Culture Sélection de mai 2016

Raphaël Brun
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M

de Joseph Losey

Remake. Vingt ans après M le maudit (1931) de Fritz Lang, Joseph Losey signe ce remake devenu presque impossible à voir, tellement les copies étaient rares. Cette sortie blu-ray dans une version restaurée répare ce manque. Sidonis a soigné cette remasterisation qui nous plonge dans le Los Angeles des années 50. Un assassin d’enfants terrorise toute la ville. La police est en effervescence, ce qui gène la mafia locale qui décide de traquer ce tueur. Ce très bon film noir n’a pas pris une ride. La dimension politique et sociale de cette œuvre et la qualité des acteurs sont remarquables. Ne pas rater non plus les commentaires de Bertrand Tavernier, François Guérif et Michel Ciment, tous passionnants.

M de Joseph Losey, avec David Wayne, Howard Da Silva, Martin Gabel (Etats-Unis, 1951, 1h28), 16,99 euros, 19,99 euros (blu-ray).

 

My-Skinny-Sister

My Skinny Sister

de Sanna Lenken

Secret. Katja est enviée par sa sœur, Stella. Il faut dire que Stella a des kilos en trop et n’aime pas vraiment le sport. Sauf que le physique de Katja cache un secret qui va changer la relation qu’entretiennent ces deux sœurs. Pour son premier film, la jeune réalisatrice suédoise Sarra Lenken ne cherche pas à moraliser ou à expliquer. Elle filme avec pudeur et humour Stella qui essaie de comprendre et de se rapprocher de sa sœur, alors que les parents sont quasiment absents. Les deux actrices qui incarnent Stella et Katja sont formidables de finesse et d’intelligence.

My Skinner Sister de Sarra Lenken, avec Rebecka Josephson, Amy Deasismont, Annika Hallin (SUE-ALL, 2015, 1h35), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray).

 

Bang-Gang

Bang Gang (une histoire d’amour moderne)

d’Eva Husson

Moderne. A Biarritz, George, 16 ans, est amoureuse d’Alex, qui accumule les conquêtes féminines. Alors, pour le séduire, elle imagine un jeu dans lesquels son groupe d’amis va jouer avec la sexualité, en cherchant à aller toujours plus loin. Le regard porté par Eva Husson sur cette jeunesse est cru. Comme Sanna Lenken avec My Skinny Sister (voir notre chronique sur cette page), pour son premier long métrage, Eva Husson ne juge pas. Elle met en scène « une histoire d’amour moderne », hyper connectée aux réseaux sociaux. Pour le reste, on pense bien sûr à Sofia Coppola, Gus Van Sant ou Larry Clark. Et ce n’est pas rien.

Bang Gang (une histoire d’amour moderne) d’Eva Husson, avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom (FRA, 2016, 1h38), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 17 mai.

 

Le-Garcon-et-la-Bete

Le Garçon et la Bête

de Mamoru Hosoda

Kung-fu. Le réalisateur japonais Mamoru Hosoda s’est imposé grâce à des succès comme La Traversée du Temps (2006), Summer Wars (2009) ou Les Enfants Loups (2012). Cette fois, il nous raconte l’histoire de Ren, 9 ans, qui s’enfuit après la mort de sa mère et rejoint Jutengai, un territoire situé en dehors du monde des humains. Là, il devient le disciple de Kumatetsu, une sorte d’ours guerrier qui vise le titre de meilleur combattant du royaume. Ren prend le nom de Kyuta et apprend le bushido, la voie du guerrier. Ce récit initiatique reprend avec bonheur les codes du cinéma de kung-fu. On suit avec plaisir l’évolution de la relation entre Kumatetsu et Kyuta. Et on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Le Garçon et la Bête de Mamoru Hosoda, avec Koji Yakusho, Aoi Miyazaki et Shôta Sometani, 14,99 euros (DVD), 15 euros (blu-ray). Sortie le 27 mai.

 

Sex-and-the-series

Sex and the series

d’Iris Brey

Femmes. L’évolution de la sexualité féminine dans les séries télé américaines. C’est le thème de l’essai publié par l’universitaire et critique franco-américain, Iris Brey. Un sujet neuf pour lequel la matière est vaste, avec des séries comme Girls bien sûr, mais aussi Buffy contre les vampires, Masters of Sex, Homeland ou Game of Thrones. Sex and the Series dresse un passionnant état des lieux sur la façon dont ces séries traitent la sexualité féminine. Et montre que la modernisation et le développement des séries télé sont aussi liés à la façon dont sont mises en scènes les sexualités des femmes. Iris Brey décrypte ce lien avec finesse et intelligence.

Sex and the Series d’Iris Brey (Soap éditions), 240 pages, 18,90 euros.

 

Money-Shot

Money Shot

de Christa Faust

Porno. Christa Faust est née à New York. Pendant une dizaine d’années, elle a travaillé dans l’industrie du porno, et même dans des peep-shows de Times Square, raconte le dossier de presse qui accompagne la sortie de ce livre. Dans Money Shot, il est donc question du parcours de Gina Moretti qui tourne des films X sous le pseudo d’Angel Dare. Après avoir quitté cet univers, elle décide de replonger. Juste une fois. Comme le veulent les codes du roman noir, ce retour est bien sûr une erreur qui va entraîner cette jeune femme dans un déferlement de violence.

Money Shot de Christa Faust (Gallmeister, collection Néo Noir), 320 pages, 18,20 euros. Sortie le 2 juin.

