Embouteillages :
« Une urgence absolue ! »

Anne-Sophie Fontanet
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Jean-Jacques Raffaele, maire Les Républicains de la Turbie, n’en peut plus des embouteillages sur sa commune. Entouré d’élus locaux, il a organisé le 1er juin une manifestation pour demander la remise en service immédiate de la bretelle de sortie d’autoroute de Beausoleil. Explications.

 

C’est une voie de service qui relie l’autoroute A8 à la route départementale 2 564 vers Menton, et dont les élus du département demandent à l’unanimité la réouverture expresse. Située à proximité de l’aire de Beausoleil, cette sortie construite en 1979 est considérée comme une solution urgente pour la commune de la Turbie, l’une des plus impactées par les flux de circulation entre la France et Monaco. Cette bretelle permet de rejoindre la Grande Corniche sans passer par le centre du village de La Turbie. « 11 000 véhicules se croisent chaque jour à la Turbie. Cela fait longtemps que ça dure, mais ça a eu tendance à s’aggraver depuis quelques années » explique le maire Les Républicains (LR) de cette petite commune d’un peu plus de 3 000 habitants, Jean-Jacques Raffaele. Cette fermeture de bretelle est due à une déclivité trop importante et un virage trop abrupt qui l’empêche donc d’être conforme aux normes de sécurité. « Nous sommes concessionnaires autoroutiers et c’est tout. Escota donne juste la position du ministère des Transports. Nous sommes évidemment prêts à travailler avec le préfet des Alpes-Maritimes. Et nous sommes à l’écoute des problématiques des collectivités pour réaliser des aménagements, si notre contrat de concession nous le demande », se défend Denis Vincent, chargé de la communication pour Vinci Autoroutes.

 Manif-bretelle-autoroute-Beausoleil-@-Kristian

« Saturé »

De nombreux élus locaux de l’Est des Alpes-Maritimes ont fait le déplacement le 1er juin pour manifester leur mécontentement et accentuer la pression sur l’Etat. « Cette bretelle avait déjà été réouverte de 1989 à 1994 et il n’y a jamais eu d’accident » rappelle Jean-Jacques Raffaele. Le premier édile de la Turbie est à bout : « Il y a une urgence absolue ! Car le réseau est saturé, les pendulaires sont excédés, il y a une recrudescence des accidents, des problèmes de sécurité, de pollution… La Turbie est un cas exceptionnel ! » Sur Twitter, le président LR du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, présent lors de la manifestation, a interpellé directement la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie : « Mme Ségolène Royal, la bretelle d’autoroute A8 de Beausoleil doit réouvrir. Le département [des Alpes Maritimes, N.D.L.R.] est prêt à financer ce projet d’intérêt général. » Ciotti s’est également adressé directement à Monaco lors de la conférence de presse post- manifestation : « Il faut que Monaco assume ses responsabilités et trouve des solutions plus volontaristes et plus lourdes. » Prévenu par la mairie de la Turbie, le ministère d’Etat de la Principauté a fait savoir qu’aucun représentant monégasque n’a fait le déplacement étant donné que « cette manifestation [était] prévue en France, par des élus français. » Mais sur le fond, Monaco soutient cette initiative (voir encadré).

 

« Solution »

Seule éclaircie au tableau : la venue la semaine dernière d’Adolphe Colrat, préfet des Alpes-Maritimes, sur place. « C’est un événement, car aucun préfet n’était venu se rendre compte de l’état des lieux depuis 20 ans. Il nous a annoncé la préconisation de petits travaux pour permettre le passage de véhicules légers. De même, il va faire recueillir les données nécessaires au ministère des Transports pour trancher. On attend avec impatience les décisions » explique le maire de La Turbie. Sollicitée par Monaco Hebdo, la préfecture des Alpes-Maritimes a fait savoir qu’elle n’effectuerait pas de communication sur ce sujet. Pour rouvrir immédiatement cette voie de circulation aux véhicules légers, il faudrait créer une voie de ralentissement et un petit aménagement de la départementale. Avant des travaux plus conséquents de sécurisation. Selon une étude de MVA consulting commandée en 2012 par la Principauté et Escota, 16 % des personnes interrogées à l’entrée du tunnel de Monaco estiment qu’elles pourraient emprunter la bretelle de Beausoleil pour accéder à la Principauté, et ainsi contourner le centre-ville de la Turbie. « Le préfet était convaincu de cette réouverture. Mais nous sommes à 1 000 km de Paris. Et il nous reste à convaincre le ministère. Il s’agit d’une solution qu’on peut rapidement mettre en œuvre. On est arrivé au bout du bout. C’est pour ça que je mets la pression » soutient l’édile.

Ces aménagements posent aussi la question de l’accès de plus en plus précaire à Monaco. « Monaco est pour nous un partenaire incontournable, 70 % des Turbiasques y travaillent. On y crée des emplois mais ces emplois ne pourront plus être pourvus car les gens ne voudront pas aller y travailler » renchérit Raffaele. Un maire qui espère toujours mettre en œuvre la construction d’un tramway souterrain entre la Turbie et Monaco avec l’installation d’un parking de dissuasion dans sa commune. « C’est un problème départemental, et c’est donc de notre responsabilité de faire avancer les choses en trouvant une solution tous ensemble » conclut celui qui alterne entre inquiétude et espoir de plus de tranquillité pour son petit village pittoresque.

 

« Trouver rapidement une solution »

Si aucun représentant de Monaco n’a participé à la manifestation du 1er juin, la mairie de la Turbie a informé le ministre d’Etat, Michel Roger, de cette initiative. « Le gouvernement princier est particulièrement attaché à ce que soit trouvée une solution aux problèmes récurrents de circulation et d’encombrements auxquels est confrontée la ville de La Turbie » précise-t-on au ministère d’Etat. A de nombreuses reprises, Monaco a attiré l’attention des autorités françaises, nationales ou locales, « sur la nécessité de réexaminer le dossier de la bretelle de l’autoroute en direction de Beausoleil et de trouver rapidement une solution en vue de sa réouverture. » Michel Roger précisant même que « la Principauté est prête à participer aux études qui doivent être engagées dans ce sens avec la préfecture et Escota. Sachant qu’il s’agit en outre d’un souhait commun des maires des communes limitrophes de la Principauté. »

 

Pour des états-généraux de la circulation

Le 26 mai, en séance publique, le président Horizon Monaco (HM) du Conseil national, Laurent Nouvion, a demandé au ministre d’Etat, Michel Roger, d’organiser le plus vite possible des états généraux de la circulation en Principauté. Une réunion pour rassembler les responsables élus et administratifs des communes limitrophes, ainsi que la SNCF et les élus du Conseil national. « On ne peut plus continuer ainsi. Malgré vos efforts, à l’horizon de 10 ans, nous allons suffoquer à Monaco intra-muros. Et la Principauté sera isolée, car inaccessible. Il en va de la qualité de vie de nos compatriotes et des résidents. Nos fonctions respectives nous obligent, vous et moi, à agir. Et à ne pas faire l’économie d’aucune piste, ni d’aucune idée dans ce domaine », a lancé Laurent Nouvion.

journalistAnne-Sophie Fontanet