« Une faute impardonnable »

Sabrina Bonarrigo
-

L’affaire Cahuzac a provoqué une onde de choc politique en France et une vague de consternation, à droite comme à gauche, ainsi que dans l’opinion publique. Réactions du sénateur UMP Christophe André-Frassa, du député PS Arnaud Leroy, et de résidents français à Monaco.

Un séisme politique et démocratique. Un scandale d’Etat. Et un coup de massue pour les Françaises et les Français… La « République irréprochable » et le « devoir d’exemplarité » prônés à tout-va par le candidat et président François Hollande, ont été torpillés en quelques jours par l’affaire Cahuzac. Après des mois de mensonges, et après avoir garanti droit dans ses bottes devant l’Assemblée nationale et plusieurs médias « qu’il n’a jamais eu de compte à l’étranger. Ni maintenant, ni avant », le 2 avril dernier, Jérome Cahuzac est finalement passé aux aveux, devant les juges d’instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke. Objet du délit ? La possession par l’ex-ministre du budget d’un compte non déclaré en Suisse chez UBS dont l’intégralité des actifs déposés avoisinerait les 600 000 euros. Quelques jours plus tard, le 5 avril, c’est une toute autre somme bien plus substantielle, que la télévision suisse avance. Celle de 15 millions d’euros… Un feuilleton politico-judiciaire qui a fait bondir toute la classe politique, à droite comme à gauche. « Le ministre du budget qui est en charge de lutter contre la fraude fiscale est lui-même un fraudeur… Il est le patron des services fiscaux, il est en charge de poursuivre ceux qui essaient de se détourner de leur devoirs fiscaux… et ce type-là est la cible de ceux qu’il pourchasse, lance Christophe-André Frassa, sénateur des Français établis hors de France et enfant du pays. C’est comme si l’on avait Pablo Escobar comme ministre de la santé ! Cahuzac a sans cesse été un donneur de leçons, un thuriféraire de la moralisation de la vie publique, aussi bien au parlement qu’au gouvernement, et il commet cette faute impardonnable… On croit rêver. Les bras m’en tombent ! »

Discrédit
Même consternation dans les rangs de la gauche. Sur Twitter et Facebook, le député de la 5ème circonscription des Français de l’étranger (englobant Monaco), Arnaud Leroy, a d’abord lancé un lapidaire « Grosse déception, j’avais confiance », quand l’affaire a éclaté. Avant de laisser éclater sans ménagement sa colère. « Les aveux de Jérôme Cahuzac viennent jeter un peu plus le discrédit sur la parole publique. J’enrage de ces pyromanes de la démocratie pour qui les mots « collectif », « responsabilité », « probité » n’ont plus de sens. Le mensonge à l’assemblée nationale doit être sanctionné. Le conditionnel n’est pas de rigueur. » Car le scénario est pour le moins ubuesque… Le même qui menait un combat contre l’exil fiscal et qui prônait une politique d’austérité drastique, laissait fructifier son argent dans un compte à l’étranger… « Quand on pense que ce monsieur avait voulu donner des leçons de morale à Monaco en co-signant le rapport Montebourg !(1) C’est pire que l’arroseur-arrosé, car il y a une véritable volonté de tromper, de mentir. Lorsqu’on signe des textes demandant une totale transparence quant à l’origine de fonds, il faut être soi-même irréprochable, lance Géraldine Motillon, résidente française à Monaco et enfant du pays. Comment peut-on demander à tout à chacun de se serrer la ceinture quand non seulement on ne s’applique pas les règles à soi-même et pire, qu’on détourne ces règles à son profit ? Dommage de voir que certains oublient qu’en faisant de la politique, ils se sont mis au service des autres et de leur pays… »

