Michaël Gregorio, la voix des grands

Adrien Paredes
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Son spectacle En concertS, prévu ce samedi à l’espace Léo Ferré, affiche complet depuis plusieurs semaines. Portrait d’une référence musico-humoristique.

Une Gibson crache son blues saturé, le temps d’une balade mélancolique, devant un public bluffé. A se laisser bercer par cette version si pure de Parisienne Walkways, l’auditeur croirait presque à la résurrection de Gary Moore, le guitariste qui, jadis, immortalisa le morceau. Les miracles n’existent pas, les imitateurs hors pair si. Sur scène, l’artiste ne vient pas de Belfast mais de Mulhouse. Il n’a pas encore atteint la cinquantaine du nord-irlandais, pas même la trentaine. Il n’use surtout d’aucun autre instrument que sa voix pour riffer et tient brillamment le solo dans son duel avec le gratteux qui l’accompagne. Ses cordes, vocales, font la renommée de Michaël Gregorio, devenu en sept ans un humoriste incontournable en France. La plupart de ses dates, comme à Monaco, affichent déjà complet. Si vous avez raté le récent duo Shakira-Cabrel sur le tube Je t’aime à mourir ou si vous rêvez d’ouïr ces pontes de l’opéra, que sont la Callas et Pavarotti, chanter du Diam’s, le Mulhousien vous offre un concert de rattrapage. Concert ou spectacle, la question se pose d’ailleurs tant la frontière paraît mince. « Les deux. On s’amuse avec les codes. On parle de spectacle quand même car c’est un peu écrit, ce ne sont pas juste des chansons », indique l’artiste.

Détournement d’oreilles
Dans En concertS, son troisième spectacle, Michaël Gregorio prête sa voix à une quarantaine d’artistes dont Bono, les Black Eyed Peas ou Ray Charles. Sans oublier les francophones Brel, Piaf, Goldman, Berger ou encore… M. Pokora puisque le show se veut aussi « guidé » par l’actualité musicale. « Très ouvert aussi », l’imitateur faisant entrer et sortir à sa guise ceux qu’il met en lumière vocalement. Christophe et David Bowie devraient notamment rejoindre sous peu la chorale « grégorienne ». Michaël Gregorio pratique le « détournement d’oreilles » comme les magiciens manipulent le regard de leur assistance durant leurs tours. Son secret ? La captation d’un timbre de voix, d’un rythme ou d’une façon de se placer sur scène du chanteur plagié. Bref, faire à la manière de. « Tout dépend de l’artiste. Le travail ne sera pas le même s’il s’agit d’un hommage ou d’une caricature. Il n’y a pas de règles pour le travail vocal, qui peut se faire de plusieurs manières. Ça reste très subjectif. Si vous prenez deux spectateurs, l’un dira que c’est une imitation parfaite, l’autre pensera qu’elle est ratée. Au final, je n’ai qu’une seule voix, la mienne. J’essaye de la faire évoluer dans différents univers », poursuit l’artiste qui confie être parfois « davantage dans l’évocation que dans l’imitation ».

Voix théâtrale
A l’adolescence, Michaël Gregorio s’improvisait Thom Yorke ou Kurt Cobain, ses idoles, leaders respectifs de Radiohead et de Nirvana, pour le plus grand bonheur de ses camarades de classe. Mais sa voix, c’est sur les planches qu’il l’a vraiment découverte. Une pièce de Bertolt Brecht, Grand-peur et misère du IIIème Reich, interprétée dans le cadre d’un atelier-théâtre, lui impose de « rendre sa voix plus mûre » pour être plus crédible dans son rôle. « J’ai pris conscience que je pouvais la travailler », dit-il. Ne dit-on pas que le travail finit toujours par payer. Encore au lycée, en 2001, Michaël Gregorio se lance dans l’aventure Graines de Star, télé-crochet phare de M6 à l’époque ayant entre autres révélé Jean Dujardin ou Christophe Maé. Sa voix fait un tabac. Celle-ci aurait pu résonner dans les prétoires — l’artiste a suivi pendant un an des cours de droit via le CNED — mais sa chance lui est rapidement donnée au Vingtième Théâtre, dans une ruelle de Ménilmontant à Paris. Un autre humoriste, Laurent Ruquier, lance définitivement sa carrière après l’avoir fait participer à ses émissions. « Ma rencontre avec Laurent a été déterminante. Ça fait sept ans qu’on travaille ensemble. Il produit mes spectacles, m’a laissé m’entourer de musiciens et de techniciens qui sont au top. Tous tirent le spectacle vers le haut », se réjouit Michaël Gregorio.

Juke-box
Avec sa « famille au sens large du terme », l’imitateur sillonne les routes de France et des pays francophones et s’aménage des plages de repos nécessaires pour sa voix entre deux dates. « C’est très engageant vocalement. Il ne se passe que deux ou trois semaines sans spectacle entre deux tournées », explique-t-il. Mais même après sept ans de tournées, Michaël Gregorio n’en revient toujours pas de jouer si souvent à guichets fermés. « Ça donne l’impression que c’est normal alors qu’en fait, pas du tout. Arriver dans une salle pleine où tout le monde est ravi de vous recevoir, ça met la pression et c’est extrêmement touchant », remarque l’humoriste chanteur. Avec ses « victimes », « ça passe généralement bien ». « Je n’ai jamais été violenté. Je suis un peu un miroir déformant. Certains me disent qu’ils se reconnaissent dans mon travail. Ça fait bizarre. Après, ils le disent sur les plateaux de télé. Hors caméras, ils ont moins de raisons de le dire », souligne-t-il. Libération, qui a brossé son portrait en décembre dernier, le présentait comme « un juke-box » humain. Est-ce là la meilleure définition de Michaël Gregorio ? Réponse amusée de l’intéressé : « Donnez-moi une pièce, on verra bien ! »

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