Conseil national
Christophe Steiner président

Raphaël Brun
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C’est historique. Pour la première fois, un président du Conseil national n’a pas été réélu par les 23 autres élus de cette assemblée. Christophe Steiner a remplacé Laurent Nouvion et compte bien imposer sa patte jusqu’en 2018. Retour sur une soirée pas comme les autres. Par Raphaël Brun

 

Plus d’une semaine après, que reste-t-il de l’élection mouvementée de Christophe Steiner à la présidence du Conseil national ? Il reste d’abord les chiffres, bien sûr. Deux tours ont été nécessaires pour qu’un vainqueur soit proclamé. Christophe Steiner a obtenu 12 voix et Laurent Nouvion 8. Quatre élus ont voté blanc. Au second tour, une majorité relative suffisait pour gagner. Et cette fois, Steiner s’est maintenu à 12 voix, Nouvion a obtenu 9 suffrages et 3 bulletins blancs ont été décomptés. Suffisant pour prendre le fauteuil de président du Conseil national à un Laurent Nouvion visiblement affecté, mais très combatif, tout au long de cette séance publique du 27 avril, qui s’est terminée un peu avant 22 heures.

 

« Victimisation »

Il restera aussi de cette séance la trace d’un moment historique. Puisque c’est la première fois qu’un président du Conseil national n’est pas réélu pendant une mandature. « Vous l’aurez constaté, cette journée est riche de changements et de nouveautés, a d’ailleurs commenté le ministre d’Etat, Serge Telle. Un nouveau ministre d’Etat s’adresse pour la première fois, publiquement devant le Conseil national à son nouveau président. » Avant de procéder à ce vote qui a mis un terme à des mois de querelles, huit élus se sont succédé pendant une cinquantaine de minutes pour s’exprimer sur cette élection. « Un bon leader de campagne ne fait pas forcément un bon président de Conseil national, a estimé l’élu Horizon Monaco (HM) Jean-Charles Allavena, chronologiquement le premier élu de la majorité HM à avoir remis en cause Laurent Nouvion. Dans nos rangs, personne ne voulait cette place de président. Chez nous, il n’y a pas d’Iznogoud. D’ailleurs, il a fallu des mois avant de trouver un candidat. » Puis, s’adressant à Laurent Nouvion : « Tous les élus sont allés vous voir. Mais vous n’avez pas voulu entendre. Victimisation, injustice et complot ont été votre seule défense. » Autre élu HM à prendre la parole, Marc Burini, qui a estimé que le président du Conseil national « tient sa légitimité de ses pairs. Une fois élu, il doit donc se mettre au service de toute l’assemblée. » Un seul élu a pris la parole pour défendre le président sortant. « Je suis déçu que la dynamique soit brisée, a ainsi regretté l’élu HM Claude Boisson. Ce n’était ni le moment, ni la manière […]. Tout ça est incorrect, moche et déloyal. »

Et puis, Laurent Nouvion a finalement accepté de s’exprimer avant Christophe Steiner. Un discours de quelques minutes seulement, pas langue de bois du tout. Et très musclé, forcément. S’adressant aux élus HM, il a lancé : « Certains m’ont trahi. Ma personne est pourtant de bien peu d’importance. Mais en me trahissant, vous avez trahi la confiance que les Monégasques nous ont accordée massivement en février 2013 […]. Votre projet c’est d’être contre moi ! Votre ambition c’est de vous placer vous-même. Mais cela constitue tout sauf un programme politique crédible. » Avant d’ajouter : « Jamais le Conseil national n’aura été autant déshonoré. » Puis, se tournant vers Christophe Steiner : « Je te souhaite du courage et beaucoup de cynisme pour expliquer aux Monégasques que tu fais cela pour l’intérêt général et pour débarrasser le Conseil national d’une sorte de tyran que je serais devenu. »

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Laurent Nouvion © Photo EdWrightImages

« Confiance »

