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La déferlante Horizon Monaco

La Rédaction
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Le 10 février, c’est finalement Horizon Monaco qui a remporté le suffrage des Monégasques. De l’ambiance au bureau de vote de la salle du Canton au décryptage du scrutin, Monaco Hebdo revient sur le déroulement et les implications des élections nationales.

Dossier réalisé par la rédaction.

Victoire par K.O.

Avec 20 élus sur 24, Horizon Monaco remporte une victoire sans appel, renforcée par le mécanisme de la loi électorale. Et qui annonce une reconfiguration de l’échiquier politique.

Par Milena Radoman.

Vers 23h, dimanche, les piles de listes entières sur les tables de dépouillement et l’expression des visages des candidats laissent déjà apparaître une tendance nette. La confiance des supporters de Horizon Monaco tranche par rapport aux mines déconfites des candidats d’Union monégasque. Laurent Nouvion sent que la victoire est imminente. Le score est bientôt sans appel. Horizon Monaco obtient 20 sièges sur 24, ne laissant que 3 strapontins à la majorité sortante et un à Renaissance. Et pour cause.

bulletins

© Photo Monaco Hebdo.

50,34 % des voix
La liste formée par Rassemblement & Enjeux et l’Union pour la Principauté récolte 50,34 % des suffrages exprimés (et 1 734 listes entières) contre à peine 39 % pour Union monégasque (et 1 224 listes entières). Montrant que l’alliance forgée après l’été entre les 2 partis a finalement fait mouche. Et que les militants des deux camps ont fait cause commune et accepté l’union nationale proposée lors de cette élection, dans une même volonté d’asseoir le changement. Seul bémol à cet agrégat des électorats R&E et UP : Anne Poyard-Vatrican et Christophe Spiliotis-Saquet, deux anciens présidents de l’UP, sont écartés du jeu. Quant à Jean-Michel Cucchi, leader emblématique de l’UP, il n’est élu qu’à la proportionnelle… Signes que beaucoup d’électeurs R&E se sont fait un plaisir de panacher et de rayer les ennemis d’hier. Même si lors des meetings Horizon Monaco, on avait vu les anciens ténors du RPM comme Michel Boéri, Jean-Louis Campora et Henry Rey applaudir des deux mains aux discours des UP, une frange de cet électorat conservateur n’a sans doute pas compris la recomposition de l’échiquier politique. « Lors des meetings, le message d’union semblait passer auprès des anciens du RPM. Beaucoup, dans la génération RPM, nous avaient dit qu’ils allaient fermer les yeux et voter liste entière. Nous n’avons apparemment pas assez pensé à ceux qui ne venaient pas aux réunions publiques », regrette Jean-Charles Allavena, sincèrement peiné par l’élimination de ses deux colistiers.

Ras-de-marée
Reste qu’hormis ces deux évictions, la victoire de Horizon Monaco est bien synonyme de raz-de-marée. Résultat, sans doute, d’une campagne dynamique, misant, tous azimuts, sur les réseaux sociaux, les journaux de campagne, et de nombreux meetings au rythme de la musique de Coldplay… Mais aussi d’une présence active sur le terrain. Jusqu’au dernier moment. Au lendemain de leur meeting du 6 février, Horizon Monaco a ainsi lancé ses candidats à travers la ville, à la rencontre des Monégasques, pour les dernières 48 heures de la campagne officielle. « On n’a peut-être pas assez exploité les réseaux sociaux et occupé le terrain », s’interroge Michèle Dittlot, qui a perdu son siège d’un cheveu, au coude-à-coude avec Bernard Pasquier dans la dernière ligne droite du dépouillement. On dit souvent que c’est le candidat qui a le plus envie de gagner qui l’emporte. Or à ce combat-là, il semble évident que Laurent Nouvion et ses co-listiers ont montré plus de gnaque. En plus de l’opposition de style, cette différence d’ardeur était criante lors des derniers meetings préélectoraux, où les candidats HM étaient survoltés. Certains se montrant d’ailleurs même agressifs vis-à-vis de leurs adversaires qui chahutaient en tribune…

