Comment investir en 2016 ?

La Rédaction
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Tous nos conseils pour bien investir votre argent. Avec l’analyse et le point de vue d’une série d’experts interrogés par Monaco Hebdo.

 

« Nous sommes confiants sur l’Europe »

Quels sont les pays dont la croissance est forte ? Dans quels secteurs d’activité investir ? Des experts et analystes financiers présentent leurs perspectives économiques pour l’année 2016. Par Aymeric Brégoin

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Francesco Grosoli

Forte croissance aux États-Unis et croissance plus timide en Europe : voici quelques prévisions de l’édition 2016 de la conférence Outlook, sorte de bulletin météo des tendances économiques de l’année à venir (lire ci-contre). Loin de parler d’une franche sortie de la crise qui secoue le monde depuis 2008, le directeur général de Barclays Wealth & Investment Management pour l’Europe et de sa succursale monégasque — organisatrice de cet évènement —, semble d’un optimisme prudent. « Certaines zones comme les États-Unis ont bien progressé », avance Francesco Grosoli. Une observation que confirment Thierry Crovetto et Pierre-Yves Dittlot, analystes financiers chez TC Stratégie Financière. Outre-Atlantique, la croissance est au rendez-vous, et elle « reste soutenue » : au-dessus des 2,5 % depuis 2012. Ces cinq dernières années, les États-Unis ont créé 9 millions d’emplois ; leur taux de chômage avoisine les 5 %, ce qui est considéré comme du quasi plein-emploi.

 

Fed

En revanche, ces deux experts en économie sont plus réservés sur l’augmentation des taux directeurs de la Fed, la Réserve fédérale américaine, annoncée par sa présidente Janet Yellen à la mi-décembre. « Une hausse graduelle et adaptée en fonction des données macro-économiques », détaille le cabinet TC Stratégie Financière, qui note que « l’incertitude autour de la rapidité de la hausse des taux reste présente ». Avec comme possibles conséquences des taux d’emprunt plus élevés pour les ménages américains, mais de meilleurs rendements pour les épargnants. Cette hausse est une décision historique — il s’agit de la première depuis une décennie — mais néanmoins sans surprise. Elle devrait avoir un faible impact sur le vieux continent. L’euro pourrait baisser face au dollar, rendant les importations plus chères, mais facilitant les exportations. La Banque centrale européenne (BCE), mène d’ailleurs une politique monétaire inverse à la Fed, et vient de lancer un vaste programme d’assouplissement.

 

Krach

« La croissance en Europe reste faible, mais en amélioration », avec une « politique monétaire [qui] reste accommodante », ajoute TC Stratégie Financière. « Nous sommes très confiants sur l’Europe et sa valorisation boursière », lance le directeur de Barclays Monaco. L’une des thématiques de cette conférence Outlook 2016 portait également sur “Le poids de l’économie chinoise dans la balance mondiale”. Or, la République populaire de Chine montre un fort ralentissement de sa croissance. Pour Francesco Grosoli, il n’y a cependant pas d’inquiétude à avoir : « Cela n’a pas d’importance quand on continue à croître à [près de 7 %], même si nous étions habitués à des 10 %. Ça reste un chiffre très élevé. Surtout, ce sont les mutations qui sont révélatrices. La Chine se métamorphose d’une économie d’exportation à une économie interne. Les ménages s’équipent, achètent, consomment. C’est une évolution importante et qui s’étale sur le temps. »

Pourtant, lundi 4 janvier, les bourses chinoises ont chuté de 7 %, contaminant les autres places (voir notre édito). Si Shanghai et Shenzhen ont retrouvé un semblant de calme mardi 5 janvier, ces deux places financières chinoises laissent redouter un futur krach qui pourrait avoir un grave impact sur l’économie mondiale. S’agit-il d’une crise financière profonde ? L’euphorie pour les marchés chinois de ces dernières années est-elle définitivement enterrée ? Une certitude, lorsque la Chine va mal, les autres marchés sont impactés. Notamment les marchés des matières premières ou les valeurs de pays qui exportent vers la Chine.

Concernant les autres pays émergents, Thierry Crovetto et Pierre-Yves Dittlot notent qu’ils « connaissent dans leur ensemble soit une récession, soit un ralentissement significatif, [et] leur endettement est important ».

