Rainier III, prince médiatique

Sabrina Bonarrigo
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Les archives audiovisuelles de Monaco organisent le 23 juin la projection de Rainier III, en films. Un documentaire (1) qui dévoile comment, dès son accession au trône, celui que l’on surnomme le Prince bâtisseur s’est appuyé sur la télévision, la radio et le cinéma pour faire rayonner la Principauté dans le monde.

 

On connaissait Rainier III, le prince bâtisseur… Voici, Rainier III, le prince médiatique. C’est ce visage du souverain monégasque que les archives audiovisuelles de Monaco vont dévoiler aux spectateurs dans un documentaire baptisé Rainier III, en films, projeté le 23 juin au théâtre des Variétés. L’objectif n’est pas de faire un énième documentaire sur la vie et l’œuvre du prince Rainier III. Ni même de marquer les 10 ans de sa disparition. « L’idée est de montrer comment le Prince, lorsqu’il accède au pouvoir en 1949, va s’appuyer sur le cinéma, la télévision et la radio pour construire une autre image de Monaco, explique le directeur des archives monégasques, Vincent Vatrican. Le choix des documents d’archives a été guidé par un besoin : montrer comment la représentation de Monaco par les médias étrangers a très sensiblement changé au cours du siècle. » Car au fil de ces décennies, ce Monaco qui n’était alors « qu’un point minuscule sur la carte du monde », devient un lieu ultra médiatisé.

 

Mariage

L’un des points de départ de cette période très médiatique est bien sûr le mariage du prince Rainier avec Grace Kelly en avril 1956. Un mariage médiatisé comme aucun autre événement dynastique auparavant. « Epouser une actrice de cinéma au faîte de sa gloire a été sans doute déterminant pour que les caméras qui, jusqu’ici, ignoraient jusqu’au nom même de Monaco, posent d’un seul coup un œil plus attentif sur la Principauté », estime Vincent Vatrican. Mais avant même ses fiançailles, le prince Rainier avait déjà pris une décision importante : celle de créer en novembre 1954 la chaîne de télévision Télé Monte-Carlo (TMC) (voir encadré) : « Ce geste est capital. Car il indique que dans le domaine de l’image, Monaco a aussi voulu très vite garder son indépendance et sa souveraineté. » C’est d’ailleurs TMC qui a filmé le mariage de Rainier III, et bien d’autres événements par la suite. Des images en noir et blanc qui ont ensuite fait le tour du monde. Pour réaliser ce documentaire, les équipes de Vincent Vatrican ont épluché une très grande variété de supports rares et inédits : documentaires, actualités cinématographiques, film promotionnel, fiction, captation télévisée, émission radiophonique… Et, bien sûr des films amateurs. Tout ce matériau, présenté de manière chronologique, sera accompagné de commentaires. Vincent Vatrican sera en effet au pupitre aux côtés de Thomas Fouilleron, directeur des archives du palais et docteur en histoire. « Ces commentaires visent à contextualiser les choses, ajoute Vatrican. Et aussi à porter un éclairage historique, documentaire, mais aussi cinématographique, sur ces moments de vie. »

 

(1) Ciné-conférence proposée par les archives audiovisuelles de Monaco. Avec le concours des archives du palais princier de Monaco. Projection publique le 23 juin à 20h30 au théâtre des Variétés. Durée approximative : 2 heures. Tarif : 6 euros.

 

TMC a filmé les grandes heures de Monaco

Pendant 40 ans, c’est Télé Monte-Carlo (TMC) qui a vécu et filmé les grandes heures de la Principauté et du Prince Rainier III. Ce fonds d’images, que les archives audiovisuelles ont récupéré lorsque la chaîne a cessé ses activités éditoriales, constitue une collection de plusieurs milliers de sujets, pour lesquels un plan de sauvegarde a été lancé il y a 10 ans. Malheureusement, pour certains documents, il était déjà trop tard. « Le film d’actualité consacré à la visite du général de Gaulle à Monaco le 23 octobre 1960 a été découvert en 2002, au fin fond d’un garage, dans sa boîte d’origine. Mais il était tellement dégradé qu’il a été impossible de le sauver, rappellent par exemple les archives audiovisuelles. Les seules images connues de cette visite officielle proviennent d’un transfert en vidéo effectué des années plus tôt, mais de qualité médiocre. En revanche, pour les films d’actualités dont les supports argentiques ont été scrupuleusement gardés, le plan de sauvegarde en numérique a pu être mené avec succès. »

journalistSabrina Bonarrigo