Fin de campagne décisisive
Dans cette élection où jusqu’au dernier moment, on n’imaginait pas un tel écart entre les deux listes principales, on peut aussi supposer que la fin de campagne a été décisive. « J’accepte la défaite mais la campagne a été polluée par des salissures qui nous sont retombées dessus injustement », soupire Michèle Dittlot. De l’affaire du Petit niçois à la prose du collectif Sainte-Dévote, faisant un chantage au vote aux Monégasques s’ils votaient pour Laurent Nouvion, les dernières semaines ont fait basculer les Monégasques dans « une campagne de caniveau », dixit Jean-Charles Allavena. « Sans cela, on aurait peut-être perdu mais pas avec une telle différence de 515 listes entières », ajoute Michèle Dittlot.
Alors que les têtes de liste sont généralement malmenées — Stéphane Valeri était ainsi arrivé en 12ème position en 2003 et 9ème en 2008 —, Laurent Nouvion se hisse dans le trio de tête. « Sur les réseaux sociaux, certains nous accusent même d’avoir envoyé nous-même la lettre du collectif Sainte-Dévote. C’est un comble ! », plaisante Jean-Charles Allavena.

Rejet
Car le résultat du 10 février s’analyse comme un signe patent de rejet. Rejet de la majorité sortante d’abord et des élus de 2003, frappés par l’usure du pouvoir ou la volonté d’alternance qui frappe désormais Monaco, comme l’ensemble des Etats. Rejet aussi de l’ancienne présidente de l’UP qui a payé les querelles de personnes ayant marqué les 5 ans de mandat et de Christophe Spiliotis-Saquet, qui a pâti de son clash avec Gardetto. Rejet enfin des défenseurs du dossier européen Gardetto et Marquet, ce dernier se retrouvant en queue de liste. Dans les 24 nouveaux élus, en dehors de Jacques Rit, « qui fait encore un score d’extraterrestre » selon la formule de Jean-Charles Allavena, les novices en politique comme Caroline Rougaignon ont fait de bons scores. Et chez Union Monégasque, hormis Robillon, ce sont Bernard Pasquier et Jean-Louis Grinda, ne souffrant d’aucun passif, qui se sont démarqués.
Ce rejet s’est donc logiquement porté vers un vote contestataire. Renaissance, qui a mené une campagne d’une redoutable efficacité en un temps record, a sans doute cristallisé un électorat désireux de « faire de la politique autrement » et d’en finir avec les querelles de personnes animant les deux autres listes. Grosse surprise du scrutin, les 426 listes entières de Renaissance vont en effet bien au-delà des familles des candidats…

nouvion poyard vatrican et spiliotis saquet

© Photo EdWright Images

Refonte du paysage politique
Par conséquent, c’est toute une reconfiguration du paysage politique monégasque qui s’annonce. Du côté de la nouvelle majorité, R&E et UP sont contraints à continuer de s’entendre. Tout en marquant leurs différences pour conserver leurs électorats respectifs. On imagine mal une fusion UP-R&E, alors qu’une absorption du Synergie monégasque de Claude Boisson dans R&E n’est pas exclue. Côté cuisine de parti, R&E doit se trouver un nouveau président. On imagine mal le président du conseil national, censé se placer au-dessus de la mêlée, rester à la tête d’un mouvement. Pendant la campagne, ce sont les deux vice-présidents Alain Ficini et Jean-Charles Allavena qui ont assuré l’intérim. Ce sera sans doute l’un d’eux qui prendra le relais lors de la désignation d’un nouveau président en février. Du côté de l’UP, on sort de cette élection pas entièrement satisfait. « Le parti a montré qu’il existait toujours avec une structure de militants », souligne son président Patrick Rinaldi. C’est d’ailleurs pourquoi il n’est pas impossible que Jean-Michel Cucchi hérite de la vice-présidence du conseil national. Le radiologue avait indiqué qu’il ne voulait pas de présidence de commission mais la donne a changé avec l’éviction de Christophe Spiliotis-Saquet et Anne Poyard-Vatrican, qui étaient respectivement pressentis pour devenir vice-président et présider la CISAD (intérêts sociaux et affaires diverses).

Quel avenir pour l’opposition ?
Pour la majorité sortante qui entre dans l’opposition, l’avenir est pour le moins incertain. « Ce n’est pas parce qu’on a perdu une élection qu’on ne va pas continuer. On a quand même beaucoup de Monégasques qui ont voté pour nous. On ne va pas les laisser tomber », a expliqué le président de l’UDM, Gérard Bertrand. « L’Unam va resserer ses troupes. On réunit notre bureau directeur dans la semaine. Nous resterons liés à nos amis de l’UDM et il faudra peut-être songer à une fusion pour montrer un front uni. Pourquoi pas sous la bannière Union monégasque », lance Michèle Dittlot. La nouvelle opposition parlementaire, formée par Jean-François Robillon, Bernard Pasquier et Jean-Louis Grinda, se présentera peut-être alors en tant qu’Union monégasque. Et qui sait, Laurent Nouvion pourrait lui proposer une présidence de commission à Jean-Louis Grinda pour le 21 février. A moins que cette présidence accordée à l’opposition n’échoie à Eric Elena, ancien du RPM et dont l’épouse s’était présentée aux côtés de Laurent Nouvion en 2008…