Christophe Steiner a ensuite pris la parole. L’occasion pour le vice-président HM du Conseil national de rappeler que « nous ne sommes pas en campagne électorale » et que son « engagement politique remonte à 20 ans, dont bientôt 15 passés au service de cette institution ». Sur un ton très calme, il est ensuite brièvement revenu sur ce qui l’a conduit à présenter sa candidature à la présidence du Conseil national : « Si on dissimule des éléments à des conseillers nationaux, démocratiquement élus, qu’ils soient de votre liste ou pas, alors on viole l’intérêt général. Et surtout, on ne respecte pas les électeurs. Au fil du temps, j’ai acquis l’intime conviction que ces fonctions essentielles au bon fonctionnement démocratique de notre institution ne sont plus appliquées comme elles devraient l’être. Voilà pourquoi j’ai décidé de prendre mes responsabilités et de me présenter à cette élection. » Tout en expliquant qu’il avait refusé de prendre ses distances et de rester à sa place sans rien faire jusqu’à la fin de son mandat en 2018, Steiner dit avoir refusé la posture du « ni responsable, ni coupable ». Et il a donc décidé d’agir : « La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite et s’entretient. Or, c’est cette confiance exprimée par les conseillers nationaux qui légitime l’élection du président du Conseil national. » Après trois ans d’exercice, il n’y a donc plus de confiance. « Il ne reste que la déception, qui, comme disait François Mauriac (1885-1970), est un sentiment qui ne déçoit jamais. C’est pour ne pas décevoir que je vous propose de m’aider à rétablir ce qui peut et doit l’être. » Quelques minutes plus tard, après deux tours de vote, Christophe Steiner a, sans grande surprise, été proclamé nouveau président du Conseil national. Dans les minutes qui ont suivi, la page Facebook de Laurent Nouvion publiait un communiqué dans lequel il estimait que le « résultat de cette recomposition c’est la politique du pire et la pire des politiques. Le Conseil national sera ingouvernable, et les électeurs qui nous avaient fait confiance sont trahis. L’attrait du pouvoir à l’approche des élections permet donc tout ! »

 

Riposte

Alors quelle est la situation aujourd’hui ? L’ex-majorité HM est désormais coupée en deux, avec 8 élus pro-Steiner d’un côté et 8 élus pro-Nouvion. Mais pas sûr que Christophe Steiner insiste beaucoup pour conserver son étiquette HM. Car le nouveau président du Conseil national se présente désormais davantage comme le patron d’une union nationale pour sauver cette institution du naufrage. Steiner fait aujourd’hui le lien entre la majorité HM sortie des urnes et l’opposition Union Monégasque (UM), appuyée par l’élu Renaissance Eric Elena.

Pour sa part, Laurent Nouvion est très clairement entré dans une logique de combat. Il a d’ailleurs promis à plusieurs reprises qu’il « ne lâcherait pas » et qu’il continuerait donc à siéger jusqu’à la fin de son mandat, en 2018. La grande inconnue, c’est de savoir si les 8 élus qui l’ont soutenu le 27 avril continueront à le faire dans les semaines et les mois à venir. Ou si l’idée d’union nationale portée par Christophe Steiner va finir par tout emporter sur son passage.

La réaction de Laurent Nouvion ne s’est pas faite attendre. Dès le lendemain, il a organisé une conférence de presse pour organiser la riposte (voir notre article par ailleurs). A ses côtés, Béatrice Fresko-Rolfo, Jacques Rit, Christian Barilaro, Alain Ficini, Claude Boisson. Mais il a assuré avoir aussi le soutien de Pierre Svara et de Sophie Lavagna, qui eux, étaient absents. « Avec mes amis fidèles, nous venons d’annoncer la création d’un groupe Horizon Monaco au Conseil national, a annoncé Laurent Nouvion le 28 avril, lors d’une conférence de presse. Elu avec les voix de la minorité, qui peut croire que le nouveau président du Conseil national n’a pas fait de promesses en contrepartie ? » Et pour faire taire toute remarque sur le fond, Laurent Nouvion a avancé un argument poids lourd : « Juridiquement, le nom Horizon Monaco m’appartient jusqu’en 2028. »

