BTP, une situation « préoccupante »

Adrien Paredes
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Le chiffre d’affaires du secteur de la construction a dégringolé de 58 % entre le premier trimestre 2013 et le premier trimestre 2014. Selon les acteurs du BTP, la reprise est proche mais se fait encore attendre. Elle doit aussi s’accompagner d’une nécessaire régulation.

Avec 4 366 salariés recensés, le secteur de la construction est au premier trimestre 2014 le quatrième pourvoyeur d’emplois de la principauté. Dans son bulletin trimestriel, rendu public le 11 juin, l’Institut monégasque des statistiques et des études économiques pointe une réalité dommageable pour l’économie monégasque : le milieu du BTP en principauté se porte extrêmement mal. En cause, une « très nette » diminution du chiffre d’affaires du secteur, qui est passé de 537,5 millions d’euros au premier trimestre 2013 à 224,6 millions d’euros au premier trimestre 2014. 313 millions d’euros en moins, soit un effondrement de 58,2 % du CA.

« Période de transition »
« Le secteur de la construction retrouve un niveau de chiffre d’affaires plus cohérent avec ceux observés ces dernières années », note l’IMSEE qui annonçait pourtant de bons chiffres dans ses relevés trimestriels en 2013. Un trompe-l’oeil puisqu’ils étaient gonflés quasiment par la seule opération de la Tour Odéon. Or, la construction de la plus haute tour de Monaco ne peut faire vivre à elle seule l’activité et qui plus est, elle ne profite pas aux sociétés monégasques. Paradoxalement, si l’activité est au plus bas, le nombre d’entreprises du BTP explose avec 289 sociétés recensées. Chez les acteurs du bâtiment de la principauté, la reprise est vivement attendue pour 2015. Car les diverses opérations relancées et annonces faites par l’Etat n’ont pour l’instant que peu d’impact sur une éventuelle reprise. « Les opérations publiques sont certes relancées et les investissements semblent devoir retrouver, sans doute à partir de 2015, des niveaux similaires à ceux d’avant 2012, mais l’année 2014 reste encore une période de transition, difficile, où les mesures annoncées pour pallier au manque d’activité et de commandes publiques n’ont pas été effectives », analyse Patrice Pastor, président de la Chambre patronale du bâtiment. « La situation de nos membres reste préoccupante, le nombre de sociétés en difficulté en 2013 et 2014, pour certaines en faillite, n’a pas fléchi et les défauts de paiement ou retards de cotisations impactent de plus en plus la caisse de congés payés du bâtiment », poursuit-il.

Concurrence
Le constat est le même pour Jean-François Noaro, président du Groupement des entreprises monégasques du bâtiment. Il observe une année 2014 « délicate » pour les membres du GEMB. « Ils doivent sans cesse faire face à une concurrence déloyale des sociétés extérieures à la Principauté autorisées à intervenir à Monaco, à une surreprésentation asphyxiante des acteurs dans plusieurs métiers de notre profession ainsi qu’à la non application stricte des règles du Vade Mecum (document définissant les modalités de classement des entreprises souhaitant intervenir dans les opérations publiques, les procédures de consultation des sociétés mais aussi les conditions d’attribution des marchés publics), créé et voulu par le prince Rainier, pour assurer un minimum de travail aux entreprises administrées et gérées par des personnes de nationalité monégasque », développe Jean-François Noaro. « Actuellement, les opérations conduites ou relancées par le gouvernement concernent principalement des travaux de rénovation, d’amélioration, d’ouvrages existants. Les crédits débloqués en « urgence » en 2013, suite aux actions répétées de notre corporation, d’un montant dérisoire de 1,2 million d’euros, n’ont pas apporté le surcroît d’activité escompté pour les Monégasques du bâtiment », tance-t-il. Jean-François Noaro dénonce un budget « concentré sur la réfection de la rue Caroline » et qui « bénéficie actuellement à une seule entreprise, filiale d’un grand groupe étranger ». « Nous espérons que les futures opérations d’envergure de la Principauté bénéficieront davantage en 2015 aux entrepreneurs monégasques que ces dernières années. La reprise semble être amorcée aux vues des nombreux appels d’offres adressés à nos entreprises depuis début 2014 par le gouvernement », souligne le président du GEMB.

Régulation, application
Comment sortir de cette situation préoccupante pour le secteur du bâtiment ? Patrice Pastor et Jean-François Noaro convergent dans leurs analyses. « Pour sortir du climat morose actuel, il ne faudra plus à l’avenir que nos entreprises rencontrent un frein massif et brutal dans la politique d’investissement public. Les modalités de création d’entreprises, toujours plus nombreuses et non encadrées par des critères basés sur la compétence, dans notre corporation doivent être régulées », répond le président de la Chambre patronale du bâtiment. Un souhait partagé par le président du GEMB qui évoque la mise en place d’une réglementation basée sur divers critères comme « les diplômes et l’expérience professionnelle. »
Les présidents de la CPB et du GEMB se rejoignent aussi sur une nécessité devenue urgente : la reconnaissance légale et l’application du Vade Mecum aux différents départements et services du gouvernement. Jean-François Noaro note également que « la revalorisation des budgets de travaux attribués en priorité à nos membres dans le cadre de l’équilibrage du service de maintenance des bâtiments publics, réduits chaque année un peu plus, de près d’un tiers sur la seule période 2012-2013, nous apporterait un surcroît de travail appréciable en période de crise économique ainsi que le maintien d’une politique d’investissement public soutenue de la part du gouvernement. »