RÉSULTATS ÉLECTIONS NATIONALES 2013 : le scrutin en chiffres
La répartition des sièges :
Horizon Monaco : 20 sièges
Union Monégasque : 3 sièges
Renaissance : 1 siège.
Candidats élus au scrutin majoritaire
(Horizon Monaco uniquement)
Jacques Rit 2514
Christophe Steiner 2484
Laurent Nouvion 2475
Marc Burini 2467
Christophe Robino 2396
Thierry Poyet 2391
Caroline Rougaignon-Vernin 2370
Pierre Svara 2362
Philippe Clerissi 2361
Thierry Crovetto 2357
Jean-Charles Allavena 2348
Nathalie Amoratti-Blanc 2347
Valérie Rossi 2347
Sophie Lavagna 2346
Béatrice Fresko-Rolfo 2346
Claude Boisson 2345
Candidats élus à la proportionnelle
Jean-Michel Cucchi (HM) 2341
Christian Barilaro (HM) 2300
Daniel Boeri (HM) 2296
Alain Ficini (HM) 2293
Eric Elena (Renaissance) 566
Jean-Louis Grinda (UM) 1971
Jean-François Robillon (UM) 1968
Bernard Pasquier (UM) 1941
« L’Union Monégasque prend acte »
Jean-François Robillon, tête de liste Union Monégasque, n’a pas souhaité réagir à chaud le soir de la défaite. Voici sa réaction par communiqué, envoyée le lendemain. « L’Union Monégasque prend acte des résultats des élections nationales 2013, marquées encore une fois par une très forte participation des Monégasques. Nous respectons ces résultats et souhaitons bon courage aux élus de la liste Horizon Monaco ainsi qu’à M. Elena, élu sur la liste Renaissance. Je tiens à remercier chaleureusement les 23 candidats qui m’ont accompagné durant cette campagne et porté avec conviction nos valeurs et notre projet pour Monaco, au sein d’une équipe unie. Notre liste souhaite également remercier les nombreux compatriotes qui nous ont apporté leur soutien et nous les assurons que nous continuerons à agir pour eux, notamment au conseil national, par la voix de Jean-Louis Grinda, Bernard Pasquier et moi-même, dans le respect de l’intérêt général, des institutions et de nos spécificités. »
Quel positionnement pour Renaissance ?
C’est la grande surprise du scrutin : Renaissance a un siège et pense peut-être même à structurer sa démarche. Où se situera Eric Elena dans l’hémicycle ? Pour le nouveau conseiller national, il n’est pas question de choisir un camp ou l’autre mais de travailler en évitant les querelles inutiles. Il portera sans aucun doute le programme de sa liste, incluant une conférence pour l’emploi, la dépénalisation de l’avortement et la légalisation de la procréation médicale assistée. Pas sûr que ses nouveaux collègues le suivent sur ces questions…
soirée électorale

© Photo Monaco Hebdo.

Concerto pour 24

La soirée des élections nationales, qui se déroulait salle du Canton, s’est achevée à 3h du matin dans la nuit de dimanche à lundi.

Par Adrien Paredes.

21h30, salle du Canton, dimanche dernier. Les premiers bulletins commencent à être dépouillés. L’enceinte, à ce point remplie, donne le sentiment que le Tout-Monaco s’est réuni. Et qu’il vibre au son des enveloppes triées et des chiffres comptés à l’oral par les scrutateurs. Les tas de listes entières se forment. La foule, plongée dans un tumulte de pronostics, compare leur hauteur. Elle plisse les yeux à la vue de bulletins panachés pour, selon les personnes, deviner à voix haute qui fera partie du prochain orchestre de 24 élus ou qui ne jouera plus sa partition. Un chahut sibyllin parcourt la salle. On l’entend si fort que le silence est demandé. Il le sera à deux autres reprises durant la soirée. Les observateurs, tant de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) que de l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), sont à pied d’œuvre. La Luxembourgeoise Anne Brasseur, rapporteur du dossier monégasque à Strasbourg, circule dans les allées. L’avant-veille, répondant au bourdonnement d’une fronde anti-Europe, elle ne s’était accordée qu’une mise au point au sujet de la saisine de la commission de Venise. Son discours avait été, selon elle, tronqué par les autorités monégasques.

