RMC, 70 ans d’histoire

Adrien Paredes
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Lancée durant la seconde guerre mondiale, la station a jusqu’alors connu une existence en dents de scie, entre succès et déclin.

« RMC explose », « RMC en pleine forme », « RMC bondit ». Le 15 janvier dernier, lorsque l’institut Médiamétrie publie les audiences de la période novembre-décembre 2012, celles de Radio Monte-Carlo attirent tous les regards. La station septuagénaire s’élève à huit points d’audience. Avant de connaître ce record*, RMC est passée par tous les états. D’abord, celui d’une naissance mouvementée en juillet 1943. La première esquisse de la station remonte vingt ans en arrière quand Radiola, marque de récepteurs radios, et la SBM se rapprochent dans l’idée d’installer un poste de TSF en principauté. Un tournant majeur intervient en 1933 à Lucerne (Suisse) où Monaco se voit attribuer une fréquence radio lors d’une conférence de l’Union internationale de radio-diffusion. Pour l’exploiter, la Principauté doit obtenir l’aval de la France, qui lui oppose un refus. L’idée de Radio Monaco fait cependant son chemin. La fréquence attire l’attention du régime nazi, qui y voit la possibilité de diffuser sa propagande. Le 18 juillet 1943 est donc lancée Radio Monte-Carlo depuis le Sporting d’Hiver avec, au micro, Maurice Chevalier. La programmation est essentiellement musicale, tournée vers la culture de manière générale. Dans l’actionnariat, trois régimes sont représentés à travers des sociétés écrans : la France de Vichy (50 % des parts via la Sofira), l’Allemagne nazie (25 % des parts via Interradio) et l’Italie fasciste (25 % des parts via Ente Italiano Audizioni Radiofoniche). Achetés par Radio Monte-Carlo, le palace Prince de Galles (aujourd’hui supplanté par le Novotel), situé boulevard Princesse Charlotte, doit servir de siège à la radio et le domaine agricole de Fontbonne sur les pentes du Mont Agel est choisi pour la construction d’un centre émetteur. A partir de mai 1944 et jusqu’en août, le régime nazi utilise RMC pour diffuser sa propagande, alors que les autorités françaises ont tenté de repousser ce moment le plus longtemps possible.

