Patrice Cellario :
« Une immense responsabilité »

Raphaël Brun
-

Le nouveau conseiller pour l’Intérieur, Patrice Cellario, a accepté de raconter son parcours à Monaco Hebdo. Interview.

 

Vous avez mené quel type d’études ?

Né en novembre 1953 à Monaco, j’y ai effectué ma scolarité et j’y ai passé le baccalauréat. Après les classes préparatoires à Marseille, j’ai intégré la section Génie Physique de l’Institut National Polytechnique de Grenoble (INPG, devenu ensuite Grenoble INP), où j’ai suivi une formation d’ingénieur physicien. J’ai donc suivi des études scientifiques pour me consacrer, a priori, à la recherche en physique. L’aéronautique, et plus précisément l’aérospatiale, était un domaine qui m’intéressait particulièrement.

 

Et ensuite ?

Ensuite, j’ai poursuivi des études avec un DEA, puis ai soutenu une thèse de doctorat en énergétique physique. J’ai travaillé brièvement au Centre d’Etude Nucléaire de Grenoble (CENG) qui est l’un des centres du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Grenoble. Puis, comme je souhaitais travailler dans mon pays, je suis revenu à Monaco en 1982.

 

Votre premier emploi ?

Je suis entré dans l’administration, comme chef de section au service du Contrôle Technique, devenu ensuite la direction du contrôle des concessions et des télécommunications.

 

En quoi consistait votre travail ?

Le travail consistait à contrôler les entreprises qui bénéficient d’une concession auprès de l’Etat, comme Monaco Telecom par exemple.

 

Comment a évolué votre carrière ?

En 1984, Bernard Fautrier le conseiller de gouvernement pour les travaux publics et les affaires sociales de 1984 à 1995, m’a demandé si participer à la fin des travaux de construction du stade Louis II et mettre en service cet ouvrage m’intéressait. Voilà comment j’ai pris la direction technique du stade Louis II.

 

Tout s’est bien déroulé ?

De mars 1984 à fin 1984, j’ai participé avec les équipes de la direction des travaux publics à la fin de la construction du stade. Puis en 1985, j’ai assuré le fonctionnement de ce nouvel outil, avec notamment la planification des différentes compétitions organisées dans ce stade.

 

Quelle a été l’étape suivante ?

En 1988, je suis devenu chef de division à la direction des travaux publics. En 1991, j’ai été nommé directeur adjoint. Puis directeur l’année suivante. En 1998, j’ai créé la direction de l’environnement, de l’urbanisme et de la construction. J’ai assumé sa direction jusqu’en 2001.

 

Pour faire quoi ?

En 2001, j’ai laissé la partie urbanisme opérationnel à la direction de l’urbanisme et en mission de créer la direction des études d’urbanisme et de la prospective. En 2008, j’ai pris la tête de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité. Puis, en novembre 2009, je suis devenu directeur général du département de l’Intérieur. Jusqu’au 4 avril 2015, où j’ai été nommé conseiller pour l’Intérieur.

 

Votre réaction ?

J’ai pris cette nomination comme un très grand honneur. C’est une marque de confiance de la part du prince Albert. C’est aussi une immense responsabilité.

 

Vous avez presque 6 ans d’expérience à l’Intérieur : c’est un atout ?

Je considère qu’on ne connaît jamais assez bien les choses. Mais c’est vrai que connaître les choses de l’intérieur est un atout. J’ai eu la chance d’avoir pu travailler, pendant cette période, en étroite collaboration avec mon prédécesseur, Paul Masseron, à qui je tiens à rendre hommage. Avec lui, j’ai pu collaborer dans une grande relation de confiance et de complémentarité, ce qui m’a permis de beaucoup apprendre de 2009 à 2015.

 

L’Intérieur, c’est loin de Grenoble et de votre formation d’ingénieur physicien ?

Oui et non. Ce n’est évidemment pas la même matière qui est abordée. Mais la démarche de recherche scientifique, le questionnement que l’on a par rapport à un problème peuvent être utilisés dans presque n’importe quelle situation. Car quel que soit le problème qui se pose, il existe une approche par rapport à des données, à des hypothèses et à des éléments qu’il faut confronter pour pouvoir dégager les moins mauvaises solutions.

