L’art au secours
d’un océan en souffrance

Anne-Sophie Fontanet
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La mer éternelle et paisible, est-ce encore pour bien longtemps ? 22 artistes veulent interpeller le public au travers de créations visuelles et sonores.

 

« On voit la mer tous les jours, on s’y baigne. On est directement touchés par les menaces qui touchent les océans ». Sur une idée de l’artiste monégasque Patrice Woolley, 22 sculpteurs, peintres ou musiciens ont uni leur imagination pour une opération de visualisation artistique de cette problématique. De la pollution anthropique à la fonte de la banquise, en passant par la chasse illégale à la baleine, la surpêche, la disparition des coraux et les continents de plastique, l’illustration se veut pédagogique. Mais attention : « Ce n’est pas une exposition noire. Il y a des notes d’espoir qui montrent vers où l’on peut aller », détaille Woolley.

 

Dénoncer

Créé il y a trois ans, le collectif artistique Sarasvati, du nom d’une déesse indienne des arts, du langage et de la communication, poursuit sa volonté de faire réagir le public sur des thématiques bien précises. Après la passion du Christ et l’érotisme, le collectif affronte le large thème des océans. « Un thème particulier est à chaque fois un nouveau challenge, nous sommes confrontés aux autres et cela crée enthousiasme et émulation », pense Nathalie A. Lecuyer. Elle exposera plusieurs tableaux pour dénoncer les coraux envahis d’hydrocarbure notamment. « Il s’agira d’une immersion dans cette mer idyllique, notant la différence entre ce que l’on fait et ce qui pourrait être fait » résume-t-elle. Comme elle, Edyta Sroczynska choisit de défendre des valeurs et une façon de concevoir la vie dans sa production pour l’exposition. « Quelle Terre laissons-nous à nos enfants ? Ce qui compte, au fond, c’est la solidarité avec la nature et notre planète », précise l’artiste. Son cheval de bataille : les tortues marines qui subissent la pollution marine et meurent d’avaler plastiques et autres déchets qu’elles pensent nourriture saine à la surface des océans.

 

Vague d’espoir

« On essaie juste de faire passer le message. Nous ne sommes qu’un coup de marteau supplémentaire », insiste Toby Wright. Le peintre dissémine dans ses toiles une note d’espoir avec une mise en avant de la mer éternelle et paisible. « Celle qu’on souhaiterait garder et entretenir pour les prochaines générations ». Le collectif* veut transmettre une émotion qui aura peut-être tendance à influer durablement sur le comportement des visiteurs. « Il faut à la fois que ça interpelle et que ça pose question. On espère que nos œuvres provoquent un débat d’idées chez le public » souligne Woolley.

Tout au long de son parcours, le visiteur sera accompagné d’une identité sonore créée spécialement pour l’occasion par un compositeur de Menton, Franck Rougier. Une boucle de 20 à 30 minutes parsemée de bruitage de mer remixé électroniquement. « C’est une œuvre à part entière. Il ne s’agira pas uniquement d’ambiance », appuie le musicien. Cinq musiques s’enchaînent de continent en continent, de sensation en sensation.

De l’art numérique, un livre, de la photo, des vidéos, des peintures, des sculptures et même de la musique : Océan réunit des dizaines d’œuvres du collectif spécialement conçues pour l’événement en faisant de cette ressource la préoccupation de tous.

A noter que la fondation Prince Albert II de Monaco présentera, en lien avec la thématique de l’exposition, une sélection de projets environnementaux qu’elle soutient en Méditerranée et sur l’ensemble des océans.

 

Du 24 septembre au 19 octobre. Salle de conférence du musée océanographique de Monaco. Tarif : 14 euros.

Renseignements : 93 15 36 00.

*Collectif composé de Gigi Lopez, Tuula Hirvonen,
Nathalie A. Lecuyer, Paulina Anna Lüer, Edyta, Hannaka, Victoria Khatib, Jen Miller, Mr OneTeas, SAW, Raimond Hommet, Menhyr, Toby Wright, Woolley.
Et en invités : Matéo Mornar, Emmanuelle Maréchal, Vagd, Beli, Thierry Francescano, Laurent Lassource, Françoise Angibaud, Carol Bruton et Franck Rougier.

 

Matéo Mornar, sculpteur de conviction

Mateo-Mornar@MH

© Photo Monaco Hebdo.

Son histoire d’amour avec Monaco dure depuis 40 ans. Depuis qu’il a posé les pieds en principauté, après avoir quitté sa Croatie natale, Matéo Mornar fourmille de projets artistiques qui l’ont conduit du graphisme à l’édition, de la décoration à la sculpture. Dans son atelier monégasque, au quai Antoine Ier, les œuvres se chevauchent, se parlent, se répondent. Là des danseuses, ici un poisson, plus loin les prémices d’un immense éléphant. Leur point commun : la passion de son sculpteur et sa volonté de faire passer des messages. Pas étonnant qu’on le retrouve parmi les artistes engagés dans l’exposition à venir Océan. « Je souhaitais faire partie de l’équipe pour interpeller les gens sur le massacre des thons rouges notamment », réagit Matéo Mornar. Son engagement le conduit aussi à reverser la moitié des revenus de ses ventes à la fondation prince Albert II. Par conviction et pour l’amitié qui le lie à la famille princière depuis des années.

 

Des sculptures de 4 m de haut

Pour travailler sur ses coups de cœur en plâtre, bois, terre ou plastique, le temps est son précieux allié. Elles seront toutes achevées en bronze. Depuis 25 ans qu’il vit de son art, Mornar s’est constitué une réputation de créateur dans l’espace. Il a ainsi élaboré une dizaine de très grandes sculptures de plus de quatre mètres chacune. Comme ce gigantesque pégase, véritable fierté de l’artiste, installé depuis deux ans à Roquebrune-Cap-Martin. Ou cet hippopotame en bronze de près de 1 000 kg en face du casino de Monte-Carlo. A cela s’ajoute une soixantaine de plus petites sculptures qui ont toutes trouvé acquéreur.

Mais à quoi sert le talent si on ne peut le partager ? La transmission est un autre point fort du maître-sculpteur. Outre les nombreux étudiants qui viennent apprendre dans son atelier, ses portes restent ouvertes vendredi et samedi à tous ceux qui voudraient s’exercer aux subtilités de l’art sculptural. Dans la sérénité qui l’entoure, l’immense artiste savoure et poursuit son plaisir d’innovation au gré de ses envies et des convictions qui l’animent.

journalistAnne-Sophie Fontanet