Deux Estoniens condamnés pour un braquage express

Anne-Sophie Fontanet
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L’enseigne de joaillerie et horlogerie de luxe Zegg & Cerlati a été victime en mai 2008 d’un braquage à main armé. Deux jeunes hommes ont été condamnés à 6 ans de prison ferme devant le tribunal criminel de Monaco.

 

Ce n’est pas vraiment les mêmes hommes qu’a eu à juger pendant deux jours le tribunal criminel de Monaco les 16 et 17 mars dernier. Le 2 mai 2008, vers 12h20, Tanel Kull, 24 ans à l’époque des faits, entre dans la boutique Zegg & Cerlati située avenue de la Costa. Il porte un chapeau et de grosses lunettes. Mais ce qui retient l’attention des quatre employés présents à ce moment-là, c’est le pistolet qu’il braque sur eux. Geneviève, l’un des témoins, se souvient : « Je savais qu’il fallait appuyer sur l’alarme. Mais je ne me sentais pas de le faire. » La peur paralyse toute l’équipe qui est, encore aujourd’hui, choquée.

 

45 secondes

Ce jour-là, tout va très vite. En moins de 45 secondes, les deux complices de Tanel brisent avec des marteaux de bricolage cinq des huit vitrines de l’enseigne. Parmi les braqueurs, le jeune Sander Sarik, 19 ans. Le troisième, Rauno Kuklase, actuellement emprisonné en Grande-Bretagne, ne pourra pas comparaitre devant la justice monégasque avant septembre 2016, date de sa libération. Lors de ce braquage express, ces trois Estoniens s’emparent de 28 montres de luxe pour un montant de 73 045,23 euros, avant de s’évanouir dans la nature. Mais ce trio laisse derrière lui quelques indices pour les enquêteurs arrivés sur les lieux seulement 1 minute après les faits.

 

Gang

Du sang notamment. Car en brisant les vitrines, Rauno Kuklase s’est blessé. Les enquêteurs retrouvent aussi des vêtements dans des rues adjacentes. Et enfin, leurs visages sont enregistrés par les caméras de vidéosurveillance. « Vous agissiez à visage découvert. Vous étiez facilement reconnaissables. Pourquoi ? » les questionne le président du tribunal Marc Salvatico. « Je ne suis pas un criminel professionnel », lui répond Tanel Kull. En fait, les trois jeunes ont exactement reproduit ce qu’il leur avait été décrit quelques jours plus tôt à Amsterdam. Un Estonien d’une trentaine d’années leur aurait dévoilé le mode opératoire. Déjà utilisé dans de nombreux braquages à travers l’Europe, il a fait ses preuves. C’est comme cela que les enquêteurs monégasques ont compris qu’ils avaient probablement à faire avec une organisation connue sous le nom de « gang des Estoniens. »

 

« Petites mains »

« Je n’étais pas au courant que nous étions un gang. Nous étions des petites mains. » A 25 ans, Sander Sarik a déjà purgé plus de six années de prison en Angleterre pour deux braquages similaires. A Monaco, il réitère ses aveux. « J’ai tourné la page. Je regrette beaucoup ce que j’ai fait », avance Sander Sarik devant la cour. Même position pour Tanel Kull, 31 ans et père depuis peu d’un enfant : « C’est la plus belle chose qui me soit arrivée. » Avant d’ajouter : « Les années de prison qui m’attendent ne vont pas changer l’homme que je suis devenu. » La motivation de ses deux hommes : l’argent facile ou des dettes de drogue à rembourser. « Je voulais avoir du respect. Je reconnais maintenant que c’était du mauvais respect », souffle Sarik.

Butin

Pourtant, ce vol violent à Monaco ne leur aura pas permis d’empocher une fortune. Quelques centaines d’euros seulement. « Ils ont dit que ce n’était pas suffisant », avance Sarik. Qui est ce « ils » ? La question ne trouvera pas de réponses pendant les débats. « Il pourrait y avoir de graves conséquences. L’Estonie est un petit Etat… », concède Kull. « Des personnes qui avaient refusé de participer à ces braquages ont été retrouvées mortes dans une forêt en Estonie », raconte Sarik. S’ils se disent victime d’un réseau, tous ont pourtant admis avoir délibérément et consciemment commis ce braquage.

Car, pour eux, Zegg & Cerlati n’est qu’un braquage parmi d’autres. C’est d’ailleurs ce qui aura causé leurs pertes. En Italie, pour Kull, arrêté à San Remo en flagrant délit lors d’un autre vol. En Angleterre, pour Sarik, où les comparaisons ADN ont « matché » avec le sang retrouvé sur la chemise qu’il avait abandonnée.

Cette image de repenti, le procureur général Alexia Brianti la balaie d’un revers de main. « Les actes qu’ont commis ces deux personnes sont des crimes d’une violence inouïe. Ils ont tenté de se présenter sous leurs meilleurs traits. Mais ce sont bien des professionnels qui ont agi avec froideur et violence, grâce à un modus operandi redoutable. Leur culpabilité est parfaitement établie. »

 

« Argent facile »

Pour le procureur, leur unique but était de récupérer de l’argent facile « coûte que coûte. Ils ont fait le choix délibéré d’entrer dans la criminalité alors qu’ils venaient de familles normales. » Alors que la loi prévoit dans ce genre de cas une peine de perpétuité, Alexia Brianti réclame 6 ans de prison ferme à l’encontre de Sarik et Kull.

Pour les avocats de la défense, il faut ajuster les profils. « C’est une cheville ouvrière qui fait le braquage pour servir les intérêts de personnes plus âgées et plus influentes, avec l’illusion de l’argent facile », souligne Me Charles Lecuyer, qui défend Sander Sarik. « Ils ont fait parti d’un réseau sans même le savoir. Ces deux-là étaient des pions ! Ce ne sont pas des chefs de réseau. La sanction doit être utile », plaide Me Thomas Giaccardi. La sentence du tribunal criminel de Monaco suivra les réquisitions du procureur général. Sander Sarik et Tanel Kull sont condamnés à 6 ans de prison ferme.

 

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