Chantiers à la carte

Malgré ces temps difficiles, le secteur du bâtiment a connu quelques avancées telles que la mise en place de la carte professionnelle du bâtiment. Cet outil « soutenu » par la CPB a « nécessité une mise à jour, une refonte de l’arrêté ministériel (n° 65-187 du 12 juin 1965) établissant la liste des activités pour lesquelles l’adhésion à la Caisse de congés payés du bâtiment (CCPB) est imposée », expose Patrice Pastor. « Ce dispositif permet de lutter contre le travail dissimulé, facilite les contrôles par les autorités compétentes sur le terrain, apporte une garantie supplémentaire aux donneurs d’ordres dont la responsabilité est engagée en cas de travail non-déclaré, valorise l’image du secteur du bâtiment en Principauté et devrait minimiser à terme l’impact pour nos membres de la concurrence déloyale de plus en plus rude des entreprises extérieures. Notamment des auto-entrepreneurs en France qui peuvent intervenir aujourd’hui à Monaco sans la moindre contrainte ; ce pour autant que des sanctions significatives et dissuasives soient mises en place et appliquées par le gouvernement s’agissant de pareils cas », détaille-t-il.//A.P.

« Construire une principauté moderne »

Selon Marie-Pierre Gramaglia, conseiller de gouvernement pour l’Equipement, l’Environnement et l’Urbanisme, en 2014, sur un budget prévisionnel de 950 millions d’euros, près de 30 % seront consacrés aux dépenses d’équipement et d’investissements.

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© Photo Charly Gallo / Centre de Presse.

Monaco Hebdo : Monaco lance ou va lancer plusieurs chantiers sur une courte période. Est-ce l’occasion de donner un nouveau visage urbanistique et architectural à Monaco et dans ce cas, lequel ?
Marie-Pierre Gramaglia : Les visages urbanistique et architectural de la Principauté évoluent de façon permanente, par petites touches. Nous ne restons pas figés sur une époque, un style, fort heureusement. Ces changements tiennent compte des besoins de logements pour les monégasques mais aussi de ceux des résidents étrangers qui souhaitent s’installer en principauté. Il s’agit aussi de construire des surfaces nécessaires au développement économique et commercial. L’Etat a également la charge de réaliser les équipements publics en matière de santé, d’éducation, de sport, de culture qui accompagnent l’accroissement de la population. La réalisation d’infrastructures et l’entretien de la ville sont aussi importantes et interviennent dans l’urbanisation de la Principauté et dans la qualité de vie de notre pays.

M.H. : Est-ce une nécessité économique pour être attractif face aux places concurrentes ?
M.-P.G. : Les atouts de la Principauté sont nombreux qu’il s’agisse de qualité de vie, d’environnement économique, de stabilité des institutions. Les grands projets engagés par le prince avec le futur CHPG et l’extension en mer, aux côtés de l’urbanisation de l’ancienne voie ferrée et d’autres programmes constituent des signes forts de cette volonté de construire une Principauté moderne, attractive qui sait à la fois préserver la mémoire de son passé tout en étant pleinement tournée vers son avenir.

M.H. : Financièrement, l’Etat monégasque va-t-il pouvoir assumer l’ensemble des chantiers démarrés/annoncés en 2014-2015 ou certains seront-ils reportés ?
M.-P.G. : Concernant le futur CHPG, le gouvernement provisionne chaque année 40 millions d’euros afin de lisser le budget de cette opération sur sa durée. Pour l’urbanisation en mer, le coût de réalisation du socle est à la charge du groupement retenu en contre partie de droits à construire sur l’extension. Concernant les autres programmes, il s’agit soit de réalisations financées à 100 % par l’Etat comme l’Engelin, soit de concours de promotion immobilière comme Testimonio II. A ce stade, il n’y a aucune raison d’envisager des reports. Le budget d’investissement de l’Etat est extrêmement important et s’est accru lors des derniers exercices.

M.H. : Pour générer des recettes de TVA pour l’Etat, comptez-vous également accélérer des opérations privées aujourd’hui en suspens ?
M.-P.G. : L’Etat encourage la réalisation d’opérations privées mais celles-ci correspondent à leurs propres critères et leur propre logique.

M.H. : En septembre 2013, une ordonnance souveraine (n° 4481) a modifié les dispositions jusqu’alors existantes en matière d’urbanisme, de construction et de voirie. Quels étaient le but et la portée de cette réforme ?
M.-P.G. : Avant tout, je tiens à souligner que cette simplification de la réglementation était attendue par l’ensemble des acteurs du secteur immobilier. En effet, avec 14 quartiers, 42 zones et 72 îlots, la lecture réglementaire était devenue difficile. La révision du plan de zonage a abouti à 7 quartiers, la conservation intégrale du secteur réservé composé de Monaco-Ville et du Ravin de Sainte-Dévote, la révision des zones vertes. Elle a permis d’inscrire des avancées propices à la construction : extensions limitées rendues possibles pour les bâtiments existants afin d’améliorer l’habitabilité, bonification de l’altimétrie d’un bâtiment pour permettre des hauteurs sous plafond des étages d’habitation plus confortables, libéralisation des dimensions des saillies dans les limites de propriété. Une autre modification de réglementation urbanistique a concerné l’actualisation de la palette des couleurs de la Principauté avec l’intégration de teintes contemporaines qui ont permis d’enrichir les modèles existants. Cette palette de couleurs est déclinée au sein d’un nuancier comprenant plus de 150 coloris. Il s’agit d’un outil d’aide à la décision pour les propriétaires d’immeubles, les architectes et tous ceux qui interviennent dans la coloration d’un bâtiment. Je rappelle que la plaquette sur les conseils d’application de la palette de couleurs est téléchargeable sur le site du gouvernement.

