« L’objectif sera de jouer les premiers rôles »

Romain Chardan
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Eric Perodeau est un président ambitieux. Le boss de l’AS Monaco Handball, satisfait de la saison écoulée qui a vu son club passer de la Nationale 3 à la Nationale 2, ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Sans pour autant oublier les projets mis en place avec les clubs alentours.

Monaco Hebdo : Quel bilan faites-vous de la saison écoulée ?
Eric Perodeau : C’est une très bonne saison sportive, puisque nous avons fini 1er de notre poule. C’est un succès qui nous fait beaucoup de bien, puisqu’on ne s’imaginait pas rester autant de temps au purgatoire après être retombés en N3 il y a 3 saisons. Cette poule du Sud-Est en handball est toujours très relevée, la compétition et la concurrence y sont très rudes. On ne comptait mettre qu’une saison pour remonter, il en aura finalement fallu 3. L’an dernier, on a échoué de très peu, avec 20 victoires, 3 nuls et 3 défaites, pour un ou deux points perdus bêtement à domicile ou à l’extérieur. C’est donc une grande satisfaction au niveau de notre vaisseau amiral, mais aussi pour notre section jeune.

M.H. : Comment se porte-t-elle ?
E.P. : La section jeune fonctionne bien, elle est en progression importante depuis un certain nombre d’années et pour différentes raisons. Notamment parce qu’il se sait à l’extérieur que le handball travaille bien à Monaco et s’occupe bien des jeunes. On a aujourd’hui environ 250 membres seulement sur l’AS Monaco, et puis des jeunes sur un ensemble de clubs avec lesquels on travaille de manière très étroite dans le bassin local, dans le cadre d’un projet qu’on réalise depuis maintenant 7 ans.

M.H. : Quel est ce projet ?
E.P. : Il s’appelle Levant 06. Cela concerne les clubs de la partie Est du Paillon à Menton, avec les clubs italiens de Bordighera, Vintimille et Imperia. L’idée est partie d’un simple constat. Sur cette partie Est, le seul club important était l’AS Monaco en ce qui concerne la Ligue Côte-d’Azur. Les autres existaient mais avaient du mal à fonctionner. Nous mutualisons un certain nombre de besoins matériels et logistiques pour améliorer leur vie de tous les jours, mais aussi pour permettre aux jeunes qui sont sur ce bassin de pouvoir évoluer au plus haut niveau auquel ils aspirent.
Nous organisons également un événement appelé Les Grands Stades. Des regroupements de scolaires, où sont réunis 300 à 400 enfants pour leur apprendre le handball. Cette journée récréative se passe sur des terrains de football. On divise l’espace en 8, 10 ou 12 terrains.

M.H. : Vous parlez des jeunes, vous en intégrez souvent avec l’équipe une ?
E.P. : C’est essentiel dans l’esprit et la philosophie de l’AS Monaco. Notre but a toujours été d’essayer de faire progresser nos jeunes pour les amener au plus haut niveau possible. Cela nous évite, si nous formons nos jeunes, de ne pas avoir à trop compléter le groupe, ou seulement de procéder par retouches avec des gens qui vont tirer le groupe vers le haut. Cette année, nous avons 6 joueurs sur les 12 qui ont été formés à Monaco. C’est une très grosse satisfaction pour nous.

M.H. : D’autres jeunes vont-ils intégrer le groupe de la N2 ?
E.P. : Peut-être pas tout de suite. On devrait avoir deux jeunes de 16-17 ans qui vont intégrer le groupe d’entraînement. On peut penser qu’en fin de saison, vers mars-avril, ils pourraient intégrer l’équipe et faire leurs premiers pas. Il faut respecter un certain nombre d’étapes, il est certain que des jeunes qui ont de la valeur et des compétences, on n’a jamais hésité, à 16-17 ans, à les intégrer dans le groupe de la une. Chaque année, on essaye d’avoir un effectif assez riche étant issu du club. L’équipe réserve est à 90 % formée de joueurs formés au club.

