permis d’être une véritable pièce maîtresse. A cela, on peut ajouter sa qualité de tireur de penalty : six buts en six tentatives, dont une panenka à Paris.

 

Le pire joueur de la saison ?

Lacina Traoré. Il n’a jamais été au niveau, si ce n’est en Coupe de France, contre Saint-Jean-Beaulieu. Son match à Rennes est un éventail de mauvais choix, de contrôles manqués, d’actions gâchées… Et ne parlons pas de ses 25 minutes à Lyon.

 

Que faire à l’intersaison ?

Prendre des décisions claires concernant l’organigramme du club. Les clans décrits plusieurs fois dans les médias ne doivent plus empêcher l’ASM d’avancer. Si Jardim est confirmé, il doit avoir les pleins pouvoirs et ne pas se faire dicter les compositions d’équipe par des clauses contractuelles. Les exemples d’El Shaarawy et de Pasalic cette année doivent servir de leçon. On s’attend aussi à de nombreux départs : Fabinho, Moutinho, Carvalho, Silva… En défense, il n’y a plus aucun arrière-gauche. En défense centrale, un joueur d’expérience est nécessaire aux côtés de Jermerson. A droite, les retours de Touré ou de Tisserand doivent être accompagnés d’une recrue. Un joueur charismatique et expérimenté doit être recruté pour porter le club sur le terrain et médiatiquement. Si Falcao retrouve un brin de football il pourra jouer ce rôle, mais il n’est pas certain que le club se permette de payer un aussi gros salaire.

 

Vos attentes pour la saison 2016-2017 ?

N’étant pas tête de série en tour préliminaire de la Ligue des Champions, l’ASM aura du mal à bien y figurer. Si l’effectif est prêt, l’ASM pourra espérer un petit miracle. En cas d’échec, les Monégasques doivent avoir un effectif permettant de bien figurer en Ligue Europa pour au moins passer la phase de poule. En championnat, une place dans les trois premiers est indispensable, sportivement et financièrement.

 

« Rivaliser plus longtemps avec le PSG » 

En plus de fréquenter les stades, les supportrices de l’ASM sont actives sur Twitter et sur Facebook. Propos recueillis par Raphaël Brun

 

Le plus beau moment de la saison ?

Le plus beau moment ? C’est difficile cette saison… Mais on va dire la victoire à Paris, le 20 mars, alors que personne ne nous voyait gagner. Les Parisiens avaient gagné face à Troyes, la journée d’avant. On peut aussi citer les deux matchs gagnés face à notre meilleur ennemi, l’OGC Nice.

 

Le pire moment de la saison ?

Le ou les pires moments de la saison, c’est lorsqu’on menait au score et que l’on se faisait rattraper lors des dernières minutes du match. Il y a eu des matchs à oublier, comme face à Bordeaux, que ce soit lors du match aller ou du match retour. On aurait pu prendre un peu d’avance en championnat et éviter la « finale », lors de la 37ème journée face à Lyon. C’est un match que nous avons d’ailleurs lourdement perdu (6-1).

 

Le moment le plus embarrassant ?

L’élimination en Ligue Europa en phase de poule, alors que certains joueurs se voyaient déjà aller au bout pour la gagner…

 

Le meilleur joueur de la saison ?

La saison est difficile individuellement et collectivement. Mais il y a des joueurs qui font remarquer leur absence lorsqu’ils sont blessés ou suspendus : Toulalan, Fabinho, Lemar ou Silva en deuxième partie de saison.

 

Le pire joueur de la saison ?

Il n’y a pas un joueur qui a été plus mauvais qu’un autre. Certains ne se sont pas adaptés au championnat français : El Shaarawy n’a été prêté que 6 mois à Monaco et a signé un bon retour en série A avec la Roma. D’autres ont été blessé dès le début de saison et n’ont pas vraiment pu exprimer leur talent, comme Ivan Cavaleiro et Adama Traoré. Beaucoup de supporters critiquent Costa, Wallace, Echiejile qui a une chanson pour lui d’ailleurs en tribune première. Mais aussi Pasalic, ou encore notre attaquant, Lacina Traoré.