Renouveau
A la Libération, RMC, et les biens qui lui appartiennent, sont mis sous séquestre par la justice monégasque. La France, via la Sofira, s’adjoint les participations allemande et italienne et détient 83,33 % du capital de la station. Les 16,67 % restants reviennent au gouvernement monégasque. Les émissions ne reprennent officiellement qu’au 1er juillet 1945. Le centre émetteur de Fontbonne, dont le déménagement a été acté fin 2012 vers celui de la Madone à Peille, voit le jour et diffuse RMC sur ondes courtes et moyennes ondes. Durant les années 50, RMC part sur de nouvelles bases. Une association du personnel est créée. Parmi les animateurs vedettes, on retrouve Francis Blanche, auteur de gags téléphoniques en tous genres et animateur de la première émission délocalisée de RMC, Le petit bar de midi. La station conquiert peu à peu le sud de la France. Dans les années 1960, RMC travaille son image de radio du soleil et des vacances en diffusant jeux et radios crochets. En 1962, tandis que la crise franco-monégasque bat son plein, le prince Rainier III utilise les ondes de RMC pour s’adresser à ses sujets. Cette époque voit aussi l’émergence de voix emblématiques de la station dont Jean-Pierre Foucault, José Sacré, Pierre Lescure ou encore Bernard Spindler. En 1965, le premier centre émetteur grandes ondes est inauguré à la Madone. Dix ans plus tard, c’est à Roumoules, dans les Alpes de Haute Provence, que s’ouvre un second émetteur grandes ondes. D’autres animateurs sont lancés dans les années 1970 tels que Julien Lepers, Patrick Roy, Alain Chabat, Marc Toesca ou encore Christian Borde alias Moustic. Des bureaux sont ouverts dans les grandes agglomérations du Sud.
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La chute puis la deuxième vie
En 1980, RMC, qui s’est développé sur la bande FM et gère alors huit antennes, est le deuxième employeur en principauté derrière la SBM avec 420 salariés. « Les sondages dépassent 12 % d’audience nationale », rapporte Jacques Loudot dans L’Aventure Radio Monte-Carlo. Le déclin de la station intervient en même temps que l’avènement des radios libres. Certaines émissions populaires sont supprimées. Au début des années 1990, RMC fait appel à des stars du petit écran comme Alexandre Debanne ou Patrick Sabatier. En 1993, sous la direction de Jérôme Bellay, RMC s’axe davantage sur l’information mais l’audience continue de chuter. 1994 marque le retour de Jean-Pierre Foucault, nommé directeur des programmes, qui met en place une grille très Sud, plus proche de l’auditoire traditionnel de RMC. Julien Courbet, Patrick Sébastien ou encore les Chevaliers du Fiel officient notamment à l’antenne. La station vit au-dessus de ses moyens et est contrainte de vendre à la Principauté son siège pour éponger ses dettes. Après plusieurs tentatives infructueuses, le gouvernement français démantèle et privatise le groupe RMC. Il cède la station Radio Monte-Carlo aux laboratoires Pierre Fabre en 1998. Cette période est marquée par des plans sociaux qui s’accompagnent de grèves du personnel. Seuls 110 salariés sur près de 600 sont conservés. En avril 2000, le siège historique du boulevard Princesse Charlotte est abandonné pour des studios situés sur le quai Antoine 1er. Trois mois plus tard, le groupe NRJ candidate au rachat de RMC mais renonce finalement. En novembre 2000, la radio, qui a plongé à 1,9 points d’audience, est reprise en main par Alain Weill, qui a démissionné de son poste de directeur du groupe NRJ et monté la société NextRadioTV. Celui-ci rachète les parts de Sud Communication dans RMC. La nouvelle mouture de la station, rebaptisée RMC Info en 2001, tient en un slogan : « Info, Talk (parler en anglais), Sport » et la musique a disparu de la grille des programmes. Pendant un an, la rédaction est coupée entre Monaco et Paris avant qu’elle ne soit rapatriée presque intégralement à la capitale en juin 2001. Seul Jean-Louis Filc reste à l’antenne pour assurer un décrochage local (lire par ailleurs). La deuxième vie de RMC commence. Aujourd’hui, la station peut être captée dans plus de 200 villes sur la bande FM (98.8 FM à Monaco). Sur les grandes ondes (216 kHz), RMC peut être entendu dans le bassin méditerranéen, au Maghreb mais aussi en Belgique et en Allemagne.

* Ce record d’audience est relatif dans la mesure où Médiamétrie n’a vu le jour qu’en 1985.

Monaco dans l’actionnariat de RMC

Jusqu’en janvier 2013, la Principauté détenait 4,57 % du capital de RMC. Après des négociations avec NextRadioTV, l’actionnaire majoritaire, elle ne dispose plus que de 0,1 % de la station. Monaco a en revanche intégré l’actionnariat du groupe d’Alain Weill qui réunit RMC, BFM, BFM TV et RMC Découverte, à hauteur de 1,77 %. En plus de ces accords économiques, la marque Radio Monte-Carlo appartient désormais à la société Monaco Brands, qui gère les licences des marques officielles de la principauté. Mais cette situation n’est pas du goût de tous. Jean-Pierre Margossian, le directeur général de Monte-Carlo Radiodiffusion (société qui gère depuis 1992 les fréquences radio attribuées à Monaco à partir des centres émetteurs de RMC), a interpellé le président du conseil national Laurent Nouvion sur le sujet. « Je suis très choqué du délitement, de la position de Monaco au sein de RMC et TMC. Le prince Rainier avait été remarquablement visionnaire. Ça a été remarquable de créer ces entités, et de mettre en place un système. Je regrette aujourd’hui que nous soyons dilués dans ces structures. Je ne comprends pas pourquoi, d’autant plus qu’il y a un élément essentiel, c’est le nom. Ils ne peuvent pas agir sans le nom magique de Monte-Carlo. Nous avons un effet de levier extrêmement important sur eux. On va être intransigeants pour pouvoir essayer d’arrêter de diluer notre importance. Car c’est le fait d’hommes d’affaires qui par le biais d’un certain nombre de montages diluent le capital dans ces structures », a réagi Laurent Nouvion, lors d’un Press Club qui lui était consacré le 22 mars.

