« La boxe à Monaco connaît une dynamique positive »

La Rédaction
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A la veille du Monte-Carlo Boxing Bonanza, le 1er février, Armand Forcherio, ancien joueur de l’ASM et président de la Fédération monégasque de boxe revient sur les liens quasi-centenaires entre le “noble art” et la Principauté.

Propos recueillis par Romain Massa.

Monaco Hebdo : Monaco est une place forte dans le domaine de l’organisation d’événements. A quand remontent les premiers combats sur le sol monégasque ?
Armand Forcherio : Monaco a vu passer quelques champions sur son sol mais les réunions se sont toutes déroulées à intervalles très irréguliers. Les premières remontent à 1920 avec les combats de Georges Carpentier, premier français champion du Monde, ou encore ceux de Ray Famechon, champion d’Europe en 1948.

M.H. : Vos premiers souvenirs ?
A.F. : Mes premiers souvenirs remontent à 1971 avec la confrontation de l’argentin Carlos Monzon et l’italien Nino Benvenuti au stade Louis II. Un an auparavant, le premier avait déchu le second de son titre de champion du monde des super-Walters. La revanche s’est faite à Monaco et en trois rounds l’argentin l’a emporté. Je me rappelle du contraste entre les deux sportifs. Dans les couloirs, Benvenuti était impassible, d’une froideur totale. Monzon, lui, sautait de partout, il criait. C’était un combat majeur qui a donné suite à de beaux meetings pour une décennie. Sous l’impulsion de deux promoteurs, Roberto Sabbatini et Renzo Spagnioli avec l’aide de la mairie. Pendant cette période, la Principauté a vu défiler Marvin Hagler, Jean-Claude Bouttier ou encore Rodrigo Valdes.

M. H : A partir de la fin des années 1980, les réunions sont moins fréquentes et les boxeurs moins prestigieux…
A.F. : C’est le début des Frères Acariès à Monaco. On a eu un championnat du monde et un championnat d’Europe mais les bonnes heures étaient derrières nous. On a fait quelques combats au Loews (devenu le Fairmont, N.D.L.R.) puis en 1994, au Sporting pour la première fois.

M. H : C’est le début d’une longue collaboration avec la SBM…
A.F. : Malgré l’absence de la boxe en principauté de 1995 à 2005, depuis 1993, toutes les compétitions ont été organisées au Sporting. La salle des étoiles a notamment accueilli en 2005 et 2006, le Monte-Carlo Pro Boxing Masters. 2013 marque le début de la collaboration avec Rodney Berman de « Golden Gloves » concrétisée par trois meetings en deux ans.
M.H. : Quel rôle a joué Michael Wittstock, sud-africain lui aussi, dans le rapprochement entre Berman et la Principauté ?
A.F. : Un rôle très important. Les deux hommes se connaissaient. Aujourd’hui, Rodney Berman est au centre des événements organisés mais rien n’est figé. Dans le futur, ce sera certainement un autre.

M.H. : La SBM, c’est le Sporting mais aussi le Casino et on connaît l’attachement des boxeurs pour ce genre d’endroits…
A.F. : Vous pouvez organiser des matchs de football dans une ville qui ne dispose pas de casino. Pour la boxe, c’est entièrement différent. Le lieu va tellement bien avec le show et les paillettes. C’est pour cela que l’avenir de la boxe à Monaco doit être lié à la SBM. Cette société est experte dans l’organisation d’événements et propose des infrastructures de qualité. Au Sporting, vous avez tout le nécessaire pour les boxeurs et les médecins. C’est un endroit magnifique et intimiste.

M.H. : Il manque tout de même un rendez-vous annuel pour installer définitivement la boxe sur le rocher…
A.F. : On y pense. Ce serait une excellente chose mais ça prend beaucoup de temps. Depuis 2013, et en comptant l’événement du 1er février, on a organisé trois meetings d’un bon niveau. Les retours ont été excellents et on trouve une forme de régularité, sous l’impulsion de Rodney Berman et de la SBM. Nous avons des contacts avec des promoteurs au fil de l’année, mais rien de concret.

M.H. : Quels impacts ont eu les derniers meetings sur la fréquentation du club de boxe local ?
A.F. : Ils renforcent la reconnaissance de la boxe à Monaco, les licenciés ont au moins doublé à l’ASM Boxe. Dernièrement, le club vivotait, mais avec des événements comme ceux-ci, sa popularité s’est renforcée et le club a enregistré la venue d’un nouvel entraineur, un cubain. L’école cubaine est la meilleure au monde dans la boxe amateur. Et puis, le président a changé depuis 2013. André Micallef est arrivé, il est jeune, dynamique, plein de bonne volonté. Son fils, Hugo, jeune boxeur de 15 ans tout juste qualifié pour les phases finales du championnat de France, est l’espoir du club. On a aussi Suliman Abdourachidov, vice-champion de France poids lourds. Tous ces facteurs créent une dynamique positive.

M.H. : Comment percevez-vous la hausse de popularité d’autres sports de combat (MMA, K1 etc…) ?
A.F. : Ces nouveaux sports suscitent un intérêt chez les jeunes. Il est spectaculaire. La boxe anglaise se démarquera toujours par son « art de l’esquive ». Dans ces sports tendance, il faut taper pour démolir. Ce n’est pas du tout la même chose. Les jeunes ont moins d’intérêt pour la boxe puisqu’il y a moins de champions charismatiques… Cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus. A l’image de Golovkin, les boxeurs issus de l’ex-URSS commencent peu à peu à éclore.

M.H. : Etes-vous confiant sur l’avenir de ce sport à Monaco ?
A.F. : Comme en France, il n’y a pas de passion pour la boxe en Principauté mais une demande particulière. C’est notre vocation de proposer de l’excellence à tous les niveaux, c’est notre justification.

Hugo Micallef, le punch monégasque

La réputation d’Hugo Micallef, grand espoir de la boxe monégasque à à peine 15 ans, dépasse largement les limites du Rocher. Non content d’être champion du littoral et régional, il a décroché le 15 janvier, la médaille d’or du tournoi pré-national. Une performance qui lui ouvre les portes du championnat de France à Berck, le 28 février prochain. Demain, il se produira pour la troisième fois au Sporting, dans la salle des étoiles, pour un combat de lever de rideau contre le Toulousain, Imed Ziani. Une victoire lui permettrait d’engranger une dix-septième victoire de suite. Une série impressionnante qui le classe parmi les tous meilleurs de sa génération. Son père André Micallef raconte à la veille du combat : « Hugo est en très grande forme en ce moment, il s’entraîne un peu plus qu’à l’accoutumée et reste sur des excellentes performances ». Lors des vacances de Pâques, « il s’envolera probablement pour Cuba », pour dix ou quinze jours au sein d’une école de boxe amateur cubaine. Un choix orienté par la qualité de la formation cubaine et la présence depuis peu au sein de l’ASM boxe, de Juan Gonzales Gonzales, son entraineur venu de Cuba. Une expérience supplémentaire sûrement aussi bénéfique que son escapade à Londres l’été dernier, où il avait « rencontré David Hayes au sein de son camp d’entrainement. Il avait gagné en maturité et en autonomie d’une manière incroyable », conclut André Micallef.

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