« Un cadre sera mieux défendu par un cadre »

Aymeric Brégoin
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Deux cadres de Carrefour Fontvieille, Cédrick Lanari et Hubert Dupont-Sonneville, ont lancé le Syndicat de l’encadrement du commerce de Monaco (SECM). Et rencontrent déjà un écho favorable auprès de plusieurs entreprises.

À peine lancé, et déjà victime de son succès. Publié au Journal de Monaco en décembre 2015, le Syndicat de l’encadrement du commerce (SECM) enregistre déjà de nombreuses « adhésions de cadres de plusieurs entreprises » de la Principauté. « Le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Nous sommes agréablement surpris. On ne s’attendait pas à être contactés, alors que nous n’avons pas commencé à démarcher », explique Cédrick Lanari, cofondateur et secrétaire général. Et pour cause : ce nouveau syndicat a été créé pour « répondre à un réel besoin en Principauté ». À ce jour, il n’existait aucun syndicat spécifiquement consacré aux cadres « présents dans les grandes enseignes de l’habillement, du luxe ou de la grande distribution » et agents de maîtrise en lien avec le commerce. Et « un cadre sera mieux défendu par un cadre », estime le secrétaire général. Déjà parce que ses problématiques et spécificités divergent de celles des employés. « L’encadrement a des responsabilités managériales et sociales auprès des équipes que n’ont pas les autres salariés », affirme Cédrick Lanari. Il met en exergue les objectifs donnés qui, parfois, se heurtent aux réalités humaines. « Le cadre est souvent entre une politique d’un groupe qu’il doit appliquer et des salariés en-dessous. Entre le marteau et l’enclume », résume-t-il. Loin des traditionnelles rivalités avec les salariés, le SECM se revendique « dans un rôle modéré et l’assume complètement », selon Hubert Dupont-Sonneville, le cofondateur chargé de communication.

 

Négociations

Les deux cadres de Carrefour Fontvieille l’assurent : « Nous avons une démarche réformiste afin d’accompagner le gouvernement et les institutions dans les grands projets de développement du commerce à Monaco, tout en garantissant les intérêts des salariés de l’encadrement du secteur par la négociation et le dialogue. » Une démarche qui semble trouver un écho positif auprès du département des Affaires sociales et de la Santé, ainsi que de l’inspection du travail, qui ont tout deux reçu les cofondateurs « avec une écoute attentive ». Bien que nouveau né, ce syndicat désire apporter sa pierre à l’édifice. « Nous voulons être un partenaire constructif pour les avancées des dossiers tout en garantissant un équilibre entre vie privée, vie associative et vie professionnelle », lancent les deux cofondateurs. Sur Monaco, les chantiers autour du commerce sont nombreux, et sa législation « particulière ». À titre d’exemple, il n’existe pas de négociations annuelles obligatoires (NAO), comme en France. C’est cette absence qui aurait engendré la grève des salariés de Carrefour (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 967), avant que la direction ne consente à des avancées. « Le SECM a entamé des négociations en tant que délégué syndical » en soumettant des propositions à la direction. Des propositions qui, selon les deux hommes, ne font que rétablir le retard que les cadres monégasques de l’enseigne de grande distribution ont sur les cadres français quant aux avantages.

 

Dimanche

« Notre volonté est de faire évoluer les choses, tout en conservant le dialogue social », confirme Hubert Dupont-Sonneville. Contribuer à l’expansion de l’entreprise, au développement de ses valeurs… Des objectifs souvent éloignés des revendications salariales. « On est forcément porteur d’un message d’entreprise. Pour nous, le client est important. Le commerce, c’est avant tout une passion. » Les deux hommes mentionnent notamment l’ouverture des commerces le dimanche. « Cela contribue à l’attractivité de la Principauté à tous les niveaux, même dans le luxe. » Une ouverture sur la base du volontariat et avec « une rémunération intéressante ». Avec près de 300 salariés, Carrefour ouvre déjà le dimanche en été avec un système de roulement et de volontariat. « Les limites autour de ce système sont à discuter dans chaque enseigne », estime Hubert Dupont-Sonneville. Autre chantier, la réécriture de la convention du commerce (lire par ailleurs). « Il y a des poches de progrès à réaliser. On est pour réformer dans le dialogue, poursuit Cédrick Lanari. Il faut participer à l’élan d’attractivité de la Principauté. Il faut accompagner, en défendant notre statut de cadre. »

 

« Pas représentatif » selon l’USM ?

Depuis sa création, ce syndicat est affilé à la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), qui leur a prodigué de précieux conseils. « Nous sommes pour le pluralisme syndical », expliquent les deux hommes, qui s’assurent « ouverts à toute discussion » avec l’Union des syndicats de Monaco (USM). « L’USM semble assez fermée », déplorent-ils. Conviés par l’inspection du travail à la table ronde autour de la réécriture de la convention du commerce — l’actuelle date de 1973 —, les premiers échanges semblent avoir été assez froids. Selon les deux cadres, l’USM juge que le dernier arrivé des syndicats ne serait « pas représentatif ». « Il faut être modéré, martèle Hubert Dupont-Sonneville. On ne peut pas avoir qu’une seule vision. »

journalistAymeric Brégoin