Suspicions
Faute avouée, à demi pardonnée ? Pas vraiment dans l’affaire Cahuzac… Malgré un mea culpa publié sur son blog dans lequel l’homme s’est dit « pris dans une spirale de mensonges » et « demande pardon », son cas a en parallèle soulevé de multiples suspicions. L’Elysée était-il au courant et a-t-il couvert son ministre ? Selon le président Hollande, Cahuzac « n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence ». Cette affaire est même, selon les termes du chef d’Etat, « une faute individuelle » et ne justifierait pas un remaniement. « J’ai beaucoup de mal à croire que personne n’était au courant. Un remaniement me semblerait la moindre des choses. Car il y dans ce gouvernement des ministres qui font l’objet de fortes suspicions. A commencer par le patron direct de Jérôme Cahuzac, monsieur Pierre Moscovici, rajoute Frassa. Ce qui me choque le plus, c’est d’avoir minimisé la chose, en affirmant que c’est un acte isolé, d’une personne isolée. Or, nous avons des services de renseignement intérieur qui rendent compte quotidiennement au président de la République de la situation du pays. Soit ils sont très mauvais, soit il y aura des éclaircissements à demander. »

Moralisation
Pas de remaniement donc… Car c’est sur le terrain législatif que le président a décidé de répliquer. Au lendemain des aveux, Hollande a déroulé dans une brève allocution télévisée une série de mesures. En substance : les élus condamnés pénalement pour fraude ou corruption seront interdits de tout mandat public. Une réforme sur l’indépendance de la justice devrait également être votée dès cet été. « Du bricolage dans l’urgence, selon Frassa. Avec cette idée que… ah mince, on nous a pris la main dans le sac alors je vais changer la loi ! » Dans la foulée, le gouvernement a annoncé que les déclarations de patrimoine de tous ses membres seront publiées « d’ici au 15 avril ». Alors qu’un projet de loi sur la moralisation de la vie politique devrait également être présenté le 24 avril en conseil des ministres.

Image à l’étranger
Reste à mesurer quelles seront les conséquences politiques de cette affaire. Et si d’autre têtes tomberont. Car quelques jours après les aveux de Cahuzac, Le Monde et le Guardian, dévoilaient à leur tour que le trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, est actionnaire de deux sociétés offshore basées dans les îles Caïmans. « Rien d’illégal », selon l’intéressé. Sauf que ces agissements creusent sans surprise le fossé qui sépare les Français de leurs dirigeants politiques. Selon un récent sondage OpinionWay, 77 % des personnes interrogées jugent que les élus et les dirigeants politiques français sont « plutôt corrompus ».
« Ce qui m’agace le plus c’est l’image que donne la France à l’étranger. L’image d’un gouvernement qui ne tient absolument plus la barre, d’un président de la République qui commence à être remis en cause par son propre camp. L’image d’un pays qui dans l’Etat actuel n’est pas gouvernable et qui n’est plus gouverné depuis longtemps », conclut Frassa. Arnaud Leroy a enfin rendu hommage au travail du site indépendant Mediapart qui a révélé l’affaire dès le 4 décembre 2012. « Bravo à Mediapart pour sa pugnacité. La démocratie, pour le bien de toutes et tous, en a bien besoin… »

(1) En 2000, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg ont déposé un rapport d’information sur la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe. Rapport co-signé par Jérôme Cahuzac.

Frassa : oui au mariage homo… non au projet de loi

«Oui, je suis favorable au mariage pour les couples de personnes de même sexe. Ce n’est pas, pour moi, une question idiote d’égalité comme nous le rabâche la gauche. C’est une question fondamentale, pour le républicain que je suis, de liberté individuelle. Oui, je suis favorable à l’adoption par les couples de personnes de même sexe, mais à la seule condition que ce soit une adoption simple et non une adoption plénière. »
C’est en ces termes que Christophe-André Frassa a expliqué sa position sur le mariage gay alors que le projet de loi est actuellement examiné au Sénat. Pourtant, le sénateur UMP a décidé de voter contre le texte… Il s’en explique. « J’ai voté contre car le gouvernement a réussi à braquer les Français les uns contre les autres et a refusé le dialogue. Le projet de loi fait également croire que l’on va régler tous les problèmes d’adoption en une seule fois », nous indique-t-il. Autre raison avancée : le texte serait selon lui « la porte ouverte à la PMA et à la GPA. Et cela je ne peux pas y souscrire. J’y demeure fermement opposé. »

journalistSabrina Bonarrigo