Affaire Sarkozy-Azibert : « une histoire abracadabrantesque »

Milena Radoman
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Les écoutes de l’ancien président de la République, qui prépare un éventuel retour en politique, ont débouché sur une triple mise en examen. Notamment d’un magistrat dont la candidature n’a pas été retenue à Monaco.

« Quel charivari ! C’est une histoire abracadabrantesque. Deux jours de garde à vue pour un poste de conseiller à la cour de révision, c’est cher payé… », commente une source judiciaire de la principauté, selon qui « à Monaco, il y a d’autres postes qui suscitent bien plus la convoitise… » Le 30 juin dernier, Gilbert Azibert, interpellé à l’aube dans son domicile bordelais, était en effet placé en garde vue à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) de la police judiciaire. A l’instar de l’avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et d’un autre magistrat à la cour de cassation, Patrick Sassoust. Et quelques heures avant l’ancien président de la République.
Au final, l’avocat général à la cour de cassation, affecté à une chambre civile, a été mis en examen (tout comme Nicolas Sarkozy et son avocat mais là pour un rôle actif) pour corruption passive, trafic d’influence et violation du secret professionnel, dans le cadre d’un dossier instruit par Patricia Simon et Claire Thépaut. L’homme âgé de 67 ans est en effet accusé d’avoir fourni des informations à l’ancien chef de l’Etat sur l’enquête Bettencourt. Et ce en échange d’un appui pour obtenir un poste de conseiller à la cour de révision à Monaco.

« Aucune intervention extérieure »
Depuis le démarrage de l’affaire, la direction des services judiciaires a pourtant été très claire. Si elle « confirme que M. Gilbert Azibert a été candidat à un poste de magistrat à la cour de révision », cette candidature, qui « n’a pas été retenue », n’aurait bénéficié d’aucun soutien. Et donc d’aucun “coup de pouce” de Nicolas Sarkozy. « Aucune intervention extérieure n’est venue interférer dans cette procédure de recrutement », a affirmé la DSJ dans un communiqué de presse. Ce que Nicolas Sarkozy a défendu lui-même lors de son interview à TF1 et Europe 1 le 2 juillet. « Monsieur Azibert était candidat à un poste à Monaco. Il ne l’a pas eu. Mon avocat, Thierry Herzog, m’a demandé si je pouvais me renseigner pour faire une démarche auprès de Monaco. Je n’ai pas fait cette démarche, c’est dans le dossier, c’est prouvé. […] Il existe une écoute — qui elle n’a pas fuité dans la presse, on se demande bien pourquoi… — où je dis à Thierry Herzog : « Non, je ne ferai pas l’intervention » », a-t-il déclaré. « Où est le trafic d’influence ? Où est la corruption ? Qui a corrompu, et pour quel objet ? C’est scandaleux », s’est indigné l’ancien président français, pointant une volonté délibérée de « l’humilier ».

Pas de pont d’or
Impossible de savoir comment se terminera cette affaire. Il est en tout cas certain que pour Gilbert Azibert, qui a manqué de peu le poste de procureur général près la cour de cassation en 2011, après être passé place Vendôme en tant que secrétaire général du ministère de la Justice, un poste de conseiller à la cour de révision n’aurait pas franchement représenté un pont d’or… Les avantages de la fonction — décrochée au terme d’une forme de cooptation entre le président et les membres actuels de la cour de révision — seraient limités. En 2013, les conseillers ont ainsi chacun perçu en moyenne 13 792,60 euros dans l’année, selon la DSJ. Les rémunérations se plaçant dans une fourchette de 5 000 à 20 317 euros selon les membres de cette vénérable juridiction…
Pas de logement de fonction non plus : les conseillers se réunissent à l’ambassade de Monaco à Paris hors session (10 fois en 2013) et ont pris part à seulement 2 sessions à Monaco. « Ils ne sont même plus logés à l’Hôtel de Paris mais au Novotel », plaisante un magistrat. Si la formule est économique pour la justice monégasque (pour 80 arrêts au total en 2013, chaque décision « coûterait » en moyenne 1 550 euros), le poste ne correspond pas au “bâton de maréchal” fantasmé vu de Paris…

Dernière nomination fin 2013

La cour de révision, soit la plus haute juridiction judiciaire de la Principauté, statue sur les pourvois en cassation. Composée de magistrats issus pour la plupart de la cour de cassation française, elle est aujourd’hui présidée par Roger Beauvois depuis un an. Le magistrat avait démissionné de son poste de président du collège des experts chargés d’examiner les demandes d’indemnisation des victimes du Mediator à l’ONIAM. La dernière nomination à la cour date de fin 2013. Serge Petit, avocat général à la cour de cassation, a été nommé conseiller par ordonnance souveraine du 5 décembre 2013 et installé dans ses nouvelles fonctions le 19 mars 2014.

journalistMilena Radoman