Jean-Louis Filc, RMCiste longue durée

Le rédacteur en chef de RMC assure en semaine un décrochage d’information locale à 7h50 depuis le bureau monégasque.

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Depuis le studio surplombant la baie de Monaco, Jean-Louis Filc prend l’antenne du lundi au vendredi. Les auditeurs de la principauté et des communes voisines peuvent l’entendre à 7h50, en plein milieu de la matinale de Jean-Jacques Bourdin. Pendant quatre minutes, le rédacteur en chef de RMC aborde l’actualité du pays et des environs. « Je fais de la radio pratique. Ça tient en trois feuillets mais ce fil ténu, qui nous relie à l’histoire de la station, reste très écouté. Je prends un immense plaisir à effectuer ce décrochage », dit le dernier employé du bureau de Monaco depuis 2010. « Je suis un peu la raison sociale de RMC ici », plaisante-t-il. Ses 41 ans passés à la station font de Jean-Louis Filc celui qui y a passé le plus de temps. Le journaliste qui a découvert RMC, enfant, sur un transistor dans la campagne bordelaise se pose en témoin de l’évolution du média radio. « Je ne dirais pas qu’avant, c’était le Moyen-Age mais la période entre le journalisme de Kessel et celui de ma génération, post-68, a subi moins d’évolutions techniques que je n’en ai connu durant ma carrière. J’ai été le dernier à me servir d’un Nagra à bandes pour le départ du Vendée Globe en 2004 », raconte Jean-Louis Filc, pour qui le métier a « incontestablement changé ». « Il n’y avait pas cette folie du news. On n’a pas le temps de tout vérifier aujourd’hui. Il faut que la cuve soit pleine en permanence », développe l’ex-correspondant de RMC au Vatican.

« Les liens techniques disparaissent, pas les historiques »
A son arrivée en 1972, Jean-Louis Filc connaît l’essor de RMC. « Dans le sud de la France, on avait un impact énorme. Partout où on allait avec la voiture RMC, on était accueillis comme si on était chez nous », se souvient-il. Dans ses archives figure une étude de Médiamétrie de 1976, laquelle recense une audience cumulée de 4 680 000 auditeurs alors que la station ne couvrait que le sud. « Nous n’étions pas sondés l’été alors que nous avions potentiellement 40 % d’auditeurs en plus », précise le rédac’ chef de RMC. Côté effectifs, la radio compte, à cette époque, 610 collaborateurs dont 380 en principauté. « RMC était la seule radio qui permettait de faire ce métier ailleurs qu’à Paris. Le personnel était historiquement attaché à la principauté. C’était l’entreprise de Monaco intra-muros. On était une famille. Il existe d’ailleurs une énorme association du personnel. Les liens techniques disparaissent mais pas les liens historiques », explique-t-il. A partir de 1982, alors qu’il présente la matinale, le journaliste assiste au déclin de RMC. « L’avènement des radios libres y a largement participé. Certains directeurs n’ont pas vu venir le danger », commente-t-il.

Radio tout sport
En 1986, Jean-Louis Filc devient grand reporter puis est nommé à la tête du service des sports. Il développe en 1988 un projet de radio entièrement tourné vers le sport qu’il soumet aux directeurs successifs, qui le rejettent. « Ils arrivaient avec des idées très arrêtées. Certains disaient « on arrête le sport », d’autres, « on mise tout sur le sport ». Des directeurs voulaient développer puis supprimer les bureaux régionaux. Il n’y avait pas de cohésion », confie le passionné de voile, qui a, entre autres, couvert plusieurs olympiades et Tour de France. Puis vient le rachat de la station en 2000 par Alain Weill, le « grand timonier » au sujet duquel il ne tarit pas d’éloges, et les déménagements sur le quai Antoine 1er en 2001 et pour Paris, en 2002. « Beaucoup de salariés avaient plus de 50 ans et pour eux, c’était l’incompréhension totale. RMC à Monaco, c’était leur vie. Quand on leur a dit, « vous allez devoir quitter Monaco pour Paris », cela a été un traumatisme. Après maints plans sociaux, 250 personnes sont parties », se remémore Jean-Louis Filc. La nouvelle RMC Info intègre son projet. Un pari payant puisqu’aujourd’hui, la radio est n° 1 sur le sport.