 

Blippar

En termes d’investissement, le secteur high tech serait « définitivement une valeur sûre », estime Francesco Grosoli. Le directeur général de Barclays Monaco se dit « très impressionné » par la présentation qui a été faite, en avant-première mondiale à la conférence Outlook 2016, de l’application de réalité virtuelle Blippar, sortie fin décembre. Véritable « œil digital », le smartphone « scanne tout autour de vous et, sur l’écran, affiche tous les objets qui vous entourent ». Une « sorte de Shazam de la réalité », résume-t-il. Francesco Grosoli entrevoit déjà de nombreuses applications commerciales… mais également éducatives. Il loue notamment une capacité d’apprentissage des mots augmentée. « En une semaine, des enfants ont appris autant de mots qu’en trois mois. » Autre piste : l’énorme quantité de données que nous produisons aujourd’hui. « Comment chercher, sélectionner, analyser et profiter de ces “big datas” ? », s’interroge-t-il. « Il faut combiner ces informations pour les utiliser dans le format qu’on souhaite et de la manière qu’on souhaite. »

 

Start-ups

Avec derrière, une réalité pragmatique. « Dans notre métier, il faut changer les outils avec lesquels on travaille, que ce soit côté client comme côté banque. » D’où une autre thématique abordée à cette conférence : “La Silicon Valley européenne”. Le patron de Barclays Monaco mentionne notamment Londres, berceau des FinTech, ces start-ups qui proposent des services financiers numériques et bousculent le modèle traditionnel de la banque. Le patron de la succursale monégasque loue l’accélérateur de start-ups au sein de la Barclays : un moyen pour accompagner ces entreprises dans le début de leur vie et de leur expansion. « La Barclays entre dans leur capital, les supporte avec des crédits, leur apporte des conseils et les met en relation avec des potentiels investisseurs. C’est du cas par cas. » Actuellement, la banque compte deux centres d’accélérateur de start-ups, à New York et à Londres. « Il faut aller sur tous les continents : nous comptons en ouvrir dix à quinze dans les prochaines années », assure Francesco Grosoli.

 

 

« Une gestion flexible »

 

Quelles sont les stratégies à mettre en place pour les investisseurs en 2016 ? Monaco Hebdo donne la parole à quelques experts. Par Aymeric Brégoin

C’est devenu un rendez-vous incontournable en Principauté. Au fil des ans, la conférence Outlook réunit de plus en plus d’investisseurs désireux de s’informer sur les perspectives économiques des années à venir. Le 10 décembre à l’hôtel Hermitage, c’est près de 150 acteurs que l’évènement de la Barclays a réuni. « Cette conférence s’adresse à nos clients, aux autres professionnels de la Principauté, ainsi qu’à nos prospects », explique Francesco Grosoli. Le DG de la banque monégasque veut tirer profit de l’aura de la Principauté. « Monaco est un nom unique. Quand on invite des gens, rares sont ceux qui refusent. Il y a beaucoup de potentiel pour exploiter les compétences locales ou faire venir des gens de l’extérieur. C’est une vitrine de renom international », analyse Francesco Grosoli. Il met notamment en avant les répercussions médiatiques, « bien meilleures qu’ailleurs, comme en Suisse par exemple », que suscite la tenue d’un tel rendez-vous en Principauté. « Comme Monaco brille, les acteurs économiques locaux vont briller. On a des gens à Monaco qui sont assez étonnants », explique-t-il, en estimant qu’il n’est des fois pas nécessaire de chercher à l’extérieur de Monaco pour trouver les compétences tant prisées.

 

« Vainqueurs »

« Il faut amener en Principauté nos compétences internes et faire venir les gens de métiers différents pour parler des années à venir. Montrer que le monde évolue, et qu’à Monaco, on en est proche, comme la majorité des investisseurs. Il faut voir sur la longue durée. Ça fait réfléchir. C’est vrai qu’il y a de la volatilité. Le monde bouge beaucoup. Il faut regarder avec du recul, revenir sur des investissements à long terme », résume le directeur général de la Barclays Monaco. « Dans ce nouveau monde, les grands vainqueurs seront peut-être ceux ayant une gestion flexible avec une approche “absolute return” et une réelle discipline de prise de profit au risque de renoncer à un excès de performance pour une meilleure préservation du capital à long terme », développent Thierry Crovetto et Pierre-Yves Dittlot. Le changement de régime de corrélation, avec la fin de la politique monétaire ultra-accommodante et la hausse des taux directeurs de la Fed, pourrait amener les investisseurs « dans une zone inconfortable où les investissements sans risque tels que le “bund” ou le “treasury US” auront du mal à délivrer la décorrélation qui a fait le succès des stratégies flexibles traditionnelles de ces dernières années ».

 

 

« Un environnement plein d’incertitudes, de volatilité et de surprises »

 

Comment bien investir en 2016 ? Christelle Boccardo, gérante de portefeuille chez  BNP Paribas en Principauté, donne ses conseils pour les lecteurs de Monaco Hebdo. Propos recueillis par Raphaël Brun

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Quelle devrait être la situation économique mondiale pour 2016 ?