M.H. : Le conseil national demande qu’un tiers du budget de l’Etat soit consacré à l’équipement, par extension aux investissements. Est-ce le cas actuellement ?
M.-P.G. : Le gouvernement est engagé vers un retour à l’équilibre budgétaire des finances publiques, ce qui a été réalisé. Cette maîtrise des dépenses s’accompagne d’une augmentation des investissements : en 2014, sur un budget prévisionnel de 950 millions d’euros, près de 30 % seront consacrés aux dépenses d’équipement et d’investissements. Il s’agit d’un signe fort qui montre combien l’Etat monégasque s’engage sur l’avenir.

M.H. : Craignez-vous des dépassements de budgets sur les chantiers engagés en raison, notamment, de travaux qui n’étaient pas prévus au primitif 2014, tels que la rénovation du Larvotto ?
M.-P.G. : Je rappellerais que pour la rénovation du Larvotto, à l’instar du processus mis en œuvre pour les travaux de la rue Princesse Caroline, le gouvernement a constitué un large groupe de travail constitué des services de l’Etat, de la mairie et du conseil national. Les membres de ce groupe ont récemment rencontré les acteurs de cet espace balnéaire, afin de recueillir leurs suggestions. Nous allons maintenant établir un programme de rénovation et phaser les travaux afin de limiter la gêne sur l’activité de ce lieu attractif de la Principauté. Un budget d’un million d’euros est consacré aux études et à une première tranche de travaux qui débutera dans l’année. Quant aux dépassements de budget, ils ne constituent pas un frein à la réalisation des programmes. Ils sont, bien souvent, la résultante des aléas de chantiers parfois inévitables. Cela étant dit, je veux rassurer vos lecteurs en précisant que nous sommes attentifs à respecter nos engagements financiers et limiter ces dépassements au strict nécessaire.

M.H. : Quelle proportion du budget devrait être consacrée à l’équipement dans les prochaines années (2015 à 2020) ?
M.-P.G. : Sur cette période au regard des opérations prévues ou en cours de réflexion je pense que, comme c’est le cas cette année, nous pouvons tabler sur un objectif d’environ 30 % du budget de l’Etat.

M.H. : Faut-il s’attendre à un budget déficitaire durant cette période « de grands travaux » ?
M.-P.G. : Si l’on regarde l’ensemble des réalisations qui s’achèvent comme le nouveau Yacht Club, les constructions sur les îlots des terrains de l’ancienne voie ferrée et les programmes qui vont débuter, je ne parlerais pas de période spécifique de grands travaux, mais de continuité des engagements de l’Etat dans des projets structurants en matière de logement, d’éducation, de santé. Quant au budget, le gouvernement s’est engagé vers un retour à l’équilibre du budget. Il s’agit donc à la fois de poursuivre les investissements tout en veillant à respecter cet engagement.

M.H. : Quel avenir se dessine pour les quartiers vieillissants de la principauté, à l’instar de la Condamine et de Plati ?
M.-P.G. : L’urbanisation de la Principauté repose sur plusieurs axes : le développement des programmes sur les réserves foncières, la reconstruction de la ville sur la ville, par la démolition/reconstruction, l’extension du territoire sur la mer, l’ascension verticale par l’octroi de droits à bâtir supplémentaires. Si le quartier de la Colle peut subir quelques transformations, le quartier de la Condamine ayant fait l’objet d’une modification réglementaire récente, il n’y a pas vocation à transformer ce quartier dit de « ville basse. » D’autres secteurs nécessiteront sans doute une intervention de l’Etat, comme l’impasse des Carrières ou le quartier des Fleurs.
Concernant les opérations de démolition/reconstruction, elles sont le plus souvent liées à une opération de remembrement afin de favoriser le renouvellement urbain d’un quartier ou d’un îlot vieillissant, voire vétuste. Elles peuvent également concerner un bâti déterminé pouvant supporter un gain volumétrique. Les éléments de bâti remarquable font l’objet de dispositions particulières. Sauf anomalies importantes dans le style, les proportions ou l’équilibre général de la construction ou encore d’insalubrité, de grave désordre ou de sinistre, ces bâtis ne peuvent faire l’objet d’une démolition-reconstruction, même à l’identique.

M.H. : Quelle politique est envisagée pour les immeubles de première génération (Herculis, Bel Air, Caroubiers, Mandariniers) ?
M.-P.G. : Le gouvernement étudie les possibilités de construction d’immeubles domaniaux qui pourraient servir à reloger les résidents des bâtiments de première génération dans le cadre d’opérations tiroirs afin de pouvoir reconstruire lesdits immeubles. Une réflexion devra être effectuée avec le conseil national afin d’arrêter des priorités d’action et le planning de leur réalisation.

