Affaire Hélène Pastor :
le mystérieux guet-apens

Adrien Paredes
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Deux hommes, impliqués dans une fusillade ayant visé, le 6 mai à Nice, la femme d’affaires monégasque Hélène Pastor et son chauffeur-majordome, Mohamed Darwich, sont toujours recherchés par la police. Rappel des faits.

« Un dossier fermé », « sensible. » Les mêmes qualificatifs reviennent lorsqu’est évoquée la fusillade, mardi 6 mai à Nice, qui a grièvement blessé la femme d’affaires monégasque Hélène Pastor-Pallanca, 77 ans, et a entraîné la mort de Mohamed Darwich, 64 ans, son chauffeur et majordome d’origine égyptienne. Un « silence total » aurait même été imposé dans cette affaire par le parquet de Nice. Placée sous protection policière, l’héritière de l’empire immobilier de la famille Pastor a été atteinte au thorax, au cou et au visage. Elle demeure plongée dans un coma artificiel au service de réanimation du CHU St Roch de Nice. Si son état reste « stationnaire », son pronostic vital est « toujours potentiellement engagé », indiquait l’établissement hospitalier en début de semaine, alors que nous bouclions ce numéro. Mohamed Darwich, touché au thorax et à l’abdomen, est décédé, samedi 10 mai.
Mardi dernier, vers 19h, Hélène Pastor et Mohamed Darwich ont été pris pour cible, à la sortie du parking de l’hôpital L’Archet, par un tireur armé d’un fusil de chasse à canon scié. L’homme a agi à visage découvert et devant témoins. Il a fait feu en direction de la vitre du passager avant du véhicule, une Lancia Voyager noire, dans lequel se trouvaient Hélène Pastor et Mohamed Darwich. La Monégasque venait de rendre visite à son fils, Gildo Pallanca-Pastor. Ce dernier, fondateur et PDG du constructeur de voitures de sport Venturi, était soigné à L’Archet après avoir été récemment victime d’un double arrêt cardio-vasculaire.

Aucune piste exclue
La police judiciaire niçoise, qui collabore avec la PJ monégasque sur ce dossier, tente de comprendre le mobile de cette embuscade meurtrière. Quelques pistes ont été avancées (règlement de comptes, tentative d’assassinat, vendetta de la mafia italienne, enlèvement ayant mal tourné…) Les enquêteurs n’en ont exclu aucune pour l’heure. Ils n’ont en outre pas déterminé officiellement qui d’Hélène Pastor ou Mohamed Darwich était visé par cette fusillade. Le fils du chauffeur a par ailleurs démenti le fait que son père était connu des services de police, contrairement à ce que certains médias avaient affirmé dans un premier temps. « (Des chaînes de télévision d’information) ont laissé entendre que mon père était connu de la justice. Nous allons demander à notre avocat de les attaquer en justice. Comme si on pouvait travailler depuis vingt ans au service de la famille Pastor à Monaco avec un casier judiciaire ! Mon père est un homme sans histoire », avait-il confié à Nice-Matin, le 7 mai.
Nombre de médias ont mis en avant la fortune d’Hélène Pastor-Pallanca, dont la société éponyme est propriétaire d’immeubles en principauté. Immeubles dont elle loue appartements et bureaux. Personnalité discrète, Hélène Pastor est la dernière héritière directe de l’empire immobilier bâti et légué par Gildo Pastor, à sa mort en 1990. Ses deux frères, Victor et Michel Pastor, sont décédés, le premier en mars 2002, le second en février dernier.

Caméras
Les enquêteurs s’interrogent sur le mode opératoire employé au cours de ce guet-apens. La scène a été filmée par les caméras de vidéo-surveillance de la ville de Nice. Le complice du tireur, lui aussi à visage découvert, a planqué devant la sortie de l’hôpital pendant un long moment. Il serait arrivé en taxi sur les lieux. Lorsque la Lancia Voyager est sortie du parking de L’Archet, le guetteur a donné le signal au tueur, caché derrière un mur. L’agresseur a alors « bondi » de sa cachette et tiré un premier coup de chevrotine, brisant la vitre du passager avant. C’est à cette place que se trouvait Hélène Pastor. D’après les images exploitées par les policiers, le tireur a jeté un coup d’œil à l’intérieur de l’habitacle pour évaluer les dégâts avant de faire feu une seconde fois. La voiture a roulé sur une vingtaine de mètres avant de percuter un véhicule à l’arrêt. Le tueur et son complice se sont ensuite enfuis à pied, observés par des passants. Au moins deux d’entre eux auraient filmé la scène avec leurs téléphones portables.

Divergences
Les avis divergent sur ce mode opératoire. « Il porte la marque du grand banditisme de A à Z », avance une source policière. « Cette affaire est trop bizarre. Il y a un décalage entre la personnalité des victimes et le mode opératoire utilisé, qui frôle l’amateurisme. Le mobile est incompréhensible », souligne un autre policier. « Il y a beaucoup d’incohérences, de contradictions par rapport à un acte crapuleux. Dans le cas d’un acte crapuleux, on menace mais on ne tire pas. Pourquoi avoir attendu qu’elle sorte de l’hôpital ? Pourquoi l’avoir fait devant L’Archet où il y a des caméras et beaucoup de passage ? », se demande-t-il. La brigade criminelle de la PJ de Nice poursuit son enquête pour assassinat et tentative d’assassinat. Plusieurs personnes, dont les deux enfants d’Hélène Pastor, ont été entendues. Les déclarations de plus d’une douzaine de témoins sont étudiées. Des perquisitions ont été menées aux domiciles du chauffeur et de la femme d’affaires en principauté mais n’ont pas permis de faire progresser l’enquête. L’autopsie de Mohamed Darwich devrait intervenir jeudi 15 mai.

Réactions

Le prince Albert II a exprimé sa « vive émotion », mardi 6 mai, dans les heures qui ont suivi la fusillade. Il avait manifesté aux victimes « ainsi qu’à leurs familles, son très profond soutien. » Le ministre d’Etat, Michel Roger, interrogé sur RTL le 7 mai, apportait lui aussi son soutien, se disant « sous le choc » et « bouleversé » par cet « acte odieux. » Le président du Conseil général des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a dénoncé, dans un communiqué, « une très violente fusillade », dont « la sauvagerie » a choqué la communauté médicale. Le député-maire de Nice, Christian Estrosi, avait également apporté son soutien aux familles. //A.P.

Criminalité

Contacté par Monaco Hebdo, Olivier Criado, secrétaire départemental du syndicat policier UNSA, dénonce une criminalité « de plus en plus désinhibée » à Nice. « Nous constatons qu’il y a de moins en moins de forces de police actives sur le terrain à Nice. Il y a un manque cruel de moyens. Les délinquants s’en rendent compte. Nous avons juste un wagon de retard sur Marseille », estime-t-il. « Il ne faut pas exagérer », tempère de son côté Laurent Laubry, secrétaire départemental du syndicat Alliance. « Des affaires de règlements de comptes, il y en a eu à Nice mais c’était il y a longtemps », poursuit-il, indiquant qu’il ne voit « aucun rapport » entre l’affaire Pastor et les moyens policiers à Nice. //A.P.

journalistAdrien Paredes