 

Que faire à l’intersaison ?

Il ne faut pas oublier qu’il y aura beaucoup de compétitions internationales entre les deux saisons de Ligue 1 (L1) : l’Euro 2016, le tournoi de Toulon, la Copa America, les JO… La reprise de l’entrainement est prévue pour le 25 juin. Certains n’auront pas beaucoup de vacances. Il faut surtout garder un maximum les joueurs qui ont été prêtés la saison dernière comme Jessy Pi, Corentin Jean, Boschilla, Rony Lopes, Valère Germain ou encore Falcao. On sait que certains de nos cadres vont être vendu, tout dépendra de leur performance dans les différentes coupes.

 

Vos attentes pour la saison 2016-2017 ?

Retrouver la Ligue des Champions et rivaliser plus longtemps avec le PSG. Et pourquoi pas, enfin gagner un trophée en remportant une coupe nationale trop souvent mise de coté.

 

Saison surprenante pour l’ASM Basket

Après 25 ans dans l’ombre, l’AS Monaco Basket effectue une saison spectaculaire en Pro A. La Roca Team a terminé la phase régulière à la première place. Elle a entamé les play-offs en position de favori et vise désormais clairement le niveau européen. Par Anne-Sophie Fontanet

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© Photo WSM-Colman

Vent de fraîcheur ou pouvoir de l’argent ? La trajectoire de l’équipe de Pro A de Monaco fait couler beaucoup d’encre. Au terme de la saison régulière de la Ligue nationale de basket (LNB) le 13 mai, la Roca Team atteint une première place indiscutable. Sur les 34 journées de championnat français, l’équipe a remporté 27 victoires et concédé 7 défaites. Taux de réussite pour cette phase régulière 2015/2016 : 80 %. Le 10 mai, salle Gaston Médecin au Stade Louis II, on a sorti champagne et petits fours pour les 1 893 spectateurs, dont le Prince Albert et le président ukrainien du club Sergey Dyadechko. Contre Cholet, l’AS Monaco Basket vient de remporter sa 12ème victoire d’affilée (91-79). « C’est l’une des saisons les plus surprenantes de toute l’histoire de la ligue nationale » confirme Yann Ohnona, journaliste pour le quotidien sportif L’Equipe. Spécial quand on sait que l’AS Monaco Basket vient de réintégrer l’élite de la Pro A depuis le début de la saison. « Evidemment, Monaco ne peut pas être considéré comme un promu comme les autres. Le critère économique, on ne peut pas l’évacuer… », poursuit Ohnona. « Ce n’est pas une équipe de mercenaires. Contrairement à ce que tout le monde pense, nous ne sommes pas le plus gros budget et nous n’avons pas la plus grosse masse salariale. C’est une équipe qui a vraiment été très bien construite pour gagner », explique Aaron Cel, intérieur de l’équipe, dans une interview à France 3.

 

Mécène

Avec 4,716 millions d’euros de budget et 1,961 million d’euros de masse salariale, Monaco se positionne comme le sixième budget de Pro A et le troisième en terme de masse salariale (1). Le club s’acquitte aussi d’une redevance annuelle estimée à 300 000 euros par année en Pro A auprès de la LNB qui la redistribue aux autres clubs. Cette ascension fulgurante coïncide avec l’arrivée d’un nouveau mécène pour l’entité monégasque. Sergey Dyadechko, qui fêtera ses 42 ans le 18 novembre prochain, est un homme d’affaires ukrainien. La presse s’est faite l’écho de son arrivée précipitée en Principauté, après un passé trouble dans son pays. « Le président est un passionné de basket qui avait un club en Ukraine (il était le président BC Donetsk de 2006 à 2014 N.D.L.R). Au niveau de la connaissance du sport, il est complètement irréprochable. Il adore ça, commente Yann Ohnona. Au début de la saison, Monaco n’avait aucun sponsor. Cela veut dire que tout l’argent venait de ce monsieur. Depuis, ils ont signé plusieurs partenariats. Mécène, ce n’est pas péjoratif. C’est juste que c’est bien lui qui met tout l’argent. Demain il s’en va, il n’y a plus de Monaco Basket. »