 

Votre poste était auparavant occupé par un haut fonctionnaire français : c’est une surprise ?

La surprise est peut-être moins grande pour celui qui devient titulaire du poste que pour ceux qui voient tout ça de l’extérieur. Mais des Monégasques ont déjà occupé ce poste de conseiller pour l’Intérieur. Notamment Pierre Blanchi et Paul Noghès au début des années 1950.

 

Un Monégasque conseiller pour l’Intérieur, cela est révélateur de quoi ?

J’aurais tendance à dire de façon très humble, et je ne parle pas ici de moi, que cela montre que la communauté monégasque a en son sein des personnes jugées capables d’occuper des postes à responsabilité.

 

Un Monégasque conseiller pour l’Intérieur, ça change la perception des gens ?

Je ne suis pas sûr que cela change la perception de M. et Mme Tout-le-monde. Mais pour certains, cela doit la changer. Les fonctionnaires français nommés à ce poste ont prêté serment au prince. Ils sont donc devenus des serviteurs de la volonté du prince. Au même titre que tout Monégasque nommé dans l’administration.

 

Etant donné la convention franco-monégasque de 2005, l’Elysée dispose toujours d’un droit de regard ?

Selon les dispositions de cette Convention, les deux Etats se concertent afin de s’assurer que la personne choisie par le Prince Albert pour le poste de conseiller pour l’Intérieur jouisse de leur confiance respective.

 

Un Monégasque à l’Intérieur, ça signifie que l’on pourrait voir bientôt un autre Monégasque à la direction de la Sûreté Publique ?

C’est surtout la question de la compétence et de la bonne adéquation des personnes qui compte. Le choix final doit être guidé par la recherche de la compétence optimale.

 

Les Monégasques sont donc de plus en plus aptes à assumer des postes à très hautes responsabilités ?

Bien évidemment. Par rapport aux années 1960, les Monégasques font des études de plus en plus longues et pointues et n’hésitent pas à partir se former à l’étranger. Ils acquièrent ainsi de très intéressantes expériences professionnelles. Ce qui peut être très intéressant pour notre pays.

 

Votre département couvre la Sécurité, la Culture, l’Education nationale, la Jeunesse, les Sports et les cultes : c’est trop ?

A cela, il faut ajouter aussi le rôle d’interface que l’on assure avec tout le riche tissu associatif monégasque. On pourrait penser que notre travail consiste à faire le grand écart entre des secteurs d’activité très éloignés. Mais je crois plutôt qu’il y a une vraie cohérence dans tout ceci.

 

C’est-à-dire ?

Parce que l’ensemble des activités contribue de faire de Monaco une terre d’accueil et d’attractivité. L’attractivité en Principauté, c’est d’abord et avant tout la sécurité et le bien-être que l’on assure à nos résidents. Il y a aussi l’offre éducative que l’on propose, la diversité des offres culturelle et sportive. Donc tout ceci a une vraie cohérence sur un territoire réduit à seulement 2 km2. Il faut assurer une coordination à ces différents secteurs d’activité et leur offrir le plus de simplicité possible. C’est le rôle du département de l’Intérieur.

 

Il faudrait créer un poste spécifique de conseiller pour la Culture ?

Je crois avoir répondu à cette question précédemment.

 

Les principaux dossiers sur lesquels vous allez travailler, secteur par secteur ?

Je travaille depuis le 4 avril dans la continuité de ce qui a été initié par mon prédécesseur, Paul Masseron. Tout cela s’inscrit généralement sur le moyen et le long terme, sauf pour les événements inhabituels, comme l’organisation de l’assemblée générale d’Interpol par exemple.

 

Quels sont vos loisirs ?

Il y a déjà les loisirs liés à mon activité professionnelle. Je pense notamment au sport et à la culture. Par ailleurs, j’aime particulièrement le théâtre. Notamment les classiques et quelques auteurs modernes, comme Yasmina Reza, Eric-Emmanuel Schmitt ou, dans un tout autre style, Patrick Haudecoeur. J’apprécie aussi les voyages… quand j’ai le temps d’en faire.

 

Votre dernier voyage ?

Mon dernier voyage, c’était au Japon. Enfin, j’aime les sports d’équipe, comme par exemple le basket, le football lorsque le spectacle est de grande qualité, ainsi que la F1.

 

journalistRaphaël Brun