Impatience
L’heure défile. Feuilles ou bloc-notes en main, les candidats HM accourent à chaque table d’un pas rythmé, faisant valser leurs stylos, pour faire leurs propres estimations. Pas les UM qui, eux, se contentent d’observer. Un murmure s’amplifie le panachage pourrait bien profiter à la liste Renaissance. Vers 22h40, le président de l’UP Patrick Rinaldi et le candidat d’Horizon, Claude Boisson mettent à jour leurs statistiques. Pour eux, l’affaire est pliée. D’après leurs projections, HM compte plus de 500 listes entières d’avance sur UM. 23h, Laurent Nouvion fait son apparition pour une tournée des tables. Les flashs crépitent. Ils résonnent comme les trompettes célébrant une victoire nette d’HM avant l’heure. Une demi-heure plus tard, les candidats la fêtent une première fois dans leur QG. Le leader d’Union Monégasque, Jean-François Robillon, les mains sur les hanches, semble un peu résigné. De minuit à 3h, les tables rendent leur verdict final. L’observateur néerlandais de l’APCE reste planté, seul devant l’écran géant, prenant des clichés des résultats au gré des mises à jour. L’émotion va crescendo. 3h, dernière table. Les regards sont tournés vers la colonne de la table numéro 5 restée vide, la foule s’impatiente.

Concert de bravos
3h02, une personnalité monte sur scène, salle du Canton. Pas un chanteur à succès comme les Monégasques ont coutume d’en voir passer dans l’enceinte de Fontvieille mais leur maire Georges Marsan. Ce dernier requiert l’attention de tous afin de proclamer les résultats. Deux chœurs l’entourent. Derrière lui, les voix de 5078 électeurs s’affichent à l’écran. Devant lui, les voix des partisans et candidats HM se font braillardes et se mêlent à un concert de bravos. Au fond de la salle, les Renaissance exultent. La liste siègera à l’assemblée. Les candidats UM analysent, eux, silencieusement les noms des 24 élus. Certains, qui ont siégé au conseil national pendant dix ans, affichent une mine déconfite. Interviewé par Monaco Info, Laurent Nouvion clame que « les Monégasques ont tranché ». « Ils ont tranché pour un changement de méthode », précise-t-il avant d’en appeler à l’union autour du prince. Le leader d’Horizon Monaco prend ensuite un micro et offre un bis au public encore présent, entonnant le même refrain enregistré par la télévision publique de la Principauté. Sur cet ultime rappel, la mandature 2008-2013 s’est définitivement close.

Union Monégasque : « Une gifle »

Si les candidats Union Monégasque ont affiché au fil de la journée sérénité et confiance dans leur QG de campagne au Zen Zen, c’est aux alentours de 23h que les visages se sont sérieusement crispés. A l’heure où les premières tendances commençaient à donner la liste Horizon Monaco largement gagnante. Un véritable coup de massue pour les candidats de Jean-François Robillon. Tous stupéfaits de voir le large nombre de listes entières accordées au camp d’en face. « Je n’imaginais pas un tel écart. C’est considérable », regrettait Claude Cottalorda. « Leur message est bien passé : ils étaient les victimes et nous étions les agresseurs. Les électeurs ont pris ça au premier degré », pouvait-on également entendre à chaud. Même très vive déception pour Gérard Bertrand. « Leur campagne a été basée sur le mensonge, la calomnie et les contre-vérités. A tous les niveaux. Les Monégasques y ont cru. J’espère qu’ils ne le regretteront pas », analysait l’élu-candidat qui n’a pas hésité à parler de « gifle » et de « grosse défaite. » « Cela me fait beaucoup de peine, notamment pour Jean-François, car c’est un homme droit, qui a fait du bon travail, et parce qu’il y a des personnes de valeur sur notre liste. » Certains candidats ont en revanche reconnu que la communication d’Horizon Monaco a été une « machine de guerre ». Une campagne « à l’américaine », a même soufflé un candidat. « On pensait que les Monégasques n’allaient pas adhérer à cela. » En attendant les résultats définitifs, les commentaires allaient bon train. « Apparemment Poyard-Vatrican et Spiliotis-Saquet sont mal placés, c’est notre petite consolation… », lance l’un d’eux. « Avec Nouvion, président, et Spiliotis-Saquet vice-président, je crains le pire pour l’avenir de Monaco » confiait un autre. Une configuration qui finalement ne se présentera pas puisque Spiliotis-Saquet est resté sur le carreau. A 4h du matin, alors qu’Horizon Monaco fêtait encore sa victoire au champagne, au Zen Zen, plus aucun candidat.//S.B.

