Culture Sélection de juin 2015

Raphaël Brun
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Pasolini

Pasolini

d’Abel Ferrara

Ostie. Les dernières heures de la vie du cinéaste italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975). C’est ce que propose Abel Ferrara dans un biopic réussi qui s’appuie sur un Willem Dafoe habité par son rôle. Battu à mort, puis écrasé par une voiture sur une plage d’Ostie dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pasolini dérangeait et avait beaucoup d’ennemis. L’enquête se poursuit encore aujourd’hui, mais on ne saura sans doute jamais la vérité. La présence de Ninetto Davoli, acteur fétiche et ami de Pasolini, donne une dimension supplémentaire à ce film qui nous entraîne dans l’imaginaire de cet écrivain, poète, polémiste, journaliste, essayiste et cinéaste.

Pasolini, d’Abel Ferrara, avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, Riccardo Scamarcio (FRA/ITA/BEL, 1h24, 2014), 16,99 euros (DVD seulement, pas de blu-ray).

 

It-Follows

It Follows

de David Robert Mitchell

Virginité. Après avoir perdu sa virginité avec son petit ami, Jay est victime de visions. Elle sent que quelque chose la poursuit. Le sexe et l’adolescence dans une Amérique où les adultes ne sont plus là : pour faire peur, David Robert Mitchell joue sur ce qu’il se passe en dehors du champ de la caméra. Seule la victime peut voir la « chose » qui la harcèle. Comme dans son premier film, The Myth of the american sleepover (2 010), David Robert Mitchell évoque la perte de la virginité et le puritanisme des Etats-Unis. Tourné à Detroit, ville symbole du scandale des subprimes, les zombies de It Follows évoquent aussi les victimes de cette crise, qui cherchent à s’en sortir.

It Follows, de David Robert Mitchell avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto (USA, 1h40, 2015), 17,99 euros (DVD), 22,99 euros (blu-ray).

 

Realite

Réalité

de Quentin Dupieux

Absurde. « Le meilleur gémissement de toute l’histoire du 7ème art. » Jason Tantra est cameraman sur une émission de télévision. Mais son vrai rêve est de réaliser un film d’horreur : Waves, une histoire de téléviseurs tueurs qui prennent le contrôle de la planète. Un richissime producteur, Bob Marshall, accepte de produire son film s’il parvient à lui faire entendre le gémissement ultime, le meilleur de toute l’histoire du cinéma. DJ connu sous le nom de Mr. Oizo, Quentin Dupieux s’est fait remarquer avec son second film, Steak (2007). Drôle, absurde et construit sur une très habile mise en abyme, Réalité est aussi sans doute un peu autobiographique. Un blu-ray à ne pas rater.

Réalité de Quentin Dupieux, avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez (FRA/BEL/USA, 1h35, 2015), 17,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 17 juin.

 

The-Wire

The Wire (Sur Ecoute)

de David Simon

Enfin. Oui, enfin. Les fans attendaient depuis des années une édition restaurée en blu-ray des 60 épisodes, répartis sur cinq saisons, de cette fascinante série policière diffusée aux Etats-Unis, sur HBO, de juin 2002 à mars 2008. L’image 4/3 de l’édition DVD est enterrée par un format 16/9ème et une image HD qui permettent enfin de profiter du réalisme quasi-documentaire de cette plongée dans les rues de Baltimore. Des sociologues et des anthropologues urbains ont travaillé sur le scénario pour aboutir à une vision totalement désenchantée de la société américaine. Autour de cette intégrale, on peut aussi lire The Wire-L’Amérique sur écoute de la sociologue Marie-Hélène Bacqué (La Découverte), 248 pages, 24,50 euros.

The Wire (Sur Ecoute), intégrale, saisons 1 à 5, de David Simon, avec Lance Reddick, Dominic West, Idris Elba, John Doman, 90 euros (blu-ray).

 

Perfidia-James-Ellroy 

Perfidia

de James Ellroy

Seppuku. James Ellroy publie le premier volume d’un nouveau quatuor de Los Angeles (LA). Cette fois, l’histoire débute le 6 décembre 1941 au matin. Soit la veille de Pearl Harbour pour se terminer le 29 décembre, en fin d’après midi. La police de Los Angeles se trouve face à un crime affreux : une famille se serait suicidée avec un seppuku, en s’ouvrant le ventre avec un sabre, selon un rite précis. Mais la police suspecte un meurtre maquillé en suicide. Le contexte anti-japonais joue à plein régime. Les Japonais de Los Angeles sont persécutés, les Chinois essaient de mettre la pression et une lutte de pouvoir à la tête de la police de LA fait rage. Bref, du très grand Ellroy.

Perfidia de James Ellroy traduction de Jean-Paul Gratias (Éditions Rivages/Thriller), 836 pages, 24 euros.

 

Cry-Father

Cry Father

de Benjamin Whitmer

Claque. Benjamin Whitmer est un auteur à suivre. Son néo-polar Cry Father raconte l’histoire de Patterson Wells, qui vient de perdre son fils. Wells ère, boit beaucoup et vit dans une cabane, à proximité de Denver. Lorsqu’il rencontre Junior, le fils de son meilleur ami, tout bascule. Misère sociale, alcool, drogue… De Denver à El Paso, les chapitres s’enchaînent, courts mais musclés. Après un premier très bon roman, Pike (2012), Benjamin Whitmer nous plonge dans une Amérique teintée de paranoïa et de violence. Ce roman noir, sec et précis, est une véritable réussite. Une grande claque aussi.

Cry Father de Benjamin Whitmer (Editions Gallmeister) traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos, 320 pages, 16,20 euros.

