Culture Sélection d’octobre 2015

Raphaël Brun
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Ex-Machina

Ex_Machina

d’Alex Garland

Shelley. Alors bien sûr, on peut aimer (ou pas) la mise en scène très « stylée » du romancier et scénariste britannique Alex Garland. Mais la réflexion menée autour de l’intelligence artificielle proposée par le scénariste de La Plage (1999), reste intéressante. Ce thriller glacé creuse le même sillon que les très bons Her (2013) de Spike Jonze et Under the Skin (2013) de Jonathan Glazer. Le Frankenstein de Mary Shelley (1797-1851) n’est pas très loin lorsqu’on découvre Ava, une femme assemblée à partir de composants électroniques. Est-ce que bientôt l’intelligence artificielle va surpasser l’esprit humain ? Alex Garland apporte un début de réponse.

Ex_Machina d’Alex Garland, avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac (GB, 1h48, 2015), 19,99 euros (DVD), 22,99 euros (blu-ray, édition steelbook).

 

Ombre-des-Femmes

L’Ombre des Femmes

de Philippe Garrel

Féministe. Dans l’Ombre des Femmes, Philippe Garrel filme en noir et blanc un couple et ses amants réguliers. Positionné du côté des femmes qu’il montre de façon plutôt positive, le réalisateur dénonce la lâcheté et l’égoïsme des hommes. Ce qui ne l’empêche pas de montrer qu’une femme peut aussi être infidèle. Rien n’est simple donc et les personnages affichent des postures à la fois complexes et subtiles. Clotilde Courau et Lena Paugam sont remarquables dans ce film qui évoque l’amour et les relations humaines avec une grande justesse.

L’Ombre des Femmes de Philippe Garrel, avec Stanislas Merhar, Clotilde Courau, Lena Paugam (FRA-SUI, 1h13, 2015), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 30 septembre.

 

Goodnight-Mommy

Goodnight Mommy

de Veronika Franz et Severin Fiala

Doutes. Après une opération de chirurgie esthétique, une mère retrouve ses enfants. Son visage est totalement bandé. Mais les enfants finissent par douter : est-ce bien leur mère qui est rentrée à la maison ? Pour leur premier film, le duo de documentariste Veronika Franz et Severin Fiala jouent intelligemment avec les faux-semblants et le changement de point de vue, tout en menant une réflexion sur la question de l’identité. Doublement primé au festival du film fantastique de Gérardmer, Goodnight Mommy entretient un climat d’angoisse et de suspicion sur lequel repose l’essentiel de ce film réussi.

Goodnight Mommy de Veronika Franz et Severin Fiala, avec Susanne Wuest, Lukas Schwarz, Elias Schwarz (AUT, 1h40, 2015), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 6 octobre.

 

La-Loi-du-Marche

La Loi du Marché

de Stéphane Brizé

Galère. Peut-on tout accepter pour garder son travail ? C’est la question à laquelle s’intéresse Stéphane Brizé dans ce film très social. Avec un budget de seulement 1,2 million, La Loi du Marché adopte un style “cinéma vérité” et mise, en partie, sur des acteurs amateurs. La brutalité du monde du travail, et même de la société, sont décris avec force. On suit la galère de Thierry, la cinquantaine, père d’un adolescent handicapé, qui vivote de job en job. Le prix d’interprétation masculine décroché à Cannes par Vincent Lindon est amplement mérité.

La Loi du Marché de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, Yves Ory, Karine De Mirbeck (FRA, 1h33, 2015), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 7 octobre.

 

Interieur-Nuit

Intérieur Nuit

de Marisha Pessl

Mystère. Depuis la sortie de son premier roman La Physique des catastrophes (2007), on attendait la suite avec impatience. L’Américaine Marisha Pessl revient avec un thriller passionnant. Scott McGrath, journaliste d’investigation new-yorkais, a détruit sa vie à cause de son obsession pour Stanislas Cordova, un mythique réalisateur de films d’horreur. Le jour où la fille de Cordova est retrouvée morte, McGrath reprend son enquête. Marisha Pessl ajoute à son thriller une dose d’étrange et de mystère, qui confère à l’ensemble une ambiance quasi-gothique digne des sœurs Charlotte (1816-1855) et Emilie (1818-1848) Brönte. On adore.

Intérieur Nuit de Marisha Pessl (Gallimard), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, 720 pages, 24,90 euros.

 

Le-Saloon-des-Derniers-Mots-Doux

Le Saloon des Derniers Mots Doux

de Larry McMurtry

Décalé. Sa série littéraire Lonesome Dove lui a valu le prix Pulitzer de la fiction en 1986. Comme co-scénariste, on lui doit celui du film Le Secret de Brokeback Mountain (2005) de Ang Lee. Larry McMurtry, 79 ans, est un auteur dont on a déjà parlé ici, notamment pour Duane est dépressif (2014) et Duane est amoureux (2015). Dans son dernier roman, Le Saloon des Derniers Mots Doux, il met en scène un western décalé, dans lequel on suit Wyatt Earp et Doc Holliday, deux cow-boys désabusés. Dépassés, ils se débattent en cette fin de XIXème siècle pour continuer à exister. Un livre drôle et sensible, à ne pas rater.

Le Saloon des Derniers Mots Doux de Larry McMurtry (Gallmeister), 224 pages, 22,20 euros.