M.H. : Dans le cas où des domaniaux viendraient à être détruits, seront-ils forcément remplacés par des domaniaux ? Et comment reloger de manière temporaire leurs habitants ?
M.-P.G. : Avant tout, je tiens à rappeler que le logement des Monégasques est une priorité pour le gouvernement. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les chiffres : entre 2012 et 2014, près de 400 appartements domaniaux auront été livrés auxquels s’ajouteront ceux des opérations l’Engelin et Testimonio II, soit environ 240 logements. Pour répondre à votre question, je prendrais l’exemple des anciens immeubles de la rue de la Colle qui ont été détruits pour être remplacés par l’opération domaniale des Jardins d’Apolline avec la réalisation de 237 appartements. En préambule à la démolition de l’ancienne barre d’immeubles, le gouvernement a toujours relogé de façon temporaire ou définitive les résidents. C’est cette même méthode qui serait retenue.

M.H. : Si elle venait à être adoptée, la loi sur la préservation du patrimoine national pourrait-elle contraindre l’Etat à revoir ses plans sur certains chantiers ?
M.-P.G. : Le projet de loi n° 891, déposé au conseil national, doit instaurer un régime de conservation et de protection du patrimoine national, dans ses différentes composantes : immatériel, mobilier, immobilier ou naturel. Ce texte tient compte des contraintes liées au développement économique et à la gestion du territoire de la Principauté. Bien sûr, nous devons éviter de mettre en place des mesures trop contraignantes pour une gestion optimale de l’espace en Principauté. Il est intéressant de rappeler qu’aujourd’hui, ce sont environ 80 éléments bâtis qui font l’objet d’une protection au titre du patrimoine.

M.H. : Quid du chantier de la refonte de la galerie commerciale de Fontvieille ?
M.-P.G. : La réflexion se poursuit, l’objectif étant de renforcer l’attractivité de ce centre commercial et d’augmenter les surfaces des commerces. En terme d’agenda, il s’agit d’abord de transférer la collection des voitures anciennes du prince sur la darse nord. Un chantier dont la fin des travaux est prévue pour fin 2019. Nous devons également transférer la salle Léo Ferré dans le programme de l’îlot Pasteur. Pour le centre commercial, le cahier des charges est pratiquement à jour et nous allons pouvoir prochainement réfléchir au planning de son lancement.

Tour de chantiers

La Principauté construit son avenir. Au sens propre comme au sens figuré. Focus sur quelques chantiers en cours et à venir.

Le-port-Monaco

Port Hercule : « mieux l’utiliser »

L’avenir de Monaco passe par la mer. On pense bien sûr à l’extension de territoire qui sera réalisée à l’horizon 2025 du côté de l’Anse du Portier. Pour l’heure, c’est le port Hercule qui fait l’objet de travaux. « Le port d’origine est un port naturel qui s’était vu doté de digues de fermeture sans recouvrement au début du XXème siècle. Mais le plan d’eau ainsi créé se trouvait être mal protégé des coups de mer du secteur Est. Les travaux effectués avec la mise en place de la digue semi-flottante, s’inscrivent dans la volonté de mieux l’utiliser dans le cadre du développement d’un projet orienté vers la grande plaisance », indique Olivier Lavagna, directeur du service des travaux publics. Les premiers changements sont déjà visibles. L’avant-port a d’ores et déjà été aménagé. Le nouveau Yacht Club en forme de bateau, designé par le Britannique Norman Foster, en partenariat avec l’architecte monégasque Alexandre Giraldi, doit être inauguré le 20 juin. La digue Nord devrait notamment accueillir les bureaux de la Direction des affaires maritimes et de la Société d’exploitation des ports dans un bâtiment en cours de réalisation au printemps 2015. Quant à l’ex-digue Sud, « un bâtiment à l’étude permettra le relogement définitif des professionnels du port et de la direction de la police maritime et aéroportuaire. »

Darse Nord : fin des travaux en 2019

Les travaux du quai de la darse Nord ont commencé depuis quelques mois. A cette occasion, le dénivelé d’un mètre environ qui faisait le lien entre l’ancien quai et la route de la Piscine sera supprimé et un cheminement piéton « plus heureux » créé. Le parvis du quai Albert Ier va être élargi. La superstructure de l’esplanade doit être livrée pour 2017. Sous le parvis, un espace de 2 500 m2 accueillera sur deux étages la collection des voitures du prince. Un parking public de 300 places, divisé en trois niveaux sera construit juste en-dessous. L’achèvement des travaux est prévu pour fin 2019.
Ces travaux ne seront pas sans conséquence sur les diverses manifestations qui se déroulent sur le parvis du quai Albert Ier. « Nous avons identifié les surfaces sur lesquelles pourront s’étendre les manifestations les plus imminentes et travaillons de concert avec les organisateurs pour les éditions à venir. Une chose est sûre : pendant les trois années à venir, hormis pour les grands prix, le Monaco Yacht Show et le Jumping, les autres manifestations connaîtront des configurations transitoires », affirme Olivier Lavagna.
Au sujet du Grand Prix 2015, le directeur du service des Travaux publics affirme qu’il « sera un peu particulier. » « Nous aurons démoli la partie nord de l’esplanade du quai Albert Ier. Les tribunes « K » de ce secteur seront montées depuis une plate-forme provisoire généralisée située au niveau de la route de la piscine. Les travaux et leur planning ont été établis en concertation avec l’Automobile Club de Monaco. La piste, elle, sera décalée de trois mètres vers le port. »

