« Une transparence définitive pour faire cesser les polémiques »

Anne-Sophie Fontanet
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Trois questions à l’historien Pierre Abramovici, qui vient de publier un livre (1) Monaco sous l’occupation, préfacé par le Prince Albert II.

 

L’origine de ce livre ?

Je suis né à Monaco, mais ma famille n’a jamais voulu me parler de cette époque-là. Il y a 17 ans, j’ai sorti un premier livre sur le sujet grâce aux archives des autorités diplomatiques et policières françaises et allemandes. Il n’y avait eu aucune collaboration du palais princier. Pour le prince Rainier III, il s’agissait de ne pas rappeler de vieux épisodes. En clair, les temps ne s’y prêtaient pas. Son fils, le Prince Albert II, a montré une grande volonté d’ouvrir toutes les archives du palais. Il m’a dit : « Vous devez être transparent ». Cela s’inscrivait dans une deuxième démarche de repentance. Le Prince désirait une transparence définitive pour faire cesser les polémiques. Il y a d’abord eu un travail de recherche très important qui a pris 7 ans. J’ai pu comparer avec intérêt les archives françaises, allemandes et monégasques.

 

Vous avez fait des découvertes ?

J’ai pris connaissance du vrai rôle du Prince. Je savais que la Principauté était un protectorat français, mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là… Le ministre d’Etat de l’époque, le fonctionnaire français Emile Roblot, a réellement pris le pouvoir. On aurait pu l’appeler le dictateur de Monaco. Il a engagé la Principauté sur la voie d’une collaboration secrète. L’autre point important du livre, c’est qu’il permet de voir la vraie vie des Monégasques de l’époque et de leur rendre hommage. L’une des mes sources dans la recherche d’archives, ce sont les gens d’ici. Ils m’ont ouvert leurs armoires. J’ai pu recueillir des documents intéressants, comme des cartes, des tickets d’alimentation ou des photos personnelles. C’est un ouvrage très illustré grâce au travail de Sylvie Ruau du palais princier, Dominique Bon du fonds régional et les Monégasques qui ont transmis leurs documents. Sur les 4 000 photos collectées au total, on a simplement pu en publier 380.

 

Vos projets ?

Le travail est terminé pour ce livre, mais pas celui sur le Monaco du XXème siècle. Il n’existe pas un seul livre qui traite correctement de la question avec des informations tirées des archives disponibles. Il y en a probablement pour plusieurs années de travail. Mon autre idée, c’est de réaliser une belle exposition photographique avec une centaine de clichés qui n’ont pas pu être publiés dans le livre. Pour cela, je recherche actuellement un lieu à Monaco qui pourrait accueillir cet évènement.

 

(1) Monaco sous l’occupation, de Pierre Abramovici (éditions Nouveau Monde), 256 pages, 49 euros.

journalistAnne-Sophie Fontanet