Culture Sélection de janvier 2015

Raphaël Brun
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Le-Proces-de-Viviane-Amsalem

Le Procès de Viviane Amsalem

de Ronit et Shlomi Elkabetz

Digne. Pour Viviane Amsalem, les choses sont simples. Elle souhaite divorcer. Son mari, Elisha refuse. Et cela fait trois ans que ça dure. En Israël, les Rabbins ne peuvent pas mettre fin à un mariage sans l’accord du mari. Ce qui débouche ici sur une situation ubuesque qui s’étendra sur 5 années. Et presque deux heures pour les spectateurs de ce huis-clos, à la fois dur, cruel et drôle. Il faut souligner l’incroyable jeu d’acteur de Ronit Elkabetz. Digne et obstinée, elle fait face au tribunal rabbinique et à son mari qui souffre et l’aime encore. Société machiste, système et lois dépassées… Ronit et Shlomi Elkabetz signent un nouveau film important sur la condition de la femme dans la société israélienne.

Le Procès de Viviane Amsalem de Ronit et Shlomi Elkabetz, avec Ronit Elkabetz, Menashe Noy, Simon Abkarian (FRA/ISR/ALL, 1h56, 2014), 19,99 euros (DVD). Pas de sortie blu-ray.

 

Young-Ones

Young Ones

de Jake Paltrow

Terres. L’eau est devenue rare, mais Ernest Holm espère encore pouvoir rendre ses terres fertiles. Il protège sa fille Mary et son fils Jerome. Sauf que le petit ami de sa fille, Flem Lever, veut mettre la main sur les terres d’Ernest Holm. Ce western futuriste est étonnant mais séduisant. Ecrit et réalisé par le frère de Gwyneth Paltrow, Young Ones évoque Sergio Leone et Mad Max (1979). Divisé en trois parties, avec pour chacune un personne principal différent, ce film d’anticipation est porté par Michael Shannon, déjà vu dans Take Shelter (2011) et Les Noces Rebelles (2008) notamment. Mais aussi par un cyberâne qui changera le cours du récit. Si, si.

Young Ones de Jake Paltrow, avec Michael Shannon, Nicholas Hoult, Elle Fanning (USA, 1h44, 2014), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 6 janvier.

 

Les-Bruits-de-Recife

Les Bruits de Recife

de Kleber Mendonça Filho

Parano. Trop souvent, les trop rares films qui nous arrivent du Brésil évoquent des histoires d’extrême pauvreté et de violence. Pour son premier film, Kleber Mendonça Filho prend le contrepied et pose sa caméra dans un quartier résidentiel, à Recife, sur la côte nord-est du pays. Des vies très différentes nous sont montrées, avec pour dénominateur commun, un immeuble. Cette micro-société, plutôt calme, est troublée lorsqu’une société de sécurité privée s’installe dans le quartier. Gage de tranquillité pour les uns, risques de violence pour les autres, la paranoïa gagne du terrain. Jusqu’à l’explosion ? Un tableau sociétal, fin et inspiré, à ne pas rater.

Les Bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, avec Irandhir Santos, Gustavo Jahn, Maeve Jinkings (BRE, 2h11, 2014), 19,99 euros (DVD). Pas de sortie blu-ray. Sortie le 6 janvier.

 

Un-Homme-Tres-Recherche

Un Homme Très Recherché

d’Anton Corbijn

Carré. Adapté d’un thriller de John Le Carré, Un Homme Très Recherché est le dernier film tourné par l’excellent acteur américain, Philip Seymour Hoffman (1967-2014) en tant que premier rôle. Le Néerlandais Anton Corbijn, dont on a beaucoup aimé Control (2007), un biopic sur Ian Curtis et Joy Division, signe un film classique dans la forme et mélancolique sur le fond. Moins complexe que l’intrigue de La Taupe (2011), la traque d’un supposé terroriste à Hambourg par une unité antiterroriste allemande dirigée par Günther Bachmann (Philip Seymour Hoffman), reste passionnante.

Un Homme Très Recherché d’Anton Corbijn, avec Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Grigoriy Dobrygin (USA/GB/ALL, 2h02, 2014). 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 21 janvier.