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CHPG : horizon 2026

Quid du futur centre hospitalier Princesse Grace, un des points névralgiques de l’attractivité monégasque ? Construit sur le site même de l’actuel CHPG, la capacité de l’établissement permettra de répondre aux besoins de la population de Monaco et des habitants d’un bassin de proximité estimé à 125 000 personnes. En avril 2013, le projet porté par le groupement « AECOM Limited — Natacha Morin Innocenti — Architecte international AIA — AIA Ingénierie et TRACTEBEL Engineering SA » a été retenu. 394 lits viendront s’ajouter aux 44 lits de psychiatrie existants dans l’actuel pavillon Louis II. « Ce projet occupe la quasi-totalité du terrain alloué, lui permettant d’être moins compact visuellement et de présenter des fonctionnalités au-delà des exigences du programme, comme le regroupement sur un seul niveau des vingt blocs opératoires », soulignait le gouvernement lors de l’annonce du lauréat. 635 places de parking viendront compléter l’ensemble.
La première partie du parking devrait être livrée en 2017. Pour le reste, 75 % du nouvel hôpital devraient être achevés en 2024, 100 % en 2026. « Les travaux concrets vont débuter fin 2014 avec l’implantation de la base vie du chantier. Les protections pour les riverains de l’opération contre les nuisances sonores du chantier vont également être mises en place. Début 2015, le parking provisoire du CHPG va être démoli. Ce sera le lancement de la phase préparatoire qualifiée de « phase zéro ». Le parti retenu consiste d’abord à traiter les contraintes générées par le flux de circulation à maintenir pendant la durée des travaux sur l’avenue Pasteur avec la réalisation d’un ouvrage définitif la positionnant en périphérie de l’emprise de l’opération », détaille Olivier Lavagna.
En d’autres termes, le haut de l’avenue Pasteur « surplombera sa partie basse. » « C’est du génie civil pur, un appel d’offres sera lancé cet été. Les voies définitives seront construites. La phase zéro va être très importante. Ce sera aussi la plus génératrice de nuisances et la plus délicate car il va notamment falloir gérer les accès d’un hôpital en service. A partir de ce socle, les différentes parties seront construites pour permettre le transfert des activités de l’ancien hôpital vers le nouveau », poursuit le directeur du service des Travaux publics.

Tunnel descendant : ok pour le flux inversé

La construction du tunnel descendant, long de 1 700 m, se poursuit. Il reliera le boulevard du Jardin exotique au boulevard Charles III. La livraison est prévue au second semestre 2016. Les flux de véhicules qui circuleront sur cette voie unique pourront être inversés. « Un tunnel à deux voies n’aurait pas été instruit favorablement par les instances de sécurité françaises. Le tunnel descendant trouve son intérêt majeur pour le pic de circulation du matin. Mais il sera aussi très utile sur le reste de la journée. Le flux d’entrée sur Monaco est assez continu », souligne Olivier Lavagna. « Pour faciliter la possibilité d’inverser les flux du tunnel descendant, nous sommes en train de créer une structure complémentaire à l’aval de l’entrée de l’ouvrage près du parking de l’immeuble Bel Air. Cet ouvrage permettra de positionner l’entrée du tunnel au centre des voiries d’entrée/sortie du boulevard du jardin exotique. Autrement dit, quand un véhicule empruntera le tunnel dans le sens montant et qu’il en sortira, il pourra s’insérer dans le flux sortant sans croisement avec le flux entrant », précise-t-il.

Réflexion

Parmi les sites qui font l’objet de réflexions pour une éventuelle transformation figurent notamment l’impasse des Carrières et le Palais de la plage. « L’impasse des Carrières pourrait très bien devenir un quartier d’affaires de par sa proximité avec la gare de Monaco. Le quartier des Fleurs (rue des Roses, rue des Géranium, etc.) présente également un potentiel foncier », résume Séverine Canis-Froidefond. Quant au Palais de la plage, cet immeuble Belle Epoque situé avenue Princesse Grace, « une réflexion est en cours pour rendre une plus grande cohérence au Larvotto. »//A.P.

Le centre commercial de Fontvieille attend son extension

Une galerie commerciale plus vaste et plus étoffée. C’est ce que prévoit l’opération d’extension du centre commercial de Fontvieille. Elle doit permettre de rénover les surfaces commerciales déjà existantes et surtout, de les doubler. Une surface totale de 25 000 à 30 000 m2 avait été évoquée début 2011, lors de la présentation d’un avant-projet en commission plénière d’études grands travaux. Le parvis de la place du Canton et ses accès seront également repensés. « Il s’agit de proposer une offre plus large et plus attractive grâce à des enseignes porteuses, avec également le transfert de la fonction cinéma au sein du centre », note le gouvernement. Le début des travaux est prévu à l’horizon 2015-2017. Avant cela, la collection des voitures anciennes du prince sera relogée sur le port Hercule et l’espace Léo Ferré sur l’îlot Pasteur.

