Albert II rencontre Poutine

Milena Radoman
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Lors de son voyage officiel en Russie, Albert II a rencontré Vladimir Poutine au palais du Kremlin. Les deux hommes souhaitent renforcer les relations bilatérales entre les deux Etats.

Palais du Kremlin, le 4 octobre à 16h. Dans la salle de réception des délégations étrangères, les flashs crépitent. La trentaine de journalistes, cameramen et photographes appartenant à Reuters ou Ria Novesti, shootent l’arrivée de Vladimir Poutine et d’Albert II. Passant prestement en dessous des lustres de cristal et à côté des drapeaux symboles de l’autorité russe (le tricolore de la Fédération de Russie, et l’aigle à deux têtes), le président russe précède de quelques secondes le prince Albert. Le rendez-vous a pris du retard. Le Conseil d’Etat, dédié à la réduction des dépenses budgétaires, a été prolongé. Il faut dire que le 3 octobre, jour de l’arrivée du prince, l’ambassade de Russie en Libye s’est fait attaquer par des manifestants, fusils aux poings. Obligeant Moscou à évacuer illico presto ses diplomates et leurs familles de Tripoli.

Festival de la culture russe en 2015 ?
Entre les chefs d’Etats, la poignée de main est franche, le sourire avenant. Les deux hommes se connaissent bien. Ils se sont rencontrés à de nombreuses reprises et ont même pêché ensemble dans une rivière, en Sibérie, en 2007. Sur place, les journalistes russes estiment d’ailleurs qu’ils « sont amis et ont les mêmes hobbies ». Le prince Albert, lui, déclare que « les relations entre nos deux pays ont toujours été caractérisées par la chaleur et l’amitié. ». A l’issue de leur tête-à-tête à Moscou, Vladimir Poutine acceptera d’ailleurs son invitation de se rendre en principauté, selon le service de presse du Kremlin. Un oui entériné dans la déclaration conjointe des deux chefs d’Etat.

albert et Poutine

Pour le dirigeant du plus grand pays du monde, il est visiblement important d’intensifier les contacts avec le deuxième Etat le plus petit, derrière le Vatican. « Monaco n’est pas un grand pays, mais c’est un important centre commercial et financier, et nous avons mis en place de très bonnes relations depuis de nombreuses années maintenant. Votre économie génère un chiffre d’affaires de 60 milliards de dollars », a déclaré le président russe. Plus tard, il évoquera les perspectives de développement des relations bilatérales entre les deux Etats. « Nous sommes convenus de poursuivre nos contacts culturels, et à la suggestion du prince Albert, nous allons créer un festival de la culture russe à Monaco ». L’objectif serait d’organiser une telle manifestation en 2015.

Echanges fructueux
Après un tête-à-tête d’une demi-heure, les deux dirigeants ont déjeuné ensemble avec les délégations qui comptaient les conseillers de gouvernement pour les Relations extérieures et les Finances José Badia et Jean Castellini. Histoire de balayer les sujets d’ordre économiques, environnementaux et sportifs. Des accords bilatéraux devraient être préparés dans divers domaines tels que le tourisme et l’environnement. Pour le chef d’Etat monégasque, ces échanges ont été « fructueux ». Il faut dire qu’Albert II, président de la Commission internationale pour l’exploration scientifique de la mer Méditerranée (CIESM), est reparti de Moscou avec en poche, la signature d’un 24ème membre.
Le 4 octobre, la Fédération de Russie a en effet signé l’accord lui permettant de rejoindre cette organisation dont le siège est basé à Monaco*. « Nous l’avons fait parce que le bassin de la mer Noire est directement adjacent à la Méditerranée. Nous aurons donc la chance de travailler ensemble dans ce domaine », a expliqué Vladimir Poutine. « La Russie a un accès à trois océans et à 13 mers. Cela explique notre désir d’adhérer à la CIESM. Nous souhaitons que nos chercheurs coopèrent activement avec leurs collègues d’autres Etats », a renchéri le ministre russe de l’enseignement et de la science, Dmitri Livanov. Cette adhésion donnera l’occasion à Albert II de revenir en Russie après les jeux olympiques de 2014. Le ministre a en effet invité le prince Albert II de Monaco à la conférence internationale sur les problèmes des mers Noire et Méditerranée qui se tiendrait à Sotchi, sur le littoral russe de la mer Noire, en été 2014.
Créée par les pays riverains de la mer Méditerranée, la CIESM s’est réunie pour la première fois à Monaco en 1910 sous la présidence du prince Albert Ier. La CIESM soutient la recherche multilatérale en Méditerranée et en mer Noire. Le siège de la commission se trouve à Monaco.