 

Frankenstein-et-autres-romans-gothiquesFrankenstein et autres romans gothiques

Nouvelles traductions d’Alain Morvan et Marc Porée, édition d’Alain Morvan en collaboration avec Marc Porée

Incontournable. Le Château d’Otrante (1764), Vathek (1782), Le Moine (1796), L’Italien (1797) et Frankenstein (1818). Ce volume de la Pléiade est absolument incontournable. Il regroupe cinq œuvres au charme noir et sulfureux, présentées de manière chronologique. Ce qui permet de mieux comprendre comment le roman gothique a évolué. Si Horace Walpole (1717-1797) pose les bases romanesques de cette littérature, Mary Shelley (1797-1851) enrichit ce genre en explorant les contradictions de l’âme humaine. La Pléiade offre une occasion unique de plonger dans le cercle érudit de ces romanciers gothiques, issus de milieux aisés. Foncez.

Frankenstein et autres romans gothiques, Nouvelles traductions d’Alain Morvan et Marc Porée, édition d’Alain Morvan en collaboration avec Marc Porée (La Pléiade) 1 440 pages, 65 euros (58 euros jusqu’au 31 janvier).

 

Maudits-Oates

Maudits

de Joyce Carol Oates

Prolifique. Après avoir dévoré Frankenstein et autres romans gothiques, il est très intéressant de se jeter sur Maudits. D’abord parce que la très prolifique Joyce Carol Oates, 76 ans, reste un auteur à suivre. Ensuite parce que son dernier livre offre un prolongement sur ce qu’est la littérature gothique aujourd’hui. L’histoire est celle d’une puissante dynastie du début du siècle dernier, à Princeton (New Jersey). Vampires, démons, meurtres, fantômes… Tout y est. Roman gothique oui, mais roman social aussi, où fiction et faits historiques sont habilement mêlés pour livrer une critique en règle d’une société américaine puritaine et conservatrice.

Maudits de Joyce Carol Oates, traduction de Claude Seban (Editions Philippe Rey), 864 pages, 25 euros.

 

Lhomme-au-complet-gris

L’homme au Complet Gris

de Sloan Wilson

Business. Les plus cinéphiles ont vu The Man in the Gray Flannel Suit (1956), un film de Nunnaly Johnson (1897-1977) avec Gregory Peck et Jennifer Jones. Pour faire face à des problèmes d’argent, Tom Rath accepte un nouveau poste, mieux payé, mais très chronophage. Ce qui met en péril son couple qui ne va déjà pas très bien. Sloan Wilson (1920-2003) a publié L’homme au Complet Gris en 1955 et ce livre est rapidement devenu un bestseller. Ce qui poussera cet auteur américain a publier une suite en 1984, L’homme au Complet Gris II, qui ne rencontra pas le même succès. Largement autobiographique, ce livre finalement très actuel pose la problématique de la structure familiale désormais dominée par le business et l’argent.

L’homme au Complet Gris de Sloan Wilson (Belfond), 456 pages, 17 euros. Sortie le 8 janvier.

 

La-Gigantesque-Barbe-du-Mal

La Gigantesque Barbe du Mal

de Stephen Collins

« British. » Les amateurs d’humour « so british » doivent absolument se jeter sur La Gigantesque Barbe du Mal. Stephen Collins raconte l’histoire de Dave, un personnage modèle qui vit sur une île où tout va bien et qui mène une vie réglée, sans histoire. A part pour un détail : un poil de barbe impossible à dompter, au point de tout faire voler en éclats. Dessiné au crayon gris, les planches de cette BD sont superbes. A la fois absurde et mélancolique, La Gigantesque Barbe du Mal est aussi une fable pleine de poésie. Stephen Collins, 34 ans, a débuté en 2003, en publiant ses dessins dans Le Times. La Gigantesque Barbe du Mal a remporté le prix du 9ème art lancé par Graphic Scotland.

La Gigantesque Barbe du Mal de Stephen Collins, traduit de l’anglais par Cécile Guais (Cambourakis), 248 pages, 28 euros.