 

Investissement

« C’est un plaisir d’être ici à Monaco et je veux aider le club le plus longtemps possible. Mais la situation est très difficile en Ukraine et pour les affaires aussi, c’est compliqué… Même si je ne peux pas garantir mes investissements, j’ai un projet à long terme pour l’équipe », a assuré Sergey Dyadechko, devant les caméras de France 3, après la victoire contre Cholet le 10 mai. Monaco est donc bien un promu au profil particulier, avec de gros moyens financiers, mais aussi beaucoup de talents sur le parquet. « Dans le sport, il ne suffit pas d’avoir plein d’argent pour gagner immédiatement. De ce point de vue là, ça reste impressionnant, car ils ont construit une équipe en partant de presque rien. Ils ont renouvelé entre 80 et 90 % de l’effectif. Le coach Zvedan Mitrovic a réussit à en faire une équipe et à finir premier. Et ça, c’est une vraie performance », estime Yann Ohnona. Depuis le début de la saison, le journaliste de L’Equipe imaginait un scénario optimiste pour le promu. Avec un projet sportif « parfaitement réussi et bien monté », ce club a « potentiellement de l’avenir, tant que le président continue à investir ».

 

Play-offs

Après avoir décroché la Leaders Cup contre Châlon-sur-Saône le 21 février à Disneyland Paris 99 à 74, la Roca Team truste le haut du tableau. C’était, là encore, un petit exploit, aucun promu n’ayant jamais réussi à la gagner en s’y qualifiant. Pour sa première saison dans l’élite, la première pour le club depuis 1991, Monaco remporte donc un titre majeur. Juste un début ? « En ce moment, ils sont intouchables. Et grâce à leurs moyens, ils se permettent d’ajouter un pivot de 2,16m (l’Ukrainien Kyrylo Fesenko N.D.L.R) dans l’équipe, juste avant les play-offs. Ça va faire râler les adversaires, évidemment. C’est un signe de leur ambition car ils veulent aller en Europe immédiatement » analyse Yann Ohnona. Dimanche soir, à domicile, la Roca Team a disputé le match aller du quart de finale des play-offs contre Nanterre (92-76), un adversaire imprévisible et coriace. « Monaco a plein de joueurs d’expérience, mais ils n’ont pas l’expérience des play-offs », tempère le journaliste de L’Equipe. L’enjeu est de taille, même si l’arrivée jusqu’aux play-offs est déjà une satisfaction en soi pour le club qui regarde dorénavant vers l’Europe pour briller encore plus. « Les coupes d’Europe vont changer l’an prochain. On ne sait pas encore qui va jouer quoi. Ce qui crée de gros problèmes pour les équipes, notamment Monaco, parce qu’il est difficile de préparer une équipe quand on ne sait pas ce qu’on va jouer » souligne Ohnona.

 

Trophée

« Personne ne nous attendait ici, mais c’est pas fini. Il va falloir encore doubler l’effort. » La phrase de Lamine Kante, ailier de l’AS Monaco Basket, est révélatrice du travail en profondeur que l’équipe fournit. « C’est clair, il faudra compter avec Monaco dorénavant » assure le journaliste de L’Equipe. Le championnat français s’en trouve un peu chamboulé. Aux derniers trophées de l’année, récompensant les meilleurs talents du basket fin avril, et malgré une saison exceptionnelle, aucun joueur ni entraîneur monégasque n’ont été récompensés. « D’une manière générale, un club monégasque, donc pas sur le territoire métropolitain français, qui arrive et qui rafle tout, ça ne peut pas vraiment faire plaisir à des clubs historiques qui mettent des moyens chaque année et qui essaient de construire des projets sur la durée, estime Yann Ohnona. Il y a un rapport amour/haine prévisible, mais pas justifié. »