M.H. : Qu’est-ce qui va changer en N2 par rapport à la N3 ?
E.P. : On passe de 14 clubs à 12. Au lieu d’avoir 4 poules qui sont en N2 pour la France, il y en aura 6. On aura une poule de 12 clubs, très relevée, puisqu’on va rencontrer des centres de formation, des réserves de club pro, notamment Istres, Saint-Raphaël et Nîmes. Ce sont toujours des matchs très difficiles à prévoir, où des pros peuvent être alignés. Et au handball plus qu’au football, il n’y a pas photo entre un club de N2 et des joueurs qui évoluent quotidiennement 3 niveaux au-dessus. On aura également une couverture géographique supérieure.

M.H. : Le championnat s’annonce compliqué, quelles seront vos ambitions ? La montée en N1 ?
E.P. : Pas la montée, ce serait très prétentieux, mais notre objectif sera de jouer les premiers rôles. Parce que les règlements ont changé, la seule place de premier est qualificative pour monter en N1. On a trois clubs, Istres, Saint-Raphaël et Nîmes, qui sont des centres de formation, avec des gens qui s’entraînent 8-9 fois par semaine pour accéder au secteur pro, et ça va être des challenges sur ces matchs là. Il y a aussi des équipes avec qui on a joué cette année, qu’on a dominées, et qui montent aussi, qui ont envie de battre l’ASM. Après, dans le sport collectif, il y a des paramètres qu’on ne maîtrise pas. On essaye de minimiser toutes les variables et les possibilités d’échecs. Mais des blessures, des joueurs qui passent au travers, des contre-performances, on n’y peut rien… On peut raisonnablement penser qu’une équipe qui aura plus de 4-5 matchs perdus l’année prochaine ne montera pas.

M.H. : Vous avez déjà commencé à vous renforcer ?
E.P. : On a déjà pris 3 joueurs, à l’heure actuelle, en complément du groupe existant, sur le poste d’arrière droit, de demi centre et d’arrière gauche. On a renforcé cette base arrière qui manquait un peu de force de frappe. Le recrutement est plus ou moins finalisé. Il y aura peut-être une ou deux petites retouches en fonction des sollicitations, parce que l’ASM attire également. On travaille encore sur un ou deux postes de gardien de but et d’ailier, qui seront un complément, pas indispensable, mais qui peuvent nous permettre de préparer le moyen terme.

M.H. : Des changements dans le staff sont-ils prévus ?
E.P. : On est en réflexion aujourd’hui sur le poste d’entraîneur pour l’équipe une. C’est au su et au vu de tout le club. On estime que, pour différentes raisons, l’on est sans doute sur une fin de cycle, et que notre projet sportif peut nous amener à nous réorienter vers un entraîneur pour les 2-3 prochaines années. Mais si la réflexion est menée, et si l’entraîneur actuellement en place, qui a toutes les compétences pour la N2, n’a pas été reconduit, c’est qu’on veut se donner le temps de la réflexion. On veut se donner les meilleures chances pour les années futures.

M.H. : Le rôle de Jackson Richardson va-t-il évoluer ?
E.P. : Son rôle n’évoluera pas. Lorsqu’il s’est rapproché de notre club, c’était dans le but de nous faire bénéficier de son expérience du haut niveau. C’est toujours la volonté que nous avons et qui est commune. C’est de nous faire progresser également au niveau de notre partenariat. Il a un rôle de dirigeant dans la mesure où il a intégré le comité directeur de notre section il y a deux ans. C’est un dirigeant un peu distant puisqu’il ne vit pas ici, mais il nous apporte régulièrement des conseils, et on a un contact fréquent.

M.H. : L’ASM-FC est en litige avec la Ligue de football. Pourrait-il se passer la même chose avec l’ASM handball si vous réintégriez le secteur professionnel ?
E.P. : Je pense que ça ne pourrait pas arriver pour la bonne raison que les lois qui régissent les accords entre la France et Monaco, qu’ils soient orientés vers le foot ou le handball ou le water polo, restent les mêmes. Ensuite, une convention a été passée entre la fédération monégasque et la fédération française dès la création de la fédération monégasque en 2006, et ce genre de cas est prévu. C’est-à-dire que la législation sociale et fiscale monégasque est de fait reconnue comme telle. Mais je ne peux pas dire ce qui se passerait de la part du monde professionnel si on accède à ce niveau-là.

journalistRomain Chardan