 

« Opinions »

En face, on nie, en expliquant qu’aucune compromission n’est à l’origine de ce vote qui a éjecté Nouvion de son fauteuil de président. Et que les motifs de désaccord restent réels entre les soutiens de Christophe Steiner et UM. Le plus profond des désaccords étant sans doute celui sur l’amendement budgétaire. « Nous pensons que Christophe Steiner fera un meilleur travail, d’une manière plus apolitique, respectant les opinions de chacun, même s’il ne les partage pas. L’amendement budgétaire, que nous soutenons, est un bon exemple. On peut être en sa faveur ou pas. Mais est-il vraiment nécessaire et constructif de traiter ceux qui le soutiennent comme de dangereux parlementaristes qui veulent la chute de Monaco ? Ce n’est pas notre vision de la politique et du rôle que doit jouer le Conseil national et son président », a expliqué Bernard Pasquier, lors de la séance publique du 27 avril. Une certitude, la refondation de ce groupe HM resserré vise à souder les soutiens de Nouvion autour de lui, comme il l’a promis dès le 27 avril au soir, en s’adressant aux élus qui s’opposent à lui : « Les élus qui me soutiennent sans réserve resteront sourds à vos appels et à vos manœuvres dès ce soir et dans les jours qui viennent pour tenter, après m’avoir humilié, de vouloir m’isoler. » Dans les heures qui ont suivi l’annonce par Nouvion du lancement de son groupe HM, la page Facebook de Rassemblement & Enjeux (R&E) indiquait que ce groupe politique apportait un soutien « sans réserve » au « nouveau groupe parlementaire constitué autour de Laurent Nouvion ». Fidélisation des élus qui le soutiennent dans une structure, discours musclé, appui de R&E… La riposte est donc lancée par l’ex-patron du Conseil national, bien décidé à ne pas se laisser faire.

 

Echéances

En tout cas, la nouvelle majorité à la tête du Conseil national va très rapidement devoir se mettre au travail et démontrer son efficacité. Elle peut d’ores et déjà espérer élargir sa base en travaillant sur les futurs dossiers. Il faut dire que les échéances à venir sont particulièrement importantes. Le ministre d’Etat Serge Telle a d’ailleurs passé en revue le 27 avril les projets de loi du moment : sécurité nationale et lutte contre la criminalité technologique, télétravail, modernisation du droit économique, préservation du patrimoine national, code de l’environnement et réforme du statut des fonctionnaires de l’Etat. « Je pense aussi à l’accord d’association avec l’Union européenne (UE) et au projet d’extension en mer, sur lequel l’assemblée sera appelée à se prononcer prochainement au travers d’une loi de désaffectation », a ajouté Serge Telle. Il faudra pour cela parvenir à effacer les divisions entre les élus pour se recentrer sur l’essentiel : l’avenir de Monaco.

 

Prêt étudiant : c’est voté

La séance publique du 27 avril a quasiment été tendue de bout en bout. Le choix des membres des 10 commissions a d’ailleurs aussi été particulièrement mouvementé. On a d’abord voté à main levée, puis à bulletin secret. On s’est interrogé sur qui représentait désormais l’opposition. On a assisté à des erreurs de comptage. Et puis, autour de 22 heures, les élus ont voté à l’unanimité, et dans le calme cette fois, un projet de loi qui autorise la mise en place d’une aide financière pour aider les étudiants à accéder à l’emprunt bancaire. « L’Etat prendra en charge les intérêts de ces prêts », a expliqué le rapporteur HM de ce texte, Christian Barilaro, en souhaitant que ce nouveau dispositif facilite l’inscription d’étudiants monégasques dans des universités à l’étranger. R.B.

« Pour faire la paix, il faut avoir la sagesse de l’accepter »

Le nouveau président du Conseil national, Christophe Steiner, explique à Monaco Hebdo comment et avec qui il va travailler jusqu’en 2018. Propos recueillis par Raphaël Brun

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Que retenez-vous de la séance publique du 27 avril ?

