Un quartier sur la mer

Sabrina Bonarrigo
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Une première pierre à l’édifice… de l’extension en mer a été posée. Le 3 mai, l’appel à candidatures pour la construction de cet « éco-quartier » d’une superficie de 6 hectares situé au large du Larvotto a été officiellement lancé.
Une urbanisation en mer qui prévoit la construction de logements de luxe, de bureaux, de commerces et d’une marina.

Monaco a décidé de prendre le large… à l’Est de son territoire. A l’horizon 2024/2025, un nouveau quartier d’une superficie de 6 hectares émergera au large du Larvotto. Géographiquement située entre le Fairmont et le Grimaldi Forum, cette vaste construction sur la mer représente selon le gouvernement « une volonté du prince de projeter la Principauté dans les 50 à 100 années futures. »
Il faut dire qu’agrandir le territoire monégasque sur la mer ouvrira de larges perspectives. « Accueillir de nouveaux résidents, développer l’activité économique et faire travailler les entreprises monégasques sur ce projet qui constitue, avec celui du nouveau CHPG, deux projets majeurs de développement pour Monaco », a résumé le ministre d’Etat, Michel Roger lors d’une rencontre avec la presse.

Candidatures
Cette conquête sur la mer vient de franchir une première étape. Le 3 mai, l’appel à candidatures a été lancé au journal officiel (1). Les groupements — ou structures uniques — auront jusqu’au 23 juillet prochain pour déposer un dossier. « Sur l’ensemble des dossiers déposés, dix candidats maximum seront retenus. Sur ces dix noms, un classement des trois premiers sera établi. Et d’ici la fin de l’année, nous devrions retenir LE candidat avec lequel nous entamerons des négociations et des échanges », a détaillé le conseiller à l’urbanisme et à l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia. Tout en insistant sur un point : les candidats devront « obligatoirement impliquer des entreprises monégasques dans le projet. »
Avant de déambuler dans ce « quartier maritime », la population devra donc attendre un peu plus de 10 ans. Selon le calendrier annoncé par l’Exécutif, le projet devrait être lancé d’ici fin 2014. Pour une finalisation espérée fin 2024, début 2025.

Quartier aéré
Que contiendra alors ce néo-quartier dont la surface vendable (hors espaces extérieurs, tels que loggias, terrasses, balcons et jardins privatifs), représente environ 60 000 m2 ? Le gouvernement en a dévoilé les grandes lignes. Sur cette presqu’île monégasque, des logements de très grand luxe, côtoieront des commerces, des bureaux, des équipements publics, des parcs de stationnement publics et privés, mais aussi… une marina d’environ 30 à 40 anneaux. Quant aux logements domaniaux ? « A ce stade du projet, il est encore trop tôt pour dire si nous pourrons en construire », indiquent les autorités. Le gouvernement en tout cas l’assure. Le quartier sera « aéré ». Et ce, « grâce aux espaces verts, à la marina et aux immeubles qui abriteront seulement 6 à 10 étages », a précisé Marie-Pierre Gramaglia. Et le ministre d’Etat de rassurer à son tour. « Il n’y aura pas de tour ni de barre de béton à 20 mètres de l’avenue princesse Grace… »
Autre exigence mentionnée noir sur blanc sur l’appel d’offres : le quartier — certes accessible aux véhicules à moteur — devra « principalement être dédié en surface aux usages piétonniers et aux modes doux. » Sur le plan architectural en revanche, le gouvernement s’est contenté de préciser qu’il choisira « le projet le plus séduisant ». Tout en affirmant qu’il n’exclurait pas l’idée « d’un projet futuriste. » En attendant la construction, à très long terme, d’un potentiel Fontvieille II, l’éco-quartier du Larvotto permettra de répondre en partie à une donnée fixée par le gouvernement : « Nous savons que nous avons besoin d’environ 350 000 m2 tous les dix ans pour pouvoir bien se développer… »

(1) L’appel à candidatures a également été publié dans le Bulletin officiel des annonces de marchés publics, sur le site du Moniteur et dans le Journal officiel de l’Union Européenne.

Un milliard d’euros… sous l’eau

Combien coûtera cette extension en mer ? Selon le chiffre avancé par le gouvernement, le coût des infrastructures — soit la partie uniquement sous-marine de l’extension — est de l’ordre d’1 milliard d’euros. La facture liée aux superstructures (soit les constructions situées au-dessus de la mer) dépendra, elle, des différents projets présentés par les postulants. Une certitude : « L’opérateur sera en charge du financement, de la conception et de la réalisation des travaux d’infrastructures et de superstructures ainsi que de la commercialisation des immeubles qui lui reviendront, indique l’appel d’offres. L’économie globale du projet sera la suivante : l’Etat cède les volumes nécessaires à l’emprise du projet, dans sa globalité […] L’opérateur commercialise les surfaces bâties non rétrocédées à l’Etat, et se rémunère avec le produit de cette vente. »

Un quartier vert ?

Un « éco-quartier ». C’est en ces termes que les autorités monégasques qualifient ce nouveau bout de territoire qui sera construit au large du Larvotto, à 20 mètres de profondeur. L’impératif écologique est d’ailleurs clairement mentionné dans l’appel à candidatures. « Cette extension sera menée dans une perspective forte de développement durable et de protection de l’environnement. » Le gouvernement l’assure. L’emplacement du quartier — situé entre le tombant des Spélugues (1) et la réserve du Larvotto (voir schéma) — et les techniques de construction qui seront privilégiées, permettront « de respecter les fonds marins » et la « biodiversité marine ». Même topo pour les nuisances sonores. « Une étude d’impact sera demandée à toutes les phases de l’avancée du projet. C’est en fonction de ces études, que l’on choisira la meilleure solution de construction », poursuit le conseiller Marie-Pierre Gramaglia. « Il est peu probable en revanche que la technique du remblai soit utilisée… », a toutefois précisé le ministre d’Etat Michel Roger. Technique trop violente pour l’environnement marin…
(1) La réserve du Tombant des Spélugues créée en 1986 est l’une des rares aires spéciales protégées en milieu urbain abritant du corail rouge.

journalistSabrina Bonarrigo