 

Lamour-en-theorie

L’Amour en Théorie

de E. J. Levy

Expériences. Professeur à la Colorado State University, E. J. Levy livre sa vision de l’amour en 10 contes, aussi drôles que décalés. L’amour, comment ça marche ? Lorsque les théories autour de l’amour se heurtent au mur du réel, il ne reste guère plus que la dérision pour s’en sortir. Surtout que la plupart des personnages décris par E. J. Levy semblent incapables de vivre une histoire d’amour accomplie. Ils multiplient et empilent les échecs. Incapables de parvenir à s’instruire sur ce sujet, ils ironisent autour de leurs expériences amoureuses ratées. Et c’est très drôle.

L’Amour en Théorie de E. J. Levy (Rivages), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 288 pages, 21 euros.

 

La-Maison-aux-insectes

La Maison aux Insectes

de Kazuo Umezu

Horrifique. Le Lézard Noir publie ce mois-ci un manga de Kazuo Umezu composé de 7 histoires assez brèves. Très peu de recueils d’Umezu ont été traduits en français. C’est donc un vrai plaisir de se plonger dans cette intrigante Maison aux Insectes, imaginée par cet auteur né en 1936, connu pour avoir popularisé le manga horrifique dans le Japon des années 1960. Les 7 histoires remontent à la période 1968-1973 et sont construites autour d’histoires de couples qui basculent peu à peu dans l’horreur. Gentil ou méchant, personne n’en réchappe. La vision noire et désabusée d’Umezu est sublimée par son trait de dessin fin, à la fois élégant, détaillé et sombre.

La Maison aux Insectes de Kazuo Umezu (Le Lézard Noir), traduit du japonais par Miyako Slocombe, 216 pages, 16 euros.

 

 La-Fourmilere

La Fourmilière

de Michael DeForge

Chaos. A seulement 28 ans, le Canadien Michael DeForge continue de séduire. Sa nouvelle BD, La Fourmilière, renvoie bien sûr à l’organisation sociale et au déterminisme qui en découle. Chacun reste à sa place. Et gare à celui qui ne respecte pas cette règle. Mais lorsque des fourmis rouges dopées au jus d’araignées attaquent, le chaos s’installe et l’ordre établi s’effondre. Les fourmis racontées par DeForge sont toutes différentes, avec une psychologie finalement très humaine. Résultat, on rit autant que l’on se questionne en lisant cette superbe BD au graphisme à la fois beau et minimaliste.

La Fourmilière de Michael DeForge (Atrabile), traduit de l’anglais (Canada) par Daniel Pellegrino et Christophe Gouveia Roberto, 112 pages, 24 euros.

 

Ghostpoet-Shedding-Skin

Shedding Skin

Ghostpoet

Délice. Après, Peanut Butter Blues & Melancholy Jam (2011), Some Say I So I Say Light (2013), voici le troisième album de l’artiste anglais Ghostpoet. Autant le dire tout de suite, Shedding Skin est une réussite. Pour situer son travail, Obaro Ejimiwe cite volontiers l’influence de Ian Curtis, Tricky, Robert Smith ou Nick Cave. Quelque part entre new wave sombre et trip hop, sa musique est un délice. Le choix des invités sur Shedding Skin ne doit rien au hasard : Melanie De Biaso, Nadine Shah ou Paul Smith de Maxïmo Park apportent une belle profondeur à ce disque riche, qui séduit un peu plus à chaque écoute.

Shedding Skin, Ghostpoet (Pias), 14,99 euros (CD).

 

Godblesscomputers-Push-&-Slush

Plush And Safe

Godblesscomputers

Italien. Douze titres composent le nouvel album de Godblesscomputers. Douze titres pour un album électro signé Lorenzo Nada. Ce jeune producteur et DJ italien, peu connu à Monaco et en France, a sorti un premier album en 2012, The Last Swan. Son électro sait jouer sur les rythmes pour séduire. On pense notamment au titre Spirits, d’une redoutable efficacité. Plus aérien, construit autour de voix délicates, Closer ouvre cet album en beauté. Alors que le dépouillement et le minimalisme de Touch You est une belle surprise. Au final, l’ensemble de ce disque reste cohérent et offre une épatante balade sonore, nimbée d’irrésistibles nappes électro.

Plush And Safe, Godblesscomputers (Fresh Yo ! Label/La Tempesta International), 11,90 euros (en téléchargement au format MP3).

 

Jamie-xx-In-Colour

In Colour

Jamie xx

Eclectique. Il y a donc une vie en dehors de The xx. Jamie xx le prouve. Depuis le premier album de The xx paru en 2009, cet artiste anglais de 26 ans s’est imposé en solo, à la fois comme producteur et DJ. Il livre un premier album solo de toute beauté. Lancé en 2005, The xx a marqué les esprits en misant une électro minimaliste, portée par la superbe voix de sa chanteuse, Romy Madley Croft. Pour In Colour, on la retrouve sur SeeSaw et Loud Places. Oliver Sim, troisième membre de The xx, est présent sur Stranger in a Room. Mais en solo, le son de Jamie xx est plus éclectique. Plus riche. Il suffit d’écouter I Know There’s Gonna Be (Good Times) avec le rappeur américain Young Thug et le chanteur dancehall Popcaan pour s’en convaincre. Les sceptiques iront vérifier le tout sur scène, le 9 juillet au Montreux Jazz Festival et le 29 août à Rock en Seine.

In Colour, Jamie xx (Young Turks/Beggars), 11,99 euros (CD), 35,99 euros (vinyle).

journalistRaphaël Brun