« Nous avons retrouvé le niveau d’audience des années 70 »

Le directeur général de Radio Monte-Carlo, Frank Lanoux, a publié La deuxième vie de RMC aux éditions du Rocher. Il y raconte le renouveau de la station depuis son rachat en 2000 par Alain Weill. Interview.

Frank-Lanoux
Monaco Hebdo : Quelles raisons vous ont motivé pour écrire ce livre ?
Frank Lanoux : Ma réflexion remonte au mois de janvier 2012. La station amorçait un nouveau virage. Un sondage de Médiamétrie venait de tomber. Nous passions de 7,2 à 7,9 % de parts d’audience. Nous étions habitués à une avancée à petits pas. Là, c’était un grand coup. Ensuite, une belle année 2012 s’annonçait avec un jubilé d’actualité qui allait bien nous servir (présidentielles, Euro de football…) et deux dossiers déposés au CSA pour créer une chaîne RMC sur la TNT. De plus, j’allais fêter mes 30 ans de travail en radio et avoir 50 ans. De fait, je ne rentrais plus dans le cœur de cible de RMC, les hommes de moins de 50 ans.

M.H. : Quelle était la situation de la station lors du rachat ?
F.L. : RMC a une formidable et grande histoire dans le Sud de la France. A la fin des années 90, les audiences des radios dégringolaient. En vingt ans, celle de RTL avait été divisée par 2, Europe 1 par 3 et RMC par 6. RMC pointait à 1,9 %. C’était un serpent de mer. Elle a été privatisée en 1998. Il ne s’est pas passé grand chose et la radio a fini par sortir des radars.

M.H. : Et pour la relancer, vous importez le format talk (radio parlée) après un voyage aux Etats-Unis ?
F.L. : Le produit était nouveau. Nous apprenions en pédalant. Le format talk était connu aux Etats-Unis. Les radios généralistes s’étaient spécialisées dans la parole, basées sur l’opinion et la personnalité. Il fallait avoir une opportunité de l’importer en France. Obtenir des émetteurs n’était pas facile. D’un côté, nous n’aurions jamais pu développer un tel programme sur une fréquence uniquement parisienne. De l’autre, ni Europe 1, ni France Inter, ni RTL ne pouvaient le faire car il y avait une trop grande part de risque. Sur RMC, l’audience avait tellement baissé qu’on pouvait tirer un trait sur l’histoire. Beaucoup de gens ne croyaient pas au renouveau de la station.

M.H. : Plusieurs personnalités vous ont proposé des projets. Comment avez-vous fait le tri ?
F.L. : On cherchait la différence. Si nous faisions pareil que RTL, ça ne servait à rien. Il fallait faire quelque chose qu’ils ne pouvaient pas faire eux-mêmes. Les projets classiques n’étaient pas conservés.

M.H. : Vous engagez Brigitte Lahaie pour animer une émission sur la sexualité. C’est un pari risqué pour l’époque ?
F.L. : Ça ne me paraissait pas évident au début. J’étais embêté vis-à-vis de la qualité du programme, plus que par l’image qu’elle pouvait renvoyer. En réalité, Brigitte Lahaie faisait ça très sérieusement, ce n’était pas du racolage. L’émission a d’ailleurs été très bien considérée par les observateurs des médias. La preuve qu’elle fonctionne, elle existe toujours douze ans après.