Si vous voulez faire référence aux rapports des forces en présence, il nous faut considérer l’ensemble. L’élection du 27 avril, il me faut encore une fois le rappeler, est prévue par notre constitution. C’est celle du président du Conseil national et de son vice-président. Elle concerne donc avant tout le renouvellement du bureau du Conseil national, soit l’organe décisionnel de la haute assemblée. C’est une équipe qui a été élue. C’est une équipe qui travaillera de façon collégiale avec le bureau.

 

Il n’y a donc pas eu de véritable surprise ?

Nous nous attendions à ce type de résultat. Et le score sans appel de Marc Burini à la vice-présidence vient conforter la légitimité politique de cette élection. Nous ne pourrons tirer les enseignements qu’à terme, car notre volonté, comme je l’ai dit dans mon discours d’investiture, est de proposer la paix à tous les élus afin de pouvoir se concentrer sereinement sur l’avenir et le travail important pour lequel les Monégasques nous ont accordé leur confiance en 2013. Or, pour faire la paix, il faut avoir la sagesse de l’accepter.

 

Qui sont les grands vainqueurs de cette soirée ?

Les Monégasques et l’institution. Et au-delà, le respect de la légalité et de notre loi suprême, la constitution. Preuve en est qu’elle s’applique à tous les Monégasques, comme les lois, en leur garantissant par des textes votés et promulgués, des droits et des devoirs, ainsi que la protection d’un Etat de droit. Je tiens au respect de la légalité.

 

Qu’est-ce que tout cela change pour les deux années de mandat restantes ?

La méthode de gouvernance de la haute assemblée qui passera désormais par une diffusion de l’information indispensable aux conseillers nationaux, pour leur permettre de se prononcer en toute connaissance sur les textes soumis à leur examen. Chacun a le droit au respect de son temps et de son travail !

 

Comment allez-vous travailler désormais ?

Notre première responsabilité est d’examiner d’une manière positive les textes essentiels à l’évolution de notre pays. Ce n’est pas pour autant que nous allons dire amen à tout sans mener une réflexion profonde de tous projets de loi. Il s’agit maintenant d’avancer sur l’important retard législatif et cesser d’en rejeter l’entière culpabilité sur le gouvernement.

 

Quel type de relation allez-vous entretenir avec Laurent Nouvion et les 7 élus qui continuent de le soutenir ?

Les relations qu’ils voudront bien avoir.

 

Ne craignez-vous pas que ces 8 élus entrent dans une véritable guérilla contre vous et que rien de constructif ne ressorte de tout ça ?

Vous voulez parler de guerre asymétrique ? Soyons sérieux, pensez-vous qu’ils ne voteront pas les textes d’importance uniquement par déception ? Ce serait assez puéril. Et ils démontreraient peu de responsabilité envers le pays.

 

Parler de majorité Horizon Monaco a encore du sens pour vous ?

Cela en avait, jusqu’à ce que j’apprenne dans une conférence de presse récente que la marque « Horizon Monaco » serait la propriété d’un seul homme. Si c’était avéré, alors HM ne serait plus qu’un produit marketing, dont le seul but est de préparer les élections de 2018. C’est dommage, alors qu’il y a encore tant à faire !

 

Les 8 élus qui vous ont suivi peuvent encore se revendiquer de la majorité HM ?

Dans la mesure où c’est devenu une marque déposée, cela me semble difficile. Nous avions été élus sur un programme d’idées où chacun des 20 élus de la liste HM avait apporté sa contribution. Or, Dieu merci, les idées ne peuvent être brevetées.

 

Désormais qui est la véritable opposition ?

Reconnaître qu’il y ait une opposition serait reconnaître l’appartenance à des partis, or les seuls partis que je vois ce sont des partis pris ! Et les seules oppositions que je ressens ne sont que des oppositions de personne. C’est dommage ! Nous, nous nous opposions, et nous ne le dirons jamais assez, à une méthode de gouvernance !

 

Quel sera votre objectif jusqu’en 2018 ?