Une délégation record à Moscou

Lors de ce voyage officiel, le couple princier a participé à la réception « Monaco Day » organisée par la Chambre de développement économique de la Principauté, à l’hôtel Hyatt, à Moscou (nous y reviendrons la semaine prochaine). A Moscou, le président de la CDE, Michel Dotta, était accompagné par une délégation record. 80 acteurs économiques représentant 54 entreprises et organismes professionnels étaient présents à Moscou. Représentant des secteurs très divers comme ceux de l’immobilier, de la banque, de la santé, du négoce international, du tourisme, de l’environnement, de l’industrie, de l’art, du prêt-à-porter, et des cosmétiques. Le couple princier a assisté à une représentation inédite au Bolchoï. Les Ballets de Monte-Carlo se sont produits sur cette scène historique, juste avant la compagnie du Bolchoï. A Moscou, le couple princier a eu une audience avec le patriarche, sa béatitude Cyrille, au monastère Danilov. La princesse Charlène en a profité pour se rendre à la piscine olympique afin de rencontrer des jeunes champions de natation. Elle a également visité les musées du Kremlin.

Objectif Sotchi 2014

A Moscou, le prince Albert a participé au relais de la flamme olympique. En Russie, le braquet est mis sur Sotchi.

Albert-flamme-olympique

L’image a fait le tour du monde. Le 6 octobre, le président Poutine a donné le coup d’envoi du relais de la flamme olympique, arrivée de Grèce, sur la place rouge. Le lendemain, le prince Albert, membre du CIO, a participé à la première étape russe du relais. Portant la torche notamment après Anastasia Davydova, seule sportive russe à avoir remporté cinq médailles d’or olympiques.
Si les prochains jeux d’hiver sont décriés par les militants des droits de l’homme, Amnesty international en tête, Moscou vit aujourd’hui au rythme de Sotchi 2014, et des jeux programmés du 7 au 23 février 2014. Pendant ces quelques jours de manifestations, du 6 au 8 octobre, ce sont 12 000 policiers et militaires et 6 000 agents de sécurité qui ont été mobilisés du 6 au 8 octobre dans la capitale. La flamme olympique doit parcourir 65 000 km à travers la Russie. Avec des moyens de transports divers : voiture, train, avion, traîneau tiré par des rennes. La torche fera même escale à la Station spatiale internationale et effectuera une sortie dans l’espace le 9 novembre…

Soutien
« Nous nous réjouissons, mon épouse la princesse Charlène et moi, de participer à l’ouverture des jeux olympiques d’hiver à Sotchi et d’en avoir un avant-goût avec l’arrivée de la flamme olympique », a indiqué le prince au président Poutine qui l’a remercié pour « avoir soutenu les jeux de Sotchi ». En tant que membre du CIO, le prince a suivi tout le processus. En novembre 2012, en visite à Sotchi pour le 6ème Forum Peace and Sport, il avait ainsi visité le nouveau centre olympique de luge et de bobsleigh « Sanki ».

Exposition
A Moscou, le prince aura d’ailleurs laissé une empreinte de sa passion pour l’olympisme. Celui qui a participé aux compétitions de bobsleigh de 1988 à 2002 s’est façonné une collection de torches olympiques unique. « Il n’en manque qu’une », souligne un proche du palais. Déjà exposées à la maison de Monaco lors des JO de Londres, les torches des jeux d’Albertville, Lillehammer, Nagano, etc. sont aujourd’hui visibles jusqu’à la fin du mois à deux pas du Kremlin, au centre commercial Gum, et bientôt à Sotchi. A l’occasion de l’inauguration, Vladimir Poutine a complété la collection personnelle du prince en lui offrant la torche de Sotchi 2014. « Cette torche aura une place de choix dans ma collection », a soufflé le prince.

journalistMilena Radoman