Teddy Riner,
champion hors normes

Romain Chardan
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Présent à Monaco dans le cadre du Sportel, le multiple champion du monde et d’Europe de judo est revenu sur sa carrière, ses pépins physiques, mais aussi ses objectifs et ses envies. Rencontre.

Le rendez-vous est fixé à 16h. Aux alentours de 15h, un colosse au costume sombre, sourire aux lèvres, arrive dans l’enceinte du Grimaldi Forum. Les demandes de photos et d’autographes ne se font pas attendre, et le champion olympique s’y prête sans rechigner. Les jeunes du club de judo monégasque sont là pour une démonstration, en compagnie des Pietri, père et fils. Teddy Riner, d’un œil attentif, observe ces jeunes répéter leurs gammes, avant d’aller répondre à leurs questions en compagnie de Loic Pietri, récent champion du monde lui aussi. 16h : il est temps pour le grand gaillard de venir faire face à la presse. Si son allure ne laisse rien transparaître, Riner revient tout juste de blessure. Une épaule touchée qui a nécessité une opération. « J’ai enlevé l’attelle il y a 4-5 jours, et là je pars sur 3-4 mois de rééducation », précise-t-il. Avec un objectif en ligne de mire, le Grand Chelem de Paris-Bercy, en février prochain. « On me dit que je ne serai pas remis, mais moi je vais tout faire pour y être. » Car il faut dire que ce n’est pas une blessure qui peut freiner le bonhomme. Et la saison qui vient de s’écouler peut en être témoin, comme l’explique l’intéressé. « En rentrant des J.O., je vais aux championnats d’Europe avec une pubalgie. Je me bats pour y aller, et je m’impose. J’ai ensuite pris le temps de me soigner et d’écouter le staff médical, ce qui n’est pas une habitude pour moi. Je reprends, et je me blesse à l’épaule. Je me suis demandé s’il valait mieux opérer de suite ou si j’essayais de faire abstraction de la douleur et et aller aux championnats du monde. J’y suis allé et je me suis imposé, mais je suis revenu avec une épaule abîmée. »

Ambition
Désormais guéri, ne reste que la rééducation, avant de reprendre la direction des tatamis. Car les saisons sont longues en judo, et les compétitions nombreuses. Pour autant, Teddy Riner ne participe pas à tous les tournois, puisqu’il choisit « scrupuleusement ceux auquel (je) participe ». Un choix souvent dicté par l’enjeu (« j’aime les grosses médailles »), ou par l’approche d’une grosse compétition : « A 15 jours, un mois d’un gros tournoi, j’aime bien pouvoir tester mon niveau », explique le judoka. Car malgré son palmarès déjà bien étoffé (voir encadré), Teddy Riner reste un jeune homme de moins de 25 ans. Mais pas de quoi entacher sa motivation dans un sport qu’il domine de la tête et (surtout) des épaules. Bien qu’il se soit posé quelques questions suite à ses nombreux pépins physiques cette saison, il n’envisage pas pour autant d’arrêter. « Je prends énormément de plaisir à monter sur le tapis, et ce que j’aime surtout, c’est que j’arrive à trouver de nouvelles techniques, de nouvelles sensations mais aussi d’autres approches de combat. » Une progression constante pour le prodige du judo français, qui met à mal la concurrence. Dès lors qu’on lui demande s’il entend entrer au Guinness Book des records, le natif de la Guadeloupe ne s’échappe pas. « Peut-être pas le Guinness Book, mais si je peux marquer l’histoire de mon sport, je ne vais pas me gêner. Et je ne vais pas attendre que ça se fasse. C’est à moi d’écrire les lignes et les pages suivantes ».

Sciences-Po et publicité
Avec Rio 2016 en ligne de mire, Riner a conscience de ses forces et ses faiblesses : « J’en ai, mais les autres ne le savent pas et (je) pense pouvoir encore gagner quelques médailles en remettant les compteurs à zéro à chaque fois, et en continuant à beaucoup travailler ». Avec une domination aussi forte, on pourrait croire qu’une forme de lassitude s’installerait, et le pousserait peut-être à aller voir s’il peut réussir dans d’autres disciplines. Mais à l’écouter, ce n’est pas prêt d’arriver. « Mon père me disait souvent : « t’es jeune, fais un autre sport. » Mais il ne faut pas croire que parce que je suis grand et athlétique, j’ai ma place dans tous les sports. J’ai des facilités, mais il ne faut pas oublier que chaque athlète qui est leader dans son sport a travaillé dur pour être le meilleur. Je ne peux pas arriver et dire « c’est moi le meilleur. » Il faut travailler très dur pour ça ». Le sport n’étant pas une fin en soi, le judoka français a récemment repris des études à Sciences-Po, un bon moyen pour lui de « faire marcher cette matière grise ». Une matière grise qui tourne plutôt bien, notamment dans la gestion de son image. Souvent sollicité pour des publicités, il n’accepte pas forcément tout ce qui lui est proposé. « Je choisis des choses qui me collent à la peau, qui correspondent à mon image. Il faut faire des choses qui nous font plaisir ». Ce qui le pousse donc parfois à repousser certaines demandes, quitte à refuser de « très beaux chèques ». Avouant rester lui-même, il prend en exemple le judoka Tadahiro Nomura, japonais et triple champion olympique. Mais ce n’est pas la seule personne en qui il voit une idole. « Il y avait aussi Ronaldinho (footballeur brésilien, qui a joué au Paris-Saint-Germain de 2001 à 2003, et qui évolue aujourd’hui à l’Atletico Mineiro, au Brésil, N.D.L.R.). J’allais le voir au Parc des Princes, il était détendu, il prenait du plaisir. J’ai eu la chance de le côtoyer, mais c’était en boîte ». Une idole dans le foot donc, pour celui qui s’est rêvé dans d’autres disciplines sportives. « J’aurais voulu être pilote de F1 ou footballeur, mais vous savez, tout peut arriver. L’histoire n’est pas finie ».

Fiche technique

Teddy Riner
Né le 7 avril 1989 (24 ans)
2,03 m, + de 130 kg, Droitier
Champion Olympique aux J.O. de Londres (+ 100 kg) (2012)
Six fois champion du monde (+ 100 kg) (2007,2008,2009,2010,2011,2013)
Deux fois champion d’Europe (+ 100 kg) (2011,2013)
Champion du monde par équipe (2011)

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