Horizon Monaco : « Laurent président »

«On est très confiants. » Jean-Charles Allavena, comme l’ensemble des candidats Horizon Monaco, abordait le verdict des urnes de façon sereine. S’il reconnaissait que le dernier meeting de la liste avait été « un peu long », l’audience rencontrée au cours de ce rendez-vous et de la campagne en général lui donnait pleine satisfaction. Il s’imaginait aussi les potentiels et futurs opposants d’une majorité HM. Scène assez cocasse, peu avant 20h, un scrutateur d’Union Monégasque se présentait au buffet d’Horizon Monaco pour picorer quelques denrées. La question se posait : fallait-il le remettre sur le chemin du QG adverse… Au fil de la soirée, le stress gagnait quelques candidats. « On aura 20 à 21 sièges, c’est sûr. Maintenant, il faut savoir qui restera sur le côté », confiait l’un d’eux. « J’ai des frissons. On a rempli la salle Gaston Médecin. Les gens sont venus en masse à nos réunions de quartiers. Il faut confirmer », lâchait Thierry Poyet. 23h30. Sourires larges sur les lèvres, les candidats de la liste Horizon Monaco quittaient la salle du Canton pour regagner l’enseigne de restauration rapide, McDonalds, leur tenant lieu de quartier général. A ce moment précis, ils savaient leur victoire acquise et qu’une avance assez nette sur leurs concurrents se dessinait. Quelques Monégasques venaient féliciter Laurent Nouvion et ses colistiers sur le court trajet. A l’intérieur du fast-food, des « Laurent président » résonnaient parmi les hourras des partisans HM. Pas de discours mais des embrassades multiples. Une grande partie des candidats levaient les pouces autour de leur leader, prenant la pose devant les photographes. L’image allait faire la Une du Monaco-Matin du lendemain. Aux alentours de 4h du matin, une fois les résultats proclamés, Laurent Nouvion retournait triomphant dans son QG, de nouveau ovationné. Après une brève déclaration de remerciements, le bouchon de champagne sautait et la victoire était consommée.//A.P.

Renaissance « à la bonne franquette »

En guise de quartier général de campagne, la liste Renaissance avait opté pour le bar Le Barbagiuan situé sous la galerie Princesse Stéphanie. Les candidats, qui se sont relayés durant la journée dans la haie d’honneur de la salle du Canton, se sont retrouvés autour d’un dîner en attendant le dépouillement des suffrages. Une ambiance guillerette régnait dans les rangs. « On fait ça à la bonne franquette », lançait un candidat pour décrire l’atmosphère. L’interrogation trottait cependant dans toutes les têtes. Renaissance allait-elle avoir un siège à l’issue de la soirée électorale ? Les postulants au conseil national ont répondu d’une même voix, comme ils l’ont fait durant la campagne. Le oui l’emportait unanimement. « On en aura deux voire trois », pronostiquaient même certains. « On aura même seize sièges », renchérissait l’un d’eux. « Et puis, de toute façon, même si on n’est pas assis au conseil national, on reste debout », affirmait un autre, amusé. S’ils ne sont pas retournés au Barbagiuan après la soirée, les candidats de la liste Renaissance ont fêté lundi soir l’obtention de leur siège du côté du port Hercule.//A.P.

anne brasseur

© Photo Monaco Hebdo.

« Les Monégasques ont élu librement leurs représentants »

Le scrutin monégasque a été « homologué » par les observateurs du Conseil de l’Europe venus en principauté pour vérifier la régularité des élections nationales.

Par Milena Radoman.

« Un fort taux de participation », une « transparence exemplaire du dépouillement des bulletins », une « couverture médiatique équilibrée »… Les élections monégasques ont obtenu un large satisfecit des 6 observateurs européens venus en principauté pour jauger le déroulement du scrutin du 10 février. « Les Monégasques ont élu librement leurs représentants au conseil national de la Principauté de Monaco parmi trois listes de candidats », a ainsi résumé la délégation émanant de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) dans un communiqué au lendemain du résultat. Invitée par les autorités monégasque, la délégation menée par le Polonais Piotr Wach, est restée du 8 au 11 février. Elle a rencontré le Ministre d’Etat Michel Roger, l’ancien président du conseil national Jean-François Robillon, les leaders et les représentants des listes des candidats en lice. Mais aussi le maire Georges Marsan, le directeur des services judiciaires Philippe Narmino et le président de la Commission supérieure des comptes James Charrier, en charge du contrôle des dépenses électorales.

