Pourquoi les Monégasques sont interdits de Casino ?

Sabrina Bonarrigo
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La loi qui interdit aux Monégasques de jouer au Casino dans leur propre pays date de 1987. Mais cette restriction a en réalité des origines bien plus anciennes. C’était une volonté du Prince Charles III. Explications.

Poker, blackjack, ou encore baccara… Ces jeux d’argent ont une particularité à Monaco : les citoyens de nationalité monégasque n’ont jamais eu le droit d’y jouer. C’est une loi de 1987 qui le stipule noir sur blanc : « Les Monégasques […] ne peuvent, dans les maisons de jeux, participer à ceux-ci », indique l’article 11 (1). Mais cette restriction imposée aux Monégasques — et qui est uniquement valable sur le territoire monégasque — est en réalité bien plus ancienne. Il faut en effet remonter au Prince Charles III (1818-1889). Pendant son règne, les villes de Menton et de Roquebrune — qui constituaient à l’époque 80 % du territoire monégasque — sont officiellement cédées à la France. « Cette perte de territoire en 1861 engendra l’appauvrissement de Monaco, qui fut privée de ses principaux revenus agricoles », rappelle la Société des Bains de Mer (SBM). Pour attirer une riche clientèle étrangère et remettre sur pied les finances monégasques, le Prince a donc une juste intuition : transformer Monaco en un lieu de villégiature et de loisirs, en créant notamment des jeux de hasard. « Charles III eut donc l’idée des jeux de casino, interdits dans les pays voisins, pour permettre à la Principauté de s’enrichir et de se développer rapidement. »

 

Fraudes

Mais si le Prince Charles III souhaite par ce biais renflouer les caisses de l’Etat monégasque, pas question en revanche que ses citoyens aillent dépenser le peu d’argent qu’ils ont : « Le Prince Charles III décida donc que les Monégasques auraient l’interdiction de jouer. En effet, au vu de la perte de territoire, les citoyens avaient de faibles sources de revenu. Il s’agissait d’un moyen de leur éviter des pertes d’argent importantes. Par ailleurs, au vu de l’exigüité du territoire, il souhaitait empêcher que les croupiers se retrouvent face à des membres de leur famille (clients), et ainsi, éviter les fraudes. »

Depuis la moitié du XIXème siècle, époque à laquelle les jeux d’argents ont été lancés à Monaco, cette interdiction n’a donc jamais été remise au cause. « Le Prince Charles III a agi en bon père de famille. Et c’est très bien ainsi », note Eric Elena, élu Renaissance au Conseil national. De son côté, Albert Croési, qui chapeaute la cellule de veille pour la priorité nationale (CVPN), assure n’avoir jamais entendu la moindre revendication ou plainte sur ce sujet. « Il semble que les Monégasques ne se sentent pas discriminés par cette interdiction. A titre purement personnel, je ne suis pas friand des interdictions et préfère les recommandations. Mais, en l’état actuel des choses, je ne vois pas la nécessité de modifier la loi. » Quels sont alors les contrôles effectués au casino de Monte-Carlo pour assurer la bonne application de cette interdiction ? « La carte d’identité est demandée à l’entrée des jeux européens. Pour les autres jeux, la carte d’identité est demandée lors de la remise des gains qui est refusée aux citoyens monégasques », assure la SBM. Mais les Monégasques amateurs de jeux d’argent le savent bien. Dans les casinos français et internationaux, ils sont bien sûr autorisés à jouer.

 

(1) Loi n° 1103 du 12 juin 1987 sur les jeux de hasard.

 

Interdit aux Monégasques… mais pas que

Les Monégasques ne sont pas les seuls à être interdits de casino à Monaco. Selon la loi de 1987, « les fonctionnaires et agents de l’État, de la commune et des établissements publics » en sont aussi privés. Bien sûr, l’accès aux maisons de jeux est également interdit aux personnes de moins de 18 ans, mais aussi « aux militaires de tous grades, en uniforme, aux ministres des cultes et à ceux qui appartiennent à une congrégation religieuse, aux individus qui sont en état d’ivresse ou sous l’empire d’une drogue ou dont l’attitude est susceptible de provoquer scandale ou incident. » Sans oublier, les personnes qui en ont fait la demande par écrit. S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo