« Un diagnostic de cancer n’est plus un diagnostic de mort »

Anne-Sophie Fontanet
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Invitée par le club de la presse le 4 février, Françoise Meunier, cancérologue et ex-directrice générale de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer (EORTC), a fait le point sur les connaissances autour de cette maladie (1).

 

C’est une Européenne convaincue qui a œuvré depuis Bruxelles à la connaissance approfondie de tous les cancers. Pendant 25 ans, cette baronne belge a dirigé l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer (en anglais European Organisation for Research and Treatment of Cancer, EORTC). Il s’agit d’une organisation non gouvernementale dotée de 20 millions d’euros de budget et qui emploie 200 personnes. Les fonds proviennent de mécénat et de dons levés lors d’événements caritatifs. « C’est un groupe de cancérologues, des visionnaires européens, qui voulait coordonner les recherches cliniques. L’EORTC, c’est aujourd’hui un réseau de 600 universitaires, médecins, oncologues et cancérologues. Il est question de recherche académique pour mener des essais cliniques solides et internationaux », explique Françoise Meunier. Bien loin des 6 milliards de budget attribués au National Cancer Institute américain. « On ne joue pas dans la même cour, mais on peut peser dans les choix de politique de santé », estime cette experte.

 

771

Premier constat : les progrès sont immenses et les messages d’espoir sont de rigueur : « On comprend pourquoi une cellule devient cancéreuse. C’est une altération génétique qui fait qu’une de nos cellules ne meurt pas et trouve une sorte d’immortalité. » La directrice générale de l’EORTC rappelle que 771 molécules contre le cancer sont actuellement en cours d’évaluation. « C’est essentiel de voir les mutations pour produire un traitement adapté à chaque malade. Aujourd’hui, un diagnostic de cancer n’est plus un diagnostic de mort. » Un optimisme que cette professionnelle tempère tout de même un peu. Si on sait mieux soigner les cancers des testicules, du sein, les lymphomes de Hodgkin et les leucémies de l’enfant, les cancers du cerveau, des poumons et du pancréas restent les plus dangereux.

 

« Eradiquer »

Pour cette spécialiste, le meilleur traitement reste la chirurgie curative possible en cas de dépistage précoce : « Le problème, c’est qu’il y a beaucoup de cancers qu’on n’arrive pas à diagnostiquer précocement notamment les ovaires et les poumons » souligne Françoise Meunier. Une chose reste certaine pour elle : « espérer éradiquer le cancer est trompeur pour la population ». En cause, l’allongement de la vie et la vieillesse qui démultiplieront le nombre de cancer. L’option que favorise désormais cette cancérologue, c’est une bonne coopération internationale et une meilleure qualité de vie pour les malades. En 15 ans, environ 80 000 personnes ont participé à des essais cliniques. 84 % d’entre elles provenaient de pays européens. « Il y a énormément d’espoir et de potentiel qui résultent de la recherche moléculaire. Il faut savoir observer les choses avec perspective. Moi, je ne sais pas imaginer ce que sera la cancérologie dans 60 ans. »

journalistAnne-Sophie Fontanet