M.H. : Côté audience, la remontée de RMC a d’abord commencé dans les taxis.
F.L. : Il fallait trouver des techniques pour que les auditeurs apprennent rapidement notre existence. Quant vous prenez le taxi, vous ne choisissez pas la radio qui passe pendant le trajet. Cela a une valeur considérable. La radio est immatérielle. Quand vous prenez deux magazines, L’Express et Closer par exemple, vous savez lequel vous allez lire et va vous correspondre le mieux. Pour la radio, il faut chercher les fréquences. C’est un marché très dur à pénétrer. Or, nous disposions d’un produit en rupture totale avec ce qui se faisait. Un adolescent passe d’une radio musicale à une autre sans sourciller. L’adulte, lui, change carrément de média d’information. Il rompt un partenariat historique avec la généraliste qu’il écoute.

M.H. : Alain Weill affirmait que RMC serait relancée depuis Monaco puis finalement, elle l’est depuis Paris. C’était mission impossible ?
F.L. : Pendant un an, nous avons essayé. Il devenait évident que ce serait plus aisé de la relancer depuis Paris. En restant moitié Monaco, moitié Paris, ça n’aurait pas pu marcher mais on a tenté le coup. Beaucoup d’employés de la station se méfiaient de notre projet et pensaient que ça allait mal finir. Ils ont préféré partir.

M.H. : RMC traîne-t-elle toujours sa réputation de radio du Sud ?
F.L. : Une bonne partie de la génération FM ne sait pas que RMC était avant basée à Monaco. Il faut avoir vécu ces choses-là. Si on ne lui dit pas, pour un jeune de 20 ans, aujourd’hui, RMC, c’est le foot.

M.H. : Avez-vous l’impression d’avoir été copiés ?
F.L. : Nous avons été les déclencheurs d’un mouvement. Sur notre antenne, l’auditeur peut donner son avis de 4 h 30 à minuit. Nous traitons mieux le sport. On rend le service de couvrir tous les événements sportifs. On en parle de 16h à minuit. Personne ne fait ça. On a fait bouger les lignes mais on ne peut pas être copiés.

M.H. : En 2002, vous obtenez les droits exclusifs de la coupe du monde de football. Votre campagne « Un mondial, une radio » a marqué les esprits et les stations concurrentes.
F.L. : Là encore, on faisait bouger les lignes. L’idée n’était pas de voler les droits de la compétition aux autres radios. Nous rendions un service aux Français, celui de diffuser tous les matchs de la coupe du monde. Avant, les radios se partageaient les droits de l’événement mais elles ne faisaient pas leur travail jusqu’au bout. Là, nous avons pris un engagement vis-à-vis de nos auditeurs. On aurait préféré que la France (tenante du titre à l’époque) aille en finale au lieu de se faire éliminer au premier tour mais le spectacle a continué malgré ça.

M.H. : L’an dernier, près de 4 000 internautes ont voté sur le site « En pleine lucarne » pour leur émission sportive radio préférée. RMC a fait carton plein dans le top 5. Comment jugez-vous les résultats de ce sondage ?
F.L. : C’était une victoire. En même temps, c’est naturel. Quand on fait un classement des hôpitaux, certains seront devant d’autres en fonction de leur spécialité. Le sport, c’est notre spécialité. Je serai tenté de dire que c’est plus facile car le spécialiste sera toujours meilleur que le généraliste.

M.H. : L’élection présidentielle de 2007 vous a apporté des auditeurs supplémentaires. En quoi a-t-elle été un tournant ?
F.L. : Nos relations avec les politiques ont été bien meilleures. En 2002, Jacques Chirac s’était désintéressé de RMC. Il n’avait pas donné suite à nos demandes d’interview. En 2007, les candidats à l’élection sont tous venus et nous étions plus à l’aise avec la chose politique. Le fait que Jean-Jacques Bourdin ne soit pas un journaliste politique et d’être diffusé en simultané sur BFM a joué. En étant une radio d’opinion, la politique est devenue petit à petit un élément central.

M.H. : Jean-Jacques Bourdin est parfois vu comme un donneur de leçons. Vous en pensez quoi ?
F.L. : Cette image ne lui correspond pas. C’est la différence entre un journaliste classique et lui. Il donne souvent son opinion à l’antenne, sans prendre parti pour autant. C’est un exercice auquel les gens n’étaient pas habitués. Nous sommes dans la différence. Et en recherchant la différence, parfois, ça choque.