Je souhaite rassembler autour d’idées pour finir au mieux le programme pour lequel nous avions été élus, tout en respectant les idées de la minorité issue des urnes. Ce qui ne veut pas dire être forcement d’accord et ce qui n’exclut pas la discussion.

 

« Je reprend ma totale liberté de parole »

Au lendemain de son éviction du poste de président du Conseil national, Laurent Nouvion a annoncé la création de son groupe Horizon Monaco et part à l’offensive avec les sept élus qui le soutiennent encore. Par Anne-Sophie Fontanet

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Laurent Nouvion © Photo EdWrightImages

C’est un nouveau visage pour Horizon Monaco (HM) au Conseil national. Un jour après l’élection de Christophe Steiner à la présidence de la haute assemblée, sept élus ont rejoint le groupe HM de Laurent Nouvion. « Nous constituons ce groupe conformément à la loi d’organisation et au règlement intérieur votés mercredi soir dont nous attendons confirmation par le tribunal suprême », a lancé en préambule un Laurent Nouvion étonnamment calme. A ses côtés, Béatrice Fresko-Rolfo, Jacques Rit, Christian Barilaro, Alain Ficini et Claude Boisson (Sophie Lavagna et Pierre Svara étaient excusés) font front. « Je suis le leader de HM. Personne ne peut me l’enlever, et juridiquement parlant il m’appartient. C’est une marque déposée jusqu’en 2028 », a indiqué l’ancien président. Nouveau statut et nouvelle position publique : « Aujourd’hui libéré de cette fonction, je reprends ma totale et complète liberté de parole dans tous les domaines. »

 

« Ingérable »

La séance tendue qui a ouvert les sessions législatives de printemps a immédiatement donné le tempo quant aux 20 mois de mandat restants pour cette majorité HM explosée. « Il y avait quatre présidents du Conseil national présents en même temps dans l’hémicycle, le dernier étant Laurent Nouvion. Je pense qu’il méritait un peu de respect par rapport à ce qu’il a donné pendant trois ans à cette institution. Il n’a pas sali les Monégasques », a jugé Christian Barilaro. Une séance importante qui a redistribué les cartes dans l’hémicycle. Si la nouvelle alliance serait « malsaine et ingérable » selon Claude Boisson, elle positionne le groupe HM dans une nouvelle logique. « Nous sommes pratiquement les migrants de l’opposition qui submergent complètement l’opposition “canal historique” », a ironisé Jacques Rit. Sur le plan comptable, Laurent Nouvion se plaît à rappeler que Christophe Steiner a été élu avec « seulement huit voix de son propre camp (1) », ce qui le placerait comme le « président le plus mal élu de l’histoire du Conseil national. Et avec des voix de la minorité en plus (2) ».

 

Commission

Deuxième conséquence directe, le nouveau HM a annoncé qu’il ne présenterait aucun candidat pour les différentes présidences de commission. « Par souci de cohérence, il est hors de question de quémander quoi que ce soit. Hors de question de faire du marchandage qui ne serait même pas une volonté sincère de nous donner quelque chose, mais juste parce qu’ils seraient obligé de multiplier les présidences », a expliqué Christian Barilaro. « C’est bien gentil d’attaquer la stratégie, la façon de travailler… On va bien voir de quoi ils sont capables avec une majorité bancale, un attelage majoritaire sous tutelle, a lancé Laurent Nouvion. Comme nous sommes cohérents, nous ne nous présenterons à aucune présidence de commission parce que nous avons été écartés de toutes les commissions mixtes importantes d’une façon scandaleuse. Quand on veut les responsabilités par tous les moyens, il faut assumer. »

Pour autant, tous les élus Horizon Monaco disent poursuivre leur travail « dans le sens de l’intérêt général ». « Nous sommes élus, redevables par rapport aux gens qui nous ont fait confiance et nous continuons à faire notre travail », a assuré par exemple Béatrice Fresko-Rolfo. Même principe pour Christian Barilaro : « La politique de la chaise vide, on ne la fera jamais. » Mais plus de cadeau non plus. « Jusqu’à hier soir, j’ai couvert les 20 élus de HM y compris sur les bêtises, les dysfonctionnements, les manquements qui étaient les leurs. Aujourd’hui c’est fini. Il va falloir que chacun s’assume », a renchéri Nouvion.