 

The-Lodger

The Lodger

de Karl Stevens

Désabusé. Le dessinateur américain Karl Stevens a publié sa première œuvre, Guilty, en 2004. Il a enchainé par The Lodger, un recueil de « strips », c’est-à-dire des BD de quelques cases seulement, publiées de façon hebdomadaire à partir de 2009 dans le quotidien le Boston Phœnix, sous le titre Failure. The Lodger est une BD hétéroclite et passionnante qui alterne couleur et noir et blanc. Car c’est l’occasion de voir Karl Stevens se raconter, de façon désabusée et ironique. Alcool, joints, post-ado attardé, amant largué et pas toujours performant… Stevens ne s’épargne rien. Les commentaires sarcastiques et pragmatiques de sa chienne Cookie, ajoutent une dimension humoristique supplémentaire. Les planches en couleur sont de toute beauté. Une BD dont la date de sortie exacte restait à préciser, alors que Monaco Hebdo était en bouclage le 22 décembre.

The Lodger de Karl Stevens (Ego Comme X), 96 pages, 19 euros.

 

Front-Hurricanes-EP-Camp-Claude

Hurricanes (EP)

Camp Claude

Coldwave. On a passé tout l’été à écouter en boucle le superbe titre Trap qui rappelait le meilleur de la coldwave des années 1980. Camp Claude est enfin de retour avec un mini-album (EP) de trois titres. La photographe Diane (Claude) Sagnier et ses deux nouveaux complices, Leo Hellden et Mike Giffts du groupe Tristesse Contemporaine, livrent un disque planant construit autour de la jolie voix de Diane Sagnier. La ballade Hurricanes en est un exemple parfait. Mis dans la lumière grâce au concours Inrocks Lab, Camp Claude distille une pop élégante et sombre. Les clips imaginés par Diane Sagnier valent aussi le détour, en attendant un premier album qui pourrait débouler début 2015.

Hurricanes (EP), Camp Claude (Believe Rec.), 2,99 euros (sur les plateformes de téléchargement).

 

Love-Kraft-part-2-The-Hacker

Love/Kraft, part. 2

The Hacker

Diptyque. On avait aimé le premier volume du nouveau projet livré par le DJ grenoblois The Hacker il y a quelques mois. Michel Amato nous livre 7 nouveaux morceaux pour clore son diptyque. Love/Kraft, part. 2 est clairement divisé en deux parties. La première, Kraft, débute par Jalousy, un titre sombre et rythmé, taillé pour les clubs. Love/Kraft est tout aussi énergique, alors que Tenebra, appuyé par la voix de Michael Zodorozny, a des relents plus pop. Past & Future évoque davantage la rêverie. Des rêves très aériens et électro bien sûr. Mention spéciale à You et à Sommeil Solitude, parfaits mélanges de mélancolie et de noirceur. The Hacker sera en concert le 17 janvier à Grenoble.

Love/Kraft, part. 2, The Hacker (Zone Music), 6,93 euros (sur les plateformes de téléchargement).

 

Diskonoir-Etienne-Daho

Diskönoir

Etienne Daho

Elégant. « Il n’est pas de hasard, il est des rendez-vous, pas de coïncidence. » C’était en avril 2000. Daho sortait un album, Corps et Armes, qui débutait par un titre sublime, Ouverture. Ce titre, on le retrouve dans Diskönoir, un album « live » qui reprend l’essentiel de la tournée Diskönoir Tour qui a suivi la sortie du somptueux Les Chansons de l’innocence retrouvée (2 013). En 22 titres enregistrés à la Cité de la Musique et à la salle Pleyel en juillet 2014, de Satori Theme à Des Heures Hindoues, du Grand Sommeil à Epaule Tattoo, Daho déroule son univers pop et élégant. Il ne manque que Week-end à Rome, chanté a cappella en fin de concert avec le public, notamment à Cannes le 14 novembre dernier. Le Diskönoir Tour continue. Rendez-vous, entre autres, le 10 juillet 2015 aux Francofolies de La Rochelle.

Diskönoir, Etienne Daho (Polydor), 17,99 euros (Deluxe Edition, 2 CD), 22,99 euros (vinyle, 2 volumes).

journalistRaphaël Brun