L’économie américaine continuera sur son rythme de croissance de l’ordre de 2,5 % en 2016 avec le plein-emploi : la demande domestique étant bien orientée et compensant la faiblesse du secteur manufacturier. La croissance de la zone euro connaîtra un rebond autour de 1,5 % et commencera à créer des emplois par la hausse des profits des entreprises. Et ce, même en dehors des effets positifs de la baisse du prix du pétrole.

 

Les conséquences ?

Les politiques monétaires des deux côtés de l’Atlantique vont donc logiquement diverger en 2016 avec une Banque Centrale Européenne (BCE) qui poursuit et poursuivra son accommodation monétaire, tandis que la Réserve Fédérale Américaine (FED) a débuté son resserrement monétaire, qui devrait être modéré et lent, l’inflation n’étant pas dans une phase d’accélération.

 

Et les pays émergents ?

Pour les pays émergents, les grandes différences de situation économique que l’on peut constater aujourd’hui ne devraient pas disparaître, selon que l’on parle des pays importateurs ou exportateurs de pétrole notamment, avec une croissance des pays hors OCDE attendue au-delà de 4 %.

 

On peut espérer une sortie générale de la crise en 2016 ?

Une sortie générale de la crise oui, mais avec des divergences. L’environnement actuel est celui d’une croissance économique modérée, mais solide. Avec pour les pays développés une inflation basse, en partie à cause des prix des matières premières, couplée à des taux d’intérêt anormalement bas dans ce cycle économique, les banques centrales étant à la manœuvre parfois pour augmenter cette inflation justement. Comme au Japon avec la banque centrale du Japon (BoJ) ou le gouvernement qui œuvrent également, comme ailleurs dans le monde, pour mettre en place les réformes structurelles nécessaires. Mais les effets prennent du temps et il faut savoir être patient.

 

Le contexte international et la menace terroriste vont peser encore plus fortement sur l’économie en 2016 ?

Evidemment la politique n’est pas que réformes structurelles, mais aussi beaucoup de ce que l’on appelle “géopolitique”, avec des pays qui reviennent sur la scène internationale. Notamment l’Iran dans la production pétrolière ou la Russie, même si les sanctions européennes et américaines sont toujours d’actualité. Le terrorisme comporte des risques pour l’équilibre du monde, avec une incidence directe et immédiate sur des secteurs d’activité comme l’énergie ou le tourisme.

 

Et l’écologie ?

L’écologie est aussi un sujet fort au niveau international, comme la COP21 vient d’en apporter la preuve. Avec là aussi, des effets potentiels sur des pans entiers de l’économie. Et pas forcément de manière négative, en net.

 

A Monaco, quel est le comportement de vos clients par rapport aux marchés et à l’incertitude qui règne ?

Le comportement de nos clients à Monaco est évidemment en phase avec les événements qui émaillent la scène internationale entraînant des craintes, voire du pessimisme au paroxysme des crises : Grèce, attentats… Mais aussi une conscience forte que la recherche de rendement ne peut passer que par une prise de risque plus forte qu’à une certaine époque, du fait de l’environnement de taux, très bas voire négatifs qui prévaut depuis maintenant quelques temps.

 

En 2016, la croissance reprendra dans l’UE et en France ?

La reprise de la France se confirme au troisième trimestre avec une hausse de 0,25 % T/T après la pause qui avait marqué le second trimestre et ce, malgré une atonie de l’investissement qui vient du problème récurrent de la confiance, ou plutôt l’absence de confiance, notamment face aux événements déjà évoqués. Mais on l’a vu, l’UE est capable de juguler les crises, comme celle de cette année sur la Grèce.

 

Vous êtes optimiste ?

L’horizon n’est pas encore complètement dégagé loin s’en faut : le Brexit est tout de même une question en suspens qui pourrait remettre l’Europe en difficulté par exemple. Mais la preuve a été faite que le nécessaire serait justement fait pour permettre à l’UE de perdurer et de retrouver le chemin de la croissance, comme les chiffres l’attestent, avec une sortie de la récession depuis plus d’un an.

 

Quels sont les pays dont la croissance devrait être la plus forte en 2016 ?

Les pays en plus forte croissance resteront un certain nombre de pays émergents en absolu. Car intrinsèquement, ce sont ces pays qui délivrent le plus de croissance. Mais avec 2,5 % les Etats-Unis ne sont pas en reste loin de là. Tout comme la zone euro avec 1,5 % voire plus, prévu. Concernant cette dernière, il y aura bien sûr des pays qui contribueront plus fortement, même si ce ne sont pas toujours les mêmes dans le temps.

 

Votre préférence va vers quel pays ?