Surpris par la haie d’honneur
Le jour J, les 6 parlementaires ont déambulé dans la salle du Canton, tout au long du vote et durant la soirée électorale qui s’est finie à plus de 3 heures du matin. Interrogés, certains membres de la délégation n’ont pas caché leur surprise devant certains particularismes monégasques. Surtout par la haie d’honneur faite par les candidats à l’entrée du bureau de vote. Et on les comprend. Cette tradition hors normes, qui permet aux candidats de distribuer les bulletins de vote et de discuter avec les électeurs juste avant qu’ils n’entrent dans l’isoloir, paraît pour le moins archaïque. Du côté de Union monégasque et de Renaissance, certains candidats avaient d’ailleurs promis qu’ils ne rééditeraient pas cette expérience cette année. Au final, les 3 listes se sont prêtées au jeu. Mais pour Jean-Charles Allavena, nouvel élu, il n’est pas exclu que « dans le cadre de la refonte de la loi électorale, on s’attaque aussi aux conditions du scrutin… » Le conseil de l’Europe indique lui aussi que des améliorations législatives peuvent être apportées. En visant notamment la loi sur le financement des campagnes électorales, qui ne contrôle pas les dons et permet même un anonymat total des donateurs.

« Violences verbales, diffamation et injures »
Comme « les élections ne se limitent pas uniquement au jour du scrutin lui-même », les observateurs se sont également prononcés sur la teneur de la campagne électorale. D’autant plus que celle-ci « a été marquée par de vives tensions ». Pour les observateurs européens, « son déroulement a été entaché de violences verbales, de diffamations et d’injures à caractère homophobe ainsi que d’une agression physique, d’attaques personnelles et de révélations scandaleuses. » Autre commentaire à chaud : « La délégation de l’Assemblée parlementaire regrette que pendant cette campagne, le rôle et les objectifs du Conseil de l’Europe aient été mal interprétés, ce qui a été exploité dans le cadre de la campagne. Ceci est d’autant plus regrettable, compte tenu des relations efficaces et constructives que l’organisation et Monaco entretiennent depuis l’adhésion de la Principauté au Conseil de l’Europe depuis 2004. » C’est le cas d’Anne Brasseur, qui faisait partie de cette délégation. La rapporteur du post-suivi de Monaco, rudement attaquée pendant cette campagne, jusqu’au dernier meeting de Horizon Monaco, ne comprend d’ailleurs toujours pas comment la saisine de la commission de Venise a pu être placée au cœur des débats à ce point…

Micro trottoir

© Photo Monaco Hebdo.

L’avis des jeunes sur les élections

Les jeunes eux aussi se sont mobilisés pour les élections. Militants ou non, la majorité atteinte, ils sont venus voter ce dimanche, à la salle du Canton. Et nous livrent leurs avis sur cinq mois de campagne électorale et leur aboutissement.

Par Caroline Sellier.

Que ce soit la première fois ou non, beaucoup de jeunes sont venus voter dimanche pour les élections nationales 2013. « Je vote parce que c’est mon pays, c’est mon devoir de citoyen. Je suis banquier à Genève et je suis venu exprès pour pouvoir voter ! », confie Christian Miceli, 28 ans. Et Jordan Elena, 19 ans, étudiant au lycée technique et hôtelier, de renchérir : « C’est la première fois que j’accomplis mon devoir de citoyen, et je trouve que c’est très important : c’est notre vie, notre avenir, et sans ces élections nous serions dans un chaos total ».

Intérêt
Alors que les dernières semaines de campagne ont fait rage au sein des trois partis et ont été riches en rebondissements, les avis sont partagés. Il y a ceux qui y sont passablement indifférents, comme Christian Miceli : « Je ne me sens pas vraiment intéressé par les petits potins de la Principauté, je n’ai pas vraiment d’avis là-dessus ». Et il y a ceux, au contraire, qui y ont été sensibles : « J’ai été déçue par l’ambiance de la campagne en générale, et assez choquée par rapport aux attaques d’Horizon Monaco », explique une jeune électrice. Sabia Djordjevic, 25 ans, agent administratif au CHPG de Monaco, elle, « trouve qu’on ne parle pas assez des jeunes qui sont mis de côté, au profit des partis qui ne pensent qu’à se tirer dans les pattes ».