Annonciade II : « le prochain secteur stratégique »

Annonciade II sera, lui, érigé sur les terrains où se trouvent actuellement le collège Charles III et l’ancien lycée hôtelier. 45 000 m2 SHO devraient être récupérés après le déménagement du collège et la fin de l’occupation des lieux par les élèves de FANB. La fin de l’opération de démolition-reconstruction de FANB n’interviendra qu’en 2018. Annonciade II, « c’est le prochain secteur stratégique de Monaco. Ces terrains appartiennent à l’Etat. Ils ne seront vraiment disponibles que fin 2020. Il s’agit d’une assiette foncière à fort potentiel », estime Séverine Canis-Froidefond. « Côté programmation, celle-ci est en cours d’études. La mixité des fonctions (bureaux, logements, services de proximité) est privilégiée même si, à ce stade des études, aucun arbitrage n’a été pris. Un troisième poste de secours devrait également y être implanté. Il desservira l’Est de la Principauté », poursuit-elle.
Le schéma de circulation, point noir actuel du secteur, pourrait être revu à cette occasion. « Il faut prendre en compte le schéma de circulation, voir l’impact de l’urbanisation de ce secteur sur les voies de circulation actuelles. Une étude est actuellement menée en ce sens par la Direction avec l’aide du bureau d’études Systra. La première phase de l’étude conclut que le trafic supplémentaire engendré par l’urbanisation de ce secteur pourrait être supporté par les voies actuelles. Cependant, un affinage des résultats est nécessaire. C’est un quartier qui est mal desservi. Nous anticipons cette problématique et disposons de quelques pistes comme la création de nouvelles voies notamment souterraines », expose la chef de service de la DPUM.

Îlots Pasteur et Charles III : et après 2020 ?

«C’est un îlot complexe qui comporte beaucoup d’entités. Dans le cadre des éventuelles modifications de programme actuellement à l’étude, une vigilance particulière est attachée à ne pas pénaliser la livraison du nouveau collège. » Olivier Lavagna décrit là le futur îlot Pasteur, dont la réalisation a été confiée au groupement Curau-Lallemand. Au centre de ce prochain quartier figure le nouveau collège Charles III. Celui-ci sera équipé de 100 salles de classe, d’un auditorium, d’une piscine scolaire, d’un gymnase, d’une cuisine centrale de la direction de l’Education nationale. Sur l’îlot Pasteur seront également relogés : « l’espace Léo Ferré, la médiathèque publique, le centre de tri de la Poste, le centre de transfert des recyclables secs et des ordures ménagères, un data center ou des locaux de stockages et 600 places de stationnement minimum. » Des bureaux devraient aussi être construits. La pertinence de la réalisation d’un hôtel trois étoiles fait, elle, toujours débat. Livraison prévue pour 2020. Le gouvernement se penche déjà sur l’après-2020 dans ce quartier avec le programme de l’îlot Charles III, voisin de l’îlot Pasteur. L’ensemble devrait comporter un centre de distribution urbain, un lieu de messagerie express mais aussi, un centre tertiaire de 40 000 à 60 000 m2 de bureaux « selon les options d’aménagement choisies. » Une partie industrielle représentant 12 000 à 20 000 m2 ainsi qu’un parking de 1 000 places sont également à l’étude.

Extension en mer : « un projet futuriste » ?

A l’ouest de la principauté, les chantiers à venir s’avèrent nombreux. Parmi eux, l’extension en mer, Annonciade II et Testimonio II. Des trois projets, l’opération Testimonio II reste la plus imminente. « Un concours de promotion immobilière a été lancé. Trois groupements se sont portés candidats. C’est une assiette compliquée, en pente, coupée par trois axes routiers. Ce nouveau quartier devrait comporter des logements domaniaux (125 minimum), les locaux de l’école internationale (700 élèves), une crèche (50 berceaux), et un parking. Les règles du concours permettaient la couverture d’une petite partie du boulevard du Larvotto », résume Séverine Canis-Froidefond, chef de service de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité. Le programme privé de l’opération relève de l’initiative du promoteur choisi. Le lauréat devrait être connu d’ici fin 2014. Plus de quatre ans de travaux devraient ensuite être nécessaires pour bâtir ce nouveau quartier.

Transports

Le TREM (Transport rapide Eze-Monaco) verra-t-il le jour ? Ce projet de « tramway » destiné à réduire la circulation intramuros à Monaco est porté par l’association Monaco Développement Durable (MC2D). Le principe : des allers-retours entre Eze et les terrains des délaissés SNCF en cinq minutes. Le dossier a peu évolué mais l’Etat a tout de même été prévoyant si le TREM devait devenir réalité. « C’est un dossier complexe. Un comité de pilotage avec les autorités françaises a été organisé il y a sept ans. Monaco ne peut seul mener à bien un tel projet et la collaboration des autorités françaises est nécessaire avant d’envisager toute opération. Différentes solutions ont été étudiées (aérien, souterrain, terrestre). Certaines passent par des expropriations de terrains ou des accords amiables. Deux emplacements d’arrivée ont été réservés : l’un sur l’ilot Rainier III, l’autre à Charles III », confie Séverine Canis-Froidefond, chef de service de la DPUM.//A.P.

Testimonio II : avec domaniaux et crèche

A l’ouest de la principauté, les chantiers à venir s’avèrent nombreux. Parmi eux, l’extension en mer, Annonciade II et Testimonio II. Des trois projets, l’opération Testimonio II reste la plus imminente. « Un concours de promotion immobilière a été lancé. Trois groupements se sont portés candidats. C’est une assiette compliquée, en pente, coupée par trois axes routiers. Ce nouveau quartier devrait comporter des logements domaniaux (125 minimum), les locaux de l’école internationale (700 élèves), une crèche (50 berceaux), et un parking. Les règles du concours permettaient la couverture d’une petite partie du boulevard du Larvotto », résume Séverine Canis-Froidefond, chef de service de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité. Le programme privé de l’opération relève de l’initiative du promoteur choisi. Le lauréat devrait être connu d’ici fin 2014. Plus de quatre ans de travaux devraient ensuite être nécessaires pour bâtir ce nouveau quartier.