 

Disponibilité ?

Enfin dernier gros sujet de discorde : le statut professionnel du nouveau président élu Christophe Steiner. Depuis mars 2005, ce dernier est chargé de mission auprès de la Commission de Contrôle des Activités Financières (CCAF). Pour le nouveau HM, le problème est institutionnel. « Le président Steiner est un fonctionnaire de l’administration qui, de par son statut, est sous l’autorité du ministre d’Etat. Je pense qu’on affaiblit le Conseil national car il est en confrontation avec le gouvernement. Est-ce qu’il ne devrait pas se mettre en disponibilité de l’administration ? », s’est demandé Alain Ficini. En s’appuyant sur la séparation des pouvoirs, « une des bases de nos institutions », Jacques Rit a enfoncé le clou : « On aurait réellement un président qui serait le dépendant hiérarchique d’un ministre d’Etat. » Une position qui, compte-tenu des « discussions parfois assez dures » entre gouvernement et Conseil national, se révèlerait « illogique » pour ce conseiller national. « On va avoir un président du Conseil national fonctionnaire qui va attaquer son propre employeur », a estimé Ficini. Le ton est donné. Et les prochaines semaines dans l’hémicycle s’annoncent tendues.

 

(1) Christophe Steiner, Marc Burini, Thierry Poyet, Jean-Charles Allavena, Jean-Michel Cucchi, Nathalie Amoratti-Blanc, Thierry Crovetto et Christophe Robino.
(2) Bernard Pasquier, Jean-François Robillon et Jean-Louis Grinda pour Union Monégasque (UM). Et Eric Elena pour Renaissance.

 

« Un nouveau départ »

Les élus Union monégasque ont voté Steiner. Leur objectif : remettre le Conseil national au travail. Propos recueillis par Raphaël Brun

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Bernard Pasquier (au premier plan), Jean-François Robillon et Jean-Louis Grinda.© Photo EdWrightImages

Quels enseignements retirez-vous de la séance publique du 27 avril ?

Le premier enseignement, c’est que la majorité Horizon Monaco (HM) élue de justesse en 2013 n’était qu’un racolage d’individualités sans grand chose en commun. Qu’ils n’aient pas été en mesure de travailler ensemble n’est donc pas vraiment surprenant. Nous avions d’ailleurs pressenti une telle issue dès la campagne électorale.

 

D’autres enseignements ?

Le deuxième enseignement, c’est que le système institutionnel monégasque est bien équilibré. Et que, contrairement à ce que disent certains, nous sommes une démocratie dans laquelle le président du Conseil national est élu par l’ensemble des conseillers nationaux. Le troisième enseignement, c’est que le mépris, la posture et l’absence de travail ne permettent pas de diriger le Conseil national.

 

Qui sont les grands vainqueurs de cette soirée ?

Il n’y a pas vraiment de grand vainqueur. La démocratie et le bon sens sont sortis renforcés de cette soirée. Quand quelque chose ne marche manifestement pas, il faut changer pour essayer d’améliorer les choses. Ne pas le faire serait coupable. C’est aussi simple que cela.

 

Concrètement, qu’est-ce que cela change pour les deux années de mandat restantes ?

C’est un nouveau départ. En qui concerne les élus UM, nous espérons simplement être traités avec un peu plus de respect. Et nous espérons aussi, bien sûr, recevoir des échos plus sympathiques aux idées que nous défendons. Il faut se remettre au travail, car le retard législatif est préoccupant. Une seule loi a été votée cette année.

 

Quel type de relation allez-vous entretenir avec le nouveau président, Christophe Steiner ?