Pronostics
Pourtant, d’une façon générale, les jeunes électeurs monégasques se sont sentis investis dans ces élections : « C’est une bonne chose, et même si c’est dur de choisir entre les partis, il faut quand même faire un choix. Moi je suis pour Renaissance, même si je suis aussi d’accord avec des idées d’Horizon Monaco et d’Union Monégasque. Cette élection nous permet tous les cinq ans de revenir sur notre choix, mais aussi de faire le bon », confesse Jordan Elena, le fils d’Eric Elena. « Moi qui n’y croyait pas du tout avant, j’ai été intéressée par un candidat en particulier, Bernard Pasquier d’Union Monégasque, qui m’a fait changer d’avis et m’a donné un peu d’espoir, il m’a fait découvrir vraiment ma citoyenneté monégasque, et je me suis dit que là, on pouvait faire quelque chose. Je pense que sans cela, j’aurais suivi les élections de loin », ajoute une jeune électrice.
Quant aux résultats, les pronostics étaient tous quasiment unanimes : la victoire sera serrée, deux partis ressortiront en majorité, mais il y aura tout de même « un peu des trois listes » au Conseil. Le dépouillement des urnes en a finalement décidé autrement. La loi électorale renforçant de plus l’écart du scrutin, avec une majorité Horizon de 20 élus sur 24…

Des Monégasques très critiques

Des attaques personnelles à outrance au détriment des idées, des boîtes à lettres inondées de tracts et une campagne qualifiée « d’indigne »… A la sortie des urnes, les électeurs monégasques ont fustigé le climat de la campagne électorale.

Par Sabrina Bonarrigo.

Loin de l’univers habituellement consensuel et bon enfant de la Principauté, dimanche matin à la sortie des urnes, les Monégasques ne mâchaient pas leurs mots. Une campagne « nauséabonde », « nulle », « indigne », « au ras des pâquerettes ». Autant de qualificatifs prononcés par les électeurs interrogés sur le parvis de la salle du Canton. Sans surprise, c’est la surabondance d’attaques personnelles qui a le plus choqué les votants. « A Monaco, on n’est pas habitués à ça. Dans les anciennes campagnes, il y a eu certes des querelles, mais jamais d’une telle intensité. L’ambiance restait malgré tout familiale. Là, ils ont poussé le bouchon trop loin », dénonce une électrice. « On avait tout simplement jamais vu ça à Monaco. Cette campagne n’a pas été du tout fairplay », déplore de son côté Nathalie Reynaud, 40 ans, gérante d’une salle de sport. Des attaques « qui ont forcément pris le dessus sur les idées, a regretté pour sa part Sandra Antognelli, 45 ans, fonctionnaire. Les programmes sont passés un peu inaperçus. J’ai également trouvé cette campagne, commencée en septembre, beaucoup trop longue. »

Scandaleux
Des électeurs, aussi, très interpellés par les évènements qui ont entaché le scrutin. De l’affaire du Petit niçois à l’incendie chez Stéphane Valeri, jusqu’au dernier fait en date : le courrier envoyé aux Monégasques par le collectif dit « Sainte Dévote » sur la vie privée de Laurent Nouvion. « Ce courrier homophobe est totalement scandaleux alors que l’on est dans un pays moderne qui se veut tolérant et ouvert », estime Yannick, 30 ans venu voter avec sa mère. Les Monégasques, forcément, se questionnent. Qui se cache derrière ces opérations malveillantes ? « Nous n’avons pas de preuve qu’il s’agisse de la liste Union monégasque, mais les gens ont forcément un doute. Car qui d’autre aurait un intérêt à faire ça ? Horizon Monaco en a sans doute aussi profité pour se victimiser. Certes. Mais, ça, c’est le jeu de la politique… », analyse un électeur. Alors qu’Angèle, 70 ans, estime de son côté que ce n’est « pas crédible » et « un peu malhonnête » d’imputer des faits si graves au clan Robillon.

« Gabegie d’argent »
Autre grief exprimé par les électeurs : les innombrables tracts que les Monégasques ont reçu chez eux avec les nombreux programmes électoraux. « Il y a eu beaucoup trop de publicité à mon goût. J’ai reçu pour chaque liste au moins une dizaine de tracts », déplore Michel Monetti, 71 ans. Alors que le militant UP Jo Déri n’hésite, pas, de son côté à parler de « gabegie d’argent. »
« Ces tonnes de papier, c’est d’ailleurs totalement en contradiction avec la politique environnementale que défend le prince », souligne sur ce point un autre électeur. Pour autant, tout n’est pas à jeter dans cette campagne. « J’ai été surpris par le professionnalisme des deux listes en matière de meetings, ou de communication. Elles ont été également très présentes sur les réseaux sociaux et sur YouTube », rajoute encore Yannick qui vivait sa troisième élection. Lui, a voté liste entière Horizon Monaco. Pour une raison simple. « Au vu des dissensions constatées dans la campagne, je n’avais pas envie d’avoir un parlement qui se déchire. » Quant à la liste Renaissance, nombreux sont ceux qui ont regretté la faiblesse des propositions dans les domaines autres que celui de la SBM. « Ils n’ont prêché que pour leur paroisse… »