« Réfléchir sur cent ans pas uniquement sur vingt »

Réforme de l’urbanisme, architecture, futur de Monaco… Le président de l’ordre des architectes, Patrick Raymond, explique que les architectes doivent être davantage intégrés aux réflexions sur l’avenir urbain de la Principauté.

Architecte-Patrick-Raymond

© Photo Monaco Hebdo.

Monaco Hebdo : Monaco lance et va lancer plusieurs chantiers sur une courte période (CHPG, extension en mer, îlot Pasteur, Testimonio, etc). Ça peut être un tournant au niveau urbanistique ?
Patrick Raymond : Oui, sous réserve qu’on ne parle pas uniquement d’architecture. La notion d’architecte est souvent réduite à son expression la plus simple, à savoir la conception du bâtiment. Or, notre profession dépasse cela. On évince toujours les conséquences que le bâtiment conçu par l’architecte a ou aura sur l’environnement qui l’entoure.

M.H. : La principauté ne prend-t-elle pas ce virage un peu tardivement ?
P.R. : Monaco se développe presque toujours en retard, par rapport à ses besoins. Avant de construire, on conçoit. Pour concevoir, il faut un programme et souvent, les besoins sont exprimés à un instant T. Or, la phase de conception arrive bien plus tard. Il faut rendre les choses les plus flexibles possibles. On se confronte aussi à l’aspect économique des choses.

M.H. : Les architectes devraient être plus présents dans la réflexion en amont ?
P.R. : L’ordre des architectes demande à participer beaucoup plus en amont aux discussions avec l’Etat, les promoteurs, les propriétaires afin de pouvoir définir les règles d’urbanisme ensemble. Quand on construit la Tour Odéon ou qu’on va construire Testimonio II et l’extension en mer, il y a forcément des incidences sur l’environnement avoisinant. Il faut s’interroger sur ces incidences, qu’elles soient positives ou négatives. Par exemple, dans le cadre d’une ZAC, quels sont les équipements publics qui pourraient venir se rajouter à l’avenir. Or, on ne se pose ces questions qu’au moment où la construction est déjà arbitrée, actée. C’est une démarche difficile qui est induite par son propre contexte. Nous sommes dans un pays où il faut faire fructifier un maximum de m2 et disposer d’un réservoir de surfaces disponibles pour répondre aux besoins d’urgence. Mais quid du commerce, de l’économie, des lieux pour les accueillir. Tout cela reste des questions politiques dans lesquelles nous ne sommes pas assez impliqués, nous architectes.

M.H. : Avez-vous été associés à la réflexion sur la réforme de l’urbanisme publiée dans le journal officiel à l’automne 2013 ?
P.R. : Non, même si nous avons récemment engagé de nouveaux échanges avec les services en charge de ce type de dossier pour, à l’avenir, prendre une part plus active dans ces réflexions.

M.H. : Qu’implique cette réforme ?
P.R. : Une certaine souplesse des règlements d’urbanisme pour permettre à chaque propriétaire d’améliorer son patrimoine. Mais il y a des contraintes qui ne sont pas simples à prendre en compte.

M.H. : La conception de l’amphithéâtre revient dès lors qu’est évoquée l’architecture de Monaco. Est-elle toujours valable aujourd’hui ?
P.R. : Il existe deux façons de voir les choses. En étant coincé entre la montagne et la mer, l’amphithéâtre paraît naturel. Cette notion était d’ailleurs inscrite dans les anciens règlements d’urbanisme de la principauté. Mais aujourd’hui, lorsqu’on prend un peu d’altitude, on s’aperçoit que l’amphithéâtre s’est un peu perdu. La question de revoir la façon dont Monaco doit se développer sur le plan urbain peut se poser. Mais il ne faut pas s’arrêter à l’état des lieux. Il faudrait réfléchir sur cent ans, pas uniquement sur vingt.

M.H. : Monaco ne se projette pas assez loin ?
P.R. : Il existe des projections à échelle ponctuelle. C’est le cas pour l’extension en mer ou la Tour Odéon. Elles imposent de revoir ponctuellement l’urbanisme des secteurs concernés mais pas de manière globale.

M.H. : C’est le bon moment pour une réflexion à très long terme sur l’avenir urbanistique de la Principauté ?
P.R. : Oui, nous sommes à un carrefour du développement de la Principauté. Il nous faut nous préserver de l’avenir. Cela nécessite de véritables questionnements. Nous nous mettons à la disposition du gouvernement pour reprendre de l’avance sur cette réflexion. Par ailleurs, à l’orée des 150 ans de Monte-Carlo, en 2016, nous avons le souhait de lancer un concours international d’idées. Il n’y aura rien à gagner donc il n’y aura aucun conflit de construction. Ce concours servira simplement à imaginer ce que pourrait être Monaco dans le futur. Nous planchons actuellement sur une thématique. Un tel concours avait déjà eu lieu sous Rainier III pour les 100 ans de Monte-Carlo. 50 ans plus tard, ce sera le moment pour réfléchir à l’avenir de Monaco. Le canevas du concours est en cours d’élaboration. Tout devrait être prêt pour le premier semestre 2015. L’idée serait d’organiser une exposition du type Monacopolis avec tous les projets d’envergure qui auront été présentés.