L’Allemagne reste notre préférence, du fait de sa sensibilité au cycle mondial et de la solidité de son économie. Toutefois l’Espagne et l’Italie devraient selon nous en être, car ces pays sont plutôt en retard en termes de cycle économique et de valorisation.

 

Quels sont les nouveaux pays émergents sur lesquels on peut miser ?

Inde, Mexique et Corée du Sud constituent nos principaux paris en termes de pays. Avec une préférence pour l’Asie, car nous ne prévoyons pas d’atterrissage brutal de l’économie chinoise dont la croissance au-dessus de 6 % restera de bonne facture. Il y a aussi le Japon qui poursuit lentement mais sûrement ses réformes structurelles, avec des entreprises qui améliorent leur gouvernance, dynamisant de ce fait la zone. Même si le risque politique est là aussi très présent, comme l’atteste le cas de la Thaïlande par exemple.

 

D’autres pays sont à suivre ?

Le Mexique bénéficie de ses rapports avec les Etats-Unis, avec un gouvernement plus stable que le reste de l’Amérique centrale et du Sud. Enfin l’Inde voit ses réformes structurelles avancer grâce à son « jeune » premier ministre, même s’il a connu des déceptions électorales pouvant quelque peu l’affaiblir.

 

Le prix du pétrole va continuer à baisser en 2016 ?

Au vu de l’évolution du prix du pétrole et de son niveau qui devrait rester bas comparé aux pics de l’été 2008 à 140 dollars le baril, il faut attirer l’attention des investisseurs sur les pays producteurs de pétrole les plus en difficulté selon nous, que sont le Brésil et la Russie qui resteront des marchés très spéculatifs.

 

Pourquoi les chiffres de croissance de la Chine sont bien inférieurs à ceux escomptés ?

La Chine est en train de changer de modèle : d’un modèle basé sur les exportations, elle veut poursuivre son développement par la consommation interne des ménages tout en étant toujours plus ouverte au monde : la lutte contre la corruption va dans ce sens et réciproquement : preuve en est l’intégration du yuan aux droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds Monétaire International (FMI) aux côtés du dollar américain, de l’euro, du yen et de la livre sterling. Il est normal que le changement de modèle en cours entraîne des ralentissements, avec un pays qui deviendra toujours plus une économie de services et moins industrielle.

 

Que peut-on attendre de la situation économique en Asie pour 2016 ?

L’Asie sera donc dans son ensemble tirée par ce changement de modèle : les pays à faible coût de main-d’œuvre prenant le relais sur le secteur manufacturier chinois à l’export, la consommation des ménages chinois permettant également leur développement.

 

Quels sont les secteurs d’activités qui devraient enregistrer les plus fortes croissances cette année ?

En terme sectoriel, notre préférence est forte pour les secteurs cycliques domestiques. Notamment les technologiques, le secteur bancaire, le travail temporaire et la distribution alimentaire, profitant de la baisse du prix du pétrole, de la hausse des volumes du crédit et de la croissance.

 

Du coup, dans quels domaines conseillez-vous à vos clients d’investir ?

Nous sommes dans un monde de taux d’intérêt durablement bas et de politiques monétaires ultra accommodantes. Désormais, l’épargne courte et sûre ne rapporte plus rien et commence même à coûter aux épargnants comme en atteste le taux d’intérêt négatif appliqué sur les comptes courants dans certaines banques en Suisse. Du coup, les actions sont notre actif préféré pour le long terme, car elles bénéficient de la croissance économique et des résultats des entreprises par le biais des dividendes versés et de l’évolution positive des cours attendue.

 

D’autres conseils ?

Nous demeurons positifs sur les principaux marchés actions développés : Europe, Japon, USA dans cet ordre de préférence, à court terme, avec une politique de couverture des changes aux niveaux présents, et neutres sur les bourses émergentes dans leur ensemble.

 

Et pour le marché obligataire, qui est le marché sur lequel les entreprises, ainsi que les États, se financent ?

Nous sommes prudents sur les marchés obligataires avec une préférence pour le segment des obligations d’entreprises confronté aux obligations gouvernementales. Mais même pour celui-ci une sélection pointue doit être réalisée en terme de géographie, de secteur d’activité et même de nom d’entreprise. La hausse du taux de défaut obligataire ou encore la fermeture récente de fonds “high yield” américains imposent de rester plus que vigilants sur cette classe d’actifs.

 

Et les placements alternatifs ?

Les placements alternatifs ne doivent pas être laissés de côté, car ils sont un bon vecteur de diversification par le biais notamment de stratégie macro, “long-short equity” ou encore “event driven”. Enfin il faudra planifier un retour sur le segment des matières premières à un moment ou un autre. La prise de décision restera dans tous les cas la clef dans un environnement toutefois plein d’incertitudes, de volatilité et de surprises.

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