M.H. : Vous n’avez pas peur des dérapages sur le 3 216 (le standard de RMC) ?
F.L. : On rappelle les gens qu’on passe à l’antenne. C’est une sorte de filtre pour éviter qu’ils fassent n’importe quoi. Après, les auditeurs savent profiter de l’instant. S’ils ont quelque chose à dire à l’antenne à une personnalité qu’ils n’aiment pas, c’est mieux qu’ils puissent le lui dire au lieu de leur cracher à la figure dans la rue. Jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu de problème à l’antenne.

M.H. : Les propos misogynes de Sophie de Menthon et Franck Tanguy sur Nafissatou Diallo dans les Grandes Gueules, c’était un accroc ?
F.L. : Oui, cela a été vécu comme tel. Ça n’aurait pas dû l’être. En étant une radio 100 % parlée, nous abordons des sujets sur lesquels certains propos peuvent dépasser la pensée de ceux qui les tiennent. Ça ne me gêne pas que quelqu’un dise des choses exagérées si derrière, il y a un débat et des excuses quand on est allés trop loin. La polémique est intervenue quatre jours après la diffusion de l’émission. Je m’interroge sur le timing. Quant à Sophie de Menthon, elle a rejeté la faute sur l’émission et son animateur. Si elle s’était excusée, elle aurait déjà fait son retour à l’antenne. RMC, c’est une famille. Qu’elle s’en désolidarise, cela empêche toute collaboration.

M.H. : Quand vos détracteurs qualifient RMC de café du commerce, démago ou populiste, que leur répondez-vous ?
F.L. : Le fait de donner la parole à des gens, ça gêne toujours les journalistes et les élites intellectuelles qui se sentent propriétaires de l’outil d’expression publique. Ils ne veulent pas le partager avec les gens. Ce qu’ils disent, ce n’est pas grave. Que l’exercice existe me paraît normal. S’ils ne veulent pas entendre RMC, ils peuvent changer de station. Le paysage radiophonique français est assez riche.

M.H. : Un mot sur la cousine de RMC, BFM ?
F.L. : Il y a beaucoup de RMC dans le moteur de BFM. C’est la troisième chaîne d’information qui a été créée dans ce pays. Elle est devenue leader en 18 mois. Là aussi, on cherche la différence.

M.H. : Quid de RMC Découverte ?
F.L. : C’est déjà un exploit d’avoir réussi à faire passer la marque RMC à la télévision. Il y a dix ans, RMC était une station de radio moribonde et aujourd’hui elle séduit de plus en plus. Si je prends les autres stations qui ont tenté l’aventure télé, je m’aperçois qu’elles n’ont pas réussi à transformer leurs programmes, exception faite de BFM. RMC Découverte sera un avantage énorme pour nous dans les prochaines années. On s’est orientés vers une chaîne thématique dotée d’une programmation de documentaires animés par des personnalités. Avec le temps, elle ressemblera à RMC.

M.H. : RMC devra-t-elle passer par une troisième vie à l’avenir ?
F.L. : Peut-être. Je serais bien incapable de vous prédire l’avenir de RMC. Cela dit, sa deuxième vie n’est pas terminée. RMC est la seule radio au sommet, qui peut encore monter. Nous avons atteint, fin 2012, 8 % d’audience cumulée avec 4 219 000 auditeurs quotidiens. Dans certaines villes, nous sommes peut-être à 14 %-15 % et à 0 % dans d’autres. Avec un réseau complet, nous serions probablement déjà à 9 % d’audience cumulée. Aujourd’hui, nous avons retrouvé le niveau d’audience des années 70. Un renouveau comme celui de RMC ne s’est jamais produit dans l’histoire de Médiamétrie.

*RMC a été mise en demeure par le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour les propos tenus par Franck Tanguy et Sophie de Menthon sur Nafissatou Diallo.

journalistAdrien Paredes