Rock in Monaco

Aymeric Brégoin
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Loin de l’image glamour de la Principauté, le rock brut de Miss America tourne sur les scènes françaises sous l’étendard rouge et blanc.

 

C’est dans un immeuble quasi-inoccupé, entre la rue Grimaldi et le boulevard Rainier III, que Lola, Morgane, Dimitri et Tommy se retrouvent plusieurs fois par semaine. C’est ici qu’ils répètent, depuis qu’ils ont fondé Miss America en 2012. Morgane et Tommy sont niçois, Lola et Dimitri sont mentonnais. Mais, globalement, Miss America est indéniablement monégasque.

 

« Vintage »

C’est d’ailleurs ce qui détonne. Loin de l’idée d’un paradis touristique et financier, le groupe fait du rock. Du vrai. « Un rock’n’roll un peu vintage », résume Tommy, le chanteur à la voix rocailleuse. Du rock comme on n’en fait plus ? « Il y a tellement peu de gens qui font du rock’n’roll qu’on devient à nouveau des précurseurs », plaisante Lola, la bassiste, qui définit leur musique comme « un rock intemporel et populaire. » La preuve : « Notre plus vieux fan a 87 ans ! », s’amuse Lola. À leur concert, toutes les générations, des ados aux jeunes retraités, viennent écouter ce rock qui traverse les âges.

 

EP

Même engouement avec leur EP, un mini-album de six titres, sorti en novembre. Six titres, dont deux ont été mixés et masterisés par un studio de Chicago. Et deux ont été enregistrés au local monégasque par le « homestudio » développé par Dimitri, le guitariste. Le CD s’est classé comme meilleure vente 2014 des EP indépendants chez Hit Import, un disquaire bien connu à Nice. « Le mec n’en voulait pas au départ, il disait que les EP, ça ne se vendait plus. Une heure et demie après, il nous a rappelés parce qu’il n’y en avait plus », se souvient Morgane. « Ça fait partie de nos petites fiertés », sourit le chanteur.

 

Showcase

Actuellement, le groupe fait la promotion de son EP. Le 8 février, ils ont invité une centaine de leurs fans à assister à un showcase privé, aux studios de La Victorine, à Nice. Un enregistrement « live » de six morceaux, filmé par huit caméras. « On va en faire un petit événement sur le web », explique Tommy. Ce show sera en effet diffusé sur Internet début mars. Une seule fois. « Cela sera un concert virtuel à lecture unique », confirme Olivier Morino, le manager. Miss America communiquera le jour et l’heure de la diffusion sur le web. Aux fans de faire attention : après cette diffusion, il devrait être impossible de regarder à nouveau la vidéo.

 

Ricard

Miss America est d’ailleurs très présent sur les réseaux sociaux, dont Facebook. Un moyen de rester en contact avec leurs fans et de s’en faire de nouveaux. « Le but, c’est que les gens écoutent notre musique. Si Chuck Berry avait eu Twitter, il l’aurait utilisé », se marre Tommy. « Mais il ne faut pas racoler, il faut que ça serve la musique. » C’est grâce à ses fans que le groupe est arrivé dans le Top 100 du public au concours Ricard SA Live Music, un tremplin sur Internet destiné à des artistes émergents. Le seul sous la bannière monégasque. « On s’est inscrit avec plus de deux semaines de retard, alors que ça ne durait qu’un mois, se souvient Tommy. C’était un petit défi qu’on s’est lancé. »

 

Port

Des défis, Miss America en a déjà relevé beaucoup. Notamment des premières parties aux côtés de grands noms, comme Kool & The Gang à la fête du port de Nice en 2014. Ou Simple Minds au festival niçois Crazy Week la même année. Le groupe a aussi participé au Hard Rock Rising Tour, avant de s’envoler pour de prestigieuses salles parisiennes : le Bus Palladium, le New Morning ou le Gibus… Mais c’est en Principauté que les membres affichent clairement leur attachement. « On sort très souvent sur le port ou au McCarthy’s, un pub irlandais », raconte Lola. Et quand ils ne sont pas en train de boire un verre, ils sont sur scène. Au Stars’N’Bars pour « l’independence day », au Ni Box, ou sur la place d’Armes pour le lancement du film Rush (2013), lors du Grand prix de Monaco en 2013.

 

URSS

Mais la force de Miss America, ce sont ses prestations scéniques. Deux mecs, deux filles, ça attire. Et ils en jouent, avec un univers emprunté à la Guerre froide. Tommy et Morgane arborent le drapeau américain, Dimitri et Lola revêtent le marteau et la faucille. « On cherchait une imagerie forte », se rappelle Tommy. Les quatre membres s’accordent sur l’URSS et les États-Unis, entre provoc’ et satire. « La musique n’est pas vouée à être politique. On ne voulait pas être un groupe qui impose une vision. Ceux qui le font sont libres. Mais ça me met mal à l’aise… », explique Dimitri, thésard en droit international. « De plus, les affiches de propagande de l’époque sont une mine d’or », ajoute le manager-infographiste, qui s’occupe de l’aspect visuel du groupe.

 

Patinoire

Samedi 28 février, Miss America sera dans un climat digne de la Russie : le groupe se produit en effet à la patinoire Jean-Bouin, à Nice. Une des seules dates prévues avant de jouer dans les festivals de l’été. En mai, ils sont déja « bookés » aux Moissons Rock, dans la Marne, aux côtés de The Dukes et de l’ancien du groupe Téléphone, Louis Bertignac. Le quatuor de rock sera aussi à voir sur la scène du Midem, qui se déroulera à Cannes du 5 au 8 juin. Puis, toujours en juin, retour sur leur terre d’adoption pour l’inauguration des nouveaux locaux de l’Association des jeunes Monégasques (AJM), sur le port Hercule. Avant de se lancer un autre défi, en Principauté cette fois. « On aimerait vraiment faire la fête de la musique à Monaco », espère Tommy.

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