« Il faut continuer à faire progresser la conscience écologique »

Anne-Sophie Fontanet
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Alors que les négociations s’ouvrent à Paris pour la COP21, le conseiller de gouvernement pour l’Équipement, l’Environnement et l’Urbanisme Marie-Pierre Gramaglia explique comment la Principauté s’engage.

 

En matière d’environnement, quelles positions soutient le gouvernement ?

Après la ratification par la Principauté du protocole de Kyoto en 2006, le gouvernement a mis en œuvre un plan énergie climat devant répondre à deux enjeux majeurs : la lutte contre le changement climatique et la sécurisation énergétique du pays. Des objectifs forts ont été fixés sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. D’une part, améliorer de 20 % l’efficacité énergétique dans les bâtiments par rapport à 2007, consommer 20 % d’énergie finale provenant de sources d’énergies renouvelables et maintenir une consommation électrique de pointe stable par rapport à 2006.

 

Et en termes d’économie d’énergie ?

L’Etat a mis en œuvre une politique de maîtrise de la demande en énergie de ses bâtiments publics (MDE) avec un système de télégestion qui permet de centraliser, par un réseau informatique, les informations relatives à la consommation énergétique des bâtiments et de pouvoir effectuer, à distance, des actions correctives.

 

La démarche éco-responsable pour des pratiques écologiques au bureau a été lancée pendant le séminaire de l’administration, en mars 2009 : quel est le bilan ?

Depuis 2012, ces bilans ont permis de compenser les émissions liées à l’ensemble des déplacements professionnels de l’administration. Il y a aussi aujourd’hui une prise en compte de plus en plus importante des aspects environnementaux dans la politique d’achat de l’administration, que ce soit, par exemple, pour l’utilisation de papier certifié PEFC ou au travers de l’intégration de clauses environnementales pour le choix de prestataires ou de fournisseurs.

 

Le Prince Albert milite pour le respect de l’environnement : qu’est-ce qui est fait à Monaco ?

Comme l’a souligné récemment le Prince Albert, les maîtres mots à garder à l’esprit lors de cette COP 21 sont ambition et solidarité. C’est dans cet esprit que notre pays s’est engagé sur des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) : atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et réduire de plus de 50 % ses émissions d’ici à 2030.

 

Comment faire ?

Pour remplir ces engagements le gouvernement met en place un plan d’actions qui porte en priorité sur trois grands secteurs d’émission qui comptent chacun pour environ 30 % des émissions de GES à Monaco : le transport routier, le traitement des déchets ainsi que les dépenses énergétiques dans les bâtiments. Nous allons tout mettre en œuvre pour respecter les objectifs de réduction que le Prince Souverain a fixés. La création d’un fonds vert national alimenté de 5 millions d’euros en 2016 doit, par exemple, nous permettre de réaliser des installations de productions d’énergies renouvelables.

 

Y a-t-il une conscience écologique chez les habitants de la Principauté ?

Bien sûr qu’il y a une conscience écologique chez les Monégasques et les résidents de la Principauté. Chacun comprend l’engagement de notre pays, du gouvernement et de ses services sur les thématiques environnementales et de développement durable. Une sensibilisation aux valeurs écologiques qui commence dès le plus jeune âge dans nos écoles. Ainsi, en 2008, lorsque le gouvernement a renforcé le tri sélectif des déchets en installant cinquante points d’apport volontaire, la réponse des habitants de Monaco a été immédiate. Il existe également une activité associative forte dans le domaine environnemental à Monaco.

 

Comment inciter la population à se mobiliser ?

L’incitation passe d’abord par l’information, le dialogue, mais aussi dans la mise en œuvre d’une politique de subventions en matière de véhicules écologiques ou de développement du solaire.

 

Et ça marche ?

En 2012, notre pays a réduit ses émissions de 13,2 % et a rempli son objectif de réduire, en moyenne ses émissions de 8 % sur la période 2008-2012. Par ailleurs, depuis 2008, la démarche Haute Qualité Environnementale s’applique à toutes les opérations publiques de construction. La même année, le tri sélectif des déchets a été renforcé.

 

Il faut poursuivre les efforts ?

Il faut continuer à faire progresser la conscience écologique et surtout la compréhension des mécanismes qui engagent notre futur et celui de nos enfants. Je voudrais également profiter de cette opportunité pour relayer l’appel de la fondation Prince Albert II de Monaco à participer à « la marche pour le climat » qui partira le dimanche 29 novembre à 11h45 de la place du palais. Un moment de convivialité et d’engagement pour notre planète.

 

Dans une interview accordée à Monaco Hebdo, vous aviez indiqué : « Le point noir de notre région concerne l’ozone, produit par l’effet combiné des rejets de transport et du rayonnement solaire ». Que faire ?

En 2015, la région PACA a activé à plusieurs reprises les dispositifs correspondant au seuil d’information pour l’ozone. Des recommandations ont été émises afin de limiter les pics de pollution et d’atténuer leurs effets. Sur les 15 déclenchements du dispositif correspondant au seuil d’information pour les Alpes-Maritimes en 2015, 6 concernaient des pollutions à l’ozone à l’intérieur des terres. En 2015, d’après les mesures du réseau de surveillance de la qualité de l’air de Monaco, la Principauté n’a pas enregistré de dépassement pour l’ozone. Par ailleurs, nous constatons une amélioration continue des valeurs relevées par le réseau de surveillance.

 

Comment vous l’expliquez ?

Par les actions mises en place par le gouvernement comme la diminution de l’utilisation du fioul pour le chauffage. Par exemple, le fioul est interdit dans les constructions neuves depuis 2003. Or, c’est ce combustible qui émet le plus de particules fines ou bien encore la gestion de la mobilité et la diminution unitaire des émissions des véhicules. Notamment grâce à la modification de la composition des carburants, la baisse des consommations…

 

Où en est le dossier de la future usine d’incinération ?

Dans le domaine de la valorisation énergétique des déchets, la Principauté dispose depuis 1982 d’une usine de tri-génération, production d’électricité, de chaleur et de froid, qui sera prochainement remplacée. La réduction des émissions liée à ce poste d’émission, et plus largement, au mode de gestion des déchets, constitue un axe prioritaire du gouvernement.

 

Une solution se dessine enfin ?

Les réflexions en cours concernent les installations techniques de traitement des déchets et la définition d’un nouveau mode de gestion au regard de critères environnementaux tels que : les émissions de gaz à effet de serre, le rendement énergétique du système de tri-génération et les contraintes de lieux. Les choix techniques devraient conditionner les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur pour les 30 ans à venir. A terme, une optimisation de la qualité et de la quantité des déchets incinérés permettra d’atteindre les objectifs fixés, en renforçant le tri et en éliminant « à la source » le carbone fossile dans les déchets. Le dossier de consultation en vue de l’appel d’offres qui sera lancé en 2016 est en cours d’élaboration.

journalistAnne-Sophie Fontanet