 

Redevance

Depuis septembre 2014 et l’accession en Pro B, l’AS Monaco Basket a signé un accord avec la Ligue nationale de basket (LNB) et l’Union des clubs professionnels de basket (UCPB). Le club paie un montant forfaitaire d’environ 300 000 euros qui doit compenser les avantages fiscaux du club monégasque dont le siège n’est pas situé en métropole. Selon le journal L’Equipe, l’avocat du club aurait adressé un courrier à la Ligue pour demander une renégociation de cette redevance. Réponse ferme d’Alain Béral, président de la LNB : « Après consultation des clubs, nous ne considérerons pas une révision de cet accord. » Pour rappel, les équipes monégasques jouent légalement les championnats de France depuis 50 ans. « Il n’y a plus aucune raison pour que le basket paie depuis la décision du Conseil d’Etat(2). Jusque-là, les dirigeants monégasques ont toujours été diplomates. Ils voulaient se faire accepter dans un sport où ils n’étaient plus présents depuis 25 ans. Ils ont accepté de faire des concessions. Il appartient au club de Monaco de lancer un bras de fer ou pas » conclut Ohnona.

 

(1) Montants prévisionnels rendus publics par la LNB le 28 septembre 2015 après présentation à la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) le 15 septembre 2015.
(2) Le 9 juillet 2015, le Conseil d’État français a jugé « irrégulière et illicite la transaction par laquelle la Ligue de football professionnel (LFP) s’était engagée, en janvier 2014, à modifier son règlement pour permettre à l’AS Monaco de continuer à participer aux championnats de Ligue 1 (L1) et de Ligue 2 (L2) sans être contrainte d’établir son siège sur le territoire français ».

« Une alchimie rarement atteinte »

Vice-président de l’AS Monaco Basket, Paul Masseron revient pour Monaco Hebdo sur le parcours du club, ses ambitions et ses projets. Propos recueillis par Anne-Sophie Fontanet

 

Que retenez-vous de la saison de votre équipe ?

L’AS Monaco Basket a réalisé l’exploit de finir première équipe de la saison régulière de Pro A. Ce qui pour un promu n’avait plus été réalisé depuis 51 ans (Denain en 1964-1965) et de remporter la Leaders Cup. Avec en permanence, un jeu spectaculaire et l’envie de gagner.

 

Comment expliquez-vous cette ascension fulgurante ?

Ces résultats exceptionnels sont le fruit d’une alchimie rarement atteinte. Avec un président mécène, totalement impliqué dans le fonctionnement du club et doté d’une très grande expérience réussie dans le monde du basket européen. Lui-même entouré d’une équipe de dirigeants et de collaborateurs motivée et solidaire, et d’un entraîneur exceptionnel par ses qualités techniques, tactiques et humaines.

 

Quoi d’autre ?

L’AS Monaco Basket dispose d’un staff technique de grande expérience. Mais aussi de joueurs aux qualités sportives remarquables qui ont su très vite former une vraie équipe motivée et unie sur le parquet comme dans la vie quotidienne. Le club a pu bénéficier de l’appui sans faille de son président général, de la fédération monégasque de basket-ball, de bénévoles sollicités pour chaque match et du public monégasque. Sans oublier le soutien toujours permanent, bienveillant et efficace du Prince Albert, de son gouvernement et de son administration.

 

Les points forts de la saison ?

Incontestablement, les étapes décisives du parcours de la Roca Team ont été la victoire lors de la Leaders Cup alors que Monaco n’était pas favori… Et qui a montré à tous que notre équipe était capable d’aller très loin. Il y a aussi la première place obtenue à l’issue de la saison régulière avec, et c’est aussi un record, 12 victoires successives pour les 12 derniers matches et, au total, 27 victoires sur 34 possibles.

 

Un mot sur les joueurs ?

Tous nos joueurs et leur coach ont été exceptionnels et doivent être félicités et remerciés pour l’excellence de leurs résultats, leur combativité, leur abnégation et leur solidarité permanentes. L’AS Monaco Basket, c’est une vraie équipe ! Les spectateurs ont pu le constater à chaque match à domicile et à l’extérieur ! Le basket, ne l’oublions pas, est d’abord et avant tout un sport d’équipe. C’est toute l’équipe qui gagne ou qui peut perdre ensemble.

 

Vos objectifs pour les play-offs ?

L’équipe est particulièrement motivée et préparée, comme en atteste le premier quart de finale plein et réussi contre Nanterre dans la salle Gaston Médecin (1). L’essentiel maintenant, c’est de jouer sa carte à fond, en accomplissant tous les efforts possibles et en donnant son maximum pour ne pas avoir de regrets. C’est ainsi, et quel que soit le résultat final, que la Roca Team portera haut les couleurs de la Principauté de Monaco.

 

Quel avenir pour cette Roca Team ?

L’AS Monaco Basket progresse étape par étape. Aujourd’hui, elle est concentrée sur les play-offs.

 

Comment atteindre ces ambitions ?

Même réponse ! En précisant toutefois que de nouveaux partenaires seront les bienvenus pour accompagner, l’an prochain et les saisons suivantes, l’aventure gratifiante du basket professionnel à Monaco.

 

Les trophées de la Ligue Nationale de Basket n’ont pas récompensé Monaco : votre réaction ?

Pour sa première saison en Pro A depuis 24 ans, l’AS Monaco a été très honorée par les nominations bien méritées de Jamal Shuler et de Zvezdan Mitrovic aux trophées de la Ligue nationale de basket (LNB). C’est beaucoup de fierté pour le club et pour les intéressés. D’autres joueurs aussi auraient pu être distingués, comme pour la meilleure progression Yacuba Ouattara. Le résultat final est ce qu’il est… Mais la seule et bonne réponse est et sera apportée sur le parquet. Nos joueurs et leur entraîneur n’en sont que plus motivés !

 

Votre position sur la redevance que l’ASM paie à la Ligue de basket pour jouer dans le championnat français ?

Le club, assisté de ses conseils, est en relation étroite avec la LNB sur ce sujet.

 

Le public est nombreux : cela a un effet sur les joueurs ?

Le public monégasque de la salle Gaston Médecin est formidable. Ce soutien percutant, chaleureux et permanent d’une salle très souvent pleine est essentiel pour l’équipe. Le public est notre sixième homme sur le parquet. Il aide réellement nos joueurs à se surpasser, notamment dans les moments difficiles. Plus que jamais, l’AS Monaco, a besoin du soutien de son public pendant les play-offs.

 

L’agrandissement de la salle Gaston Médecin sera suffisant pour accueillir les spectateurs ?

N’oublions pas qu’il s’agit d’une salle omnisports, tout comme le stade Louis II est un stade omnisports. Certes, la capacité n’est que de 2 500 spectateurs environ, mais ayons conscience des efforts consentis par la Principauté de Monaco. Notamment en équipements de qualité, pour tous les sports sans exception, les grandes manifestations internationales, le sport amateur, le sport pour tous et le sport scolaire. Et bien sûr le sport professionnel, avec deux équipes professionnelles de première division sur 2 km2, dans un Etat de 38 500 habitants. Soyons convaincus que le gouvernement princier est conscient des besoins des différentes disciplines sportives, dont le basket-ball professionnel et amateur. Et faisons-lui confiance pour rechercher les meilleures solutions d’avenir.

(1) Cette interview a été réalisée mardi 17 mai, quelques heures avant le match retour des quarts de finale de play-off disputé par l’ASM Basket à Nanterre.
 

journalistRaphaël Brun