M.H. : Monte-Carlo justement. Que pensez-vous du futur Sporting d’Hiver ?
P.R. : A titre personnel, je ne porte aucune critique sur le futur bâtiment. L’ordre peut cependant regretter de ne pas avoir participé à la réflexion urbaine du quartier. Notre avis aurait pu permettre de prendre en compte tous les paramètres d’évolution du quartier. On aurait pu ainsi évaluer les besoins à dix ou vingt ans du quartier. Il n’y a aussi pas eu de concours d’urbanisme. Si tel avait été le cas, le gouvernement aurait sans doute eu une quinzaine de solutions à arbitrer.

M.H. : Le futur Sporting, au style contemporain, sera entouré de bâtiments Belle Epoque. Cet anachronisme peut-il être préjudiciable au quartier ?
P.R. : Personnellement, je ne suis pas persuadé que ça mette en péril les bâtiments Belle Epoque. Ça peut même les mettre en valeur. Tout ça est bien étudié.

M.H. : Si elle est votée, la loi sur la préservation du patrimoine peut-elle avoir un impact sur le travail des architectes ?
P.R. : Tout dépend des bâtiments qui seront classés par la loi. Le palais princier et le musée océanographique en feront partie de fait. En dehors de ces deux-là, il n’en subsiste plus beaucoup. Donc, il n’y aura a priori pas d’impact sur notre travail. Mais j’espère que l’Ordre sera consulté afin que l’on puisse donner notre avis.

M.H. : Selon vous, quel est l’avenir des quartiers vieillissants ? Notamment la Condamine ?
P.R. : C’est le quartier des Monégasques et des enfants du pays. Il a une identité historique. Personnellement, et ce n’est pas le président de l’ordre qui parle, je suis un fervent défenseur de ce quartier. La Condamine doit vivre notamment grâce à l’avenir du commerce en Principauté. Coincé entre la gare et le port, il faut qu’il soit l’entonnoir commerçant de Monaco. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. La Condamine, c’est un urbanisme de rue. Chaque rue possède son image, son caractère. Le commerce doit être le liant de tout ça. Si on doit repenser la Condamine, il faut y aller par petites touches. Reste à voir comment améliorer sans dénaturer le quartier.

M.H. : Comment jugez-vous les opérations de remembrement ?
P.R. : Le côté positif, c’est qu’on rassemble des parcelles très petites pour donner plus de potentiel de construction, avec un gabarit pas trop élevé. Il se pose le problème de la multipropriété. Les remembrements nécessitent un accord de tous les co-propriétaires. Ils doivent s’entendre pour que ça aboutisse et cela peut prendre beaucoup de temps.

M.H. : Détruire et reconstruire les immeubles de première génération, c’est une bonne solution ?
P.R. : Au delà de l’aspect esthétique, il y a l’aspect technique. Ce sont des immeubles dont la construction date des années 60/70 et pour lesquels les règles sismiques ne sont plus du tout en cohérence avec les nouveaux règlements. Réhabiliter pour réhabiliter sans remettre aux normes, ça ne sert à rien. Mais encore faut-il avoir des espaces « tampons » pour reloger les gens pendant la durée des chantiers.

M.H. : Peut-on voir émerger une architecture « moderne », futuriste, en principauté ?
P.R. : Il y a une véritable réflexion qui commence à voir le jour. Les architectes commencent à innover un peu plus. On le voit avec les tours Simona et Odéon. De notre point de vue, le règlement d’urbanisme engage une architecture. Eriger une tour Belle Epoque à Monaco, par exemple, ce n’est pas possible. Simona a donné un coup de pied en quelque sorte. L’architecture verticale oblige à une architecture moderne. Ça va se développer. Nous ne sommes pas obligés d’avoir une architecture uniforme. Une architecture hétéroclite n’a rien de choquant.

M.H. : Monaco est-il condamné à construire en verticale ?
P.R. : Tout va dépendre de l’équilibre global entre les nouveaux quartiers sur la mer et les nouveaux arbitrages économiques.

M.H. : Doit-on craindre la vision d’un Monaco tout en gratte-ciels ?
P.R. : Il faut espérer un équilibre entre architectures horizontale et verticale. Une architecture verticale seule, à Monaco, ça n’aurait pas de sens.

M.H. : Quel regard portez-vous sur l’extension en mer ?
P.R. : Les architectes attendent ce tournant avec impatience. L’ordre des architectes n’a cependant pas pris part au développement de ce projet. Nous n’en connaissons pas ses contraintes sauf pour ceux qui ont pu participer au concours.
Ce thème d’urbanisation en mer est l’une des deux pistes (avec l’architecture verticale) qui permettra à Monaco de trouver ses solutions de développement, d’ici aux 20 prochaines années. Il ne reste plus qu’à plancher sur les années suivantes, avec une vision à 50 ans, pour prendre de l’avance sur nos propres besoins.

M.H. : Quelle est la priorité pour l’ordre aujourd’hui ?
P.R. : L’avenir de la Condamine et de Fontvieille, sur un plan commercial, doit rapidement être intégré dans une réflexion d’ensemble. On doit aussi pouvoir trouver une juste mesure aux architectures verticales et horizontales. Enfin, il faut arriver à trouver des espaces tampons pour reloger les habitants lors d’opérations de destruction-reconstruction. Si on ne parvient pas à en trouver, on aura des difficultés.

journalistAdrien Paredes