Nous osons espérer que ces relations seront constructives, comme nous avions espéré qu’elles soient constructives après l’élection de Laurent Nouvion. L’avenir nous dira ce qu’il en est. Nous attendons du président Steiner une reprise en main du Conseil national, une remise au travail et une remotivation des fonctionnaires.

 

Qu’est-ce qui change pour UM aujourd’hui ?

Nous sommes la minorité issue des urnes, sur notre programme et nos idées, et nous le restons. Avec près de 40 % des suffrages, nous avons obtenu trois sièges. La majorité, y compris la partie représentée par Laurent Nouvion, a obtenu 20 sièges pour 50 % des voix. Chaque élu UM représente 6 fois plus de suffrages que chaque élu de HM. Laurent Nouvion nous a répété pendant trois années que nous avions perdu les élections de 2013. Or, il ne nous semble pas que ce fait ait changé parce que nous avons soutenu Christophe Steiner pour sa récente élection. Si les élus du groupe Nouvion ne se reconnaissent plus dans cette majorité, ils doivent démissionner et se représenter en face des électeurs pour regagner leur légitimité. Ce serait la moindre des choses.

 

Le Conseil national a véritablement les moyens de travailler correctement jusqu’en 2018 ?

Votre question implique que le Conseil national a travaillé correctement depuis 2013, ce qui n’est certainement pas le cas. D’où l’élection d’un nouveau président pour essayer de corriger les choses. La décision des perdants de ne pas renouveler leurs mandats de présidents de commissions montre bien qu’ils ne sont pas intéressés par le travail et l’avenir de Monaco, mais qu’ils sont seulement dans la posture. Si Laurent Nouvion refuse de travailler pendant les deux ans à venir et s’il arrive à convaincre ses soutiens à faire de même, c’est contre les Monégasques qui l’ont élu qu’il se mettra en opposition.

 

Quelles sont les prochaines échéances les plus importantes ?

La loi sur la sécurité nationale, l’extension en mer, la problématique de l’usine d’incinération et le budget primitif 2017.

 

« La majorité HM n’existe plus »

L’Elu Renaissance, Eric Elena, explique à Monaco Hebdo ce qu’il attend du nouveau président du Conseil national, Christophe Steiner. Propos recueillis par Raphaël Brun

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Quels enseignements retirez-vous de la séance publique du 27 avril ?

Les Monégasques ont assisté à un divorce douloureux. Le paradoxe, c’est que méprisée par Laurent Nouvion depuis 3 ans, la minorité a eu un rôle déterminant dans le résultat final.

 

Qui sont les grands vainqueurs de cette soirée ?

Les Monégasques, qui vont enfin avoir droit à moins d’opacité et plus de transparence.

 

Qu’est-ce que cela change pour les deux années de mandat restantes ?

J’espère que Christophe Steiner sera le président de tous les conseillers nationaux et pas seulement ceux de son groupe.

 

Quel type de relation allez-vous entretenir désormais avec le nouveau président, Christophe Steiner ?

Des relations normales que doit avoir un élu avec son président. Renaissance fait confiance au nouveau président Christophe Steiner.

 

Est-ce que parler de majorité Horizon Monaco (HM) a encore du sens pour vous ?

La majorité HM n’existe plus. Cette situation est surtout due à une loi électorale qui est inadaptée (1).

 

Comment Renaissance va travailler désormais ?

Nous ne sommes pas là pour départager Steiner ou Nouvion. Mais pour prendre des décisions, voter et faire des propositions dans le seul intérêt des Monégasques.

 

Est-ce que le Conseil national a véritablement les moyens de travailler correctement jusqu’en 2018 ?

Oui. Si la notion de respect et le dialogue réapparaissent, le Conseil national va vite retrouver sa place.

 

Quelles sont les échéances les plus importantes ?

L’extension en mer et les discussions avec l’Union européenne (UE). Comme beaucoup de Monégasques, Renaissance est en attente que la proposition de loi sur le travail de nuit soit étudiée rapidement.

 

(1) Lire l’interview d’Eric Elena publiée dans Monaco Hebdo n° 964.

 

 

journalistRaphaël Brun