 

La-Zone

La Zone

de Markiyan Kamysh

Ambiance. Le 26 avril 1986, la plus grave catastrophe nucléaire du XXème siècle frappait Tchernobyl. Markiyan Kamysh est issu d’une famille chargée de nettoyer ce site. Dès 2010, il commence à se rendre sur place. Au total, il y passe 200 jours et parcourt 7 000 kilomètres dans cette zone contaminée. Pour ne rien oublier, Markiyan Kamysh prend des notes. Il raconte son ressenti bien sûr, mais aussi les rencontres avec des patrouilles ou des métallos biélorusses. Ou les gens venus pour boire de l’alcool ou se droguer tranquillement. Les photos sont superbes et parviennent à capter l’ambiance très particulière qui règne encore là-bas, 30 ans après ce drame.

La Zone de Markiyan Kamysh, traduit de l’ukrainien par Natalya Ivanishko (Arthaud), 192 pages, 16 euros.

 

Fight-Club-2

Fight Club 2

de Chuck Palahniuk et Cameron Stewart

Idéologies. Il fallait oser proposer une suite à Fight Club (1996). Chuck Palahniuk l’a fait. Mais 20 ans après, ce n’est plus sous forme de roman, mais de BD que reviennent Marla et Sebastian. Ce qui rend toute comparaison impossible. Dix ans après, ils sont mariés mais sont des parents absents. Sebastian soigne sa schizophrénie à coup de pilules. Marla participe à des groupes de parole et cherche à réveiller Tyler Durden pour tromper l’ennui d’une petite vie, trop bien rangée. Précis, le trait de l’illustrateur canadien Cameron Stewart, déjà vu chez DC Comics pour des séries sur Batman et Catwoman, sert la révolte de Palahniuk face à une société où règnent vacuité, ennui et idéologies plus ou moins avouables.

Fight Club 2 de Chuck Palahniuk et Cameron Stewart (Super 8 éditions), 264 pages, 20 euros (édition papier), 12,99 euros (édition numérique).

 

Le-Club-des-Chats

Le Club des Chats

de Yoon-sun Park

Félins. La Coréenne Yoon-sun Park est de retour. Après L’Aventure de l’homme-chien (2013) et Le Jardin de Mimi (2014), elle a décidé de traiter un sujet qu’elle connait de près : les chats. Installée à Angoulême, elle vit avec trois chats, Plume, Choupi et Spirou. Du coup, c’est une BD sans doute en partie inspirée par son observation de ces félins que nous propose Yoon-sun Park. On retrouve à peu près tous les travers des chats, résumés en 96 pages : joueurs, égoïstes, farceurs et forcément très attachants. Au même titre que cette BD.

Le Club des Chats de Yoon-sun Park, (Misma), 96 pages, 18 euros.

 

A-New-Place-2-Drown

A New Place 2 Drown

Archy Marshall

Triptyque. Douze titres pour A New Place 2 Drown, mais aussi un court métrage signé Will Robson Scott et un livre de 208 pages avec des poèmes, des collages et des dessins. Autant dire que le nouveau projet du Londonien Archy Marshall est bien plus que de la musique. Ce triptyque réalisé avec son frère aîné Jack oscille entre électro et hip-hop, avec une rythmique lancinante et une ambiance parfois très soul. Ou très sombre, notamment sur The Sea Liner Mk 1. Qu’il travaille sous le nom de Zoo Kid, d’Edgar the Beatmaker ou de King Krule, Archy Marshall étonne par sa maturité. Il n’a que 21 ans.

A New Place 2 Drown, Archy Marshall (True Panther Sounds/XL Recordings), 9 euros (iTunes/Spotify/Google Play/Apple Music).

 

Yoyogi-Park

Yoyogi Park

Lawrence

Trilogie. Après Until Then, Goodbye (2009) et A Day in the Life (2014), le DJ originaire de Hambourg, Peter M. Kersten, termine sa trilogie avec Yoyogi Park. Toujours publié chez le label japonais Mule Musiq, cet album est construit autour de rythmes beaucoup plus variés que dans les deux premiers opus. Le désir d’entraîner l’auditeur vers le dancefloor est clair. L’entêtant Marble Star offre ainsi près de 8 minutes de bonheur quasi extatique. La pochette de l’album est signée par l’artiste allemand Stefan Marx. Et c’est très beau.

Yoyogi Park, Lawrence (Mule Musiq/Kompakt), 14,90 euros (CD), 16,90 euros (vinyle, deux volumes).

 

The-Ship

The Ship

Brian Eno

Expérience. « Sur le plan musical, je voulais faire un disque de chansons qui ne reposent pas sur les bases habituelles d’une structure rythmique et d’une suite d’accords, mais qui permettent aux voix d’exister dans leur propre espace et leur propre temps. » C’est ce qu’a révélé Brian Eno sur son site internet, avant la sortie de The Ship, le 29 avril. Inspiré par la guerre 14-18 et le naufrage du Titanic en 1912, cet album succède à Lux, paru en 2012. Connu notamment pour son travail avec David Bowie, Roxy Music ou U2, Brian Eno signe à 67 ans un album atmosphérique de haut vol. Sa voix travaillée à l’extrême, est diluée dans des nappes synthétiques et des rythmiques électroniques qui font de The Ship une véritable expérience sonore.

The Ship, Brian Eno (Warp), 13,99 euros (CD), 15,99 euros (édition collector limitée), 23,90 euros (vinyle, deux volumes).

 

journalistRaphaël Brun