 

Radiohead-OK-Computer

Radiohead OK Computer

de Michel Delville

Analyse. C’est sans doute l’un des albums qui a le plus marqué les années 1990. Lorsque Radiohead sort OK Computer en 1997, les critiques sont sous le charme. Dix-huit ans après, Michel Delville, qui affirme ne pas être un fan de ce groupe de rock anglais, propose une passionnante grille de lecture de ce disque, titre par titre. « J’estime que mettre en rapport J. G. Ballard, F.T. Marinetti, Roy Acuff, Can, Ralph Nader, Miles Davis, Hawkwind et Balzac dans ma lecture d’Airbag revient à créer de l’inédit », a déclaré Delville dans une interview. On ne peut que lui donner raison et se précipiter sur ce livre qui offre une analyse fouillée et pertinente.

Radiohead OK Computer de Michel Delville (Editions Densité), 72 pages, 9,95 euros.

 

Cette-ville-te-tuera

Cette ville te tuera

de Yoshihiro Tatsumi

Gegika. C’est à la fin des années 1960 que le mangaka Yoshihiro Tatsumi (1935-2015) a imaginé cette série d’histoires courtes. Cette figure de la BD indépendante asiatique est aussi l’un des premiers à avoir misé dès 1957 sur le gegika, c’est-à-dire la BD pour adulte centrée sur des sujets de société. Cornélius a décidé de publier une anthologie de ses histoires courtes et propose donc un premier volume de 23 nouvelles parues entre 1968 et 1970 dans le magazine Gegika Young et dans la revue Garo. La banalité, l’ennui et la pauvreté de la classe ouvrière japonaise des années 1960 montrés par Yoshihiro Tatsumi trouvent leur écho dans un Tokyo déshumanisé.

Cette ville te tuera de Yoshihiro Tatsumi (Cornélius), traduit et adapté du japonais par Fusako Saito et Lorane Marois, 336 pages, 26,50 euros.

 

Petites-Niaiseuses-de-Sandrine-Martin

Petites Niaiseuses

de Sandrine Martin

Introspection. C’est en noir et blanc que Sandrine Martin a réalisé ses Petites Niaiseuses. Comment passe-t-on du stade d’enfant à celui d’adulte ? C’est la question à laquelle elle répond. Pour cela, Sandrine Martin raconte de courtes histoires où se mêlent réalité, rêve, nostalgie et humour. Illustratrice pour la presse et l’édition depuis 2003, Sandrine Martin est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD). On peut notamment voir ses dessins dans Le Monde, Libération ou le New York Times. Des séances photos avec le Père Noël, à la perte de son animal de compagnie, en passant par la découverte de la mort, cette introspection est absolument irrésistible.

Petites Niaiseuses de Sandrine Martin (Misma Editions), 112 pages, 16 euros.

 

Corpo-Inferno

Corpo Inferno

Mansfield. Tya

Pop. « Je n’ai nulle part où me barrer, je vais faire la fête à en crever. » C’est le refrain du très bon Bleu Lagon, tiré du nouvel album de Mansfield. Tya. Très électro, très minimaliste, ce titre rythmé fait mouche dès la première écoute. Ce duo nantais composé de Julia Lanoë et de Carla Pallone sort ce mois-ci son troisième album, Corpo Inferno. Depuis June (2005) et Seules au bout de 23 secondes (2009), on attendait. L’attente valait la peine. Les 10 titres déroulent des sonorités hypnotiques et des mélodies très accrocheuses. La pop de Corpo Inferno ne vous quittera plus.

Corpo Inferno, Mansfield. Tya (Vicious Circle/L’Autre Distribution), 13,99 euros (CD), 16,99 euros (vinyle).

 

New-Order-Music-Complete

Music Complete

New Order

Enfin. C’est bien évidemment LA grosse sortie de cette rentrée 2015. Les Anglais de New Order reviennent enfin, avec un nouvel album. Les fans attendaient le retour des mancuniens depuis la parution de Waiting for The Siren’s Call en 2005. Gillian Gilbert revient, accompagné de Bernard Sumner, de Stephen Morris, de Tom Chapman et de Phil Cunningham. Onze titres au total, dont trois réalisés avec Tom Rowlands des Chemical Brothers et un autre avec Stuart Price, des Rythmes Digitales. Le concepteur des pochettes de Joy Division, Peter Saville, a assuré la direction artistique de cet excellent Music Complete. Absolument irrésistible, le premier single Restless prouve que New Order n’a rien perdu de son immense talent. Même sans Peter Hook.

Music Complete, New Order (Mute), 14,99 euros (CD), 24,99 euros (vinyle).

 

Gesaffelstein-Maryland

Maryland

Gesaffelstein

Cinéma. Le film d’Alice Winocour, Maryland, qui sort le 30 septembre au cinéma, est épaulé par la techno sombre et minimaliste de Gesaffelstein. On savait que ce DJ français s’intéressait au cinéma et désirait signer la bande originale d’un film (BOF). C’est désormais chose faite, avec ce très recommandable Maryland. Parfois calme et planant (Maryland Theme), parfois carrément angoissant (Disorder, Trauma, Ultra Violence), ce disque développe des ambiances électroniques d’une grande richesse, y compris sur des terrains où on n’attendait pas ce DJ. Theme for Jessie, une sombre ballade interprétée au piano, le démontre aisément.

Maryland, Gesaffelstein (The Vinyl Factory/Warner Music France), 8,99 euros (MP3).

journalistRaphaël Brun