capture du site

Une médiatisation différente

La campagne électorale de 2013 aura connu une exposition médiatique sans précédent, notamment grâce au Petit Journal de Canal+.

Par Adrien Paredes.

Voir des caméras dans un meeting à Monaco n’a rien d’anormal. D’y voir rattaché le micro à la célèbre bonnette rouge du Petit Journal de Canal+ est plus surprenant. L’événement, en l’occurrence la dernière réunion d’Union Monégasque salle Gaston Médecin, apparaît suffisamment singulier pour que la chaîne française s’en fasse l’écho. « Ça ressemble à une élection de mairie », observait sur place une équipe venue tourner trois jours en principauté. Mais le meeting semblait pour elle moins enthousiasmant que les clips. L’émission jouit d’une large cote de popularité et amusait, au mois de janvier 2013, 1,38 million de téléspectateurs en moyenne, par jour. Soit 5,2 % de parts d’audience entre 20h05 et 20h30. Le Petit Journal a consacré trois séquences aux élections nationales, deux dans la semaine précédant le scrutin et une le lendemain. Dans les deux premières, les clips de campagne, toutes listes confondues, y étaient brocardés. On pense notamment au jeu d’acteurs des candidats Renaissance qui a été raillé, à la parodie Questions pour une élection de la liste UM ou encore à Thierry Crovetto et son interrogation, sortie de son contexte, « Et si vous héritiez de 2 milliards d’euros ? ». Elles ont créé le buzz sur les réseaux sociaux, surprenant en majorité les spectateurs français qui apprenaient l’existence d’élections en principauté. La vidéo du 11 février dans laquelle Anne Poyard-Vatrican, Jean-François Robillon et plusieurs membres de Renaissance étaient interrogés sur des sujets touchant la société française (taxe à 75 % pour les plus riches, IVG, mariage pour tous), a été recommandée environ 2 100 fois sur le réseau social Facebook. Outre Canal+, France 3 et BFM TV ont posé leurs caméras à Monaco, dimanche.
Sur les ondes, hormis Radio Monaco qui a pris l’antenne tout au long de la soirée électorale, les stations Europe 1, RFI, Radio Chine Internationale ainsi que les locales de RMC et des stations musicales se sont faits l’écho des élections. En décembre, l’émission « Les grandes voix d’Europe 1 » avait relaté l’incident survenu entre Christophe Spilotis-Saquet et Jean-Charles Gardetto. Côté presse écrite, on ne reviendra pas sur le traitement par Le Petit niçois. Avant le scrutin, Le Canard Enchaîné a consacré un petit quart de sa Une du 6 février à la campagne. Intitulé « Du rififi sur le Rocher », le court article relatait les incidents liés aux élections. Il débutait par ces mots : « Monaco n’est pas qu’un rocher doré, c’est aussi un ring de boxe. » Se basant sur des brèves AFP, les grands titres français tels que Le Figaro, Libération ou encore Le Nouvel observateur expliquaient le principe des élections à leurs lecteurs.

Le choc des images
La technique de zapping, propre au Petit Journal, s’est aussi invitée dans les derniers meetings des listes Horizon Monaco et Union Monégasque. La vidéo d’Horizon Monaco revenait sur les trois années de la majorité UDM, se basant entre autres sur la séance publique du 15 décembre 2010 où Jean-François Robillon vote avec trois élus, une partie du budget primitif 2011. Elle a été vue près de 970 fois en quelques jours sur le site de partage audiovisuel Youtube. Celui d’Union Monégasque mettait bout à bout les abstentions successives de l’opposition sur plusieurs votes mais n’était pas disponible en ligne. Côté clips de campagne, HM peut revendiquer 2 295 vues sur YouTube, UM, 1 250 (avec 2 clips en moins). Pour comparaison, en 2008, les quatre clips de l’UPM avaient été visionnés 909 fois et sa vidéo la plus populaire atteignait 286 vues.

journalistLa Rédaction